Heros de la Nouvelle France

Vol. 1. Dollard des Ormeaux, Lemoyne d'Iberville et sa famille, Marie Madeleine de Vercheres.- Vol. 2. Lemoyne de Bienville et l'établissement de la L...

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Histoire de la Nouvelle-France
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Histoire de la Nouvelle-France; suivie des Muses de la Nouvelle-France;
This is reprint of the edition of 1612. The 1866 title-page of v. 1 is lacking but it contains a facsimile of the 1612 one. Vol. 3 contains facs. of 1612 t.p. of his Les Muses de la Nouvelle France 32

Les Muses de la Nouvelle France
Dedication (p. [6]) signed: Marc Lescarbot In verse With: Histoire de la Nouvelle France / Marc Lescarbot. Paris : Jean Milot, 1609. Probably issued together Brown Univ. JCB Library Catalogue Harrisse, H. Nouvelle-France Sabin

La Depoulation De La France
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L'Echo de la France
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Bibliographie de la France;
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La Chronique de France
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Etat de la France
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Etat de la France
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HÊ DE

H

PïïÂNCE

PAR

FRÉDÉRIC DE KASTNER ii

Français

et

High Sckool

d' Allemand au

"

de Québec.

PREMIÈRE SÉRIE Oollard des Ormeaux.

le,mo|ne

iMh

et

sa famile,

Marie Madeleine de Verchères.

D. Co/«

c/es

MOkGAN ^ues Ste^Anne

^

^

"^^^^5iv:_ef
Fort,

QUEBElC.-=

TAILLEUR DE SON EXCELLENCE LE GOUVERNEUR GENERAL DU CANADA ET DE PLUSIEURS DE SES PREDECESSEURS.

Notre établissement compte parmi sa

La

Princesse Louise,

Son

excellence

Son

Lady

Excellence

mmm mi\m

clieutcle

Excellence

Son Altesse

R<>

]

Lady Derby,

Abcrdeeri et

Son

Lady Minto.

dans le plus bbef delal

^Éfle^oulez dan$

votre cœur, os seront sous la terre, Sauver ce que j'eus de meilleur. Garder mon âme toute entière Aimez, sans vous lfi;ser jamais, Sans perdre un seul jour l'espérarti

^^^MR^es

Aimez -la comme je l'aifnais, Aimez la France Victor de Laprade. !

*

PIERRE DOLLARD

yp)E

te ORMEAUX

lecteur sera peut-être surpris de voir, en tête d'un travail

Canada français, mère patrie qui était arrivé Nouveau-Monde, quand il s'immortalisa pour

destiné à glorifier les figures héroïques du

IJ

^

un

homme

depuis peu dans

le

de

la

vieille

en soit ainsi. Si, par sa naisFrance d'Europe, par sa mort héroïque, par son dévouement qui sauva la colonie encore au berceau, Dollard des Ormeaux mérite bien de figurer au seuil de l'histoire de la Nouvelle-France qu'il venait de faire sa patrie d'adoption,

jamais, et pourtant sance,

il

et qui chérira les

il

est juste qu'il

appartenait à

la

son souvenir, tant que notre langue s'entendra sur

bords du Saint-Laurent, c'est-à-dire, j'en

ai le fier espoir, jus-

qu'au cataclysme final qui fera disparaître l'humanité.

D'une bonne famille de France, le jeune héros avait servi dans nos armées. M. de Maisonneuve l'avait ramené avec lui d'Europe en 1657, et ne tarda pas à apprécier sa vaillance. La colonie fondée par Champlain était sous un nuage ou, pour mieux dire, au penchant de la ruine. Abandonnée à elle-même par la mère-patrie, elle semblait devoir disparaître. Les Iroquois, ces " sauvages terribles dont on disait qu'ils venaient en renards, qu'ils attaquaient en Hons et qu'ils fuyaient en oiseaux," et qui comptaient autant de guerriers qu'il y avait alors d'habitants de langue française, hommes, femmes et enfants, au Canada, les Iroquois *

Feiland et Garneau l'appellent Pierre Daulac. Cependant le premier de ces dans une note de son " Cours d'Histoire du Canada," nous apprend qu'il signait JJolard ou Daulard dans les actes publics. J'ai préféré, pour mon article, le nom plus conforme à la réalité et en même temps plus poétique que lui donne M. historiens,

Benjamin Suite.

de l'anéantir

avaient résolu

et,

selon

toute

apparence, rîen ne

ne se proposaient rien moins que d'attaquer Québec, défendue par une garnison insuffisante, de s'en emparer, puis de se rabattre sur Trois-Rivières et Montréal, en devait

les arrêter.

Ils

mettant tout à feu été

fortifiés.

garde

et

La

et à sang.

Les couvents de Québfc avaient

basse-ville

était

protégée par

La population

des barricades.

tout

des corps de

entière, sachant

quel cruel ennemi elle allait combattre, veillait nuit et jour, bien

décidée à vendre chèrement sa Si l'alarme était aussi

vie.

i

grande dans

* la petite

capitale de la colo-

que devait-elle être à Ville-Marie, jetée comme un avantles barbares ? Mais là le danger était incessant, on y était accoutumé l'air ambiant était chargé d'héroïsme. Là " chaque laboureur était soldat et chaque sillon arrosé niey

poste pour contenir

;

de sang." 2 *

Le

complément indispensable de la Les travailleurs armés allaient aux champs par groupes charrue. et rentraient ensemble le soir, au son de la cloche du fort. Celui fusil

y

était le

qui sortait de chez

lui

levé ou tué par un

maraudeur

tout,

mais tout

le

après

monde s'y

retraite,

la

courait risque d'être en-

iroquois. 3*

Le danger

était par-

ressentait de Tinfluence de l'intrépide

fondateur, du chevalier de la Vierge Immaculée, de Maisonneuve,

non moins puissante de ces deux anges de la charité, de deux suaves figures de femmes, Marguerite Bourgeois et Jeanne Mance. Comme cette dernière, expliquant la cause de son immuable sérénité, ils auraient pu répondre, "pourquoi serais-je Cette noble triste quand chaque pas me rapproche du ciel." 4* de

celle

ces

confiance fut exaucée. ver la colonie,

Bien que

le

les

pour y parvenir, 1

*

Il fallait

miracle se Iroquois ils

un miracle d'héroïsme pour sau-

fit.

dussent s'attaquer d'abord à Québec,

avaient descendu

la rivière

Ottawa.

C'étaient

Garneau.

2 * Ibid 3 * Voir dans l'Oublié de Laure

4

Conan l'ordonnance de Maisonneuve du 8 Mars

(Revue Canadienne d'Avril 1901.)

1658. *

L'Oublié.

îà les

Thermopyles du Canada,

se trouvait des gens assez cou-

s'il

y prévenir et les arrêter, DoUard^ par une de ces inspirations qui font de l'homme un demi-dieu, résolut d'en être

rageux pour le

les

Les grands sentiments sont contagieux, surtout au

Léonidas.

comme

d'une population

milieu

Canada.

celle

autres jeunes gens,

Seize

des temps héroïques du

fils

des colons de Maison-

suivre au sacrifice, à la mort.

neuve, se décident à

le

noms de

Jacques Jean Laurent Hébert, Alonié de Lestres, Nicolas

Nicolas

ces

héros

seize

Tillemont,

Voici

les

Tavernier,

Brossier,

:

Robert Jurée, Jacques Boisseau, Louis Martin, Christophe Augier, Etienne Robin, Jean Valets, René Doussin, Mathurin Soulardj Biaise Tuillié, Nicolas Duval. Le plus âgé avait 30 ans. Ils obtiennent facilement de Maisonneuve l'autorisation de

Josselin,

se porter au devant de l'ennemi,

tant qu'il ne reviendra plus,

testament par devant

Le digne

Montréal. prosaïque

fin

royale, remplie tains,

de

Il

chacun sen-

font tous leur

Bénigne Basset, seul notaire de au cours de son honorable mais

l'on

aux perspectives

crire à leur mort.

ils

maître

dut évoquer plus d'une

carrière,

partir,

tabellion,

jeunes gens qui, à l'âge ou

nue sans

Avant de

18 avril 1660,

le

fois

considère la vie

l'image de ces

comme une

ave-

radieuses, venaient d'avance sous-

ne se doutait peut être pas que jamais cour

de brillants courtisans, de grands seigneurs hau-

fiers gentils

hommes, ne

fut illuminée d'un

d'héroïsme et de splendeur morale

comme

celui

rayonnement

que jetaient dans

modeste étude ces dix-sept chevaliers de la France et du Le lendemain 19 avril, ils entendent la messe et communient tous. Dollard, devant cet autel où il sent la présence de Celui qui inspire tous les héroïsmes, fait le serment de combattre jusqu'à la mort, sans demander quartier. Les autres en

sa

Christ.

font autant, à l'exception d'un seul qui se sentit faiblir au décisif,

mais qui devait

heure après,

les

Le lendemain

bientôt

moment Une

racheter cette faiblesse.

dix sept compagnons quittaient Montréal. ils

étaient de retour,

ramenant avec eux

les ca-

davres de Nicolas Duval, de Mathurin Soulard et de Biaise Tuillié,

tombés dans une rencontre

qu'ils avaient

eue avec un parti

—4— ils désiraient donner ce qu'ils n'espéraient une sépulture chrétienne. Celui qui avait faibli la veille, Nicolas Tillemont, un enfant qui n'avait pas 20 ans, honteux de sa lâcheté, s'offrit pour remplacer un des morts. Trois autres jeunes gens, Jean le Comte, Simon Grenet, François Crusson en firent autant, de sorte que la troupe repartit au complet le lendemain. Mais les pères de famille rassemblés sur la grève, les pauvres mères étouffant leurs sanglots, en suivant du regard les canots qui s'éloignaient dans les brumes du fleuve, durent sentir que c'était l'adieu suprême.

d'Iroquoîs i* et auxquels

pas pour eux-mêmes

le

:

La petite troupe se mit à remonter l'Ottawa. Ce n'était plus firmament bleu d'acier du milieu de l'hiver. Sous un ciel gris et

bas, déversant des giboulées et

de

grésil,

au travers des glaces qu'entraînait

au milieu des brouillards

la

débâcle

d'avril,

avec

les

encore veufs de leur feuilpour tout horizon, sur les deux bords de la rivière, quand par hasard il s'ouvrait une éclaircie, ils finirent par arriver le ler

squelettes des arbres et des arbustes, lage,

mai au pied du Saut des Chaudières de l'Ottawa et, pour éviter toute surprise, s'enfermèrent dans un fortin, abandonné par les Algonquins et qui était semblable à tous ceux que les sauvages avaient l'habitude de faire. C'était une enceinte fermée de pieux à demi pourris, plantés en terre, et qui se trouvait à une certaine distance de l'eau. Au bout de quelques jours ils furent rejoints par 40 Hurons de Québec,

commandés par

le

vieux chef Anaho-

taha et 6 Algonquins sous Mittiwimeg, capitaine les siens.

Sans

faire tort à

sacrifièrent jusqu'au

ceux des indigènes

renommé parmi

qui;

bout, on peut affirmer que

eux

s'ils

aussi, se

eussent été

compagnons de Dollard, ennemis n'en fussent jamais venus à bout, Le lendemain de l'arrivée de ce renfort, 200 Iroquois Onnontagués 2* surgirent à

tous animés de l'esprit qui inspirait les les

l'improviste,

au

moment où

la

petite troupe des alliés faisait sa

M. Benjamin Suite dit qu'ils se noyèrent. Biaise Tuillié^du diocèse d'Avignon, pour la première fois au Canada en 1647. Mathurin Soulard a laissé une descendance nombreuse dans le district de Montréal. 2* Une des 5 nations iroquoises. Les autres étaient les Agniers, les Onneyouts, les Goyogouins, les Tsonnontouans I*

figure

prière avant de prendre

de

se jeter

leur

dans

le fort.

repas du

Tons

histoire connaissent le

épisode dramatique. et,

le

pour

ainsi dire, le

les

soir.

Elle n'eut que le temps

Canadiens-Français qui ont

récit qu'a fait l'abbé

lu

Ferland de cet

Je ne puis guère que suivre cet historien reproduire au bénéfice de ceux qui ne l'ont

ou qui Font oublié. Les Iroquois, après avoir rencontré nos gens, se retirèrent d'abord à une certaine distance et s'entourèrent également d'une palissade, tandis que les Français et leurs amis sauvages consolidaient leurs fortifications avec de la terre et des pierres, en y pratiquant d'espace en espace des meutrières, à chacune desquelles on plaça trois tireurs. Il était temps, car les Onnontagués tentent l'assaut en poussant leurs horribles cris de guerre, mais en se

jamais

lu

Voyant décimés par le feu des nôtres, ils battent en retraite. Ils envoient avertir un gros corps d'Agniers, rassemblés dans les îles du Richelieu, de venir leur prêter main forte et, pour donner le change sur leurs intentions, font semblant de vouloir parlementer avec leurs adversaires. Les Hurons auxiliaires n'y étaient que trop disposés, mais les Français, sentant qu'on leur tendait un piège, se refusent à toute négociation et forcent les Onnontagués à se tenir hors de la portée du fusil. Pendant sept jours le fort

Au danger

resta ainsi investi.

continuel se joignent les plus dures

A peine les assiégés ont ils assez d'eau potable pour maigre pitance de farine qui sert à ehacun de nourriLe froid et l'insomnie ne les tourmen ent pas moins que la

privations,

délayer ture.

la

faim et

la soif, et

il

faut se défendre continuellement contre toute

surprise de l'ennemi.

Au bout d'une semaine Agniers

et

Onneyouts,

les

Onnontagués sont

et alors la fusillade

rejoints par

500

continue nuit et jour

autour du fort complètement investi. leur foi

chaque

Les Français, puisant dans une énergie invincible, s'agenouillent pour remercier Dieu, fois

qu'ils

ont repoussé une nouvelle attaque

;

mais

les

Hurons envoient quelques-uns des leurs s'entendre avec l'ennemi. Trente d'entre eux sautent par dessus la palissade et se rendent aux Iroquois, malgré les reproches de leur brave vieux chef qui,

avec 7 ou 8 des siens, reste avec les Français. Nous ne saurions trop admirer le dévouement de ces pauvres enfants de la forêt.

Leur

parole jurée les place

fidélité à la

De

frères civilisés.

tels

prouvent que

l'hstoire,

exemples, et plus

les

Le Grand Esprit

ment.

A

l'humanité.

dans

la

mystérieuse,

il

fait,

nombreux dans

donnent

Ils

démenti à

le

le

monopole exclusif du dévoue-

est plus

large que ces détracteurs de

ses enfants, rouges

poitrine un

sont

nobles vertus se trouvent aussi

bien chez les sauvages que chez nous.

ceux qui veulent nous attribuer

au niveau de leurs

ici

ils

comme

à ses autres

fils, il

a mis

cœur d'homme et, de cette source auguste quand il lui plait, jaillir le sacrifice.

Les Iroquois, croyant par

les

et

rapports des transfuges qu'ils

auraient facilement raison de la petite garnison, épuisée

par

les

privations, qui se trouvait encore dans le fort, s'en rapprochent et

tentent une nouvelle attaque,

mais

ils

sont encore mis en

après avoir perdu plusieurs de leurs guerriers.

fuite,

Honteux et fud'hommes

rieux d'être arrêtés depuis dix jours par une poignée

qui leur ont déjà

suprême

un

effort

de

réussir.

pagnons, ils

Le

le

qui,

jour où

ils

ne sais

Un

si

fils

les circonstances,

elle

allaient tenir jusqu'au

même

d'être trop oublieuse

plus nobles

dans

de ses

se

On

à témoin.

bout

le

serment dont

reproche à

la

France

dédaigneuse de son pas-

gloires, trop

souvient de ceux-là et pourtant jamais

certain

nombre d'Iroquois le fortin et s'y

être atteints par le feu des

coups de hache.

fusils

se décident à

ne tombèrent pour sa civilisation et son drapeau.

sade qui protégeait

possibles.

ils

ne pouvait manquer

dernier jour était venu pour Dollard et ses com-

avaient pris Dieu

sé, je

perdre beaucoup de monde,

fait

Nos gens

se ruent

assiégés. se

au pied de

la

palis-

logent de manière à ne pouvoir Ils

abattent

défendent par tous

Dépourvus de grenades,

ils

les les

pieux à

moyens

lancent sur l'ennemi des

Dollard ajuste une fusée à un petit baril

chargés à crever.

de poudre et veut le jeter au milieu des assaillants. Malheureusement, une branche arrête le baril il retombe dans le fort où il ;

fait

explosion et porte

outre par

la

la

mort parmi

les assiégés qui,

aveuglés en

fumée, ne distinguent plus leurs ennemis.

Ceux-ci

s'emparent des meurtrières

et sont,

dès

lors,

maîtres de

la place.

Un des transfuges, un neveu d'Anahotaha, invite son oncle à se rendre en lui promettant la vie sauve "J'ai donné ma parole aux FrapFrançais," répond le chef indien "je mourrai avec eux." pé à mort peu après,

il

ne veut pas que son scalp orne une cabane

iroquoise et avant d'expirer,

mettre

la tête

geants sur

le

il

un de ses compagnons de lui Un Français, voyant les assié-

prie

sur les charbons.

point d'entrer dans

achève à coups de hache

le fort,

quatre camarades blessés à mort, pour leur épargner endurer.

qu'ils auraient eu à

du

fort sont tués à

coups de

encore sont traînés sur

le

les

supplices

Quelques-uns des derniers défenseurs fusil.

Deux

Français qui respiraient

feu et tourmentés

Quatre autres, dont

de

la

manière

la

plus

blessures n'étaient pas morque 4 Hurons qui avaient combattu jusqu'à la fin avec Anahotaha. Ce serait le 21 mai 1660 qu'aurait eu lieu ce dernier combat. S'il est vrai que, parmi les nations ou les populations du globe, celles-là seules ont droit à une existence indépendante et glorieuse, dont les origines ont été cimentées par le sang héroïquement versé pour la cause commune, comment s'étonner que les Canadiens-Français aient confiance dans leur avenir. Jamais dévouement plus noble, plus horrible. telles,

sont

les

faits prisonniers, ainsi

voulu, plus complet dans son abnégation,

d'un jeune peuple

ne consacra

le

berceau

!

Les Iroquois avaient enfin réussi à anéantir

la

poignée

d'hommes qui

leur barrait le chemin, mais au premier sentiment que traduisaient leurs hurlements de triomphe, succéda bientôt chez eux celui de la stupeur et de la consternation. Plus de 400 des leurs gisaient devant le fortin du Long Saut. Comme les Grandes Compagnies arrêtées au seuil de l'Helvétie

d'exultation

après

la

bataille

* Village près

de Saint-Jacques, *

ils

durent se dire qu'une

de Bàle en Suisse où 1600 Suisses luttèrent contre 22,000 routiers français, anglais, brabançons, etc., commandés par le dauphin de France, plus tard Louis XI. Les Suisses furent exterminés, mais avant de mourir, ils avaient tué lo, 000 de leurs adversaires On peut s'imaginer la jubilation du rusé Louis XI lorsqu'il vit plus tard le plus redoutable de ses ennemis, Charles le téméraire, aller s'attaquer aux montagnards qui, à Granson et à Morat, brisèrent sa puissance et lui portèrent le dernier coup à Nancy.

comme

autre victoire

Affaiblis et dé-

celle-là les enterrerait tous.

la résistance imprévue qu'ils avaient rencontrée, ils chemin de leur pays, emmenant en captivité, non seu-

moralisés par reprirent le

lement ceux qui leur avaient tenu

mais aussi

tête,

transfuges

les

Un

Huron^ nommé Louis, échappa durant le trajet et finit par arriver à Montréal où il fournit les premiers détails sur l'affaire. Un Te Deum fut chanté dans toutes les églises de la colonie. A Ville-Marie il y eut un service funèbre dans la chapelle de l'hôpital où les héros avaient fait le serment de combattre jusqu'à la mort. Bien fervents et bien sinqui avaient trahi

cause

la

commune.

cères durent être les remercîments adressés au les prières

ne

elle

prisonniers, sept ou huit

adoptés par

sentait qu'elle était sauvée.

Hurons furent mis

joindre leurs familles à Québec.

Quant aux

à mort, quelques-uns

parvinrent plus tard à re-

D'autres

Iroquois.

les

^bien ferventes

La Nouvelle France

pour ceux qui avaient su mourir.

trompait pas,

s'y

ciel,

Deux

Français furent brûlés.

le nom malheureusement, ajoutant à du martyr, mourut avec tant de courage 'au milieu des plus afifeuses tortures, sans articuler un cri ni une plainte que les Iroquois hachèrent son cœur par petits morceaux et en mangèrent, pour hériter de sa valeur. Qu'on se représente un frêle navire sur une mer orageuse, pleine de surprises, de dangers, d'épouvantes de toute espèce.

L'un d'eux dont on ignore

du soldat

la gloire

celle

Des lames monstrueuses

assaillent incessament l'esquif de l'abâbord à tribord, le font craquer dans toutes ses membrures et menacent de le submerger, et là-bas,

vant à

l'arrière,

sur

écueils

les

de

qu'on

entendre son ressac ce

navire

qui

paraît

hommes

soldats,

ver à bon port. teurs

de

toriens cette la

la

et

devine sans

terrible,

perdu,

femmes

marins luttent

tels

furieuse, pleine

lumière qui sauve

les

mer

nous

passagers, officiers et

les les

fait

Sur

pères et

les

représentent

arri-

fondales his-

Qu'on se rassure toutefois. Sur d'embruns et d'obscurité, luit peuples comme les individus, lumen in

Canadiens-Français.

mer

et

la

naufrage.

courageusement pour

Tels nous paraissent

Nouvelle-France,

distinguer,

les

avant-coureur du

de

récifs,

cœh,

le

dévouement porté

des miracles.

Au

fait

Ormeaux rayonne comme un cœur de ceux qui

se

de notre race appartient à

la

que

la

l'espérance dans

renaître

croyaient perdus.

fait

plus fort de la tempête qui menaçait la colonie

naissante, la figure de Dollard des

phare qui

haute puissance, celui qui

à sa plus

Ce glorieux

fils

pléiade des vaincus plus g;rands que

le

leurs vainqueurs, et

que pour d'autres n'a fait la victoire, ou mais non moins méritants, qui ont fait d'avance le sacrifice de leur vie à un triomphe encore Il fait partie de ces héros dont tout homme de cœur incertain. ne prononce le nom qu'avec respect et que l'humanité honorera éternellement, parce qu'ils se sont dévoués contre toute espérance pour la patrie ou la liberté. Dans l'au delà de la tombe, Pierre Dollard des Ormeaux, l'humble volontaire de France est votre Vous ne déchoirez égal, rois, consuls, généraux très illustres. main fraternelle, vous dont une l'histoire répépas en lui tendant Botzaris, tera toujours les noms magnifiques et qui vous appelez défaite a couronnés plus

à celle de leurs émules plus heureux

:

Kosciuszko, Winkelried,

Pour terminer, me

les

sera-t-il

Décius, Léonidas, Spartacus.

permis d'émettre un vœu.^ Le grand

sculpteur canadien-français, monsieur Louis-Philippe Hébert, a

fait,

monument de Maisonneuve qui orne comme on La glorieuse histoire de Villela place d'Armes de Montréal. sait, le

Marie y

superbe

est racontée

dans

le

talent de Mademoiselle

placées

les statues

monument et les bas-reliefs qui le Mance pansant un petit sauvage,

le vaillant

Laure Conan

fait

avec sa chienne pilote, Charles LeMoyne, signature de l'acte de fondation de

combat de

le

de Dollard. Celle-ci

est représentée

C'est un

sont pas

les

les figures

trise *

la

motifs qui

le

soldat-laboureur, la

première messe à

place d'Armes * et

la

dans un bas-relief

ce n'est

monument qu'on

secondaires.

revivre dans l'Oublié,

la ville, la

la Pointe-à-Callières,

pas assez.

aux quatre coins du On y voit Jeanne Lambert Closse que

complètent.

devrait

lui

;

mort

ériger et ce ne

manqueraient à l'éminent sculpteur pour Il pourrait y déployer a son aise sa maî-

de tout ce qui se rapporte aux Indiens, Maisonneuve y avait vaincu 2

les Iroquois le

et

30 Mars 1644.

donner au brave

— chef huron Anahotaha

La messe du serment, dans

la

ro



place d'honneur qui

lui

revient de droite

l'ensevelissement des trois volontaires tués

première rencontre, l'adieu définitif sur

la

monte de l'Ottawa,

la

grève, la re-

que d'épisodes pour inspirer l'artiste. Qu'on mette un pareil monument sur une des placespubliques de Montréal ou de Québec, pour inspirer à la jeunesse la lutte finale,

canadienne-française faire

les

sentiments

comprendre qu'aucune race

rappelant

le

souvenir d'un

fait

qu'il

symboliserait

et

n'est supérieure à la nôtre,

lui

en lui

d'armes que peu d'autres ont

jamais surpassé dans les fastes antiques et moaux populations d'autres origines,, sur le sol canadien, ce qu'elles ont une forte tendance à c'est que la France est bien pour quelque chose dans la

égalé, que rien n'a

dernes. établies oublier,

Il

rappellerait aussi

colonisation de

remplacées par s'il

restait

ce pays-ci et que, lorsque les la

croix de Saint-George sur les murs de Québec,,

encore beaucoup à

était accompli.

fl.eurs-de-lys furent

faire,

le

plus

rude de

la

besogne

PIERRE LEMOYNE D'iBERVlLLE

UNE FAMILLE DE HEROS

Les origines, Charles Lemoyne.

'HISTORIEN

E

Lemoynes

canadien Bibaud

jusqu'à Guillaume

le

fait

remonter

la famille

des

Conquérant, c'est-a-dire jus-

qu'aux Scandinaves qui s'établirent en Normandie, puis-

qu'il n'y avait

qu'eut lieu la

que cinq générations

qu'ils

conquête de l'Angleterre,

y

étaient installés lors-

et je crois volontiers à

une

Je doute qu'il ait jamais existé ailleurs une famille donné à son pays et à son roi une pareille abondance d'hommes d'action, de serviteurs dévoués à la cause nationale, de soldats et de marins dont plusieurs moururent sur les champs de

pareille origine.

qui ait

bataille

ou par suite des fatigues éprouvées au service de

L'homme

supérieur de la famille,

d'Iberville, rappelle bien la

en

effet

promptitude de son coup d'œil,

trise

complète des choses de

ces terribles vikings qui,

la

le

plus célèbre, Pierre

la patrie.

Lemoyne

par son audace extraordinaire, la rapidité

de ses coups, sa maî-

mer, ces fameux rois des anses,

pendant plus d'un

siècle,

désolèrent les

côtes de l'Europe occidentale, en remontèrent les fleuves, en sacca-

gèrent

les villes les

plus florissantes.

D'Iberville a fait oublier

son père,

le

un homme canadien et

fondateur de fort

la

I

Canada, mais

famille au

distingué, et

ses frères,

12peut dire que

l'on

quelque vaillants

qu'ils

celui-ci était

grand héros de

le

fussent, avaient

qui tenir.

Adrien Duchesne, chirurgien de Dieppe, qui parait être venu s'était fait une situation importante dans la colonie. En 1641, il fit venir son neveu, Charles Lemoyne, fils de Pierre Lemoyne et de Judith Duchesne, paroisse de SaintRémy de Dieppe. Le jeune homme n'avait alors que 16 ans. Il commença par entrer comme engagé au service des Jésuites, dans le pays des Hurons, où il resta quatre ans et se familiarisa avec les langues sauvages. En 1645, il fut envoyé aux Trois-Rivières en qualité d'interprète et de commis, et le printemps suivant on au Canada avant 1620,

le

plaça à Montréal.

A

partir de

cette époque,

il

se distingua à

diverses reprises dans la guerre contre les Iroquois, tant par sa bra-

voure que par son habileté dans

les

négociations.

Il

acquit plus

tard une grande influence sur les sauvages qui l'appelaient

En

essan, la perdrix.

1650,

il

Akou-

obtint une terre à Montréal.

En

épousa Catherine Tierry, âgée de 13 ans, orpheline, originaire des environs de Rouen et qui avait été adoptée par Antoine Î654,

il

Primot.

En

1657, la seigneurie

de Longueil

lui

concédée

fut

avec droits de haute, moyenne et basse justice, par

François de

C'était l'époque où les Iroquois infestaient continuelle-

Lauzon.

ment les environs de Ville-Marie, où ils massacraient de temps en temps des colons, malgré toute la vigilance qu'on pouvait leur Actif et entreprenant

opposer.

Charles

ou

Lemoyne employait

les affaires

de

la

lui

de Villemarie ou

concessions pour récompenser

de Maisonneuve à Montréal, *

tout

que

vrai

"Normand,

donnaient

la

guerre

colonie à défricher, et à mettre en valeur les

terres dont les seigneurs

1

comme

les loisirs

il

son zèle,

incarne

le

i

le roi

*

accroissaient ses

Sur

le

monument

moissonneur-soldat. 2 *

Margry

2 * Voir l'article si intéressant, accompagné de magnifiques gravures, de M. j. B. Lagacé sur " Louis Philippe Hébert et son œuvre" dans là Revue Canadienne de

Janvier 1901.

Il se repose, appuie sa faucille contre le sol et regarde la campagne d'un air rêveur, mais il porte son fusil en bandoulière, attaché sur le dos, car l'Iroquois rôde peut-être aux alentours, en

quête de meurtre et de pillage.

En

le

1653,

Conseil souverain de Québec, dont les attribu-

tions répondaient à celles de nos parlements de province,

Charles

Lemoyne

greffier

M. Lauzon Charny, sion de

Dans

1657

l'île

en

la

sénéchaussée de

de

1666

Ronde

l'île

contre

les

et

Iroquois,

nomma

de Montréal.

de François, ajouta en 1664 à

fils

Sainte-Hélène,

l'expédition

l'île

la

conces-

autres

terres.

figuraient

700

commandés par MM. Lemoyne, de etc. Le roi lui accorda des lettres de

miliciens dont 100 sauvages

Repentigny,

de Belestre,

noblesse qui

le qualifiaient

de sieur de Longueil.

En

1662, nou-

de terre par l'intendant Talon. En 1673, il reçoit le territoire formant la seigneurie de Chateauguay, accordée au sieur Lemoyne, dit Frontenac "pour l'affection qu'il a toujours témoignée pour le service du roi et la promptitude avec laquelle il a toujours exécuté les ordres, qui lui ont été donnés par les gouverneurs, soit dans les guerres où il s'est signalé en plusieurs occasions, soit en diverses négociationss ou traités de paix qu'il a fait avec eux par leur commandemant, etc. En 1676, le nom de sa terre de Longueil s'étendit sur toutes ses concessions, réunies en un seul fief, dont le titre passa à l'aîné de velle concession

sa famille.

Envoyé avec quelques-uns de

ses

fils

en députation chez

les

engagea ces derniers à s'entendre avec M. de la Barre, et le 3 Septembre 168 1, il revint à l'anse de la famine (ainsi nommée parce que la disette et les maladies y avaient cruellement éprouvé l'armée française), accompagné de plusieurs Iroquois,

il

chefs qui conclurent voir

M. de

la Barre,

la

paix.

*

Aussi n'est-on point surpris de

dans une dépêche qui

fut

portée en France

par d'Iberville, conseiller au ministre de la marine de créer le père gouverneur de Montréal " comme étant l'homme du Canada *

M. Benjamin

Suite.

— qui avait

plus fait à la guerre contre les Iroquois et contribué

le

davantage à par

le



14

On

paix qui avait été conclue avec eux. *

la

voit

court résumé qui précède que Charles Lemoyne. tout en

faisant sa fortune sur cette

presque enfant, avait aussi rendus à

la

vernaient

terre

d'Amérique où par

mérité,

chose publique, l'estime et

le

pays.

les

il

éloges de ceux qui gou-

les

Bon sang ne pouvait mentir.

généreuse produit des rejetons vigoureux

de ce soldat-moissonneur

et

était arrivé

services qu'il avait

Une

terre

de ce maître homme,

:

de l'orpheline

qu'il avait associée à

son sort naquit une phalange de héros.

II

PIERRE LEMOYNE D'IBERVILLE

Première Période, Campagnes à Il

la

né sur

les

s'il

le

plaisir

mélancolique, bien

souvenir de ce grand

on n'y entendait que

appartient à

la

à nous autres, par son

le

doux

Nouvelle-France, existence passée

Il

rons plus tard, * Bibaud.

ne fut point, il

ne

comme

tout entière à soutenir la tête

d'une escadre

d'autres que nous

fut point obligé

par

les dia-

parler de notre pays,

nous appartient aussi

il

l'honneur de notre pavillon, par sa mort à française.

que

Canadien-Français,

bords du Saint-Laurent à une époque on, sauf

lectes sauvages,

car

Baie d'Hiidson, Expédition contre Corlar.

y a pour un Français un

profond, à évoquer

(1686- 1690).

la

rencontre-

date de sa naissance,

— le

malheur des temps où

il

15

— préférences personnelles ou

vécut, ses

opinions politiques, de mettre ses talents et sa vaillance au

ses

service d'un pays

ennemi

et

de porter

les

armes contre nous.

quel paladin des temps antiques, quel héros soldat, à ce marin, à cet

Et

créé par l'ima-

pourrait se comparer à ce

des romanciers et des poètes

gination

fictif

explorateur dont

la vie,

toute d'activité

le charme Pendant 20 ans que dura sa

écoulée au milieu des plus dures réalités d'ici-bas, a tout

d'une légende des anciens jours

?

glorieuse, mais trop courte carrière, les

ses pas sillonnèrent les sols

plus différents, sa proue fendit les flots des mers

comme ceux

des fleuves, son glaive fulgurant étincela sous les climats

les plus

pendant 20 ans, son nom plana comme une menace Homme d'action, il le constante sur les ennemis de la France. fut à un degré suprême, comme on ne l'est plus, comme on ne opposés

;

peut plus

l'être

aujourd'hui.

Bien pouvaient-ils

le

suivre avec

enthousiasme, ses durs matelots et ses coureurs de bois,

à la

dé-

mort qui ne voulut pas de lui sous la L'épée et le fusil, la hache et l'aviron, forme qu'il eût préférée, la voile et le gouvernail, sa main experte non moins que forte Dans cette Amérique du Nord qu'il parcousavait tout manier. rut en tous sens, les eaux glacées sillonnées d'icebergs de la baie d'Hudson, les rivages brumeux de Terre-Neuve, les baies profondes de la patrie d'Evangeline comme les chaudes mers des Antilles, le delta que le majestueux père des eaux, le Meschacébé, après son prodigieux voyage de 9000 kilomètres, * s'est fait à son couverte, au

combat, à

la

embouchure, au travers des alluvions

des arbres que ses crues

et

formidables y ont apportés, en un mot tous les lieux où s'aflîrma la présence de ce fils superbe de notre race, portent témoignage

couronne d'immortalité. Pierre Lemoyne, né le 20 juillet 1661 à Montréal,

à sa triple

troisième rine

et,

après, *

il

fils

dès

de Charles Lemoyne. cet

instant,

portait à Paris les

9,200 en y joignant

Globe).

le

se

A

14 ans,

mit à naviguer.

dépêches de M. de

Missouri, (c'est presque

le

était

le

garde-maQuelques années

il

la

était

Barre,

gouver-

quart de la circonférence du

recommandait pour le grade d'enseîgne de vaisseau, comme étant un excellent marin qui avait déjà fait Il n'y a donc pas lieu de s'étonplusieurs voyages de long cours. neur de

ner

si,

la colonie, qui le

dès l'âge de 24 ans, c'est-à-dire il surgit en pleine lumière

prentissage,

au bcut de 10 ans d'ap-

comme un

soldat et un

marin consommé.

que

Bien

le

droit

international

fût

souvent violé à cette

comprendre comment les premières expéditions où d'Iberville s'est révélé à lui-même et au monde, ont pu se faire à un moment où l'Angleterre et la France n'étaient pas en guerre,. Quelques explications préliminaires sont donc indispensables. Vers 167 1, Saint-Simon, accompagné du père Albanel, s'était rendu à la baie d'Hudson, et y avait arboré époque,

le

les la

le

lecteur aurait peine à

drapeau delà France.

deux couronnes,

les

question

dépit des traités qui existaient entre

Anglais, dès 1677, avaient bâti au fond de

baie d'Hudson, dans

qu'il est

En la

partie

d'atteindre

qu'on appelle

la

baie

bientôt en chemin de

James

fer,

le

et

fort

la rivière du même nom^ Ils y ajourivières deux les Montsouris comptoirs sur et Sainte-Anne. tèrent Dès 1678, Colbert écrivit à l'intendant Duchesneau de prendre des mesures pour contester aux Anglais la propriété qu'ils veC'est ici qu'entrent en scène deux personnaient de s'arroger. * nages entreprenants et actifs à coup sûr, mais peu scrupulleux deux Huguenots, Chouard des Groseilliers et Radisson, qui, pendant des années, passèrent avec une désinvolture charmante du Service de l'Angleterre à celui de la France et vice-versa, et dont

Rupert, à l'embouchure de

M. Benjamin Suite nous décrit les allées et venues dans le cinquième volume de son " Histoire des Canadiens- Français." C'était eux qui avaient fait prendre possession de la baie d'Hudson Dès qu'ils eurent appris la revendication de par les Anglais. Colbert, ils firent acte de repentir, passèrent en France imploIls furent renvoyés au rer leur pardon et offrirent leurs services. compagnie Canada avec mission d'y former une française, la Com* Garneau.

,



17

pagnie du Nord, pour exploiter en ï68i,

fia,

quels

la



nom

qm* fut aussi

de

partie ouest

la

celle

baie

puis à Paris où ils

ils

le

Bourbon,

fort

appelée actuellement Nelson,

la rivière

de Sainte-Thérèse

d'Hudson

et qui se jette

Après avoir

dans

avaient des réclamations à présenter.

se laissèrent séduire par les offres et les

Malheupromesses

de Lord Preston, ambassadeur d'Angleterre en France, qui attacha de nouveau au service de son pays.

don de

couronne britannique

la

nom

dont

le

pour

le faire

fut

changé en

les

Radisson reçut en

Bourbon la mer neveux, fils de

propriété du fort

la

de

celui

la

hommes

laissé 8

retournèrent à Québec,

des Groseilliers et Radisson

le fort,

reusement,

donné à

de

située à 7 lieues

dans

Sainte-Thérèse (au-

auprès

jourd'hui rivière Hill), et construisirent

leur con-

petits navires avec les-

arrivèrent à la rivière qu'on appela

ils

On

baie d'Hudson.

commandement de deux

le

Nelson, et repassa

remettre aux Anglais par un de ses

s'y trouvait pour 400,000 Les Anglais y firent nn fort à quatre bastions, entouré d'un fossé plein. d'eau et pourvu de munitions et d'une bonne garnison. Ceci se passait en 1682. La cour de France fit ses plaintes au cabinet de Londres qui pro-

des Groseilh'ers qu'il y avait

francs de fourrures

quand

mit de faire remettre

la

il

laissé,

fut

i*

I!

rendu.

place à ^es fondateurs, mais

politique déjà très difficile

permit pas de donner suite à ce projet,

lui

Nord

résolut de se faire justice elle-même.

de M. Denonville, alors gouverneur de corps de

Canadiens- P^rançais

de Troyes,

capitaine

la

situation

du monarque anglais (Charles

et

d'infantrie

Conseil Souverain donnait

la

la

et la

11)

Elle obtint en 1685 Nouvelle France, un

de soldats, commandés par

Québec,

propriété de

ne

Compagnie du

auquel un la rivière

M

arrêt du

Sainte-Thé-

Les soldats étaient au nombre ce 30. Quant aux 70 Canahommes d'élite, ils marchaient sous les ordres direcfs

rèse.

diens, tous

des trois

Hélène I

*

2* servir,

tégea

il

le

Lemoyne Lemoyne de

frères,

et

Léon Guérin. M, Benjamin

d'Iberville,

Maricourt.

2*

Un

Lemoyne de

Sainte-

mi^sionaire,

le père.

Suite nous apprend que lorsque Pierre Lemoyne communça à y avait parmi les sous-secrétaires d'état un M. d'Iberville qui, peut-être, projeune officier et lui laissa son nom.

3





r8

Sylvie, accompag-nait l'expe'dition, et l'on pense bien spirituel

cœur y

ne

avait son prix, mais des jarrets d'acier

Comme

sables.

de

dit

le

que

la

Potherie,

i

* "

zèle

îe

Un grand

pas pour de pareils apostolats.

suffisait

y étaient indispenil

être cana-

fallait

dien pour supporter les fatigues inséparables de pareilles expéditions,"

La

petite troupe partit au mois de mars 1685 d^^iMontau milieu d'une bordée de neige, pour remonter l'Ottawa jusqu'à la hauteur des terres (ligne de partage des eaux), et, de là^ descendre jusqu'au fond de la baie James. Au départ les riréal,

vières étaient glacées,, et c'est raquettes

tobaganes, 2* qu'il

Saut où

l'on arriva

aux pieds

fallut trainer vivres et

dans

les

chute, on put mettre

et attelés à des bagages jusqu'au Long:

premiers jours

Au

d'Avril.

dessus

canots à

flot et continuer à remonTémiscamingue, d'où Ton gagna par de De ce dernier^ par des petites rivières le grand lac Abittibi. chemins non frayés, toujours difficiles, à travers un pays inconnu^

de

la

ter l'Ottawa jusqu'au

souvent traînant fallait

faire

fatigues

lac

canots

les

à

travers bois ou" marais

portages, on arriva enfin

des

incroyables, des

sortes, à la baie

les

James,

dangers

Dans

et des

le trajet,

le

souffrances

comme

vira

dans un rapide

;.

s'en

de toutes

d'Iberville,

de ses hommes,, traversait une rivière en canot, héros

il

20 Juin, après des

trois

notre

quand

tira ét

celui-ci

avec cha-

sauva un de ses

deux autres se noyèrent. Enfin nos gens arrivèrent au nombre de 82 près du fort Montsouris ou Monsipi, bâti Il était de forme carrée, sur une éminence près de la rivière. compagnons,

les

protégé par des palissades de 17 à iS pieds de hauteur, flanqué

de quatre bastions

et

armé d'une douzaine de canons avec block-

haus ou redoute au milieu, portant quatre pet^es pièces d'artilTandis- que le chevalier de Troyes et Maricourt enfonlerie. I* Bacquevilîe de la Potlieiie, né aux Antilles, un des historiens de la Nouvelle France. 2* Tobagane, tobogane, du sauvage cri otobanask, sorte de traîneau composé d'une longue planche de bois flexible, recourbée à son extrémité et dont on se sert en hiver ponr glisser du haut des pentes. On dit aussi traîne sauvage. Au NordOuest et à la baie d'Jîudson, on l'emploie encore pour le transport des voyageurs et (Extrait du dictionnaire de M. Sylva Clapin.) des marchandises.

^ cent à coop de bélier Hélène,

suivis

porte principale,

la

de cinq ou six hommes,

d'un autre côté et attaquent

d'une main

et

1-9

son

fusil

de

la

redoute.

l'autre,

d'iberville

escaladent

et

Sainte

palissade

la

D'iberville s'y jette l'épée

mais au

moment où

il

venait d'y

pénétrer, un Anglais qui se trouvait derrière la porte, laquelle tenait .

une penture, la referme, et notre héros, dont la carrière pu se terminer là, se trouve tout-à-coup dans FobscuIl y soutient une lutte corps à corps avec les ennemis, les rité. -entend descendre un escalier, tire dans le tas et finit par être délivré par ceux des nôtres qui avaient réussi à faire tomber la

>«ncore par

•aurait bien

porte

entièrement. *

Les Anglais,

naturellement,

daient guère à cette visite venue de Montréal et si

vivement menée que

la

ne

s'atten-

l'affaire avait été

plupart étaient à demi vêtus.

Ils

de-

mandèrent quartier, sauf un canonnier qui, fidèle à son devoir, allait mettre le feu à sa pièce, quand Sainte-Hélène le tua d'un coup de fusil. Après la prise du fort Monsipi, on se dirigea vers le fort RuUne chaloupe construite ou pert, situé à 40 lieues de distance,. réparée pour la circonstance, rangea la côte, transportant deux pièces de canon qu'on venait de prendre aux Anglais, tandis que Après cinq jours de marle reste de la troupe suivait par terre. che, on arriva de nuit, le ler juillet, devant le fort ennemi dont Sainte-Hélène fit aussitôt la reconaissance à travers l'obscurité. Un petit bâtiment de guerre, monté par 15 hommes, était mouillé vis-à-vis du fort. D'iberville et Maricourt, suivis de neuf Canaprennent un canot, s'approchent sans bruit du navire anglais diens, dont l'équipage dormait paisiblement et montent sur le pont. Il s'y trouvait un pauvre diable enveloppé dans une couverture et qui aurait pu donner l'alarme. On l'expédie à l'arme blanche et d'iberville frappe lui-même du pied sur le pont, comme c'est l'usage pour réveiller ceux qui sont au-dessous et leur donner l'alerte. On fend la tête d'un coup de sabre au premier qui se montre au dessus de l'échelle. Un autre à l'avant périt de même. Le héros canadien force la chambre à coups de hache, fait main * Garneau.

— 20 basse partout et donne enfin

Pendant ce avec

dans

les siens

gés, en mirent

trouvait

battue, par

de combat.

à Monsipi au milieu

de

jetées parmi les asié-

Une

la place,

Tous

merci.

les

prisonniers

un yacht échoué à une assez grande distance du ter la redoute et

couper

monde pour garder vilie fut

redoute qui se après avoir été

bélier et le canon, allait sauter par la mine,

le

demanda

l'ennemi

forçait la p3rte

Des grenades,

la place.

plusieurs hors

comme

aux quelques survivants. du fortiet entrait

quartier

de Troyes

te nps,

quand

furent mis dans

On

fort.

fit

sau-

palissade parce qu'il eut fallu trop de

la

Le bâtiment

ce lieu.

envoyé à Monsipi

anglais pris par d'Iber-

et bientôt suivi

du yacht qu'on avait

radouber. *

fait

Il s'agissait maintenant d'aller s'emparer du fort Quitquitchouane ou d'Albany (Garneau l'appelle Sainte- Anne), dont on

ignorait la situation exacte, mais

côte

occidentale de

Quand

difficiles.

les

la

la

baie

marée

engagé dans

jusqu'à trois faisait route

dit huit

pas de sance.

;

les glaces.

lieues

si

Le voyage

il

fallait

porter

fut

fut des plus le

y avait déjà longtemps qu'on on entenprès du but, quan C'étaient les Anglais qui, ne se doutant Il

l'on était

l

surprise qui les attendait, célébraient

Ce

la

bagage et quand elle était haute, on se trouDes pointes de batture s'avançaient

au large.

sans savoir

coups de canon.

la

d'Hudson.

était basse,

canots à une lieue au loin

vait

qu'on savait se trouver sur

quelque réjouis-

encore Sainte-Hélène qui alla reconnaître

la place.

défendue par 4 bastions et 43 pièces de canon et se D'Iberville qui, avec sa trouvait au milieu d'un pays marécageux.

Elle

était

prise, suivait

par mer, eut toutes

des glaces,

mais

finit

les

peines du

monde

à se retirer

par arriver à l'embouchure de

la rivière

Sainte-Anne (aujourd'hui Albany), où il entra heureusement et débarqua 10 canons pendant la nuit. Il avait apporté de Monsipi tous les pavillons de la compagnie anglaise, et il s'en ser\/it Le lendemain, après quelsans doute pour entrer dans la rivière. ques pourparlers sans résultat avec *

Léon Guér

n.

le

gouverneur

du

fort

on

— 21 — pointa

les

pièces de canon contre la

cachée dans un

"batterie

bois, sur

chambre

quarts d'heure, tira plus de 140 volées qui criblèrent tout

La

Une

qu'il occupait.

une hauteur, en moins de cinq le

fort.

garnison avait envie de se rendre, mais aucun Anglais ne vou-

lut se

montrer pour amener

quand on voix

sert

le

pavillon, occupation

de cible aux assiégeants.

dangereuse

Bientôt on entendit des

souterraines qui partaient des caves et qui demandaient à *

Henri Sergent, le gouverneur général de tous les établissements anglais dans la baie d'Hudson, se trouva parmi les Il fut tiansporté avec sa suite à l'île de Charleston prisonniers. capituler,

i

(sans doute celle qui est

de

la

baie James).

Le

marquée Chariton sur reste

de

la

les

cartes,

au sud

garnison fut transporté à

Mon-

Les Français trouvèrent pour environ 50,000 éeus de pelil ne restait plus aux Anglais dans la baie leterie à Sainte-Anne, d'Hudson que le fort Nelson (Bourbon). Le 6 août de cette même année, de Troyes retourna à Montréal. D'Ibervilîe. resté sur les lieux pour rétablir les affaires de la Compagnie du Nord, ne partit que 6 mois plus tard, laissant le commandement à Maricourt, et se rendît à son tour à Montréal par les terres. Ici se place un de ces épisodes caractéristiques qui noug montrent l'énergie des compagnons de d'Iberville. Avant de retourner à Montréal, il avait envoyé 4 hommes pour reconnaître un navire anglais pris dans les glaces près de l'île Charleston. L'un d'eux tomba malade en chemin. Les trois autres furent surpris par les Anglais. Il y en eut un qui échappa par la fuite. Les deux compagnons furent pris, liés et mis à fond de cale, où sipi.

ils

passèrent l'hiver.

se noie.

Le

Au

printemps

pilote et les six

celui qui conduissit le

autres Anglais

moins vigoureux des deux

nadre

qui restaient font

Canadiens pour les aider. Un jour que plusieurs insulaires étaient en haut dans les manœuvres, le Canadien s'arme d'une hache, casse la tête à deux de ses ennemis qui se trouvaient sur le pont et court délivrer son camarade. Tous deux s'arment, se rendent maîtres du navire et lui font prendre la route des ports français. Ils rencontrent en

servir le

°

Léon Guérin.

— 22 — chemin d'Iberville qui avait équipé un bâtiment pour délivrer ses hommes, Le navire pris était chargé de vivres et de marchandises qui furent d'un grand secours dans les forts, i * Il y a dans ce récit un détail qui me rend rêveur, comme on dit en style de chronique. On nous dit que c'est le moins vigoureux des deux Canadiens qui a fait le coup. Je me demande un peu ce que l'autre aurait bien pu accomplir Cette campagne avait fait le plus grand honneur aux chefs de l'expédition et, de ce jour, commence la renommée de d'Iberville. Dès 1687, Gautier de Comperté, un des directeurs de la Compagnie du Nord disait de lui qu'il était militaire comme son épée. Cette même année, la France et l'Angleterre signèrent, pour deux ans, un traité par lequel il fut décidé que les armateurs des deux nations qui n'auraient pas de commission de leurs prince seraient traités

comme

pirates,

mais

le

pouvoir de Jacques II baissait tous

gouvernement ne pouvait exercer une influence efficace à pareille distance. Aussi, quand d'Iberville revint à la baie d'Hudson en 1688, y trouva-t-il trois navires que les Anglais avaient envoyés pour enlever les Français. Ils ne purent rien entreprendre avant l'hiver. D'Iberville qui avait renvoyé un bâtiment à Québec, avec une cargaison de pelleterie, se mit en garde, dès qu'ils les eut découverts, quoiqu'il n'eût que 14 hommes avec lui 2* et fit si bonne contenance qu'il imposa aux ennemis. Sur ces entrefaites arriva l'année 1689 et la guerre fut déclarée entre la France et l'Angleterre Les premières hostilités eurent lieu en Amérique. Juchereau de la Ferté, à la tête d'un parti de Canadiens, enlève le fort Severn à l'embouchure de la rivière du même nom qui se jette également dans la partie orientale de la baie d'Hudson, entre la rivière Nelson au Nord et la On y trouva des lettres de la compagnie rivière Albany au sud. au gouverneur de Severn de proclaordonnaient Londres qui de mer Guillaume III et de prendre possession de toute la baie d'Hudson au nom de l'Angleterre. De son côté, d'Iberville veles

jours et son

I*

1*

Le gouverneur Denonville parle de Garneau,

cet incident

dans une

lettre

du 25 août 1687.

— 23 Anne

nait d'arriver au fort Ste.

de 24,

anglais, l'un Il

deux navires

(d'Albany), quand

de 22 canons, parurent en vue du

l'autre

fort.

essaya d'entrer en pourparlers avec eux, mais ayant appris qu'ils

avaient

deux pièces de canon chargées

pointer

fait

sur un lieu où

devait avoir

il

à mitraille

une entrevue avec eux, et

de-

qu'ils

quand il y serait arrivé avec sa suite, il rompit avec eux et leur fit une guerre d'embuscades, dans laquelle il tua ou prit une partie de leurs équipages, et finalement obligea les deux Il conduisit le plus gros, chargé navires à amener leur pavillon. vaient

de

tirer

pelleterie, à

qui

il

Québec, après avoir remis

l'autre à Maricourt, à

Quant aux

confia les postes au fond de la baie.

comme

nombreux,

étaient

ils

il

prisonniers,

leur remit l'autre navire qu'il leur

avait pris pour leur permettre de s'en retourner en Angleterre.

Une

des choses qui frappent

on étudie sa à la terre

vie, c'est la facilité

réciproquement, de

et

saient gracieusement

les

irrévérencieusement

monde de mettre n'était

baie

le

bonne mère

notre

la

chez d'Iberville, quand il

passait de la

mer

comme

route des cygnes,

di-

écumeurs Scandinaves, à ce qu'on appelle plancher des vaches, quand on parle de

nourricière.

Il

n'est

pas

donné

à tout

le

pont d'un navire d'un cœur léger pour se raquettes aux pieds, ce qui, pour le héros canadien,

quitter

les

plus

le

avec laquelle

Aussi

qu'un jeu.

d'Hudson,

le

suivre,

le

voyons-nous, après ses exploits de

comme

simple

volontaire,

la

l'expédition

contre Shenectady ou Corlar, important village peuplé de Hollandais qui était situé à 12 milles d'Albany, l'état

de

France, qu'elles

New

York.

pour punir

1690,

capitale actuelle

Nouvelleindirecte

anglaises

de

l'aide

les

frapper de

en

les

colonies

elles-mêmes

mouvement.

Dans

et,

les

à cet effet,

il

de

la

donnaient aux Iroquois, résolut de

reur, en les attaquant

ditions

la

Frontenac, alors gouverneur de

ter-

mit trois expé-

premiers jours

de

Février

Saut Saint-Louis et de la Montagne de * 16 Algonquins et 116 Français ou Canadiens-Fran-

80 Iroquois du

Montréal,

i

çais sous les ordres

de Sainte-Hélène et de d'Ailleboust de Man-

I* C'étaient des Iroquois chrétiens et domiciliés qui étaient devrïues nos alliés et qui prenaient part à nos expéditions.

— tet

24



Repentigny de Montesson pour les seconder;, aux pieds, le fusil en bandoulière» paquet de provisions sur les épaules, la gaîté et l'espérance au avec d'Iberville

et

se mirent en route, les raquettes le

cœur. *

Les Européens qui ne connaissent pas le Canada ne peuguère se faire une idée de la force de résistance, de l'en-

vent

durance

(comme on

drt

aujourd'hui)

indispensable

pour

de

Je ne crois pas qu'à notre époque, si riche en jeux et en exercices destinés à développer la force physique, à pareilles expéditions.

faire des athlètes, il y en ait beaucoup qui puissent soutenir la comparaison avec une campagne faite en raquettes, avec armes et provisions. Qu'on se représente ces longues journées de m^arche à.

travers les halliers et les forêts sans les pieds,

au dessus de

centenaires,

la tête,

plaquée aux

fin.

La

neige est partout, sous

suspendue aux pins des

troncs hlancs

et

aux sapins

bouleaux oh

elle

s'aperçoit à peine, ressortant sur l'écorce grise des m.erisiers et des

accumulée dans les fourches formées p ir les branches. soudain, aussi fort qu'un coup de pistolet ou de craquement Le de quelque tronc d'arbre contracté par le froid, le bruit fusil, sourd, presque imperceptible, ou le claquement sec produits par les raquettes dans leur contact avec la neige, suivant que celle-ci est molle, fraîchement tombée ou durcie par l'effet du dégel et du regel, interrompent seuls le silence solennel de ces forêts muettes par nature, aux abords desquelles on n'entendait point alors l'aboîment des chiens de ferme ou la sonnerie lointaine de quelque cloche de village. Aucun bruit pour l'oreille, aucun mouvement pour Le rat musqué dans son trou, le renard dans sa tanière, l'écul'œil reuil et l'ours au creux des arbres sont engourdis dans la grande torpeur de l'hiver, torpeur féconde d'ailleurs, puisqu'elle a un réveil. Les oiseaux petits ou grands, les rapaces nocturnes euxmêmes qui, aux heures crépusculaires et dans les nuits sereines de érables,

!

l'été et

partis

de l'automne, font entendre leurs sinistres houhous, sont

aux pays des éternels printemps.

au travers *

Ferland.

de cette solitude

et,

avec

L'homme lui,

la

seul se

légère

meut

envolée de

— 25 — neigeuse

poussière

que soulèvent

gauche, à perte de vue, gris,

ses

raquettes.

bois et toujours le bois

le

!

A Du

droite,

blanc,

à

du

du vert sombre, couleurs de neige, de branches sèches, d'aide sapins, rien d'autre pour égayer l'œil, si ce n'est, là-haut,

guilles

feux

les

que nos pierres jaillir

des

précieuses,

les plus

rameaux

riches et plus éblouissants mille fois

plus

multicolores,

que

les

rayons du

et des ramilles couverts d'une

soleil font

couche de glace,

dans l'éclaircie, au dessus des arbres, un monothéiste comme celui que j'ai vu là-bas dans le Sahara algérien, un ciel lumineux, sans nuages et sans tache, pur et sans limites comme le Dieu dont il éveille l'idée. Puis encore, vers le soir, quand on marche dans la direction du couchant, au bout de quelque avenue interminable de conifères, puis, encore plus haut,

coin de ciel bleu,

droits la

comme

un

ciel

des piliers de cathédrale, aboutissant à une clairière,

du

vision merveilleuse

inonde d'un ruissellement Voici que

changer.

le

soleil

d'or.

s'enfonçant dans

Mais

le

lendemain

la

neige qu'il

la

scène peut

vent du Nord accourt et bientôt souffle

De la forêt naguère silencieuse il fait un orgue immense qui renvoie en un écho puissant et sauvage les grandes voix de l'espace. Il faudrait le sombre génie du Septentrion pour décrire la tourmente. Les branches s'entrechoquent, les troncs eux-mêmes se tordent et se lamentent sous la formidable étreinte des aquilons. Appels stridents, murmures étouffés, bruits de en tempête.

foule et de houle, susurrements mystérieux, cris déchirants, galo-

pades

tous les bruits qui blessent ou effrayent l'oreille

furieuses,

Est-ce la voix de ceux qui ne sont âmes voyagent sur les ailes de l'ouragan ? Est-ce pandémonium, le grand sabbat des esprits infernaux ? Comme plainte sans fin de la mer, comme la grande rumeur des flots,

et l'âme

se font entendre.

plus et dont les le

la

n'e^t-ce

pas

secret à

Dieu

les arbres plit

plutôt la voix de la nature

de l'Univers

l'énigme

notre

?

et

cherchant à pénétrer

désespérée de ne pouvoir arracher son

Sous les coups redoublés de la rafale qui secouent de simples arbustes, une terreur religieuse rem-

comme

âme, car derrière

les

forces cosmiques qui

semblent

avoir libre carrière, nous devinons la main de Celui qui les arrête

4

— 26 — quand

il

lui plait et

celles des cœurs.

qui tient les clefs de rabîme

Bientôt

comme

il

tient

neige arrive à son tour, rare et clair-

la

semée d'abord, puis aveuglante, tant elle est drue et dense. La violence du vent décroît petit à petit, et les blanc flocons qui tombaient lentement tout-à-l'heure accélèrent leurs descente. Les choses revêtent un aspect qui, pour être moins terrible, n'en est pas moins austère. Tout se couvre d'un linceul sous lequel les arbres à feuillage persistant finissent et

Ton marche morne

et

comme

force silencieuse, plus formidable nés, la

la

que

les

neige qui a

suffi à

la

disparaître,

sensation de cette

autres éléments déchaî-

amusement

neige à double face,

des armées,

eux-mêmes par

écrasé sous

des enfants, fossoyeuse

l'Eternel

pour briser

la puis-

sance d'un Napoléon.

Dans qu'il

fit,

l'azur

les

qu'il

expéditions

comme

neigeât ou que

immaculé, que

celle

le soleil

de Corlar, quelque temps

régnât sans partage dans

la forêt fût silencieuse

des forces cosmiques, coucher sans abri sur

il

fallait toujours^

la neige,

ou vibrât sous

l'effort

arrivés au but de l'étape,

mais nos vieux Canadiens, plus

heureux que nos grognards de 1812 et habitués à trouver dans la forêt même des ress :)urces qui manquaient dans les plaines sans Une peau fin de la Russie, n'étaient pas embarrassés pour si peu. pour matelas, la couverture de laine pour protéger le dessus du corps, pour réconfort le feu, le pain qu'on cassait à coups de hache et les provisions peu variées qui, pendant la marche, avaient pesé lourdement sur les épaules, leur permettaient de braver les rigueurs de leur âpre hiver et d'arriver après 15 jours, 20 jours de marche ou plus encore sur les Saxons ou les Teutons, frileusement engourdis au coin de leurs foyers. Malheureusement, cette fois-ci, l'expédition ayant lieu vers le Sud, le thermomètre s'éleva plus qu'il n'aurait fallu et nos gens prises,

durent, à diverses re-

Les Canadiens

patauger dans l'eau jusqu'aux genoux,

voulaient attaquer treprise trop

le

les autres

hasardeuse, opinèrent pour Corlar.

on arriva à deux

du Saut,

Albany même, mais

lieues

de cette bourgade.

trouvant

Le

l'en-

8 Février,

Le chef des Iroquois

Grand Agnier, homme courageux

et

intelligent,

fit

— 27 — une harangue dans laquelle leurs

fatigues

il

exhorta ses compagnons à oublier

rétablissement de

la

Shenectady,

ou

Corlar

devoirs.

et à faire leurs

Nouvelle- Angleterre qui était

le

plus rappro-

ché des Iroquois, formait un carré long fermé par des palissades percées de deux portes, dont l'une sur le chemin d'Albany, et renLa température avait chanfermait plus de 80 bonnes maisons. vent soufflait avec violence, soulevant des

gé, le froid était vif, le

tourbillons de

neige qui fouettaient

Les

visage.

le

Hollandais

comme

reposaient dans une sécurité profonde, ne pouvant cioire, le dit

Colden,

*•

qu'il

fiit

marche au milieu de autre abri que

hommes de

possible à des

dans

la forêt,

temps

les

faire

une

telle

plus froids, sans

les

sans autres provisions que celles qu'ils por-

le ciel,

y avait bien dans le village un petit fort où étaient quelques soldats, mais on n'avait pas posé de sentinelle. Nos gens s'approchent à la faveur de la nuit, s'emparent d'une des portes, se répandent sans bruit dans la place, puis, à un moment taient entre eux,"

donné,

Il

attaquent

maisons

les

poussent un

et

cri

de guerre, au

travers duquel éclatent les notes sinistres et stridentes des voix

indiennes.

Quel

réveil

défenseurs

sont

tués.

pour

colons

les

!

Le

Les maisons sont

fort est pris, tous les

assaillies et

tour à tour, et bientôt toute résistance devient vaine.

emportées

Une

soi-

xantaine de personnes, hommes, femmes et enfants, sont tuées

dans niers.

la

chaleur du

Quant au

sans vêtements cette fuite

;

combat.

reste

de

la

On

fait

un bon nombre de prison-

population, elle se sauva vers

25 de ces fugitifs eurent des

Quand on

fut maître

de

et des fatigues des jours précédents,

la

membres

place on se

Toutes

les

refit

Albany

gelés dans

des jeiànes

maisons furent

du capitaine Alexander Glen dont la femme beaucoup de sollicitude aux captifs français conduits précédemment à Corlar, et celle d'une veuve chez qui on avait transporté Lamarque de Montigny, un volontaire qui avait (3n remit en liberté 30 Agniers été blessé pendant le combat. qu'on avait trouvés dans le bourg, pour faire voir aux gens de leur nation qu'on en voulait seulement aux Anglais et aux Hollandais. Au point du jour, la nouvelle de cette affaire fut portée à Albany briilées,

excepté

avait témoigné

celle

— 28 — homme

par un

temps de sauter sur un chele genou dans sa fuite. Le canon d'alarme fut tiré, Albany mis en état de défende, la milice appelée sous les armes jusqu'à une distance considérable et, en même temps, on avertissait les Iroquois. Les Français et leurs alliés sauvages se remirent en route avec 28 prisonniers et 50 bons chevaux dont 10 seulement arrivèrent à Montréal, A 60 lieues de Corlar, les Indiens s'éloignèrent pour faire la chasse. Les autres continuèrent, mais en se gardant mal, aussi une quinzaine d'entr'eux flirent-ils tués ou pris par une centaine d'Agniers envoyés à la poursuite par les gens d'Albany, i* Le but de l'expédition n'en fut pas moins atteint Il en fut de même des deux autres organisées par Frontenac Dans la même saison Zacharie François Hertel, sieur de la Première, à la tête 52 Canadiens et sauvages des Trois-Rivières, s'emparait de Salmon Falls, tandis que Portneuf, fils du baron de Bécancour et le jeune Augustin Le Gardeur de Tilly de Courtemanche, 2* à la tête d'un autre détachement de Canadiens que rejoignirent en route des troupes de l'Acadie et des Abénaquis commandés par le fameux baron de Saint-Castin, après une marche prodigieuse, détruisaient le fort de Casco (aujourd'hui Portland), dans le Maine, au bord de l'océan. Frontenac avait atteint son but. Les colons anglais et hollandais qui poussaient les Iroquois, trop mobiles pour que nous pussions les atteindre, à qui n'avait eu que

le

val et dont une balle fracassa

ravager

la

armes

des munitions, étaient frappés de terreur.

et

colonie française, et leur fournissaient, à cet

qu'eux du moins n'étaient pas à

heureux Indiens

colons, alliés à

l'abri

de nos coups.

Ils

effet,

des

savaient

Nos mal-

massacrés l'année précédente à Lachine par

les

nos ennemis, étaient vengés.

Pour le récit même de l'action, je ne pouvais rien innover. J'ai reproduit, résumant en peu, la relation qu'en a fait Ferland. 2* A la mort de Frontenac (Is'ovembre 1698) if fut dépêché secrètement par M. de Callières de Montréal en France, par voie d'Albany et de New York, afin de demander pour son protecteur le poste de gouveri>eur-général. Il arriva bon premier, devançant de quelques heures Amyot sieur Vincelot qui avait été envoyé par MM. de Champigny et de Vaudreuil (voie de Pentagoet, Nouvelle-Ecosse), en vue de solliciter le même poste pour ce dernier. On juge de la surprise des deux Canadiens se renconI*

en

la

trant à Versailles.

-29 — III

Deuxième Période Nouvelles expéditions à la baie Pejnaqiiid,

— Campagne de

'

(1690-1697.)

Hudson.— Prise

destruction de

et

Terre. Neuve, prise de Saint-Jean.-—

Campagne du Nord, Après son expédition contre

tout naturellement vers la baie

se reporta

retrouvons, la

lui-même

même

et les "

année, avec

Armes

le

d'Hudson où nous

Sainte-Anne

qu'i'

le

comuiandait

de la Compagnie^' sous Denis de Bona-

Le 24 Septembre,

venture.

de d'Iberville

Corlar, la pensée

Thérèse, et débarquait

il

mouillait près de la rivière Sainte-

avec lo

hommes pour

tâcher de faire

quelque prisonnier et de se renseigner, mais une sentinelle l'aper-

Un

bâtiment ennemi de 36 canons, vouenvoya deux chaloupes à sa poursuite, mais nos gens s'étaient rembarqués et arrivèrent heureusement à leur bord. Le reflux ayant fait échouer le navire anglais, d'Iberville fit fausse route pour faire croire qu'il allait abandonner la baie, puis retourna à une autre rivière dite des Saintes-Huiles, parce qu'il s'y en était perdu une boite et où il trouva le Saint-

donna

çut et

l'alarme.

lant lui couper la retraite,

Frajiçois,

commandé par

deux pour

le fort

Nelson, et en réduisirent

On y à

son frère Maricourt.

Ils

partirent te us

anglais de Newsavane, à 30 lieues de eelui de la

garnison à l'incendier et à se disperser.

ramassa une grande quantité de pelleteries qu'on transporta

Sainte-Anne, tandis que Maricourt se rendait avec

François au fort Rupert, après avoir secouru

Armes

le

Saint-

Monsipi, et que

le

Compagnie mouillait à l'île Charleston. D'Iberville retournait à Québec au mois d'octobre avec ses pelleteries, quand son frère ainé Lemoyne de Longueil, lui donna avis à l'Ile aux Coudres, dans le Saint-Laurent, qu'une flotte anglaise navire

les

assiégait

Québec.

tie n'était

de la

C'était le

pas égale.

grand armement de Phipps

Le Sainte-Anne

reprit

la

et la par-

route de France,

mais pas avant d'avoir dépêché à Frontenac un canot qui dait

compte de ce qui

s'était

passé à

la

lui

ren-

baie d'Hudson, et qui

— 30 — arriva à

Québec le lendemain de la levée du siège, le 25 octobre mémorable dans les annales de la Nouvelle-France,

1690, jour

D'Iberv,

de frégate.

le,

après son arrivée à la métropole, fut

Il

reçut instruction

d'ouvrir la route

fait

capitaine

aux vaisseaux

marchands qui naviguaient entre le vieux pays et le Canada. Vers la fin de l'été 1692, il alla, avec Denis de Bonaventure, attaquer les forts anglais du Maine. Villebon qui parait avoir, à ce moment, commandé en Acadie, leur envoya Portneuf avec 2 offiL'entreciers et un détachement de Canadiens et de sauvages. demi. D'Iberville réussit qu'à obtint une concession sur prise ne la rivière

Ristigouche.

Les établissements français de la baie d'Hudson étant abandonnés à eux-mêmes, les Anglais songèrent à les reprendre. En 1693, trois de leurs navires s'approchèrent du fort Sainte-Anne qui avait pour toute garnison trois de nos gens et débarquèrent 40 hommes pour s'en emparer. Mais dans l'attaque qui suivit» deux des ennemis furent tués et les autres s'éloignèrent, se figu-

Des sauvages qu'ils rencontrèrent du véritable nombre des défenseurs, les Anglais les ayant informés revinrent à 100, trouvant sans doute que 40 contre 3 ne suffisaient Les trois Français s'embarquèrent sans être aperçus et pas. gagnèrent Québec. * J'oubliais de dire qu'il y avait un quatrième engagé qui, dans un accès de folie furieuse, avait tué le missionnaire et le chirurgien, et qu'on avait mis aux fers. On laissa ce dangereux compatriote aux Anglais.. L'ennemi s'empara également des forts Rupert et Monsipi. Nos gens avaient beau faire des prodiges ils étaient trop peu nombreux, et nos gouvernants de France n'étaient pas assez intelligents pour distraire de nos armées, plus que suffisantes pour la défense de notre territoire, 2 ou 3 régiments qui auraient occupé d'une façon permanente les postes conquis, et comme le régiment de Carignan, fait souche de colons. Mais les choses allaient bientôt changer de face. En 1694, rant la plaec bien défendue.

;

*

Louis Guérin.

_ 31 — arriva de France en Canada avec deux navires de convoyant une grande flotte marchande. Le 8 octobre, se mit en route pour la baie d'Hudson avec deux frégates, le

d'Iberville

guerre, il

Poli qu'il commandait lui-même, ordres de son frère Sérigny

les

et la

quelques Iroquois du Saut Saint Louis. avoir couru de grands dangers au

d'Hudson,

Le

rèse.

et

de

ils

Salamandre qui

emmenant avec

lui

était sous

lOO Canadiens

et

Le 24 Septembre, après

milieu des glaces de la baie

arrivèrent à l'embouchure de la rivière Sainte-Thé-

port Nelson est formé par

la rivière

le

confluent de cette rivière

Bourbon (aujourd'hui Nelson).

Le

fort était situé

bord du premier de ces cours d'eau, à une demi-lieue de son embouchure. C'était une maison carrée, défendue par une garnison de 50 hommes et munie de 50 canons ou pierriers. sur

le

Pendant près d'un mois, les glaces empêchèrent les navires frande s'approcher du fort. Ils ne purent remonter la rivière que le 28 octobre. Le même jour, d'Iberville fit débarquer son monde et commença le siège. Le 4 décembre, la garnison fit une sortie et Lemoyne de Chateauguay, un jeune frère de d'Iberville^ C'était le deuxième de la fut tué en voulant arrêter l'ennemi. Sainte-Hélène était mort en famille qui tombait pour la France. çais

1690 des suites des blessures qu'il avait reçues, en repoussant les Anglais au siège de Québec. Le 14 Novembre, la garnison se rendit et obtint de bonnes conditions.

possession de

prit

la

place en

lui

Le lendemain

rendant son

d'Iberville

nom de Bourbon.

ne put sortir de la baie d'Hudson qu'au commencement de Septembre 1695. Ses deux navires se dirigèrent vers la France Il laissa une garnison de avec une riche cargaison de pelleteries. fort Bourbon.* 70 hommes au L'Angleterre ayant refusé, malgré les défaites qu'elle avait subies, la paix que lui ofl"rait Louis XIV, ce dernier résolut de pousser la guerre encore plus vigoureusement. Frontenac reçut l'ordre d'agir contre les Iroquois, Villebon de prendre et de faire sauter Pemaquid,''et les autres commandants, après avoir secondé cette opération, devaient occuper Terre-Neuve et la baie d'Hudson. Il

*

Ferland.

_ 32 — Pemaquid (Pemquit), Anglais en Amérique, cette baie

alors la forteresse laplus considérable

était bâti sur le

de Fundy qui s'enfonce

veau-Brunswi'ck et

la

bord de

la

profondément entre le NouNouvelle-Ecosse. Les murailles flanquées si

d'une tour avaient 22 pieds de haut et portaient i8 canons.

temps de 1696, mis sous

26

juin,

le ils

des

mer, à l'entrée de

Au prin-

armés à Rochefort, furent commandement de d'Iberville et de Bonaventure. Le arrivèrent à la baie des Espagnols (Cap Breton), et y V Ejiviettx Qt le Profond,

trouvèrent des lettres de Villebon qui

seaux anglais croisaient devant

le

les

informait que trois vais-

port de Saint-Jean et que, trop

résister, il s'était retiré vers le haut de la rivière du nom, pour se rapprocher des sauvages attachés à notre cause. Les deux navires, après avoir embarqué 50 guerriers Micmacs, firent voile pour la rivière Saint-Jean (NcuveauBrunswick). Le 14 juillet, d'Iberville démâta le Newport de 24 canons et s'en empara, sans perdre un seul homme. Il en donna le commandement à M. de Lauson. Uue autre frégate anglaise de 26 canons s'échappa, grâce a la brume. Après avoir débarqué les provisions destinées au fort Naxoat sur la rivière Nashwarck, vis-à-vis de la capitale actuelle du Nouveau-Brunswick, Fredericton, et avoir fait avertir les sauvages de la rivière Saint-Jean de se rendre à Pemaquid, V Envieux et le Profond allèrent mouiller à Pentagouet, pour réparer leurs avaOn y distribua les présents du roi aux Indiens, c'est surries. eux que les petits cadeaux entretiennent l'amitié. Ils avec tout embarquèrent au nombre de 204 sous le baron de Saint-Castin. Ce personnage célèbre et que Longfellow a chanté était un ancien officier de Carignan qui avait épousé une abénaquise, était devenu le véritable chef des Abénaquis et les menait au combat. Il mourut au mdieu d'eux, et même quand l'Acadie nous eut été

faible

pour

même



enlevée,

il

fut

redouté des colonies anglaises et recherché des

gouverneurs français.

C'était le type par excellence

de ces pos-

sesseurs de ''seigneuries sauvages" qui, au lieu d'établir des habi-

tants sur leurs concessions, s'occupaieut de la traite des fourrures et

vivaient au milieu

de leurs employés

comme

les

barons du

— 33vages se joignent Villieu

commandés par

soldats

25

Aux

était aussi *

Bonaventure en

Denis de

moyen-âge.

sau-

capitaine

^leur

1694 contre Pemaquid. avait avait rûlé 60 fermes, tué plus de

par sa campagne de

qui,

sur

attiré l'attention

(Il

lui.

1

amené 27 prisonniers jusqu'à Montréal après une marche de 250 lieues). Avec eux se trouvait Montigny que nous re200 Anglais

et

Ces soldats appartenaient aux troupes de la marine." On appelait ainsi les régiments employés dites aux colonies, parce que ces troupes recevaient leur solde du

trouverons à Terre-Neuve. ^*

ministre de la marine.

forcée, arriva

un

la place,

prit d'abord

quand

Août devant Pemaquid.

D'Iberville

de

très

la

mer

même

fait

remettre

L'expédition, ainsi ren-

guerre.

la

nommé Chubb,

défendre.

se

14

le

Colbert qui s'était

C'était

du budget de

cette partie

Le commandant de

hommes avec lui et aurait pu sommer de se rendre, Chubb le

avait 95

le fit

haut et répondit

qu'il

défendrait son

terre de bandes abénaquises, mais dès qu'on eut jeté deux ou

bombes dans le

place,

la

il

baron de Saint-Castin

daient lettre

l'assaut,

accepta

il

l'avait averti que'

conditions qui

les

lui

remet à

la

fait

se dirigeaient

débarquer

mouiller dans tôt rejoint

3

traiter

les

lui,

qu'il

le

gouverneur de

rendit

et

faites

d'Iberville,

avait

adressé au

qu'il

une

flotte

cingle vers

y avait

le

de 7 bâtiments Cap Breton, où

pris à son arrivée et va

la place,

M.

il

Brouillan.

est bien-

Celui-ci

revenait d'une expédition infructueuse contre Saint-Jean, ture capitale de

l'île,

après s'être emparé toutefois

nombre de postes secondaires la

et

M. Benjamin 5

Suite.

la fu-

d'un certain

de 30 navires marchands. Dans

Nouvelle-Ecosse, Villieu, après avoir détruit *

la

Septembre,

rade de Plaisance, à Terre-Neuve, où

la

par

sur

Micmacs

Anglais atten-

d'un échange de prisonniers,

voile avec ses 3 navires, évite

ennemis qui il

furent

une réponse au message

d'attendre

gouverneur de Boston, pour

d'autant plus que les

the better part of valor,"

is

Le

place qu'on rasa immédiatement. las

si

la

trois

massacrés, et appliquarst à la

dicton anglais " discrétion

le

gamme

changea de

seraient tous

ils

fort,

couverte de vaisseaux français et

serait

les fortifications

de



34



Pemaquid,

s'était retiré à Pentagouet, mais une frégate, enfin parde Boston, pour effectuer un échange de prisonniers, l'ayant trouvé presque seul, l'enleva. tie

C'était d'Iberviile qui avait proposé à la cour,

de détruire

très écouté, d'attaquer et

de Terre-Neuve. frère

Wesp,

le

Profond attaquer

les

qu'il

la

Rochelle

Ini

fallait,

Nord de

postes du

le

ayant

D'Iberviile

et le Violent,

et les provisions

vers bois,

il

était déjà

Peu de temps après son arrivée à Plaisance, son

Lemoyne de Sérigny amenait de

d'hommes



établissements anglais

les

Palmier, le

le

nombre

résolut d'aller, à tral'île,

principalement

l'ennemi était moins sur ses gardes, mais là commencèrent ses démêlés avec Brouillan * qui devait s'entendre avec

Carbonière

lui

oij

pour mener à bien l'expédition.

était

un

homme

Le gouverneur de

intelligent et expérimenté,

Plaisance

mais dur, violent et

aux pêcheurs et à ceux qui l'apque d'Iberviile, aussi généreux que brave, aimer de tous et, comme le dit Charlevoix, était

avide, ce qui l'avait rendu odieux

prochaient,

tandis

savait se faire

littéralement

ième légion.

pour ses Canadiens ce que César Brouillan qui se brouilla et se

avec d'Iberviile au cours de l'expédition par une malice comique du

et

dont

sort,

semblait être

brouillons-nous," Brouillan dis-je,

commença par

première de d'Iberviile, quoique celui-ci

était

pour sa dix-

racommoda quatre

fît les

la

fois

devise,comme

"je

me

brouille,

s'opposer à l'idée

principaux

frais

de

130 Canadiens ou volontaires qui avaient accompagné leur chef et compatriote, devaient obéir à l'expédition, puis prétendit

ses ordres, à lui Brouillan,

mécontent, parla de se

Canadiens déclarèrent

que

les

comme

retirer,

qu'ils

ses propres soldats.

D'Iberviile,

de retourner en France, mais

les

ne reconnaîtraient pas d'autre chef

que lui, et l'impérieux gouverneur dut céder et s'entendre avec eux pour aller attaquer Saint-Jean. D'Iberviile qui craignait d'être jeté par quelque coup de vent vers les côtes de France prit à travers bois, tandis que Brouillan s'embarquait sur ie Profond pour se rendre à Rognouse, lieu d'abord fixé pour le rendez-vous. *

Jacques Brouillan né en 1755, ancien capitaine du détachement des troupes de gouverneur de Plaisance de 1690 à 1700, puis de l'Acadie en 1701.

la marine,

— 35 — Les Canadiens, partis le ler Novembre 1696 de Plaisance, accompagnés de l'abbé Baudouin, ancien mousquetaire, alors missionnaire en Acadie, arrivèrent le 16 au Foulon, après une marche de neuf jours, au milieu d'un pays mouillé, couvert de mousse, où la glace se brisait sous leurs pas et au travers de bois épais où il fallait

se frayer

un chemin, sans parler des

eurent à traverser par un temps très

qu'ils

avait renvoyé en faits

France

le

lacs

froid. i*

et

des rivières

Brouillan qui

Profond avec quelques prisonniers 100 hommes.

en chemin, arriva à son tour au Foullon avec

Après s'être concerté avec d'Iberville, celui-ci se porta à 6 lieues du Foullon sur BayebouUe, où il s'empara d'un bâtiment marchand dont l'équipage s'enfuit dans les bois avec les habitants du lieu. Par les prisonniers que firent les détachements envoyés en reconnaissance de côté et d'autre, on apprit qu'il n'y avait que Le 20 Novembre, par trois bâtiments marchands à Saint-Jean. un temps neigeux, nos gens se mettent en marche. En tête du

commandé

par Brouillan et d'Iberville, à 500 pas 30 Canadiens, commandés par le fameux Jacques Testard de Montigny dont l'influence sur ses compatriotes corps principal

en avant, marchent

balançait celle de d'Iberville

lui-même, à ce que nous assure M.

Benjamin Suite, et dont le nom, dit Charlevoix, faisait tomber armes aux mains des plus résolus. 2* Cette avant-girde se heurta tout a coup à 80 Anglais postés avantageusement dans le bois et couverts par quelques rochers. Après avoir reçu l'absolution de l'abbé Baudouin, les Canadiens s'élancent tête baissée sur les

l'ennemi qui, pris en flanc par Jean.

le

corps principal, s'enfuit à Saint-

D'Iberville qui se trouvait partout où

il

y avait

le

plus de

risque à courir et de fatigues à essuyer, 3* les suit de près et les force de se jeter dans prisonniers.

Le

deux

reste

forts

s'enfuit

dont

ils

s'empare

dans un grand

et

fort

où il fait 30 ou dans une

quaiche (barque de 25 à 30 tonnes, montée en fourche comme un yacht et tirant 6 pieds d'eau), mouillée dans le port et qui ne tarda I* Ferla nd. 2* Quand il mourut, on constata que son corps était couvert de près de 40 blesSon tils se distingua dans la guerre de 7 ans. sures. 3* Bibaud.

- 36 pas à en les

sortir,

-

emportant, avec une centaine d'hommes,

plus précieux des habitants, pendant que Brouillan,

quart d'heure après d'Iberviile, occupait

Dans

tous ces combats d'avant-poste,

Nescambiouit,

s'était

un

avec ses soldats.

brave

chef abénaqui,

le

les

même qui parut à eour de VerC'est 200 Anglais s'étaient retirés dans le grand fort le

la

sailles

en 1706.



espéraien; être secourus par

attendaient.

arrivé

la ville

couvert de gloire à côré de ses amis,

faces pâles de France.

ils

les effets

Pour pouvoir

deux vaisseaux de guerre

s'en approcher,

du

Muy

et

qu'ils

Montigny,

à la tête de 60 Canadieus, biîjlèrent les maisons qui l'entouraient. Il

était

placé à mi-côte sur une pente, flanqué de 4 bastions et

défendu par 12 piècs de canon

:

D'Iberviile, à la tête de 30 autres

Les Anglais cherchant à on envoya chercher à Bayeboulle un mortier, des bombes et de la poudre qu'on débarqua du Profond. Le 30 Décembre, le commandant Canadiens, protégeait

les travailleurs.

temporiser dans l'attente des secours

anglais,

qu'ils espéraient,

accompagné des quatres principaux bourgeois, demanda

Il ne voulait se rendre que le lendemain, espéchangement de vent permettrait aux deux navires de guerre anglais qu'il voyait depuis deux jours louvoyer au large, d'entrer dans le port. Mai-> on le menaça d'un assaut imm.édiat s^il ne se rendait le jour même, ce qu'il fit, à condition qu'il pourrait retourner en Angleterre avec tout son monde sur deux bâtiments qu'on lui donnerait. Brouillan, toujours malgracieux»

à parlementer.

rant qu'un

signa seul la capitulation,

sans

la

présenter à d'Iberviile.

En

deux commandants failirent en venir aux mains pour le partage du butin dont la meilleure part fut, comme il était juste,

outre, les

attribuée au capitaine canadien, puisqu'il avait fait la plus grande

de l'expédition. Il sortit delà place 160 hommes un grand nombre de femmes et d'enfants. La voyant prise, les capitaines des deux navires ennemis retournèrent en Angleterre. On détruisit les forts et l'on brûla toutes les maisons du bourg et des environs. Montigny envoyé à Portugal Cove, à 3 lieues de St-Jean, prit 30 fuyards qui cherchaient à gagner CarOn proposa à du Muy de rester sur les lieux avec 60 bonière. partie des frais

et

— 37 — soldats. Trais

il

refusa,

voulant suivre d'Iberville qui devait con-

tinuer la guerre tout l'hiver avec ses ian,

hommes

Quant

à Brouil-

s'en retourna à Plaisance,

il

commença une de ces prodigieuse campagnes d'hiver Canadiens avaient le secret et que rien ne surpasse dans de la guerre, car le courage au feu, comme je l'ai fait

Alors

dont

les

l'histoire

moindre qualité nécessaire pour les Pendant deux mois, d'IberVille et ses compagnons, raquettes aux pieds, chargés de leurs armes (un fusil, une hache, un couteau-poignard) et de leurs provisions, parcoururent la côte de Terreneuve et détruisirent tous les établissements anglais, à voir auparavant, n'était que la

accomplir.

l'exception de Bonavista et de Carbonière, trop bien fortifiés par les hommes pour pouvoir être pris par une petite Les canadiens, dans leurs expéditions, se battaient en tirailleurs, genre de guerre dans lequel ils excellaient et qui nous a valu quelques-uns des plus beaux triomphes qui aient honoré les la

nature et

troupe.

armes françaises en Amérique (La Monongahéla, Carillon) chacun agissait par lui-même, attaquait l'ennemi ou se défendait à sa guise.* On tua deux cents hommes aux ennemis et on leur fit 6 à 700 prisonniers, hommes, femmes et enfants qui furent envoyés à Plaisance et dont la plupart s'échappèrent, parcequ'il n'y avait pas de lieu pour les garder avec sécurité. Après d'Iberville et Montigny qui se distinguèrent le plus, il faut nommer, parmi les gentilshommes canadiens qui accompagnaient l'expédition, Boucher de la Perrière, d'Amour de Plaine, d'Amour des Chauffeurs, Dugué de Boisbriand, Fils de braves officiers, habitués dès l'enfance à manier le fusil, à parcourir les forêts, à poursuivre les bêtes sauvages ou les Iroquois, ils justifient pleinement ce jugement de M. Benjamin bulte : " Durant la période des guerres qui commencent en 1684, la noblesse rendit de grands services." D'Iber;

ville

retourna à Plaisance, en attendant

demander en France par Bonaventure, posait

avait

de prendre Bonavista

et

l'île

les

secours qu'il avait fait

et

avec lesquels

de Carbonière.

vainement essayé de prendre pied dans

* Fer 1 and.

il

se pro-

Montigny

cette dernière.

-38Les canots faillirent se briser contre les roches.* Plus de 300 Anglais chassés des autres établissements, s'y étaient réfugiés. Le grand marin canadien comprenait bien l'importance qu'il y avait pour nous à nous rendre complètement maîtres de cette île de Terre-Neuve, sentinelle avancée du Canada, s'imposait de

coloniser, si l'on

la

Mais

voulait

et la nécessité qui

rendre nos conquêtes

chose, de que cette glorieuse campagne eut pour résultat de faire beaucoup de mal aux ennemis, sans qu'il s'en suivît pour nous des avantages réels, une prise de possession définitive. Ici encore on constate le manque de suite dans les idées, de persévérance et de

durables.

la

eour avait décidé qu'on

ferait autre

sorte

ténacité dans l'exécution, de ce

Ce sont

l'excellence.

gouvernement dont on a exagéré maîtresses dont nous venons de

les qualités

parler qui ont fait la grandeur de l'Angleterre, et qui la maintien-

dront

plus

lonf:^temps

peut-être

parlent de sa décadence.

Il

que

ne

l'imaginent

est vrai qu'en 1696,

ceux qui

chez nous, Col-

bert n'était plus au gouvernail.

Le

mai 1697, Sérigny arriva avec une escadre de 4 nad'embarquer ses. Canadiens, pour aller prendre les établissements anglais de cette baie d'Hudson que les deux peuples convoitaient pour ses riches fourrures, et où leurs t^^aîtants se livraient une lutte continuelle. D'après les instructions de la cour, on devait d'abord visiter l'Acadie et s'assurer de l'état du fort Naxoat sur la rivière SaintJean, mais il fallut un certain temps pour terminer les préparatifs de l'expédition, la saison s'avançait, on ne pouvait plus songer à 18

vires qu'il devait remettre à d'Iberville et l'ordre

rendre

se

Pélicaity

ses

en

le

campagnes maritimes,

son meilleur le

Acadie, et

8 juillet,

titre

de

gloire,

Palmier, Dugué de Boisbriand sur

sur

fort

la

le

plus célèbre de

aux yeux des marins campagne du Nord. Sérigny sur

celle qui la

monté sur

d'Iberville

de 50 canons, partait de Plaisance pour reste

la fltate le

Profond^ Chartrier

Wesp et un brigantin l'accompagnaient. Dans l'automne de 1696, Le Ferté laissé par

le

d'Iberville

au

Bourbon, avait été obligé de se rendre à des forces supé* Eugène

Guémn,

la Nouvelle-France.

— Au

rieures.

mépris de

39



capitulation,

la

Français furent dé-

les

On

gens quatre mois après pour les débarquer sur les côtes de France, où on les informa qu'on armait à La Rochelle pour reprendre le fort Bour en Angleterre.

pouillés et conduits

bon.

La

élargit nos

plupart, enchantés de cette occasion de revanche, s'y

rendirent pour prendre service, et

ils

étaient arrivés à Plaisance

avec Sérigny.

Le

3

Août,

les

navires français avaient passé l'entrée du détroit

d'Hudson, mais se trouvaient serrés par

les

glaces et obligés de

aux plus grandes avec des grappins. Quelques jours après, le brigantm fut écrasé entre un de ces icebergs et le Pahnier, On n'eut que le temps de sauver l'équipage. Ensuite les bâti, ments furent séparés les uns des autres par les difficultés de la Il y avait quinze jours que le navigation dans une mer pareille. Pélican avait perdu de vue les autres navires, quand il parvint s'attacher

à se dégager le reste

de l'expédition avait pris

canon

des coups de

Profond qui

finirent

la veille.

pris, lui aussi,

deux pièces

mal, avec ses anglais qui

le

le

dans

les

devants, car

C'était sans les glaces,

avait entendu l'artillerie

d'arrière, à trois vaisseaux

de guerre lO heures,

croyant près de sombrer,

le

du

répondît tant bien qne

et se diri-

Le 4 Septembre, d'Iberville jetait Bourbon. Le lendemain, vers 6 heures,

port Nelson.

l'ancre assez près

du

fort

à quelques lieues sous le vent,

on découvrit

qui louvoyaient pour entrer dans la rade. \q

il

doute

canonnèrent par intervalles pendant

par l'abandonner,

gèrent vers

D'Iberville crut que

des glaces qui l'assiégeaient.

les

Au

vaisseaux anglais

lieu

de

les

attendre,

Pélican, à leur grande surprise, s'avança résolument contre eux.

La

supériorité de d'Iberville

comme manœuvrier

naval

allait lui

gagner une partie difficile où il semblait devoir être vaincu. Par suite de maladie (il avait 40 hommes atteints du scorbut à bord), et par l'envoi à terre d'un détachement de 22 hommes et 2 officiers qu'on n'avait pas eu le temps de rappeler, son équipage se

faire

trouvait réduit à 150

hommes.

Les Anglais venaient en avec 230

hommes

ligne, le

Hampshire de 56 canons du Dehring de 36

d'équipage, en tête, suivi

De neuf heures du et du Hndsoii Bay, de 32 canons. matin à midi et demi, on se canonna sans résultats bien imporcanons

tants de part et d'autre, et et

le

Pélican n'eut qu'un

dix neuf blessés dans cette

phase de l'engagement.

de tué

D'Iber-

du vent, voulut aborder

conservé l'avantage

ville qui avait

homme

le

Hampshire, mais ce dernier sut l'éviter. Le Pélican range (rase) alors le Behring et le Hndson Bay en leur lâchant ses bordées. Le Hampshire, revirant de bord au vent,* couvre son adversaire de mousqueterie et de mitraille,

hache ses haubans le

et ses

perce à

le

manœuvres

et

la

ligne de flottaison,

cherche a

le

démâter

et à

serrer contre un bas-fond, mais d'Iberville réussit à déjouer cette

manœuvre. gner

le

range

Prévoyant

le

dessein de l'ennemi qui court pour ga-

vent et qui pointe à couler bas,

le

long du navire pour l'aborder)

le

le

Canadien prolonge

(se

navire anglais vergue à

Une bordée àw Hampshire tue ou blesse 14 hommes dans la batterie inférieure dn Pélica?i, mais celui-ci pointe ses pièces si juste et lâche sa bordée, à son tour, si à propos que le vaisseau ennemi, après avoir fait tout au plus sa longueur de chemin, sombre sous voile avec tout Bienville, son équipage, sans qu'il s'en échappe un seul homme. un des frères de d'Iberville, un jeune homme de î/ ans, qui commandait une des batteries du Pélican, avait été gravement blessé dans la lutte.

vergue, pendant qu'on se fusille d'un bord à l'autre.

Aussitôt d'Iberville porte sur

le

Hudson Bay

qui était près

d'entrer dans la rivière Sainte-Thérèse et qui, se voyant sur d'être abordé,

amène son

Restait

pavillon.

auquel on donna itîîméJiatement

la

le

Behring qm

le

point

fuyait et

chasse, mais le Pélican, avec 8

boulets dans ses bordages, dont l'un avait ouvert une large voie d'eau, et ses

manœuvres coupées, dut bientôt renoncer à cette répara immédiattement les avaries du Hudson Bay

On

poursuite.

Dehring avait pris une avance de 3 lieues et échappa à la faveur de la nuit. Voyant la mer grossir, d'Iberville eut soin d'aller mouiller au large, mais une et l'on se remit en chasse,

* Cette

d'où

expression maritime vent et le Pélican.

soufflait le

mais

le

signifie

que le H^mpshire

se trouvait entre le lieu

— 41 — tempête terrible éclata, tous les cables des ancres cassèrent successivement et, malgré les plus habiles manœuvres, le Pélican fut jeté vers minuit sur la côte avec sa prise, et s'emplit d'eau jusqu'à la

Heureusement qu'à

batterie supérieure.

née, sous

même

cette

temps,

et la clarté

lendemain 7 Septembre, en

portés

dans

époque de

cette

et se lève

les

malades

rivage qui était à deux

moururent de

L'équipage débarqua tout ce qui

pour attaquer immédiatement sans vivres après

le fort

naufrage et

le

Le

et les blesses furent trans-

le

vingtaine de ces malheureux

le trajet.

l'an-

presque en

permit d'éviter un affreux désastre.

canots et en radeaux sur

Une

lieues.

couche

latitude, le soleil se

il

y

froid

était nécessaire

Bourbon, car en

était resté

deux pieds de neige

avait

Sur ces entrefaites, les trois autres navires français qui, s'étant trouvés au large, n'avaient subi que très peu de dommages, arrivèrent avec des vivres. D'Iberville. voulant ménager Le 10 il son monde, résolut d'assiéger la place dans les règles. dans

fit

le bois.

descendre à terre

peine

eut-il

les

commencé

des batteries.

mortiers et dresser à canonner

le fort

que

le

A

commandant,

Henri Bailey, fit battre la chamade. Il se rendit avec les honneurs de la guerre et à condition que la garnison serait transportée en Angleterre. la

La

baie d'Hudson.

prise de ce

poste complétait

D'Iberville,

qua pour l'Europe sur

le

Profofid,

la

conquête de

après avoir tout réglé, s'embarlaissant le

commandement

son frère Sérigny qui, repassant à son tour en France,

Martigny, un de leurs cousins-germains.

Dans

le

à

confia à

campagne, le grand marin canadien avait également triomphé de la nature et des hommes. Il avait fait voir ce que peuvent accomplir un courage indomptable, une grande habileté et la volonté de réussir.

La Nouvelle-France, comme Cette campagne fut

d'Hudson.

la

cette

l'ancienne, avait son Jean Bart.

dernière que

fit

d'Iberville à la baie

On

ne peut guère se figurer aujourd'hui ce que de pareilles expéditions comportaient alors de mécomptes, de souf-

de dangers de toute espèce. C'est ainsi, par exemble, que les deux navires français menés, en 1694, par d'Iberville et Sérigny à l'attaque des établis.sements anglais ne purent, par frances,

—-42 suite des glaces, prendre le large qu'après de long mois d'attente, le

28

Pendant ce séjour forcé, le lieutenant du Polù moururent du scorbut, et la plu-

juillet 1685.

neuf Canadiens et dix matelots

survivants en furent attaqués.

part des

du

contraires à la côte

rendre à Québec, il

arriva à

de plaies

la

et

comme

Rochelle,

Arrêté par

les

vents

Labrador, d'Iberville dut renoncer à se

il

il

en avait d'abord l'intention, et quand

ramenait avec

lui

234 malades, couverts

hideux à voir.*

D'Iberville en Amérique,

manqué

ouvriers n'ont pas

à la

Dupleix dans les Indes, les bons vieille monarchie, mais elle ne les

a pas écoutés, elle ne les a pas assez soutenus, aussi n'a-t-elle pas su garder ce qu'ils lui avaient conquis.

Sans être

injuste

envers

compte de la différence des temps et des ressources) que si elle avait, pendant un siècle, fait les mêmes sacrifices et les mêmes dépenses que la France contemporaine a su s'imposer, depuis 20 ans, pour se refaire un empire colonial, tout le Canada et, à coup sûr, tout l'Ouest Américain, seraient à Espérons que nous serons plus heureux que nos pères ils nous. ont perdu un monde, nous en avons retrouvé un autre, l'Afrique elle, je

crois (en tenant

;

sans

qui,

valoir

premier, a bien son prix.

le

Soudan, Madagascar peuvent exciter changés,

sont

ils

détriment,

notre

la

et là-bas,

convoitise des autres

ne

le

Tunis.,

dans l'Orient lointain,

sont pas,

Nous avons des

peuples.

quoi qu'on en

le

Alger,

le

Tonquin,

Si les dise,

temps tout

à

soldats à foison et dans nos

ports de guerre se multiplie tranquillement, mais constamment, la

mystérieuse, d'abord méprisée mais -maintenant redoutée,

force

qui

est

notre *

appelée peut-être à révolutionner

flottille,

bientôt flotte, de sous-marins.

Eugène Guénin.

la

guerre

maritime,

— 43 — IV.

TROISIÈME PÉRIODE Découverte des bouches du Mississipi.

La fin

(1698-1706).

Fondation de

la

Louisiane.

d'un héros.

Chapitre

I

Premier voyage 1698-99. Découverte par mer de l'embouchure du Mississipi* Etablissement d'un fort à la baie Biloxi.

Malgré seilliers et

les

explorations de Jean Nicolet, de Chouart des Gro-

surtout celles de Louis Jolliet et du Père Marquette, i*

en 1873, et de Cavelier de la Salle, en 1682, le Mississipi n'avait pas encore entièrement livré son secret à la civilisation, car si l'on connaissait la direction générale de son cours,

devait se jeter dans lieu précis

ou plutôt

le

les

golfe

du

lieux,

Mississipi,

puisqu'il

si

l'on savait qu'il

on ignorait encore

s'agissait d'un delta,

le



eaux du grand fleuve venaient se déverser dans celles de Il y avait là de quoi exciter l'ambition d'un homme comme d'Iberville. Il s'agissait, d'ailleurs d'y arriver bon premier pour empêcher les Anglais de s'y établir, et d'arrêter leurs progrès vers l'ouest. Pontchartrain était alors ministre de la marine, (il le fut de 1690 à 1699, et son fils Jérôme lui succéda). D'Iberville lui suggéra l'idée de bâtir un fort à l'entrée du fleuve. Une expédition fut donc décidée. Il s'agissait de réussir là où l'intrépide Cavelier de la Salle avait échoué et perdu la vie. 2* Jusqu'à présent nous ne connaissons dans notre héros que le solles

l'Océan.

I* Voir dans la Revue Canadienne (1900-1901) la série d'articks très intéressants publiés sur Louis Jolliet par M. Ernest Gaçnon. J'y signale particulièrement à l'attention du lecteur le récit de la mort dn père Marquette, (numéro de janvier 1901). Je crois qu'il serait difficile d'en trouver un plus touchant et plus pathétique dans n'importe quelle langue

2* Il avait été assassiné par quelques-uns de ses gens le 19 mars 1687 voulant rejoindre le Mississipi par terre Dans cette malheureuse expédition, il avait été contrecarré par M. de Beaujeu, l'officier qui commandait la flotte de transport, un jaloux qui se montra aussi hostile à d'Iberville.

dat et

le

marin.

Nous

44



allons étudier en lui le

sagace qui in(iique ce qu'on devrait

faire

fondateur,

l'esprit

pour rendre solide

le

l'homme supérieur qui prévoit les dangers de l'avenir. Il en donne une preuve avant son départ même. Dans une lettre du i8 juin 1698 au ministre, il recommande de ne point laisser des hommes malgré eux dans le poste qu'il va fonnouvel établissement,

der, car "

ils

deviennent à charge dans

les lieux éloignés."

*

Octobre 1698 sur la Badme et accompaMarin, gné du commandé par de Surgères, d'Iberville fut rejoint en route par le marquis Joubert de Chateaumorant, habile marin, neveu de Tourville, et qui avait pour mission, avec son vaisseau, Parti de Brest le 24

protéger les deux frégates, dans le cas où elles une rencontreraient opposition armée. Le 4 Décembre, on arriva au Cap Français (à Saint-Domingue), dont le gouverneur Ducasse, un autre nom célèbre dans nos fastes maritimes, fit embarquer à bord du Français le redoutable flibustier Laurent de Graff, holle

Français, de

landais francisé qui connaissait très bien

1699, on aperçut la terre et on

27 Janvier vis-à-vis

du Mexique. Le

golfe

reconnut qu'on était

de Pensacola où 3CO Espagnols, envoyés de Vera-Cruz, établis

s'étaient

nos

le

projets.

l'on avait voulu.

qu'on eut

depuis quatre mois, car

On

aurait pu Ils se

ils

avaient eu vent de

facilement s'emparer de

trouvaient en

communiqué avec eux,

si

la

place

mauvaise passe que

si

lors-

certains de leurs chaloupiers

déclarèrent qu'ils seraient ravis de servir

le roi

de France

si

on

Le commandant espagnol, après avoir permis à nos gens de faire de l'eau et du bois et de s'abriter partout où ils voudraient, s'ils ne pouvaient tenir la mer qui était très Le grosse, se ravisa, et ils durent aller chercher un autre hâvre.

voulait les prendre.

31 Janvier, d'Iberville qui avait pris les devants, mouilla au large Le 2 la Mobile, rivière qui coule parallèlement au Mississipi.

de

Février,

il

débarqua dans une

parce qu'il y trouva *

les

île

qu'il

nomma

Ile

au Massacre,

ossements d'une soixantaine de personnes

d'Iberville, tout en consultant les Dans cette partie de la biographie autres historiens, je préviens, pour éviter la répétition de notes inutiles, que je me sers, principalement du livre de Margry (découverte de l'embouchure du Mississipi), c'est-àdire des rapports de l'explorateur lui-même ou de ses lieutenants.

— 45 — Elle a quatre lieues de tour pensa y avoir été massacrées. et possédait un port assez commode, dont l'entrée a été fermée Du 14 au 18, à la baie de Biloxi, on entra en par les sables. qu'il

relations avec des

habitent

au bord de

indigènes

Bayogoulas

bords du Mississipi,

les la

mer.

à découvrir l'entrée

Mougoulachas qui

et

et qui se trouvaient à la chasse

D'Iberville comptait s'en servir pour l'aider

du fleuve

malheureusement

;

vivres les força de s'en retourner chez eux, et

ils

pas au rendez-vous qu'on leur avait donné pour la rivière

manque de

le

ne se trouvaient

Arrivé à

le 22.

des Pascagoulas, d'Iberville y laissa son navire et partit

avec deux biscayennes * munies chacune de deux

pierriers,

son

M. de Sauvole, enseigne de vaisseau, le récollet Anastase Douay, ancien compagnon de La Salle et témoin de Le 2 mars, ils arrivaient à une rivière sa mort, et 48 hommes. frère Bienville,

nommée de

la

par

Palissade

les

Espagnols,

parce qu'elle était

comme

roc et capable de

barrée par du bois pétrifié devenu dur

Chateaumorant fut informé de cette nouvelle et, comme il n'était venu jusque là que pour convoyer l'expédition, il s'en retourna à Saint-Domingue et de là en Europe. La bouche trouvée le 2 Mars se trouvait au milieu des terres basses résister à la mer.

couvertes de cannes, gros roseaux

nœuds sont couronnés de Ils

d'un vert agréable dont

sont fort hauts et forment des fourrés

ont de

la

peine à passer au

et nos

si

épais que les

L'expédition

travers.

grands dangers pour entrer dans

les

longues, étroites et pointues.

feuilles

mer

la rivière, la

animaux

courut

de

était mauvaise,

gens furent bien contents de se trouver à l'abri du mauvais fois qu'ils furent à une certaine distance du golfe, car,

temps, une

comme

le dit

d'Iberville

couvrir les côtes de la assés grandes pour tenir

:

" c'est

un mestier bien gaillard de des-

mer avec des chaloupes la mer soubz voiles, ny à

qui ne sont

ny

l'ancre et sont

trop grandes pour donner à une côte plate, où elles eschouent et

touchent à demy-lieue au large."

dans laquelle on venait d'entrer * Embarcations dont l'avant et assez leur pays d' origine, la Biscaye,

On

oe mit à

remonter

la rivière

et qu'on croyait être le Mississipi,

l'arrière

se

termine en pointe.

Leur

nom

dit

-46mais sans en être encore bien

Le 4 Mars,

sûr.

tout

monde

le

re-

çut les cendres et l'on se rembarqua, après avoir planté une pre-

mière croix sur

le sol

A

de nos pères.

de

la

Louisiane.

Il

en

était ainsi

du temps

côté de leur fier étendard qu'ils savaient

porter au sein des continents

inconnus, se dressait

Chez eux

signe de la rédemption.

la foi

si

bien

toujours

chaient de conserve, l'un s'appuyant sur l'autre, et c'est ce qui l'unité et la

beauté de leur vie et de leur caractère.

comme

point

nous, esprits complexes et

obligés de dédoubler

qu'une part de

dire,

fils

leurs sentiments, et

Des

France.

la

Ils

le

mar-

et le patriotisme

fait

n'étaient

d'un siècle sceptique,

de n'aimer, pour

ainsi

antipathies presque insur-

montables, des haines fratricides ne fermentaient point dans leurs

âmes, et quand

ils

tombaient pour

la

patrie terrestre, leurs qu'ils

autre plus haute, séjour de l'immuable

félicité.

En La

tête des biscayennes, Bienville s'avançait avec les canots.

quantité de bois entraîné par

au danger d'un courant rapide,

20 jours de vivres avait à se partager

;

il

fallait les

deux

à cette époque ou de forêts immenses, ajou-

le Mississipi,

ses deux, rives étaient encore couvertes tait

cœurs

en trouveraient une

pleins d'une noble certitude savaient

et puis

ménager.

on n'avait que pour

Dès

le

6 Mars, on

corbillons de pain et de la bouillie entre

26 personnes, trop heureux quand une rencontre inespérée permettait de mettre au pot un crocodile, un serpent à sonnettes ou de et

la

on

Un

viande boucanée. le

partagea entre

commençât déjà

les

à sentir.*

jour on trouva un

chevreuil mort

deux chaloupes, quoique le ventre Le 7 on rencontra des sauvages qui,

après s'être enfuis, sauf un, finirent par s'apprivoiser et fournirent à nos explorateurs

Un

nés.

du bœuf

(lisez

du

bison), et

de

l'ours

village des Bayogoulas.

Les deux bords du fleuve étaient noyés

jusqu'à une certaine distance, ce qui rendait l'accostage Ils étaient

bouca-

des sauvages se chargea de mener nos gens jusqu'au

couverts de cannes, dont

la

difficile.

grosseur variait d'un à six

pouces, et qui brûlaient facilement en craquant comrne des pistolets, *

quand on y mettait Eugène Guénin.

le feu,

de sorte qu'à distance on aurait

— 47 — cru à

une escarmouche.

faite d'écorce d'arbre qui leur allait

des reins au-dessus des genoux.

Le

ii mars,

tons qui étaient allés à la chasse, s'égarèrent. toute

la

journée du

12,

Les

Les Indiens étaient tout nus.

femmes portaient une braye

mais

le

13

il

deux marins

On

fallut repartir,

les

sans

bre-

attendit les

avoir

on vécut de sagamité, Après que la farine fut assaisonnée d'un peu de gras dejlard fondu, et l'eau de vie étant venue à manquer, il fallut se contenter de l'eau du Mississipi. éouisée,

revus.

Enfin

on arriva au village de 700 cabanes, occupé par les et les Mougoulachas, tribus qui parlaient la même

le 14,

Bayogoulas

langue, ainsi que celles des environs.

On y

trouva un livre de

aux gens de la Salle, et l'on y fut parLe chef des Mougoulachas avait un capot de

prières qui avait appartenu

faitement reçu. serge du Poitou vate rouge qui

par Tonty.*

dôme

fait à la

lui

canadienne, des bas pareils et une cra-

avait servi de brayer, le tout donné,

Dans

ce village se trouvait

disait-il,

un temple en forme de

écrasé et de 30 pieds environ de diamètre.

D'Iberville y fumée épaisse que dégageaient deux bûches continuellement allumées, une quantité de peaux de divers animaux du pays qu'on avait déposés devant les bizares images noires et rouges d'une autre espèce d'animal qui était le

pénétra et découvrit, à travers

dieu des Bayogoulas.

avaient justement

Ils

picote qui venait d'enlever

la

le

quart de

la

environ 250 hommes, mais peu de femmes. les

jeunes

hommes

filles,

se

noircissaient

les

une épidémie de

population,

dents.

Il

y

restait

Celles-ci, ainsi

Ceux

d'entre

que les

peaux de chevreuil aux genoux. Les femmes

qui n'étaient pas nus portaient des

et d'ours

qui

allaient

des

épaules

également portaient des peaux d'ours par dessus leur braye.

Les Indiens ne laissaient en haut de la tête qu'une poignée de cheveux oii ils attach aient des plumes d'oiseaux de diverses couen mettaient encore au bas des reins, formant comme une queue de cheval qui leur pendait par derrière avec des greleurs.

Ils

*

Tonty ou Tonti, brave militaire d'origine italienne, avait eu une jambe emportée de la France. Il s'était, en 1678, associé de sa personne et de sa bourse aux projets de La Salle.

en

Sicile au service

-48lots et *•

on

des morceaux de cuivre, de sorte que, quand

dirait

naient

le

un messager qui arrive dans une

dansaient

ils

ville."

Ils se

tour des sourcils de vermillon et se perçaient

le

peig-

nez pour

y passer un morceau de corail gros com me un doigt, et les oreilles où ils suspendaient un morceau de bois de la même dimension. Ils vivaient de blé d'Inde et ne mangeaieut de la viande que lorsqu'ils allaient à la chasse des ours et des bisons.

Ils

se servaient des

os de ces gros ruminants pour labourer leurs champs.

bien

alertes et

faits

parurent à d'Iberville plus

et

Ils étaient civils,

mais

moins guerriers que les sauvages du Canada. Ils aA-aient, comme beaucoup de leurs congénères, la dégoûtante habitude de mettre lenrs corps morts sur des échafauds élevés de terre de sept pieds et dressés près du village. On les enveloppait de nattes de cannes, mais

naturellement,

répandant une odeur chantant, étendant

les

attiraient les corbeaux, tout en

ils

infecte.

Ils

bras vers

grands embrasseurs,

étaient

le soleil et

se frottant le ventre,

salut préalable qu'ils concluaient en passant à leur tour leur

sur

le

main

ventre, et en étendant les bras sur la personne de ceux à

voulaient témoigner amitié. Une de leurs grandes civilités de vous tenir sous les bras pendant qu'on marchait, pour vous empêcher de tomber. Le soir de leur arrivée, nos gens plantèrent une grande croix sur laquelle ils mirent les armes de France. qui

ils

était

Onfestina et

l'on

fuma

le

calumet, cérémonie à laquelle

les

Indiens

beaucoup le héros canadien, car il ne fumait pas d'habitude. Avant de partir, on leur fit quelques petits préser!|ts, particulièrement au chef des Mougoulachas, auquel on parla des deux marins qui s'étaient égarés, en le priant de leur donner vivres et abri, s'il les trouvait.

attachent tant d'importance et qui

Le Oumas, il

savait

16

mars,

à 35 lieues

au village des des Bayagouias en remontant vers le Nord, où d'Iberville

que Tonty avait

de poisson

un mai ébranché

nom

pour

aux Oumas

et rougi,

et d'ours attachées

fice, d'oti le

partit

En chemin,

été.

qui servait de limite de chasse s'y trouvait

fatiguait

aller

il

rencontra

la rivière

aux Bayogoulas. Il surmonté de plusieurs têtes et

en manière de trophée ou de sacri-

de bâton rouge dont a hérité une des

villes

de

— 49 — la

Louisiane.

bien reçu.

Le 20

mars,

On donna

citronnelles et quelques volailles.

dont

les

aux Oumas il y fut très du blé d'Inde avec quantité de D'Iberville fit planter une croix

arrivait

il

à nos gens

chefs firent processionellement

;

le

tour en chantant et en

main une croix de bois. En même temps, ils jetaient du tabac autour de celles que les Français avaient plantée Ils offrirent aux chefs de l'expédition des femmes, ce et dessus. qui était chez eux une marque d'amitié et de l'alliance qu'ils vouNaturellement on les remercia. A ce laient faire avec nous. moment d'Iberville était assez embarrassé de ce qu'il allait faire. Il était à près de 100 lieues de la mer, à 130 de ses navires; ses gens étaient fatigués de lutter contre un courant très rude à refouler. On n'avait plus ni viande ni graisse et on en avait assez de Surgères devait partir dans six semaines avec le la sagamité. Marin, En outre, les Indiennes commençaient à manifester pour les beaux et solides gars canadiens qui accompagnaient l'explorateur, une sympathie inquiétante qui pouvait devenir funeste à la Il était temps discipline, (elles pleurèrent en les voyant partir). de rebrousser chemin. Avant le départ, il y eut un bal et des tenant chacun à

la

danses de guerre ne

faisait

fort

jamais défaut.

L'éclairage ne coûtait pas cher et

jolies.

Les cannes des bords du Mississipi fourAvant de s'en aller, on laissa aux

nissaieni des torches superbes.

naturels une lettre pour les premiers

ayant appris par

le

Français

qu'ils verraient et,

chef des Bayogoulas qui l'avait accompagné

aux Oumas, que le chef des Mougoulachas avait un papier semblable que Tonty lui avait donné pour remettre à un capitaine qui devait venir de la mer, d'Iberville donna à son frère Bienville l'ordre de se le procurer en redescendant le fleuve Quant à lui, le 24, à 5 lieues au-dessus des Bayogoulas, il se sépara du gros de Avec deux canots d'écorce et 4 hommes, il prit par l'expédition. une petite rivière qui coulait à l'est du Mississipi, tandis que Sauvole et Bienville redescendaient le fleuve sur les deux biscayennes, avec ordre de sonder

les

prise par l'explorateur et ses

4 compagnons

pas de large aux basses eaux. 7

entrées dans la mer. n'avait

La

rivière

que 8 ou 10

Elle était pleine de bois renversés,

— 50 — qui nécessitèrent plusieurs portages, pendant 8 à lO lieues qu'en

dure

le

Ensuite,

cours.

d'autres

lacs

nommée

lac Pontchartrain

qui

trajet jusqu'à la

la

elle

tombe dans

grossissent.

Une

en l'honneur du ministre.

mer qui dura une semaine,

80 portages. Le Mougoulacha qui devait tôt

abandonnés



les

d'autres

Indiens

sont

rivières

et

de ces nappes d'eau fut

fallu!:

il

les

guider

coutumiers

D'Iberville continua son chemin pour montrer

Pendant faire plus

le

de

les avait bien-

de ces

tours-là.

aux indigènes

qu'il

Quelque chose qui arrive." écrivaitil, **je gagneray toujours le vaisseaux quand je devrais aller par terre, abandonner mes canots et en faire d'autres." Les eaux étaient infestées de crocodiles il en tua un petit dont ils trouvèrent la chair fort bonne à manger, après lui avoir fait perdre son odeur de musc. Ils rencontrèrent aussi beaucoup de coqs d'Inde. Un de ses gens étant tombé malade, d'Iberviile conduisait luimême son canot. Cette exploration peint l'homme tout entier, sa détermination, sa vaillance devant l'inconnu. Car c'était une entreprise gaillarde, pour employer son expression, que ce canotage d'une semaine, au travers des crocodiles, par une route inexplorée. Il finit par arriver au fond de la baie de Lago de Lodo» à 8 lieues de l'endroit où les navires étaient mouillés et à 26 lieues de l'embouchure du Mississipi. A cause du fort courant et des obstructions du fleuve, la petite rivière suivie par d'Iberviile et ses compagnons constituait le chemin le plus commode pour aller de Huit heures après l'arrivée de l'explola mer aux Bayogoulas. irait

sans eux où

il

voudrait.

"

;

rateur,

Sauvole et Bienville survinrent à leur tour avec leurs deux

chaloupes, apportant avec eux

descendu

le

Mississipi.

Le

la

preuve irrécusable

31 mars 1699, à son

Bayogoulas. Bienville avait acheté pour une hache

qu'ils

avaient

passage aux

la lettre laissée

Dans cette lettre datée par Tonty au chef des Mougoulachas. du 20 avril 1685 et adressée à M. de la Salle, gouverneur de la Louisiane, Tonty informait son chef que suivi de 20 canadiens et de 30 sauvages, ils avait descendu le fleuve pour le rejoindre et On n'avait lui exprimait son regret de n'avoir pu le rencontrer. pas voulu remettre cette lettre à nos gens, quand

ils

avaient re-

— 51 — monté le fleuve, parce qu'on les croyait espagnols. En même temps que le message de Tonty, on retrouva les deux marins bretons égarés dans les bois et qui s'étaient tirés d'affaire, non sans par avoir mangé de la vache enragée pendant quelques jours contre, nn fâcheux incident avait jeté du froid entre les Français ;

On

et les sauvages.

avec son

dans

le

avait pris au père Anastase

Douay

sa besace

un petit manuscrit de ce qui s'était passé accusa de ce vol les Bayogoulas, sur quoi

bréviaire, et

voyage.

Il

leur chef se fâcha et sortir le père

de

la

fit

entendre à nos gens de se

chaloupe

et

On

retirer.

fit

on opéra une espèce de réconciliation.

Finalement on se quitta assez bons amis, mais nos gens ne purent Le vent empêcha obtenir du blé d'Inde dont ils avaient besoin.

Sauvole en revenant de sonder l'entrée du fleuve, et les Français de ce delta où ils avaient pensé être

furent enchantés de sortir

mangés par

maringouins, et qui n'avait guère pour hôtes que

les

quelques chats sauvages, sentant ques oiseaux,

ils

le

poisson, parce que, sauf quel-

n'ont guère que cela pour pâture.

D'Iberville retourna ensuite à

la

baie de

Biloxi pour

y

éta-

Elle n'avait que 7 pieds d'eau, et les navires n'en pouvaient approcher qu'à deux lieues On ne choisit cet endroit blir

un

fort.

que par rapport à

la

rade qui permettait aux chaloupes des na-

vires d'aller et venir et d'employer, sans crainte d'aucun

ennemi,

une partie des équipages à la construetion du fort, en attendant que l'on pût trouver un lieu plus avantageux pour y placer une D'Iberville y avait fait planter du sucre, de l'indigo, des colonie. patates et des ignames, ainsi que des pois et du blé d'Inde qui Pendant qu'il était encore sur les levèrent avant son départ. lieux, les sauvages lui amenèrent des déserteurs espagnols de C'étaient des métis qui firent avec

voyage de donnèrent sur le Mexique, d'Iberville pensait que " 500 bons Canadiens feraient trembler tout ce pays là," et qu'avec un peu de dépense on en pourrait enlever nombre de millions. L'un de ces métis s'offrait pour guide et souhaitait que la France s'emparât du pays. Ils inforPensacola.

France.

D'après

les détails qu'ils

lui

le

lui

mèrent nos gens que deux des nôtres vivaient au milieu des natu-

— 52 — de

rcls*

la

Floride où

ils

mariés

étaient

Détail

curieux,

les

vaches amenées de France par d'Iberville et Surgères résistèrent

de Saint-Domingue périrent de

et celles dit,

plorateur regrettait fort

froid, à ce

qu'on nous

du Mexique, L'exde n'avoir pas avec lui un missionnaire

ce qui a lieu de surprendre dans

le

golfe

jésuite qui, disait-il, saurait la langue sauvage de ces pays en peu

de temps. gouiris et

Quant au bon père récollet, la navigation, les marinles cannes du Mississipi lui avaient laissé de mauvais

souvenirs, car

manifesta

il

d'Iberville et Surgères

un

Biloxi, dans

commandant,

hommes

70

fort

Marin

comme

3

mai 1699»

sieur de Sauvole, en-

le

homme

et

Le

comme

de mérite,

lieutenant, l'aumonier de

Badine,

\d.

16 mousses avec des vivres pour six mois.

Dans

Bahama, nos navires n'évitèrmt l'échouage

sur les

bancs de sable

qu'eii

suivant des navires anglais qu'ils avaient

Quand nos gens

rencontrés.

équipages

des

le

mère-patrie et

la

pour l'Europe, laissant à

en bois à 4 bastions,

Bienville et

canal de

désir de revoir

appareillèrent

seigne de vaisseau sur

le

le

ne sortirait plus de son couvent.

déclara qu'il

et

des soldats

arrivèrent en France, les

hors

étaient

d'état

de

deux

tiers

travailler.

Ajoutons pour en finir, que le chevalier de Beauharnois qui de20 ans plus tard gouverneur du Canada faisait partie de

vait être

cette première

avait déjoué

le

expédition.

Par

les

résultats acquis,

mauvais vouloir ou trompé

l'attente

d'Iberville

de ceux qui

Le

s'opposaient à ses desseins et annonçaient qu'il échouerait.

même

Beaujeu qui avait contrecarré Cavelier de

injustement

les

relations

de menteries,

la Salle

accusait

des Canadiens d'être pleines de hâble-

Ducasse lui-même, quelque estime qu'il eût pour d'Iberville,* craignant sans doute que le nouvel établissement n'éclipsât celui de Saint-Domingue où il commandait, n'avait pas approuvé l'idée de cette expédition, et avait cherché ries et

à grossir aux présentait.

En *

yeux du ministre de

la

marine

les difficultés qu'elle

résumé, d'Iberville avait découvert d'une manière indu-

Dans une

lettre qu'il écrivait

d'Iberville na'a paru digne la

et

bouche d'un

homme du

homme, métier.

** M. au ministre le 31 Déoembre 1698, il disait précis et entendu," le plus beau des éloges dans :





-

53

il avait planté notre drapeau les bouches du Mississipi bords du grand fleuve, y prévenant nos vieux rivaux, les Espagnols et surtout les Anglais par l'établissement de Biloxi enfin il avait déterminé d'une Louisiane il avait pris pied en

bitablc

sur

;

les

;

;

manière exacte était

beaucoup

phiques.

Aussi

position

la

du

fleuve géant

trop portée vers l'ouest sur la

cour qui, à

ne songeait pas à un éta-

l'origine,

blissement permanent, allait-elle

le

dont l'embouchure cartes géogra-

les

mettre à

même

de continuer

son entreprise,

V Chapitre

II

Gouvernement de Sauvole dans l'intervalle du premier au deu~ xième voyage. Anglais et Huguenots, — Deuxième voyage de d'Iberville (mai 1699 juin 1700). Il remonte le fleuve jusqu'aux Natchez. Etablissement du fort de Maurepas.





Découverte de

Le

17 mai 1699,

arrivèrent au fort.

ce qui

les

Rivière Rouge,

la

le

chef des Bayogoulas et trois de ses gens

Sauvole

émerveilla

saoul, " car c'est le plus

fit

mettre

beaucoup.

la

On

grand de leurs

garnison sous les

fit

manger

plaisirs."

On

les

armes,

tout leur tira

deux

coups à balle devant eux, ce qui les efl"raya tant qu'il ne savaient Le lendemain, ils avouèrent que leurs femmes plus où se fourrer. étaient de

l'autre

côté de la rade et qu'ils aimeraient bien leur

En

les voyant débarquer, le chef demanda, au grand amusement des Français, qu'on rendît à sa femme les mêmes honneurs qu'à lui-même, faisant signe à Sauvole de faire mettre les soldats sous les armes et allant chercher le tambour, Ils restèrent (ce brave Indien était un féministe évidemment). trois ou quatre jours à Biloxi et quand ils partirent, on leur donna

faire voir le fort.





54

deux jeunes garçons pour qu'ils apprissent Bayogoulas et l'autre aux Oumas. C'était un triste séjour l'été

d'Inde et autres

périr le blé

fit

d'Iberville.

Le

La

que Biloxi.

langue, l'un

la

aux

chaleur excessive de

herbages qu'avait semés

La

terrain était ingrat, tout sableux.

place était

de serpents à sonnettes et de crocodiles. On tua pluLa plus grande partie de siei>rs de ces sauriens au pied du fort. la garnison fut atteinte de la dyssenterie, à cause de la mauvaise infestée

La

qualité de l'eau.

pour

était, lités

particulières

Espagnols,

Le

une étendue de près de 40 lieues mais ce poste offrait des facicommunications avec les sauvages, les

côte, sur

ainsi dire, inabordable,

les

pour

les

Antilles françaises et l'Europe.

1er juillet, on

reçut avec surprise la visite de

deux mishommes.

sionnaires du séminaire de Québec, accompagnés de 16 Ils

avaient

descendu

le

avaient pris l'habitude de

On

les

hébergea

plus s'en

bien,

le faire

comme

depuis

pendant neuf

surtout les sauvages.

aller,

missionnaires,

si

Mississipi,

avait

l'intention

de

les

coureurs de bois

voyages de

les

jours, qu'ils

la Salle.

ne voulaient

M. de Montigny, un des

s'installer

chez

les

Natchez,

la

nombreuse du Bas Mississipi et la plus respectés Sauvole, dans une lettre, se plaint des effets funestes des autres. de la consommation de l'eau de vie, et demande qu'on lui envoie du vin ou de quoi faire de la bière. On eut plusieurs visites de la nation des Pascoboulas qui étaient établis sur la Mobile, et on On fit, conformément aux eut soin de toujours bien les recevoir. nation

la

plus

instructions de d'Iberville, des sondages dans différents endroits et l'on constata qu'il était impossible

de

faire des

établissements

sur les lacs Pontchartrain et Maurepas, c'est-à-dire sur la route suivie par d'Iberville

rain

y

était trop

pour redescendre à

bas et noyé.

lachas, les trouva dans une

la

mer, parceque

Bienville, étant allé

grande

affliction,

le ter-

aux Mougou-

parceque

les

Oumas

hommes, ayant été les surprendre, pentravailler aux champs, comme on l'apprit du

leur avaient tué quelques

dant petit

qu'ils étaient à

garçon qu'on avait envoyé parmi eux.

C'est dans

cette

excursion que Bienville qui était parti dans deux canots d'écorce

— avec

Canadiens, pour sonder

5

contra

i6 Septembre, à 25

le

une embarcation anglaise voulait

qu'il

le



la

passe ouest du Mîssissipî, ren-

dans l'intérieur du

lieues

y

la

jugeait étourdi et peu capable.

parti de Londres, en

d'Hudson par

d'Iberville

Il

On

Octobre 1698,

trois

Mississipi, qu'il avait mission,

si

elle

avait laissé à l'entrée

15 canons.

une frégate de

Mississipi

ne un certain

Le

baie

fleuve,

capitaine,

avait invitée à se retirer,

être contrainte par la force.

Banks, avait été capturé dans qui

55

sut par

lui

qu'il

du

était

navires pour venir au

après avoir sondé

la

passe de l'ouest,

en Caroline où il avait relâché, pour y chercher plusieurs bâtiments d'émigrants qui devaient venir s'établir en

de retourner

Dans la compagnie de Banks se trouvaient des Huguenots dont un ingénieur, nommé Second, lequel fit à Bienville une proposition qui mérite qu'on s'y arrête un moment. Les Huguenots qui se trouvaient en grand nombre dans les troupes de Guillaume H et qui avaient contribué à le faire roi d'Angleterre, avaient demandé des lettres de naturalisation que le parlement anglais avait refusées, pour ne pas augmenter l'autorité du prince, et finalement on les avait envoyés aux colonies. La Caroline du Sud avait été surnommée la terre des Huguenots, Louisiane.

tant elle en avait reçu, mais la population anglaise qui les jalousait, à

cause de leur supériorité intellectuelle, désirait s'en débar-

rasser.

On

les

avait d'abord exclus de toutes les

charges pu-

ne furent admis aux droits civiques qu'en 1697. Guillaume avait formé le projet de jeter sur le Mississipi ces réfu-

bliques et

ils

giés français, mais eeux-ci, par suite des avanies qu'ils avaient

reçues et de la mauvaise volonté qu'on leur avait témoignée, ne

pouvant

s'accommoder à l'humeur des fils d'Albion, dans leur cœur l'amour de la patrie. Second déclara à Bienville que si le roi voulait leur accorder la liberté de conscience et leur permettait de s'établir en Louisiane, ils se montreraient des sujets loyaux et rendraient le pays florissant en peu d'années. Il promettait que plus de 400 familles de avaient

d'ailleurs

senti

se

réveiller

religionnaires qui se trouvaient à la Caroline le

nouvel établissement.

Lorsque ces

offres

viendraient peupler

eurent été transmises

-56à la cour par d'ibervîlle,

expulsé

les

Pontchartrain écrivit

*'

le roi

n'a

pas

royaume pour en faire une répuLes Huguenots renouvelèrent leur offre à

protestants de son

blique en Amérique."

ce scandaleux régent, dont

le

pitoyable interrègne servit de digne

prologue au règne qui devait faire perdre à

la

France

îe

Canada.

rejeta également.

Il la

Eh fus,

:

bien

qu'il soit

î

permis à un Français de déplorer ce re-

sans qu'on puisse l'accuser de porter atte'nte à nos traditions

nationales. La France est, de tous les pays, c lui qui, par suite de ses guerres de religion ou de ses guerres civiles, a perdu le

plus de forces

vives dont les autres peuples, ses ennemis et ses

rivaux naturels, ont

le

tants de s'établir au

Qu'on eût

plus profité.

Canada où

la

défaveur qu'on leur montrait,

d'entre eux,

comme on

l'a

aux protesfomenté

leur présence n'aurait

que des divisions funestes, cela se conçoit. venir que sous l'influence des persécutions

de

interdit

il

Il

faut d'ailleurs con-

qu'ils avaient subies et

y avait chez quelques-uns

vu par l'exemple de Des Groseilliers

de Radibson, une tendance à se laisser séduire par nos rivaux ou nos ennemis, mais en aurait-il été de même si on leur eût permis de s'établir en corps de nation à la Louisiane, car les 400 et

iamilles de la Caroline en auraient attiré d'autres

pas et ce qui

le

? Je ne le crois prouve, c'est ce qui se passe actuellement dans

l'Afrique du Sud.

Certes, il est difficile de rêver plus d'affimités de toutes soctes entre deux peuples étrangers qu'il en existe entre les Anglais et les Hollandais ou leurs ce ngénères les Boers.

de sang huguenot de ces derniers, la du milieu. Religion, langue, caractère, tout s'unit pour faire des peuples frères de ceux qui se massacrent actuellement au pays de l'or et des diamants. Des deux côtés on est protestants, des deux côtés on est hommes du Nord, Et pourtant ces deux populations se âpres aux gain et tenaces. aujourd'hui une haine mortelle et qui, dans l'Afrique portent

Peu importent

l'infusion

différence des habitudes et

australe,

sont,

ne s'éteindra jamais.

pour ainsi

dire, les cousins

Or,

si

les

Hollandais du

Cap

germains des Anglais, nos Hu-

guenots n'en étaient que des cousins issus de germains

et cette



57



comparaison même devient inexacte, quand il s'agit de nos religionnaires méridionaux, descendants de Celtes, d'Ibères et de Romains bien plus que de Germains. D'autre part les protestants français étaient intelligents et pleins d'énergie, très entendus

dans

commerce

le

l'industrie.

et

qualités que des Anglais m'ont

entière nous s'y établir.

appartiendrait, S'ils

si

dit

On

îeur

nous avions aidé

les

si

bien ces

Huguenots

les

à

s'étaient installés en Louisiane, leurs intérêts se

seraient trouvés forcément en opposition

Comme

reconnaît

que l'Amérique du Nord tout

Canadiens-Français

ils

auraient eu des familles nombreuses. raient eu besoin de la

protection de

avec ceux des Apglais.

avaient de bonnes U'œurs et

la

Longtemps France

encore,

ils

au-

et qui sait ce qu'au-

pu produire, au jour de la lutte décisive entre l'Angleterre et la suprématie dans le demi-eontinent américain, une diversion opérée dans le Sud par une population nombreuse Et s'ils fussent devenus assez puissants, un jour, et vaillante. pour se constituer en république indépendante, je ne sache pas rait

notre pays pour

la formation des Etats-Unis, si elle a enlevé à l'Angleterre un immense empire, ait diminué l'expansion dans le monde de la langue et de la littérature anglaise, ni celle de la civilisation qu'on

que

convenu d'appeler anglo-saxonne. Enfin, quand même le résultat de cette lutte finale dont je parlais tout à l'heure eîjt été la même, nous aurions la satisfaction d'avoir dans l'Amérique du Nord deux rameaux vigoureux de notre race au lieu d'un. Ici est

je touche à

cœur des de

la

un sujet douloureux pour nous, qui met Tengoisse au l'état presque stationnaire de la population

patriotes,

France par

tera forcément,

suite

dans

de notre natalité décroissante, d'où

le

cours d'une ou

nution de notre puissance,

dtux générations,

de notre influence dans

le

la

résul-

dimi-

champ du

commerce et de l'industrie, aussi bien que dans les conseils du monde. Deux choses peuvent remédier au mal et maintenir notre langue parmi les grandes langues de Ijavenir, tation de la population

l'augmenta-

de nos colonies ou leur assimilation

ra-

pide à notre civilisation et à nos idées d'une part, de l'autre,

l'augmentation des groupes 8

d'origine

ou de langue française,

-58séparés de nous politiquement,

Français et sur tout réconfort c'est pour enlevé,

comme

le

nous, dit

les

Belges Vallons,

Canadiens-Français et

les

si

les

les

vaincus de 1870, à qui

bien Jules Lemaître

Suisses

les

Acadiens.

Quel

la défaite

" la joie

de

a

vivre,'

que donne à un grand peuple la conscience de sa force invaincue, quelle satisfaction pour nous particulièrement, Alsaciens-Lorrains, qui avons préféré la France vaincue à

cette fierté légitime

l'Allemagne

victorieuse,

de voir à chaque recensement que

les

temps du et terrain, que les Suisses Français multiplient plus vite que les Suisses allemands, que l'Algérie a vu, depuis cinq ans, sa population s'augmenter de 82,000 personnes par an, fournissant du Dominion ainsi un record bien plus brillant que celui Que les Canadiens-Français concanadien dans son ensemble. servent donc de leurs vieilles traditions tout ce qui assure l'avenir d'un peuple. Comme les vieux Suisses de Granson et de Morat qui, avant de rompre les lignes ennemies sous leurs charges irrésistibles, s'agenouillaient sur le champ de bataille, tandis que les Canadiens-Français

Acadiens gagnent tout

les

chefs récitaient la prière,

comme

le

leurs propres aïeux qui, avant

du prêtre l'absolution qui ouvre les portes du ciel, qu'ils continuent à donner au monde l'imposant spectacle d'une race qui ne se prosterne devant Dieu que pour se relever et se maintenir plus forte devant les hommes. d'attaquer, recevaient

A croix

vieux

leur arrivée en France, d'Iberville et Surgères obtinrent la

de

Saint-Louis,

officiers,

distinction

fort

recherchée par

parce qu'elle était encore peu répandue.

les

plus

Le deu-

xième voyage en Louisiane fut accompli pour " perfectionner et s'assurer la possession de l'établissement qu'il (le roi) y a fait.''

On

voulait savoir les plantations qu'on

y pouvait

faire, les

mar-

chandises qu'on en pouvait tirer et celles du royaume qu'on y Mais la grande affaire était la découverte pouvait consommer. des mines.

Le

1699, d'Iberville partait de la RoRenommée, de 46 canons. Surgères qui suivre,- —nous avons déjà constaté que les

17 octobre

chelle sur la frégate la

voulait absolument

le

gens qui avaient vécu avec

le

héros canadien ne

le

lâchaient

— pas volontiers,

59



— l'accompaornait sur une

Gironde, bâtiment

flûte, la

au Marin, qu'il avait commandé l'année précédente. amenaient avec eux une colonie presque exclusivement com-

inférieur Ils

posée de Canadiens,

entre

campagne du Nord.

Les

ceux qui

autres,

métis espagnols

avaient

qui

fait

la

avaient été en

France se trouvaient aussi à bord. On les laissa à Saint-Domingue, à l'exception de celui qui voulait nous mener au Mexique, un natif de Saint-Louis de Potosi et qu'on garda, parce qu'on Le 8 janvier, on se pouvait en avoir besoin pour se renseigner. trouvait à Biloxi où l'hiver avait été venteux et froid, et où l'on

débarqua

Les indigènes Biloxis, Bayogoulas. Chicl'arrivée de d'Iberville, vinrent en Ils lui donnèrent des fêtes présenter le calumet.

colonie.

la

kasas et autres, ayant appris

cérémonie

lui

qui durèrent plusieurs jours

en témoignage d'honneur,

et,

Un

bouillèrent le visage de terre blanche. avait

accompagné

en

d'Iberville

France

lui

bar-

sauvage Bayogoula

et était

revenu avec

lui.

On

apprit bientôt que les Anglais de la Caroline cherchaient

chez

à pénétrer

commerce de

les

sauvages voisins du fleuve, pour y

pelleterie et d'esclaves

et,

à ce propos,

faire

un

une courte

topographique de cette région ne sera pas inutile. La Mobile qui coule parallèlement au Mississipi a son embouchure

description

à 25 lieues au là,

à l'ouest

Nord-Est de

du grand fleuve

celle

de

la

dernière

et il

Mississipi,

le

Mississipi

la

le

Mobile

fort

de

la

Mobile

de Biloxi

le

et ses environs,

commerce qui

Mobile, près de

la

mer,

Tohomés au nombre de 350 à l'ouest

l'est

de

la

rivière,

entre

leurs

Virginie.

appartenait.

sur le pays

rivières,

les

du

peuples

se pourra faire," sur les bords

habitaient

familles. elle

*

la

et entre cette

nous

appert d'un mémoire de d'Iberville la

qui les habitent et

de

de ceux de

Caroline, à 140 ou 150

Pensacola était à treize lieues à

Comme

dans ce temps-

et,

trouvait à environ 120 lieues des établissements les plus

elle se

et

les

Mobiliens

et

les

Plus au Nord, à 20 lieues le Mississipi,

s'étendait la

puissante nation des Chactas (^3800 à 4000 familles), dont l'explo-



rateur canadien dit que c'étaient les sauvages les ce pays, qu'ils avaient

Au Nord

guerre.

deux ou

trois

des branches de

iroquois,

et les

mieux

de

faits

manières de gens de

des Chactas se trouvaient leurs ennemis

ou Chicachas,

Chickasas avait

l'air

la

nombre de 2000

au

familles.

les Il

y

ans que des traitants anglais, en suivant une

Mobile qui prend sa source aux Apalaches la Floride de la Caroline),

(chaine

de montagnes qui sépare

étaient

descendus chez

les

sauvages pour commercer, et leur

fournissaient des fusils en échange des pelleteries et des esclavse

qui leur étaient livrés.

Ceux-ci étaient des prisonniers de guerre

que les Chickasas, avec leurs armes à feu, se procuraient aisément aux dépens des autres nations indiennes qui n'avaient encore que leurs arcs et leurs flèches. La tentative de Banks, l'approche des traitants anglais, décidèrent d'Iberville à prendre de nouveau possession du pays et à construire un fort sur les bords du fleuve. Il parait que — charmante façon de pratiquer le christianisme nos vieux rivaux avaient engagé une autre nation sauvag:e, les Tonicas, à tuer un missionnaire français venu du Canada. D'Iberville

passa

le

réconcilier

mois de janvier a

.'es

Bayogoulas

et

des sondages.

faire

Oumas.

les

Le

Il

parvint à

ler février 1700,

60 hommes sur un grand traversier et deux felouques, (petits bâtiments étroits et longs à rames et à voiles). A 18 lieues avant dans le Mississipi il rejoignit son frère Bienil

partait

avec

hommes

ville et

6

sur

droite

la

et qui n'était

du

qui avaient pris

fleuve, à

pas noyé

les

devants et qui l'attendaient

un endroit indiqué par un Bayogoula

lors

de

la

On y

crue des eaux.

abattit et

maison de 28 pieds sur chaque face, à deux étages et à mâchicoulis, défendue par 6 pièces de canon Ce fut le fort Maurepas qui, par le lac équarrit

des bois

Pontchartrain,

Tonty

qui

servirent a construire une

communiquait avec

Biloxi.

Il

y

fut rejoint

qui amenait avec lui 6 canots et 21 Canadiens.

On

par

apprit

que les Natchez qu'on prétendait avoir tué M. de Montignit et un des Français qui l'accompagnaient, n'avaient tué personne et étaient de nos amis, et on le décida facilement, lui et ses par

lui

hommes,

à suivre l'expédition.

Le 26

Février on arrivait aux

— 6i — Bayogoulas. et

Oumas,

Mars, on était à i8 lieues

ii

le

au-dessus des

Le

chez les Natchez qui parlaient une autre langue.

12

partait dans un canot d'écorce avee 6 hommes pour jusqu'aux Taensas, à 15 lieues et demie des Natchez, 011 ils arrivèrent le 14, après s'être égarés dans le bois par la faute de

d'Iberville aller

leurs guides et avoir

couché dehors sans souper, car

n'avaient

ils

emporté avec eux que leurs armes. Bienville et le reste de l'expédition étaient restés aux Natchez pour y faire des farines de blé d'Inde. Aux Taensas, on trouva M. de Montigny qui s'était Il avait deux Français avec lui et se profait bâtir une maison. Dans la nuit du 16 au, 17 posait de faire construire une église. la foudre tomba sur le temple des Taensas et le consuma entièrement,

Les sauvages accoururent en

veux, se frottèrent

mains au

:

corps et

était

comme

le

de

afin

l'apaiser."

tèrent leurs enfants en

des flammes,

et

de d'Iberville

il

et

en

enfants pour les

colère

coutume, on n'avait pas, à

la

les

vieillard

offrir à l'esprit

maillot qu'il prenait et jetait au

.-urait péri

bien

plus

de ses compagnons q la

Un

en

Plusieurs de ces Indiennes appor-

ii.

encore sans

milieu

les efforts

pénétrés d'horreur, firent

œuvre

néfaste. Le vieux du ciel à ce que, contrairement à la mort du dernier chef, arrivée récem-

tout ce qu'il purent pour arrêter cette sorcier attribuait

terribles.

principal prêtre se mit à crier à tue-

"femmes apportez vos

sacrifice,

foule, s'arrachèrent les che-

visage de terre et levèrent

le

en poussant des hurlements

ciel

de 65 ans qui tête

le

ment, immolé 15 ou 20 personnes, hommes ou femmes qui del'accompagner et le servir dans l'autre monde. Le 22

vaient

mars, d'Iberville se trouvant trop malade pour continuer à remonter le fleuve (le climat

vigoureuse

de

constitution),

la

Louisiane commençait à attaquer sa

Bienville partait avec 22 Canadiens et

7 sauvages dans la direction

du Nord,

redescendait aux Natchez avec

abandonner s'établir

mars,

les

chez

le

et le

même

jour, son frère

père de Montigny qui, sans

Taensas où un prêtre canadien devait venir, allait Natchez qui en parurent fort contents. Le 24

les

on rencontra Lesueur, un parent des Lemoyne, qui se pro800 lieues de l'embouchure

posait de se rendre chez les Sioux, à

^ 62 — du Mi'ssissipi. D'Iberville, avant de retourner en France, lui donna l'ordre d'aller avec 20 hommes prendre possession d'une mine de cuivre près de la rivière Verte, au Nord-Est du saut Saint-Antoine, mais on ne put l'exploiter avec profit, à cause de son grand éloignement, et

de

même

elle fut

bientôt abandonnée.

Il

en fut

de bien d'autres expéditions occasionnées par des rap-

de mines

ports fabuleux sur la découverte cuivre, à l'ouest

du

Mississipi.

d'argent et de

d'or,

du moins

Elles enrichirent

géo-

la

graphie, car elles conduisirent les Français de proche en proche

jusqu'aux sources de l'Arkansas, de

Au

souri

cours

même

fit la

d'expérience

dans

les

d'opinion que jamais on n'établirait

commerce

libre à tous les

comprenait chez nous que qui avait été concédé à

Rouge

et

utile à l'établissemnt

fortune des colonies anglaises

hommes

les

Rivière

du Mis-

de cette expédition, d'Iberville proposait

quelque chose qui eût été bien plus et qui

la

la

II

affaires

projeté

que d'Amérique étaient écrivait à Paris

Louisiane, sans en rendre

marchands du royaume. Mais on ne monopoles dans le genre de celui

les

Compagnie des loo associés, et qui Le 25 mars, Tonty remonta

la

tant de mal au Canada.

fait

le

avait à son

tour aux Illinois,

A

son retour à Biloxi, d'Iberviîle apprit que

le

gouverneur

espagnol de Pensacola y était venu, du 23 au 27 mars avec trois navires armés de canons, et avait laissé a Sauvole une protestation

contre nos établissements

savoir que son

dans

le

Mississipi,

côte, et d'Iberville

rant d'abord la présence de nos vaisseaux, tention de détruire

le fort

naufrage sur Hle de

lui et ses

gens, que les

transportassent

à

En

il

était

pensa qu'igno-

venu avec l'ingouvernaur

s'en retournant, le dit

Chandeleur et se trouva trop heureux, nôtres leur donnaesent des hardes et les la

Pensacola.

qu'aux Cenis, mais ne put difficulté

avait fait

gouvernement ne gardait Pensacola que parce que

nous nous trouvions sur cette

fit

Il

aller

Bienville

qu'au

des chemins remplis d'eau

devait

se

rendre jus-

Le Son voyage

village des Yatoches. l'avait arrêté-

Dans le trajet il découvrit la dura du 22 mars au 18 mai 1700. rivière Rouge, affluent occidental du Mississipi. Lui et sa petite

-63troupe que sept sauvages conduisaient, déployèrent une énergie admirable. Ils étaient souvent obligés d'avancer le long des rives avec de l'eau jusqu'au ventre ou même jusqu'au cou, mais supportaient tout gaîment, pour montrer aux sauvages qu'ils étaient d'autres gens que les Espagnols. Le jeune chef canadien qui avait à peine 20 ans, écrivait à propos de " c'était

marais

cette

marche dans

un bon mestier pour tempérer



Nous ne notre guide que

la jeunesse.

laissons pas

de chanter

feux

les

et rire

pour

les

de

faire

fait pas de peine." A Bayogoulas avaient tué tous les Moulougaclias et avaient appelé, pour les remplacer, d'autres familles indiennes qui s'étaient emparées des champs et

voir à

son

retour

il

informa

des cabanes de sur

ne nous

la fatigue

d'Iberville

que

les

Cela nous

la tribu défunte.

donnait des droits

plus grande partie de cette bourgade, car d'Iberville avait

la

acheté du

chef des Mougoulachar tout son village, ainsi que emplacements où il y avait eu jadis des cabanes indiennes, Des incidents regrettables, mais sans conséprès de la mer. quences trop fâcheuses, s'étaient produits à Biloxi, pendant qu'on explorait le Mississipi. Un traversier fut brûlé et une biscayenne de neuf hommes d'équipage, fournis par la Renommée, déd'autres

serta.

Ils

avaient juré de tuer

envoyé à Pensacola teurs

sur

y étaient

le

une

sous

aux Apalaches, pour demander

et prévenir les

le

L'autre traversier fut

patron.

nom de

Rosalie,

en

les

moyens

nécessaires

l'instant

convénients

gner

les

l'honneur de

avec

le

la

il

feinme de

lui

pour accomplir ce dessein. J3iloxi resta la colonie. Malgré les in-

qu'il présentait, ;

ce poste était

Mississipi,

mieux placé pour soiles communications

rade y était bonne et par le lac Pontchartrain

la

et

la

route qu'avait

suivie d'Iberville à son premier voyage, étaient faciles. rait

d'ailleurs

buffles.

manquait

quartier général de

le

malades

nos déser-

voulu fonder aux Natchez

Pontchartrain, projet qui fut exécuté en 1712, mais

pour

si

Espagnols des desseins des Anglais

D'Iberville aurait bien

pays.

ville

et

le

faire

en cet endroit

le

On

espé-

commerce de peaux

de

L'explorateur, avant son premier retour en France, avait

donné des ordres pour qu'on

s'en occupât,

mais on ne

les

avait pas

-64Sauvole resta à Biloxi.

exécutés.

La garde du

fort

Maurepas

Juchereau de Saint-Denis, un autre de hardis qui abondaient chez les anciens

fut confiée à Bienville et à

types aventureux et

ces

Le 28 mai, pour chercher des secours dans la liberté du commerce. Toutefois il

Canadiens, et qui parlait plusieurs langues sauvages. d'Iberville quittait la Louisiane

mère

y

s'était fait

ride,

y demander la une restriction que

patrie et

apportait

au Canada.

adressé au ministre,

aux Français

de chasse, de crainte

sauvages dans

ne devinssent coureurs de

textuelles: "Il

paroles

ses

qu'ile

les

n'est rien

de

si

commerce (peaux

et pelleteries)

qui

marient," et plique

dans les

Voici

empêehent son et les meil-

débandent et ne cultivent peint les terres ni ne se un peu plus loin, on trouve cette remarque qui ex-

en partie nos insuccès

les îles

les lieux

bois.

commencemens

avancement et par un très grand nombre d'hommes leurs qui se

Flo-

avantageux pour

l'avantage d'une colonie que d'empêcher dans les ces sortes de

la

nécessité de défendre

insistait sur la

il

commercer avec

d'aller

l'expérieuce de ce qui

justifiait

Dès 1696, dans un mémoire sur

y

:

" les

Anglais qui s'enrichissent

restent et les font fleurir tandis

que

les

Français

quittent dès qu'ils ont un peu gagné d'argent."

Le journal de au ministre de

ments pour

la

Bienville joint à celui de d'Iberville et remis

marine, a été publié dans

servir à

l'histoire

d'outre-mer.* *

les

Mémoires

et

docu-

des origines françaises des pays

Eugène Guénin, La Nouvelle-France.



VI Chapitre

III

LA FIN D'UN HÉROS. Troisième voyage à

la

Louisiane

Mémoire de

Mobile.

Portrait du héros,

A

(i

701- 1702).

d'Iberville

quand

Fondation de

— Expédition

aux

la

Antilles,

la statue ?

D'Iberville arriva à la Rochelle, encore atteint d'une fièvre le quitta qu'au mois d'octobre, de sorte qu'il ne put rendre un compte immédiat de sou voyage. Nommé capitaine de frégate et commandant en chef à la Louisiane, il repartit à la fin de 170 1 pour le golfe du Mexique avec trois bâtiments de guerre, la Renommée de 20 canons qu'il avait déjà commandée l'année précédente, le Palmier à peu près de la même force, sous son frère Sérigny, une frégate légère de 6 canons et un traversiez II emmenait avec lui quatre familles de cultivateurs et Nicolas de la Salle, frère du célèbre explorateur, nommé commissaire ordonnateur de la colonie. Le duc d'Anjou venait de monter sur le trône d'Espagne, ce qui allait déchaîner cette terrible guerre de succession dont nous devions sortir amoindris. Lorsque la petite

qui ne

escadre arriva

le 15

Décembre

à Pensacola, les officiers

témoignèrent beaucoup de joie de cet événement, mais

espagnols le

gouver-

du dessein qu'avait d'Iberville de fonder un établisMobile, ne l'en supplia pas moins d'en suspendre l'exé-

neur, informé

sement à

la

cution jusqu'à ce qu'il eût reçu des

instructions de la Vera-Cruz.

Ce

la

qu'il

y

avait de

comique dans

braves gens qui ne voulaient pas que

circonstance, c'est que ces

les autres

fondassent d'établis-

sements dans cette région, avaient beaucoup de peine à maintenir celui

qu'ils

y avaient

fait

eux-mêmes.

[1

fallut

d'abord leur

prêter un traversier, la Précieuse, pour leur permettre d'envoyer à la

Vera-Cruz, non seulement pour avoir l'autorisation demandée,

mais aussi des vivres pour

les

180

hommes

qu'il

y

avait à Pensa-

cola et qui, en dépit de la sobriété traditionnelle de leur nation,

9

— 66 — auraient passé de vie à trépas sans d'Iberville qui les nourrit pen-

dant deux

Parmi ces i8o hommes,

mois.

vigoureux

plus

les

étaient 60 forçats, de sorte que les officiers s'attendaient continuel-

Le

lement à une révolte.

revint le 31, annoncer que

Biloxi, lequel

envoya un canot à

18 décembre, on le

pauvje Sauvole qui

rêvait explorations, avait fini ses jours sur cette terre

ingrate, et

qu'en conséquence son lieutenant Bienville était repassé du fort

Maurepas ter

de la

dans

pays ne pouvait attendre

Vera-Cruz,

la

maladie,

frères,

il

et le 5 janvier

hommes

celui

à res-

1/02^ lui-même étant retenu par

à

l'île

Massacre (dont

de Dauphine), située sur

la

Mobile, pour y établir un magasin dont

Le

construction. et

deux mois

réponse qui devait venir

la

envoyait Sérigny et Chateauguay, un autre de ses

avec 80

changé en

D'Iberville qui n'avait que

à Biloxi,

le

1

1

de Levasseur qui commandait la

les

Mobile.*

nom

la Salle

Canadiens,

Le

allait être

dut surveiller

accompagné de

janvier, Sérigny

prendre possession de

le

côte occidentale de la

8

février,

la

Bienville

partait pour

Tonty

qui

envoyé avec 8 hommes à 120 lieues de maintenir ou restaurer la paix parmi les nations sauvages, surtout aux Chicachas, fort redoutés, depuis que les traitants anglais leur vendaient des fusils, et qui fournissaient à ces peu scrupuleux commerçants les priétait

revenu des

Illinois,

au Nord, au travers des

fut

terres, afin

Le trois mars, d'Iber4 bastions que Bienville Nicolas de la Salle y arrivait à

sonniers qu'ils faisaient sur les autres tribus. ville,

en partie guéri,

faisait élever sur la ,

visitait

Mobile et

son tour avec sa famille. était très

bon

la

France.

Il

le 9,

fort à

Le nouvel

et plus facile à

l'entrepôt de tout le

avec

le

établissement, dont

le

port

défendre que Pensacola, devait être

commerce du

Mississipi et des autres rivières

se trouvait à 16 lieues de

l'île

Dauphine, sur

* Du fort construit par eux, il reste ua vieux puits et une partie de mur en briques qui entourait l'aucienne poudrière. Le 22 et le 23 Janvier I902, la ville de Mobile a célébré par de grandes fêtes le deuxième centenaire de sa fondation. Une plaque de marbre, portant les dates 1702- 1902 et les noms de Bienville et d'Iberville, a été placée au palais de justice, et une pierre commémorative, érigée sur l'emplacement même ou ont été établis le fort et la colonie, il y a 200 ans, rappellera aux générations futures la gloire des deux héros canadiens, ajoutant ainsi un lien de plus à ceux déjà si nombreux qui nous unissent aux Etats-Unis d'Amérique.

-67une

couverte de toute sortes d'arbres et surtout de pins

côte,

propres à faire des mâts, et dominant l'eau de plus de 20 pieds.

Le lendemain de son explorer

occupé par

envoyé Bienville

rapporta d'un établissement autrefois

Il

mais abandonné, six figures en plâtre, et les autres de divers animaux. On

sauvages,

les

d'Iberviîle avait

arrivée,

environs.

les

une d'homme, une d'enfant pensa que

c'était

compagnon de

l'œuvre de quelque Espagnol,

Fernand de Soto, le conquérant de la Floride, qui avait livré un combat aux naturels sur le bord de la rivière. Les Indiens de de ces figures des fétiches et leur offraient s'étonnèrent que les Français eussent pu les prendre

passage qui avaient des

sacrifices,

fait

Les

sans être frappés de mort.

20, 21, 22 et 23 mars, d'I iervîlle

tirait les

alignements des rues de

ments.

Les 4 familles de cultivateurs

donnait des emplace-

la ville et

qu'il avait

amenées étaient

logées et travaillaient à défricher.

Le

25 mars,

Le

cachas.

Chactas, des guerre.

Ils

Tonty

arrivait,

ramenant avec

lui

cinq chefs Chi-

26, d'Iberviîle les faisait s'aboucher avec les chefs des

Tohomés

Mobiliens avec lesquels

et des

se promirent la paix

ils

étaient en

en présence de l'explorateur

auquel Bienville servait d'interprète et qui

les félicita, leur repré-

danger d'écouter les paroles des Anglais, et leur promit de faire un village où ils pourraient apporter les pelleteries et les autres produits de leur chasse en échange de nos marchandises.

senta

Il fit

le

à tous les chefs des présents

d'être toute leur vie attachés

merce avec

les

Anglais.

établies sur le

nations enterrée,

et

fit

de

la

part du

aux Français

D'Iberviîle Mississipi

accompagner

le

que

fit

la

promirent de n'avoir plus comannoncer à toutes les roi.

Ils

et

hache de guerre

chef des Chicachas par

était

le petit

baint-Michel qui parlait assez bien l'Ouma, lequel ressemble au Chicacha. Le 27 mars, d'Iberviîle quittait l'établissement qu'il venait de fonder et cette terre de la Louisiane qu'il ne devait plus revoir.

Plus heureux dans cette œuvre de paix que dans ses

événements ultérieurs, devaient rester du grand fleuve qu'il avait satisfaction d'y avoir déposé un germe qui ne

victoires qui, par suite des stériles

pour son pays,

exploré, avec la

il

s'éloignait

— 68 — devait plus périr.

Il

pour

laissait d'ailleurs

y

autre lui-même, son

frère

avec celui de

ainsi dire,

comme chef résident un nom s'est identifié»

Bienville dont le la

Louisiane,

Bienville,

teur de la Nouvelle-Orléans, où se dresse sa statue,

Québec

voit se dresser ,à

et à

le

fonda-

comme

l'on

Montréal, celles de Champlaîn et de

fils de France avaient semé une L'admirable petit peuple * qu'ils avaient im-

Ainsi ces noble

Maisonneuve.

semence féconde.

planté au bord du Saint-Laurent, au bout de deux ou trois générations,

menaçait des ennemis près de quinze

fois

supérieurs en

nombre et poussait ses explorations et ses coups de main de la Encore une génération et baie d'Hudson au golfe du Mexique. avec les La Vérendrye, père et fils, il allait atteindre aux MonSes audacieux pionniers se

tagnes Rocheuses.

toutes les directions, à la découverte, à

obstacles et tous les dangers, supportant sans se plaindre les

les

dures privations,

plus

plus opposés.

les la

lançaient dans

conquête, bravant tous

la

La

France une des plus

diens-Français,

eux,

les

rigueurs des climats les plus excessifs,

perte finale du pays a belles

ne

pages de son

l'ont

pas

oubliée.

Ils

peuple ne peut se vanter d'avoir eu de plus

peux-tu mettre dans

Champlain.

Tu

te

ta

devise: "je

Elle était bonne, la

me

perdre de vue à

fait

histoire,

mais

les

Cana-

savent que nul

aïeux Bien

fiers

souviens," vieille cité de

semence apportée de

la

Gaule.

souviens que jamais groupe de population civilisée n'a pro-

duit une pareille moisson d'explorateurs, de capitaines, de héros Bienville retira des sables de

Biloxi les colons qui s'y trou-

vaient et les transporta à l'établissement de

que

la rivière n'était

baignait n'était guère propre qu'à

je

la

Mobile.

navigable qu'en pirogues et que

voulait pas s'éloigner trop de

l'île

!

Il

est vrai

le sol qu'elle

la culture du tabac, mais on ne Dauphine où se trouvait, comme

un port assez commode et à proximité des Espagnols La Mobile devint pour quelques années le chef-liee Louisiane. Juchereau de Saint-Denis était le second du

l'ai dit,

et des îles.

de

la

* Vers 1702, la population du Canada et de l'Acadie était de 18,000 âmes, celle des colonies anglaises de 262,000, et les Canadiens faisaient proposer à Paris, comme une chose toute naturelle, la conquête de la Nouvelle-Angleterre.

— 6g — Bienville.

D'Iberville,

rendu

7

le

mai

à

Havane,

la

arrivait

en

France au mois de juin (1702). Nous avons déjà parlé d'un mémoire de l'explorateur sur la Pontchartrain lui en avait demandé un autre pour ameFloride. ner

Espagnols à abandonner Pensacola, ce à quoi

les

sèrent, et à laisser les

siane, Dans aux archives de

ce mémoire qui

montre

siane

accents les

fait partie

politique

esprit

prophétiques,

événements,

Loui-

du dossier de d'Iberville marine de France, le fondateur de la Loui-

la

un

se refu-

ils

Français s'établir paisiblement en

annonce,

l'avenir

de

trois

supérieur

de

quarts

du

l'Amérique

et,

avec

Nord.

Il

des

avant

siècle

y pré-

dit que les colonies anglaise pourront facilement, à l'aide des sau-

vages,

(il

ne pouvait prévoir

mieux que rique jeter

celle

l'alliance

de

la

France qui valait

des Indiens), se rendre maîtresses de toute l'Amé-

et, pour empêcher ce résultat, il insiste sur la nécessité de promptement une bonne colonie aux environs du Mississipi,

pour arrêter

les

progrès des Anglais parmi

des bords du fleuve.

Il

les

nations indigènes

revient aussi sur ce qu'il

avait déjà dit

"Si la France ne se saisit de dans son mémoire sur la Floride. cette partie de l'Amérique qui est la plus belle pour avoir une colonie assez forte pour résister à celle qu'a l'Angleterre dans la partie est, depuis Pascadoré jusqu'à la Caroline, la colonie anglaise

qni devient très comt
moins de 100 années,

r Amérique

elle

sera assez forte

pour

se saisir de toute

Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'à la même époque, (1702), on agitait de nouveau le projet form.é auparavant de diriger sur l'Acadie une émigration considérable, capable de défendre cette province et d'en assurer la possession aux Français. Malheureusement on ne donna pas plus suite à ce projet qu'au plan de d'Iberville. Je ne et

en chasser toutes

les

voudrais pas être injuste envers

autres nations.^'

la vieille

monarchie, puisqu'après

tout les Canadiens-Français et les Acadiens lui doivent l'existence et qu'avant

de nous quitter pour toujoura,

sentait nous a laissé l'Algérie, ce

la

dynastie qui

don magnifique, mais

il

la

repré-

faut bien

avouer que certains écrivains royalistes passent trop volontiers

— 70 — les fautes

sous silence

énormes qui

chances uniques qui s'offraient matie dans

de

la

tête

le

monde de

France moderne

de Turc,

ils

l'ont

alors,

empêchée de

pour établir à jamais

notre nationalité. et

profiter des

Pour

particulièrement de

la

supré-

de faire République une

le plaisir

la

oublient que la vieille France nous a perdu un

les historiens canadiens et qu'ils ne s'y monde. trompent pas. C'est bien la France elle-même qu'on aime aux bords du Saint-Laurent, et les braves habitants Canadiens qui m'ont demandé à plusieurs reprises, avec une naïveté touchante, si nos gens reviendraient un jour, ne me demandaient pas si ce serait avec la vieille monarchie, et quand la population canadienne-française arbore les jours de fête un drapeau qui symbolise ses origines, ce n'est pas le drapeau blanc fleurdelysé, et quand, dans les rues de Québec, à deux pas de la statue du fondateur, elle applaudit nos matelots avec une telle frénésie que les Anglais en prennent ombrage, nous sentons bien, nous Français de France, émus jusqu'au fond du cœur, que c'est la vieille mèrepatrie et non une période de son histoire ou une dynastie royale quelconque qui fait vibrer le cœur de ce brave petit peuple qui, nos lois, notre seul contre tout un monde, a pour fière devise institutions. Grâce à Dieu, les masses sont syinlangue, nos elles ne cou, prennent rien aux distinctions byzantines. plistes Elles négligent dans une idée les parties contingentes et périssables, pour n'en garder que ce qui s'y trouve d'immortel

Qu'ils

lisent

;

;

Pour en revenir aux idées de d'Iberville, il pensait à attirer Mississipi le plus de sauvages possibles, entre autres les

sur le

armer contre les anglais et à établir sur le fleuve trois postes, l'un aux Arkansas, l'autre à Ouabache (le Wabash),* et le troisième au Missouri où il y aurait un détachement commandé par un officier français, et où les familles franIl demande qu'on peuple la Mobile çaises pourraient s'établir. Illinois

*

La

et les

Sioux, à

les

Wabash

qui prend sa source dans l'état de l'Ohio est un affluent de Avant de s'y jeter, elle sépare l'Indiana de l'IlliElle offrait la communication la plus commode entre les grands lacs et le nois. Mississipi. Juchereau y avait commencé un établissement chez les Mascoutins, mais ces Indiens, ayant été décimés par une épidémie, se dispersèrent. rivière

droite de la rivière

du

même nom.

— 71 et les environs d'où l'on pourra

avec

les Illinois,

qu'on

des navires sur

truise

qu'on établisse

communiquer

l'île

Dauphine.

entre

les limites

cheval en 15 jours

à

envoie des laboureurs, et qu'on cons-

lui

le

demande également

Il

gouvernement de

la

Louisiane

Les gens de ce dernier insinuaient aux sauvages qui habitaient sur les affluents du Mississipi de ne pas écouter d'Iberville, mais bien le gouverneur du Canada qui ne leur parle que par de gros présents, que celui du Mississipi est gueux et ne leur envoyé rien, en quoy ils ont raison, et c'est ce que je ne peux faire."

du Canada.

et celui

Ainsi rieurs

aux hommes supé-

jalousie qui s'attaque toujours

la

déjà en

était

éveil,.

Dans une

au ministre de

lettre

la

marine, l'explorateur se plaint qu'on l'accuse de ne chercher que

de

la ruine

Nouvelle-France

la

et

et son

intérêt particulier, et

Canada "où

ses frères en souffrent au

où Maricourt vient de négocier (en 1700)

manquer

quois." Rien ne devait

même

pas

dien,

Nicolas de

gué

le 7

(sic) les

faits et

la

paix avec

les Iro-

du grand marin cana-

poursuivit après sa mort.

le

commissaire ordonnateur en Louisiane qui

pouvait pour nuire à Bienville,

faisait tout ce qu'il

ministre

à la gloire

calomnie qui

la

la Salle, le

que

servent très utilement

ils

écri

au

ait

septembre 1706: "d'Iberville, Bienville et Chateautrois frères sont coupables de toutes espèce de mé-

sont des voleurs et des

dilapident les effets

fripons qui

Que dirait-on aujourd'hui d'un fonctionnaire de Sa Majesté." lançant ainsi de pareilles accusations, sans les appuyer sur des documents authentiques fondé devant ribles

la justice.

Il

?

serait

obligé d'en prouver

Le régime du bon

plaisir avait

le

de

bien ter-

ombres.

D'Iberville voulait pour sa colonie des

hommes

travaux des champs, des familles fixées à demeure

comme

paroisses Il

dans

avait utilisé le

Bas-Canada. temps si court que

sources

la

groupées en

offrait

en

bois,

la

maladie qui

le

minait

du bas Mississipi, à rendre compte des res-

le sol

contrée en tous sens pour se

qu'elles

et

le

avait laissé à sa disposition, à étudier

parcourir

habitués aux

pelleteries

et

métaux,

car

il

— 72 — même

s'occupa

un peu des mines dont tout

le

monde

parlait,

sans

en rien connaître.

même

L'année

de son retour en France, d'Iberville fut fait Si le corps déclinait chez lui, l'esprit n'en

capitaine de vaisseau.

Il proposa à la vigueur. de la Virginie et de Terreennemies cour d'attaquer les flottes Neuve et de ravager les côtes de la Nouvelle-Angletere. Son projet fut agréé. Cinq bâtiments de guerre et deux flûtes furent Il forma alors un armés, mais on en disposa pour agir ailleurs. autre plan qu'il se proposait d'exécuter avec le Pélican, la Renommée et une petite frégate, lorsqu'il retomba malade pour long-

conservait pas moins son

Dès

temps.

Barbade les

un peu mieux,

il

proposa d'aller attaquer

et autres Antilles et d'enlever les convois anglais

Enfin en 1706, on

mers de l'Amérique.

ments de la

qu'il fut

acti\'ité et sa

l'Rtat, à la

charge pour

lui et

lui

accorda

la

dans

11 bâti-

de subvenir à entrer le roi dans

ses associés

solde et aux vivres des équipages et de faire

prises, les frais de garde et de justice, le dixième dixième de l'équipage étant préalablement levés. On lui accorda en outre 600 soldats surnuméraires qui devaient être payés par l'Etat, ainsi que les ofiiciers, gardes de la marine le

cinquième des

de l'amiral

et

et le

bombardiers.

bade ou dans sous

le

Il

pavillon de

flûte.

il

ne pourrait l'entreprendre, de se ranger

Ducasse

et

d'obtempérer aux ordres de cet

Le comte de Chavagnac,

officier général.

prit les

avait ordre, après son expédition de la Bar-

cas où

le

capitaine de vaisseau^

devants avec une division de 4 bâtiments de guerre et une Arrivé à la Martinique, cet officier embarqua un détache-

ment de troupes

royales,

un détachement de milice aguerrie et Quelques bâtiments d'amateurs se

cinq à six cents flibustiers. joignirent à lui

et,

sans attendre d'Iberville,

il

alla, le

21

février

1706, faire une descente dans Saint-Christophe, ravageant et pillant

la

colonie

pendant plus de huit

jours.

Il

en enleva

les

canons anglais et se rembarqua avec plus de 3,000,000 de butin, monnaie du temps. Le 7 mars, d'Iberville qui avait arboré sa cornette * sur

le

Juste arriva à son tour à la Martinique avec 6

* Long pavillon à deux pointes, insigne du bâtiments au moins.

commandement d'une

division

de

3

-71 Chavagnac

bâtiments. Ils

embarquèrent

i

le



rejoignit avec

une partie de sa division.

lOO flibustiers ou volontaires coloniaux, mais

Barbade avait été éventé.

le projet d'attaque contre la

Les An-

glais s'étaient préparés et l'escadre française cingla vers Névis,

parut

le 2 avril,

tués ou blessés, ciers,

y débarqua fit

et,

en sacrifiant 50

hommes

y

qui furent

prisonniers les habitants, les soldats et les

offi-

tout jusqu'au gouverneur. Ceux-ci, pour se libérer, livrèrent

à d'Iberville

toutes les richesses de la colonie en argent et en

marchandises, plus de 7000 nègres et 30 navires, Il guerre, les autres chargés de marchandises.

les

uns armés en

etourna ensuite

des richesses immenses. de tomber sur la flotte de Virginie dans le temps où elle s'assemblait pour aller en Europe, lorsqu'une deuxième attaque de fièvre jaune l'emporta à l'âge de à

Il

la

Martinique, où son butin répandit

remit à

45 ans.

la voile

Il

expira

Léon Guérin

pour

le

dit

la

Havane,

afin

9 juillet 1706, sur le vaisseau le Juste, de lui " c'était un héros dans toute l'éten:

due de l'expression. Si ses campagnes prodigieuses par leurs résultats, obtenus avec les plus faibles moyens matériels, avaient eu l'Europe pour témoin et non les mers sans retentissement des voisinage du pôle, il eût eu de son vivant et après sa mort, un

nom

que ceux des Jean Bart, des Duguay Trouin et fiit sans aucun doute parvenu aux plus hauts grades et aux plus grands commandements dans la marine." On a pu se convaincre par le récit de sa vie si bien remplie aussi célèbre

des Tourville, et

indépendamment des qualités intellectuelles et morales, il falaux chefs en Amérique une force de corps infatigable, pour résister aux marches prodigieuses dans un pays inculte et par

que, lait

toutes les saisons de l'année. D'Iberville prenait toujours avant d'agir les mesures les plus

s'entourant de tous les renseignements possibles et, une une entreprise commencée, il se faisait un point d'honneur Charlevoix dit qu'il avait toutes les qualités d'en venir à bout. de sa nation sans en avoir les défauts et que les Canadiens-Français l'auraient suivi au bout du monde. Si le portrait de lui que j'ai vu est fidèle, il correspond bien au caractère de l'homme, à ce justes, fois

10

— 74 — que

nous apprend de lui. Sa physionomie noble et exrendue plus imposante encore par la perruque du grand marque bien l'intelligence, la volonté et la détermination

l'histoire

pressive, siècle,

qui distinguaient tout ce qu'il a entrepris.

gnons,

ils

comme

étaient dignes de lui

ils

était

Quant

à ses

compa-

digne d'eux.

C'est

qu'un certain Lagrange,* dressé à son école, partait en 1705 de Québec, à la tête de ico Canadiens, entrait dans le port de ainsi

Bonavista à Terre-Neuve, y coulait une petite frégate, y brûlait deux flûtes, s'emparait d'une frégate de 24 pièces de canon et remettait à la voile, avant que la garnison du fort eut eu le temps

de s'opposer à son dessein. Il reçut du roi une commission dans la marine et continua de se distinguer. Il est de mode d'exalter l'énergie et l'esprit d'entreprise des Anglais et des Américains. Tout homme de bonne foi qui con-

du Canada sous

dans leurs explorations audacieuses, cette pléïade de pionniers, dont le souvenir évoque immédiatement à l'esprit les noms impérissables de Jean Nicolet, de Louis Jolliet, de Nicolas Perrot, de Pierre de la Vérendrye et des intrépides missionnaires qui les accompagnaient ou les précédèrent, tout homme de bonne foi, dis-je, est obligé de souscrire sans réserve à ce jugement de M. Rameau " L'histoire nous montre que les colons français étaient plus vigounaît

l'histoire

l'ancien régime, qui a suivi,

-

reux de corps, plus énergiques d'esprit et plus ingénieux que leurs ils étaient même, ce qui heurte bien plus encore l'opinion voisins ;

commune,

plus entreprenants et plus intelligents, leur société était

Encore du temps de Charlevoix, c'est-à-dire vers que riches, ne voulaient point faire la dépense d'environner Montréal de murailles, persuadés qu'ils étaient que leur valeur suffisait pour défendre leur ville Quand on a suivi jusqu'au contre quiconque oserait l'attaquer. bout cette lutte de 75 ans qui se termine en 1760, on dit également avec M. Benjamin Suite " Le Canada a plus fait pour sa mère patrie que les 13 états américains n'ont fait pour acquérir plus virile."

1720, les Canadiens, plus braves

:

leur propre indépendance." * Il voulait venger l'injure faitQ au nom français par un forban anglais qui avait attaqué les navires pêcheurs à Percé et avait brûlé le village et l'église.

— 75 — Follet de Lacombecomte de Béthune. lieutenant-général des armées du roi et qui appartenait à cette maison qui a donné à la France plusieurs maréchaux et un de ses plus illustres hommes d'état, le compagnon fidèle du Béarnais, Sully,

La veuve de

dame Thérèse

d'Ibcrville,

épousa en secondes noces

Pocatière,

le

Canadiens-Français, vous avez élevé sur vos places publiques

des statues à Champlain

ques Cartier, sur

honoré

les

les

bords de

la rivière

fondateurs venus de

Montcalm

Frontenac,

fait.

Maisonneuve

et à



la vieille

et Wolfe,

et

un monument à Jac-

il

hiverna.

Vous avez

patrie et vous avez bien Lévis,

Salaberry, Elgin»

vainqueurs et vaincus amis et ennemis, se dressent fièrement au

Dans un

fronton du parlement de Québec.

même temps

qui est en les

esprit

de bonne politique, vous

de conciliation

les faites figurer

uns à côté des autres, ces adversaires des anciens jours.

ferez vous

donc pour

français et canadien-français

vos comtés, ainsi a

fait la

tends avec impatience

Vous avez donné son nom à un de

?

Louisiane, mais cela ne

le

Que

qui avait la double gloire d'être

celui-ci

moment

où,

suffit pas.

dans l'une de vos

J'at-

cités, se

quand vous menant au combat ses Canadiens, et tenant à la main cette épée que jamais ennemi ne fit abaisser ni fléchir, et qu'elle devienne le symbole de votre nationalité. Les même temps sont changés sans doute, le combat n'est pas de nature, le bulletin de vote a remplacé le fusil. On vous a donné dressera la statue du plus pur héros de votre race et

la

ferez,

représentez

des droits.

Québec, l'on

le

Par l'habitant vous tenez

la terre, cette

commenee

assise

à vous respecter,

Quelques Anglais déparez pas trop

le

la terre

dans

la

indestructible d'une

province de

nationalité et

parceque vous êtes nombreux.

reconnaissent même que vous ne Canada, que vous constituez une variété agré-

intelligents

able au milieu de l'uniformité de l'Amérique du Nord.

monde

Tout

le

de leur avis. Les esprits étroits s'appellent légion et ne comprennent pas qu'on se permette de penser et de parler autrement qu'eux. toutefois n'est pas

Plusieurs incidents arrivés naguère le prouvent

ment.

Qui ne

se rappelle ce

surabondam-

monsieur qui voudrait enlever aux

-76Canadiens-Français jusqu'à leur nom, et l'indignation des journaux

anglais de Québec,

comique

lorsque fut fondée la société

qui a pour but d'empêcher, dans ce pays-ci,

l'invasion

graduelle

Et puis, vous n'êtes, après tout, qu'un îlot, resserré entre les flots tumultueux de l'Atlantique ou les solitudes glacées de votre Septentrion, et les masses formi-

du Français par des mots saxons.

dables de langue anglaise qui vous enserrent de toutes parts et

cherchent à vous pénétrer. éveil,

sont

soit

les

comme

l'épée

de

Que

votre patriotisme, toujours en

d'Iberville, toujours à la parade.

Anglais qu'elle combattait et vous,

c'est

Ce

l'absorption an-

glo-saxonne.

Canadiens-Français, à quand d'Iberville, chevalier

la statue

de Pierre Lemoyne

de Saint-Louis, capitaine de vaisseau et chef

Sa Majesté très chrétienne, conquérant de TerreNeuve et de la baie d'Hudson, fondateur de la Louisiane " le plus vaillant des Canadiens-Français," le plus grand marin et le plus grand soldat qu'ait produit la Nouvelle-France, un des serviteurs les plus fidèles, les plus intrépides, les plus dévoués que la France elle-même ait comptés dans sa longue et glorieuse histoire ? * d'escadre de

*

nom

On

a vu à la note de la page 17 l'origine que

Quand

M. Benjamim

Suite attribue à ce

imprimer, je n'avait pas encore lu M. Eugène Guénin qui nous apprend, dans son ouvrage " la Nouvelle-France," que ce nom, donné à l'un de ses enfants par Charles Lemoyne, était celui d'un fief de la chatellenie d'Hotot sur Dieppe. d'Iberville,

je

l'ai

fait

LES FRERES DE D'IBERVILLE.*

N

peut dire d'une façon générale que toute

nadienne se distingua à

la guerre,

puisque

Mais de toutes ces

a noblesse ca-

c'était à la

guerre

BouDenys, les Hertel, les Couillard, les Le Ber, les Amyot, les Aubert, les Juchereau-Duchesnay, les Testard de Montigny, celle des Lemoyne occupe le premier rang, tant par le nombre de ses membres qui se distinguèrent dans les différentes guerres que nous eûmes à soutenir au Canada, sous l'ancien réqu'elle devait ses titres.

familles, les

cher, les Godefroy, les

gime, que par l'importance des services qu'ils rendirent. contant l'histoire frères

de

Pierre

Lemoyne

y paraître continuellement.

d'eux suffiront pour

faire ressortir,

En

ra-

on a vu ses Quelques notes sur chacun d'Iberville,

comme

il

convient, la vaillance

et l'héroïsme de cette famille unique dans son genre, digne descendante de cette race normande, la plus aventureuse, la plus

intrépide qui fut jamais.

Le premier

fils

son père et qui fut

de Charles Lemoyne qui portait le nom de premier baron de Longueil, né à Montréal

le

en 1657, fut un homme fort distingué. Il se signala dans l'expédition de 1696 contre les Iroquois et Denonville appela sur lui

du ministre en disant

" C'est

une famille dont je ne bonne conduite et la bonne éducation des enfants qui sont tous honnêtes Il fut blessé en repoussant à la gens," (lettre du 28 août 1689). tête des Canadiens les Anglais qui, lors du siège de Québec par Phipps en 1690, avaient débarqué près de Beauport le 18 octobre.

l'attention

me

:

saurais trop louer et qui mérite d'être distinguée par la

* Les renseignements qui suivent me sont principalement fournis par Bibaud Panthéon Canadien), et par M. Benjamin Suite dans son "Histoire des Canadiens-

Français.

'

-78 Il alla

La

en France prendre

eaux de Barèges pour

les

se rétablir.

seigneurie de Longueil fut érigée en baronnie en sa faveur en

1700, " en reconnaissance des services qu'il

avait

rendus et

qu'il

rendait tous les jours à la colonie et en coséquence de ce qu'il avait érigé sur sa seigneurie servit en Il fut

pour

Flandre

comme

un

fort

aide de

en pierres à 4 bastions."

Il

camp du maréchal d'Humieres.

gouverneur de Détroit et de Montréal garder la tête de la colonie contre

aller

qu'il quitta le

en 17 10

général Nicholson.

Dans cette expédition, il faisait porter devant lui une bannière brodée par sa cousine, Jeanne Le Ber, célèbre recluse canadienne, du plus riche marchand de

fille

tout

son

quitté le rut

patrimoine à

monde

la

et s'était

la

colonie et qui, après avoir

donné

Congrégation de Notre Dame, avait

renfermée dans une cellule où

en odeur de sainteté en 16 14.

Nicholson

elle

fut obligé

moude se

bonne contenance de la poignée d'hommes du baron de Longueil que par suite des désastres arrivés à la flotte anglaise. De la mort du marquis de Vaudreuil à l'arrivée du marquis de Beauharnais, c'est-à-dire du 10 octobre Il 1725 au 2 septembre 1726, Longueil administra la colonie. mourut à Montréal en 1729 et y fut inhumé dans l'église paroissiale. La baronnie de Longueil finit par tomber dans des mains anglaises par suite du mariage de la dernière baronne de Longueil avec le capitaine David Alexander Grant en 178 1, et le retirer,

autant à cause de

la

dernier représentant de la famille qui vit en Angleterre et dans

même sang qui fit d'Iberville, un pur Anglais. Si les hommes du peuple tombent aujourd'hui dans le cosn;iopolitisme et l'internationalisme, certains membres des aristocraties et pour des motifs plus bas, dans lesquels n'entrait aucune utopie humanitaire, leur en ont donné l'exemple. Pour s'unir à des étrangers de la même caste, ee qu'on appelle ne pas déchoir, ou simplement avec des familles fortunées, ce qu'on appelle fumer ses terres, on oubUe les souvenirs les plus sacrés, on renie les ancêtres. Il n'en est pas ainsi de Jacques Bonhomme ni de Jean-Baptiste. Défendus par leurs travaux mêmes contre de pareilles tentations, ils ne changent point ainsi d'allégeance

les

est

veines duquelle coule un peu du

— 79 — et restent fidèles à leurs origines.

sur

le sillon

Courbés dans

dur labeur

leur

des aïeux que leur bras musculeux est aussi

mier à défendre contre

les

envahisseurs,

comme

ils

pre-

le

au absorbe

l'ont fait

France en 1793, on ne les eux qui s'assimilent tout ce qui les environne, et leurs filles robustes qui ne connaissent que la langue maternelle ne font souche, dans ce pays-ci, que de Canadiens-Français, les pères fussent-ils les Highlanders de la Malbaie. Il y a, parait-il, dans le département de l'Allier, un marquis de Longueil qui porte trois roses dans son éeusson comme le baron de Longueil du Canada et qui prétend descendre de lui. Jacques Lemoyne de Sainte Hélène, le deuxième fils de Charles Lemoyne, né en 1659, était d'un naturel batailleur. L'in-

Canada sous

l'ancien régime, en

point, se sont

tendant écrit

le

16 juillet

1694 au ministre

qu'il

s'est

battu en

y a quinze jours, sur la place publique de Montréal, avec François Marie Perrot, gouverneur de la ville et qu'ils se sont On a vu qu'elle grande part il a prise dans blessés tous deux. En 1787, il commanla campagne de 1786 à la baie d'Hudson. dait un des quatre bataillons de milices canadiennes qui prirent Nous l'avons accompapart à l'expédition contre les Iroquois. gné dans son expédition contre Corlar en 1690. La même année, au siège de Québec par Fhipps, il se distingua en toutes circonsduel,

il

Il était le meilleur artilleur de la colonie. Dans le combat du 18 Octobre, il fut blessé ainsi que son frère Longueil et Juchereau de Saint-Denis, seigneur de la paroisse de Beauport, qui eut un bras cassé en y menant ses censitaires au combat, mais moins heureux qu'eux, il mourut de ses blessures le 4 Décembre 1690. Charlevoix dit de lui qu'il était un des plus estimables chevaliers et un des plus braves hommes qu'ait eus le Canada et il fut uni-

tance.

versellement regretté.

Lemoyne de Martigny,

Un

fils

brilla

de Sainte Hélène, Jean-Baptiste

également par ses services

mili-

tairns.

Paul Lemoyne, sieur de Maricourt,

le

quatrième

Lemoyne (d'Iberville était le troisième), né cemme nous l'avons vu, aux campagnes de la

fils

de Charles

en 1663, prit part, baie d'Hudson.

Il

— 8o — commandait les Iroquois et les Abénaquis domiciliés dans la grande expédition de Frontenac en 1696, contre les cantons 11 faut croire iroquois, avec lesquels il négocia la paix de 1700. qu'il était d'une grande activité, car les Indiens l'appelaient Taouistaouisse, petit oiseau toujours en

année

il

mouvement.

Cette

même

persuada aux Iroquois, en dépit des efforts de Burnet, la Nouvelle Angleterre, de laisser établir chez eux

gouverneur de le fort

La guerre ayant recommencé,

Niagara.

il

fut,

selon

Léon

Guérin, brûlé en 1704 avec 40 autres Français ou Canadiens dans une maison où ils avaient été cernés par les Iroquois. Selon d'autres,

il

serait

mort à Montréal,

à la

même

époque, de fatigues

excessives.

P>ançois Lemoyne,

le

premier sieur de Bienville,

de Charles Lemoyne, né en 1666,

le

cinquième

de 25 ans, le 7 Juin 1691, dans un combat contre les Iroquois à Repentigny. Après sa mort, son titre passa à celui de ses jeunes frères que

fils

fut tué à l'âge

nous allons retrouver tout-à-l'heure.

En

racontant

plusieurs fois le

la

vie

nom de

Sérigny, né en 1668, était

un marin distingué.

fut

de d'Iberville, nous avons mentionné

Joseph Lemoyne, sieur de le sixième fils de Charles Lemoyne et La découverte de la conspiration de Sérigny.

Cellamare ayant amené une guerre entre l'Espagne Sérigny la

prit

Louisiane.

une part brillante aux opérations de

Pendant que son jeune

frère,

la

et la France,

Floride et de

Chateauguay, à

la

de 700 Canadiens et sauvages, attaquait Pensacola du côté de la terre, Sérigny l'attaqua par mer le 1 5 mai 1719, et le fort Les Espagnols ayant débauché une partie de la fut emporté. tête

garnison l'île

le

reprirent en juillet.

Ils

essayèrent aussi de reprendre

Dauphine, mais en furent repoussés après une brillante résisIl mourut fait capitaine de vaisseau.

tance de Sérigny qui fut

en 1734, gouverneur de Rochefort et il y aurait encore de ses desUn Lemoyne se distingua au combat de cendants en France. Sidi-Ferruch qui précéda

la prise

d'Alger en 1830.

Louis Lemoyne, deuxième sieur de Chateauguay Charles

Lemoyne

avait été le premier) le septième

(le

fils,

père

né en

— 8i — 1676, fut tué,

du

fort

comme

Nelson, dans

l'âge de 18 ans, à l'attaque d'Hudson, en combattant sous d'Tber-

nous l'avons vu, à la baie

ville (1694).

Jean huitième

Lemoyne, deuxième sieur de Bienville, le de Charles Lemoyne, né à Montréal en 1690, est C'est plus remarquable de la famille après Pierre.

Baptiste fils

l'homme le lui que je commencerai ma deuxième série des " Héros de la Nouvelle-France;" je n'ajouterai donc rien ici à ce que j'ai déjà

par

dit

de

lui

en parlant de son frère.

prise par lui à la fondation

On

a vu la part

considérable

de Antoine Lemoyne, troisième sieur de Chateauguay, le neuvième des frères Lemoyne, né en 178 1, était avec d'Iberville et la

Louisiane.

Bienville en Louisiane. Il prit part à la campagne des Antilles de 1705 à 1706. Nous avons vu ce qu'il fit en 17 19 à Pensacola, A la suite de cette campagne, il fut fait gouverneur de Mobile et

commandant en second du

Plus tard il fut employé à la Guyane. De 1745 à 1747; année de sa mort, il participa à la défense de Louisbourg et du Cap Breton contre les Anglais. Sa famille parait s'être conservée en

pays.

Martinique, et gouverneur de

France

et c'est

peut être à

se distingua à Sidi-Ferruch.

II

la

elle

qu'appartenait

le

Lemoyne

qui

iei[ MAD[L[iN[

1ç)'H0MME même

|J

de

wmmi,

a inventé et revendique complaisammsnt pour

l'expression

de

"

courage mâle,"

comme

si

lui-

cette

vertu était l'apanage exclusif du sexe laid et la préro-

gative de tous ceux qui

le

composent.

L'histoire nous raconte

que de tout temps, en tout pays, il y eut des femmes à l'âme et au cœur fortement trempés qui, par leur intrépidité dans le danger, se placèrent au-dessus de l'immense majorité de leurs frères

moins barbus. De toutes les nations, je crois bien que France qui a produit dans ce genre le plus de célébrités, et en disant cela, je ne fais pas entrer en ligne de compte Jeanne Celle-ci domine toutes les héroïnes que la terre compte d'Arc. plus ou c'est la

à son actif.

l'heureuse

Grand

Elle ne saurait se comparer,

elle

se

expression appliquée par Alexandre

Corneille.

sépare, selon

Dumas

Si à cette vaillance traditionnelle des

au

fils

femmes

on ajoute que certains écrivains étrangers les proclament les plus intelligentes du monde, on pourrait avancer, au risque d'exciter l'ire masculine, que ce qu'il y a de meilleur dans

de notre

le

race,

Français, c'est la Française.

sexe

fort, si

Quoiqu'il en

soit,

mes

frères

du

vous admirez la présence d'esprit en face d'un danger

pressant et terrible,

si

vous honorez

maintient nuit et jour sans

le

fléchir, celui

courage de deux heures du matin,

si

courage persévérant qui se

que Napoléon appelait vous croyez que, dans

le le

* J'ai puisé les renseignement nécessaires pour faire cet article dans deux lettres de Melle de Verchères, publiées par le Monde Illustré dans ses numéros des 8 et 29 mai Le "Journal" de Montréal les a reproduites également l'an dernier. J'y ai 1897. trouvé quelques détails qui manquaient dans les autres.

-83va suivre, l'homme

récit qui

que

le

plus vaillant n'aurait pu

mieux

invite à

de 14 ans que je vais vous présenter, je vous mettre respectuensement chapeau bas, quand je pronon-

cerai le

nom de Marie Madeleine de

faire

la fillette

Son père

Verchères.

de ce régiment de Carîgnan qui a joué un rôle si important dans l'histoire du Canada. î* M. de Verchères était alors à Québec par ordre de M. de Callières, gouverneur de Montréal, où se trouvait pour le moment la mère était

de notre héroïne.

un des

On

officiers

qu'à cette époque, chaque seigneur

sait

était tenu d'élever un fort sur

Ce

fief.

que de grands enclos palissadés et l'église, la maison du seigneur l'espace était en outre assez large pour

n'étaient généralement

soutenus de quelques redoutes

y

concession qu'il obtenait en

la

étaient renfermées et

femmes,

qu'au besoin

les

retirassent.

Deux ou

enfants et les bestiaux des colons s'y

trois

campagne ou quelques pour avertir

les

;

les habitants,

quelques pièces de

fonctionnaires,

pierriers, tant

pour écarter l'ennemi que

complétaient ce système de défense à

peu près dans chaque paroisse. 2*

On

était

au 22 Octobre

1696, dans cette saison où

royal plane majestueusement au haut des ter au soleil son

plumage d'un roux

airs,

l'aigle

en faisant miroi-

doré, où les canards sauvages,

en quête de pâture, coupent l'horizon de leurs vols triangulaires.

La

forêt

canadienne commençait à perdre sa parure de pourpre

et d'or qui,

dans

aux derniers rayons de

la nuit,

du

leurs occupations.

Les habitants qui de Verchères vaquaient paisiblement à

fort

Tout

à coup, des buissons au feuillage encore

assez dense qui bordaient les

whoop-whoop des vingtaine

avant de s'endormir

revêt une splendeur d'apothéose.

résidaient près

du massacre

l'astre roi,

et

de

champs

cultivés s'élève le terrible

Iroquo's, sinistre avant-coureur de l'incendie, la

d'habitants,

torture.

Des coups de

réveillent dans la mort.

I* Voir la notice à la fin du livre. Le souvenir d'un de à la formation du régiment de Carignan.

2* Charlevoix.

feu éclatent.

Une

un moment auparavant, Sg Mademoiselle de Verchères qui était

pleins de vie

mes

ancêtres ze rattache

-84du

alors à quelques arpents "

crier

lette lui

entend son domestique Lavio-

fort,

Sauvez-vous

mademoiselle, sauvez-vous

!

A

Iroquois qui viennent fondre sur vous."

les

voilà

!

ce cri elle se dé-

tourne et aperçoit à portée de pistolet 45 sauvages qui accouraient. Elle s'enfuit sans perdre sa présence d'esprit, se recommandant à

Les ennemis, tout en la pourL'un suivant, lui envoient 45 coups de fusils et la manquent. d'eux, toutefois, la serre de près, la saisit par un mouchoir qu'elle portait autour du cou et qu'elle lui laisse entre les mains, après la

Vierge mère, puissante au

l'avoir la

dénoué.

porte du

Elle



fort,

perdre leurs maris

dans

échappe, crie aux armes

elle

la

!

en arrivant à

trouve deux femmes qui venaient de Elle les fait entrer de force

et qui pleuraient.

ferme

la place,

lui

ciel.

porte, passe une inspection rapide

et,

prê-

tombés qui faisaient brèche De là et eussent permis aux ennemis de pénétrer dans le fort. qui servait de corps de garde où se trouelle se rend à la redoute Elle y trouva les deux soldats vaient les munitions de guerre. qui composaient toute la garnisont, (les autres étant allés à la chant d'exemple,

chasse),

relever les pieux

lieu d'accourir à

L'un

de frayenr.

saisis

tête

au

qui,

et

fait

était

couché

son appel,

mèche allumée en main,

se préparait,

met un chapeau d'homme, prend un

coiffe,

cachés

avait perdu la

à mettre

le

feu

aux

Elle l'arrête, après l'avoir traité de malheurex, jette sa

poudres. jeunes

s'y étaient

et l'autre qui

fusil et dit à ses

âgés de 12 ans: "Battons-nous jusqu'à

frères,

la

deux mort,

combattons pour notre patrie et pour la religion. Souvenez-vous des leçons qne mon père vous a si souvent données que les gentishommes ne sont nés que pour verser leur sang pour le service de Dieu

et

du

roi."

Les deux enfants

et les

deux

soldats, encou-

ragés par ses paroles, font un feu continuel sur les ennemis et leur tuent

que

la

réalité.

du monde.

garnison

Après

est

cette

elle-même de quatre

un

bastion,

Les Iroquois surpris reculent, persuadés bien plus nombreuse qu'elle ne

première livres

alerte, Mlle,

de balles

le

l'était

en

de Verchères charge

canon qui se trouvait sur

tant pour effrayer les sauvages que pour avertir les

soldats qui étaient à la chasse de se sauver dans quelque autre

-85-

r fort.

ordonne de se

Elle

taire

aux femmes

et

aux enfants qui

venaient de perdre quelques-uns des leurs et qui poussaient des cris lamentables, de nature à encourager les Iroquois dans leurs

Sur ces

attaques.

entrefaites, elle aperçoit sur la rivière, vis-à-vis

fort, le canot de Pierre Fontaine qui, avec sa famille, venait débarquer dans l'endroit où elle avait manqué être prise ellemême, et aux environs duquel quelques ennemis se trouvaient encore. Cette famille était perdue si on ne lui portait un prompt

du

La jeune

secours.

fllle

pagner pour protéger

demande aux deux le

débarquement.

soldats de l'accom-

Ils

ne répondent pas.

ordonne alors à Laviolette de faire sentinelle à la porte du fort, pendant qu'elle-même, le fusil à la main, se dirige vers le bord de la rivière. Les sauvages croyant à une feinte destinée a les attirer pour leur faire perdre du monde, lui laissent le champ libre. Elle fait débarquer la famille Fontaine et la ramène saine et Elle

A

sauve, en vue de l'ennemi.

part cette nouvelle recrue, la gar-

nison se composait de Marie

Madeleine, de ses deux

frères,

du

domestique, des deux soldats, d'un vieillard de 80 ans, de quelques femmes et de quelques enfants.

Aussitôt

la

taine arrivée, on continue à faire feu sur les Indiens.

mettre le

comble

le

coucher du

aller

à ses exploits,

soleil,

fait

deux

notre héroïne,

famille

Fon-

Enfin, pour

une heure avant pour

sorties au nez des Iroquois,

chercher trois poches de linge et des couvertures à quelque

distance du

fort.

Mais

avec ses ténèbres et

les

finie, la

nuit approche

dangers qu'elles recèlent.

Le soleil se accompagné

la lutte n'esi

pas

Un

impétueux vent du Nord-Est s'élève, Les Iroquois, par leurs mouvements, indiquent l'intention qu'ils ont d'attaquer à la faveur de l'obscurité.

couche.

de grêle

et

de neige.

Melle. de Verchères réunit alors sa petite troupe, l'encourage et désigne à ehacun son poste.

elle-même, son jeune

deux

homme

Elle prend le plus périlleux pour

de 80 ans,

comme

elle l'appelle plai-

Chacun est posté sur un bastion. Elle envoie Pierre Fontaine et les deux soldats, La Bonté et Pierre Galhet, à la redoute, avec les femmes et les enfants, en leur recommandant de ne jamais se rendre, quand même ils la verraient samment,

et ses

frères.

— 86 — Tout

brûlée et hachée en pièces. toute

dominant " bon quart

la grêle, le cri

"

s'échange de

lières, s'abstinrent

comme

la

bonne garde

et,

et le crépitement

de du

fit

redoute au

de l'attaque

La

du

et

Vérification faite

bruit.

feinte des

après avoir pris

sauvages, coutumiers

jour parut,

le soleil

secours du

ciel,

le

Une

heure

les

précautions

car ça pouvait être une

fit

entrer dans

le fort.

Enfin

inquiétudes des assiégés, aux-

dissipa les

quels Melle de Verchères tint

place

stratagèmes de ce genre,

des

c'étaient des bestiaux égarés qu'on

la

sentinelle de la porte entend

pour éviter toute surprise,

nécessaires

fort,

M. de Cal-

avaient projetée.

qu'ils

!

croyant

dirent plus tard à

le

ils

après minuit, nouvelle alarme

le

du vent

redoute, â tel point que leb Iroquois,

fort à la

remplie de soldats,

le

monde

le

le sifflement

la nuit,

discours suivant: " puisque avec

nous avons bien passé cette

nuit, toute affreuse

nous en pouvons bien passer d'autres, en continuant

qu'elle a été,

notre bonne garde, en faisant tirer du canon d'heure en heure

pour avoir du secours de Montréal qui

Ce jour

lieues."

peureuse,

comme

là, il

la

femme de

n'est éloigné

Pierre Fontaine, "

est naturel â toutes les

que de huit extrêmement

femmes parisiennes de

nation," * voulait absolument se rendre au fort de Contrecœur,

distant de trois heures de

mari

déclara

qu'il

marche de

celui

de Verchères, mais son

n'abandonnerait jamais ce dernier tant que

Melle. Magdelon, c'est ainsi que les braves habitants appelaient

force fut à la

y resterait et celle-ci, de son côté, ayant déclaré mieux périr que de livrer la place aux ennemis bonne femme de rester aussi. Que dirai-je de plus ^

je craindrais

de fatiguer

notre héroïne,

qu'elle aimerait

le lecteur.

quel bois Marie Madeleine était

dormir

ni

manger.

Il

doit savoir maintenant de

faite.

Elle fut 48 heures sans

Pendant huit jours de

cette

vie

d'alarmes

continuelles (les Iroquois étaient toujours en vue), elle soutint le

moral des assiégés par ses paroles

et

l'espérance qu'elle leur donnait d'un

son exemple, son

air riant et

prompt

Enfin une

secours.

nuit qu'elle était assoupie la tête sur une table, son fusil de tra* C'est le

de la capitale.

commentaire peu flatteur de Melle. de Verchères à l'égard de Je le crois un peu exagéré.

ses

sœurs

-87vers daus ses bras, une des sentinelles, entendant quelque bruit, cria

Qui vive

:

M. de

C'était

!

M. de

la

Callières qui arrivait avec

le fort était pris,

Ici je laisse

40 hommes

ne sachant

et qui,

si

approchait aussi silencieusement que possible.

parole à

la

Monnerie, lieutenant détaché de

saveur de son récit et

mon

lui

héroïne pour ne rien enlever à

la

permettre d'ajouter elle-même quelque

chose à l'esquisse de son caractère

Sans perdre de temps,

** :

je

montai sur le bastion pour reconnaître à la voix si c'étaient des sauvages ou des Français. Je leur demandai " qui êtes-vous " ? " Français C'est La Monnerie qui vient vous Ils me répondirent :

:

!

donner du secours." Je fis ouvrir la porte du fort, j'y plaçai une et je m'en allai au bord de l'eau pour les recevoir. " Monsieur, Aussitôt que je l'aperçus, je le saluai par ces paroles

sentinelle,

:

soyez-vous

le

bienvenu, je vous rends

Meilleures que vous ne croyez," répliquai-je. le

trouva en très bon

lui dis

"Monsieur,

:

état,

faites

la

bonnes mains." fort

Il visita le

une sentinelle sur chaque bastion.

mes

relever

puissent prendre un peu de repos,

sommes

Mademoi-

armes."

"elles sont en

répondit-il d'un air galant,

selle,"

les

il

sentinelles,

afin

;

il

Je

qu'elles

y a huit jours que nous ne Cette réponse à M. de

pas descendus de nos bastions."

Monnerie. cette prudence

même

à l'arrivée d'un secours, cette

pas typique ? Evidemment Marie-Madeleine avait toutes les qualités qui font un chef de guerre. Ah, la bonne et fière Française que cette enfant qui sollicitude

allie

pour ses gens, tout cela

au courage

le

nerie de sa race. fortant,

il

plus froid et

Le

plus clairvoyant, la be

moral

l'histoire

comme

Mais qui nous expliquera des natures la

Il

y a

républicaine Charlotte là

Corday



un problème psychologique

" l'ange

et

de l'humanité.

celles

de Jeanne

*

de

même

l'assassinat." *

physiologique des plus

pour le penseur, mais aussi des plus insolubles. Héréatavisme, sélection naturelle, vains mots Qui nous dira, si

attirants dité,

crâ-

vous console des vilenies

il

;

déshonorent souvent

d'Arc, de Jeanne Hachette, de Melle. de Verchères, voire

de

le

spectacle d'une pareille vaillance est récon-

est essentiellement

et des lâchetés qui

le

n'est-il

!

Lamartine,

ce n'est

88

Dieu lui-même, comment

celer les facultés se trouve un

Une



charmante peut red'un capitaine, comment dans un corps de vierge

cœur de héros

tête

telle

?

des deux lettres dont je

me

suis

servi,

adressée à la

comtesse de Maurepas, nous révèle l'intensité du patriotisme de

Marie Madeleine

nous

et

entrer encore

fait

connaissance de sa nature.

J'en

qui n'ont pas besoin de commentaires dire que

j'ai

des sentiments qui

me

des hommes," et un peu plus loin

en France des personnes de

:

plus avant dans la

extrais les citations suivantes "

:

permettez-moi de vous

portent à

la gloire

"je

madame,

sais,

mon sexe dans

comme qu'il

bien

y a eu

cette dernière guerre

qui se sont mises à la tête de leurs paysans pour s'opposer à

l'in-

vasion des ennemis qui entraient dans leurs provinces. Les Cana-

diennes zèle

pas moins de passion de faire éclater leur

n'auraient

pour

la gloire

dernier passage

du Roy,

fait,

si

elles

en trouvaient l'occasion."

sans doute, allusion à

la

phinoise, Philis de la Tour-du-Pin-La-Charce qui. en tête des

paysans ses vassaux, seconda

les

Ce

Jeanne d'Arc dau-

belles

1692, à la

manœuvres de

Catinat qui, avec une armée très inférieure en nombre, défendait notre frontière.

Cette héroïne combattit

les

envahisseurs italiens,

allemands, espagnols et huguenots, et reçut une pension de 2000 livres

de Louis XIV.

Son épée

posés au trésor de l'abbaye

armes de Jeanne d'Arc. Ajoutons, pour compléter

et ses pistolets auraient été dé-

royale

de Saint-Denis, à côté des

physionomie de cette famille de plus haut se distinL'un d'eux fut brûlé par guèrent au service contre les sauvages. les Iroquois. J'ignore si c'est celui que mentionue M. Benjamin Verchères, que

les frères

Suite dans son ouvrage

dont

la

il

est question

si

intéressant et

des Canadiens-Français,"

comme ayant

si

documenté "Histoire

été tué dans l'expédition

de 1708, où 100 Canadiens, commandés par Hertel de Rouville^ Saint-Ours Deschaillons et Boucher de Laperrière, après une

marche de 150 lieues, prirent le fort de Haverhill, défendu par une bonne garnison et soutinrent divers combats dans leurs reQuant à son père, il passa une longue vie littéralement traite.

-89Dans une de ses lettres à Mme. de Maurepas» le harnais. Marie-Madeleine parle des 55 ans de service de M. de Verchères et sollicite en même temps une modeste pension de 50 écus, ou, à défaut de cette grâce, une enseigne pour un de ses frères, cadet

SOUS

dans

les

troupes, car le service

pas autant que

les

du

courbettes des

roi

au Canada ne rapportait

courtisans à

Versailles»

Si,

d'autre part, on se rappelle les belles paroles qu'il avait l'habitude

d'adresser à ses

que leur sœur eut soin de leur rappeler,

et

fils

jour de l'attaque des Iroquois, on aura sous

les

yeux

le

la fidèle

image d'une de ces familles de noblesse provinciale qui constiLes solides vertuaient alors une des forces vives de la France. tus, le

courage,

la

probité, le bel alliage

de

foi

religieuse et patrio-

tique qui la distinguaient appartenaient d'ailleurs aussi à notre vieille bourgeoisie, car si

famille

François Jarret de Verchères était d'une

noble de France,

il

n'en fut pas de

XIV, ont donné des noms

même

de cette pha-

lange de preux, anoblis par Louis

qui gagnèrent leur blason

au Canada, et

liés

lui

d'une manière indis-

Les Boucher, les Le Moyne, les SaintOurs, les La Durantaye, les Chambly, les La Bouteillerie, les La Mothe-Lussière, les Dugué de Boisbriant, les Berthier, les Contrecœur, les Saurel, tous officiers au régiment de Carignan. Ce n'est pas cette noblesse là que le caustique Henri Heine aurait pr. soluble à son histoire

traiter

de

:

" cariatides

du

trône."

Heureux notre pays

si

toute

composée de braves gens comme ceux dont nous venons de parler. Au lieu d'une révolution, la France notre aristocratie

eiit

été

n'aurait eu qu'une évolution.

Melle de Verchères épousa, en 1706, Pierre Thomas Tarieu de Lanaudière, seigneur de Sainte-Anne de la Peyrade. qui était né en 1677. Tous deux moururent en 1737, le mari le 25 Janvier, la femme le 7 Août, laissant deux gajçons et plusieurs filles. Le seul représentant vivant de cette famille est Marie Joseph Gaspard Charles Tarieu de Lanaudière, avocat, né le 10 Septembre 1862 a Joliette, et qui est le sixième descendant en ligne directe de l'héroïne de Verchères.* * J'ai extrait tous les

renseignements que je donne sur la famille Lanaudière d'un paru sous la signature A. C. D,, dans le numéro du 16 Nov. 1901 du ** Journal" de Montréal. article

— 90 — En

deux Abénaquis d'une

1732, dans une rixe avec

g-igantesque et plusieurs sauvagesses,

en cassant

les

reins à un des

elle

sauva

stature

son mari,

la vie à

deux agresseurs avec son propre

lui avait arraché, et elle fut sauvée à son tour par son petit garçon, âgé de 1 1 ans qui, voyant sa mère sur le point d'être précipitée dans le feu par quatre Indiennes, les frappa

casse-tête qu'elle

avec tant de courage

de force sur

et

la tête et

les

bras qu'il

les

obligea à lâcher prise.

Je ne sache pas qu'on possède aucun portrait de l'héroïne de Verchères, mais on peut aisément se figurer qu'elle devait être taillée

en

force,

physiquement

trouve que, sans prétexte

de

bien que moralement.

aussi les

idéalisar, les artistes

Je ne nous

donnent pas toujonrs assez l'impression de vigueur qui doit émaner de pareilles natures.

Certes., je

ne demande pas qu'on leur

donne les pioportions de certaines braves femmes appartenant aux classes laborieuses,* mais je trouve absurde de représenter, avec des membres très convenables pour des petites maîtresses de salon, les femmes guerrières qui ont manié les armes avec une force et

une décision toutes masculines.

transmis à sa postérité

bonhomme

Marie Madeleine a

l'empieinte de sa robustesse.

qui, à 11 ans,

l'avait

sauvée en

d'ailleurs

Le

petit

1722, Charles F. X.

Tarieu de Lanaudière, doué d'une grande force corporelle, se signala plus tard à

Oswego et à Carillon où Son frère cadet, né en

de Saint-Louis.

lier

il

fut

1729,

nommé

cheva-

tomba pour

la

France à la Monongahéla. L'aîné, d'un deuxième mariage avec une LeMoyne de Longueil, eut entre autres Marie Catherine, née

mère de Philippe de Gaspé, l'auteur des "Anciens Canadiens" et, parmi les garçons, Charles Gaspard Tarieu de Lanaudîère, doué d'une telle vigueur, qu'elle luî permit, au dire de M. de Gaspé, de sonner la messe au Cap Santé avec une cloche qu'on destinait au clocher de l'église

en 1767

et qui

"Mémoires"

t

paroissiale, lit

fut

la

et des

mais qui

n'était

pas encrre en position.

Quand on

tout ce qui se rapporte à Melle. de Verchères, on se prend a

regretter qu'elle *

Ce que

le

ne

soit

pas devenue,

bon populo appelle

ici

comme Jeanne

une Canadienne double.

d'Arc ou

91 Philis

de

la



Tour-du-Pin-la-Charce, un chef de guerre, une me-

neuse d'hommes, qu'elle

n'ait

pas eu l'occasion de déployer plus

souvent, et sur un théâtre plus retentissant que ne l'était alors le

Canada,

même elle

ne

l'intrépidité

de sa nature. fait

et

les

A

pas celle de l'héroïsme.

dû aux lieux

où, par son courage, elle

viendra, j'en suis sûr, avec

le fond grandeur du théâtre aussi, un monument est

autres qualités qui faisaient

Mais qu'importe

le

la

j

elle

sauva des existences.

temps.

tiendront à honne'ir de perpétuer par

le

Les Canadiens-Français marbre ou le bronze le

souvenir de cette haute figure de femme. chères est à jamais éteinte, mais périra plus.

le

Cela

La

famille de Ver-

nom de Marie-Madeleine ne



=—

NOTE

sur le régiment de Carignan et

mon

ancêtre Balthazar,

ANS

son

"

min Suite



Histoire des Canadiens-Français," M. Benjadit

:

" le principal

commandé par un

paraîtrait qu'il était alors

nom

noyau de ce corps

de Balthazar, lequel avait été attiré

Salières,

d'abord

qui

lui

fit

accorder

la

prince de Carignan.

ment

leur

Les deux chefs

compagnie

**

pédiées sous

M. de

le

nom

le

régiment du

conservèrent

colonnelle " et leur drapeau.

s'appela Carignan-Balthazar

;

les

des deux colonels.

Il

allemand du en France par M. de direction de quelques officier

troupes et ensuite réussit à fondre ce'les-ci dans

chacun

fut for-

vers 1636 et servit au siège de Valence sur le Pô.

néanmoins

Le

régi-

commissions étaient exBalthazar s'étant

retiré,

nom de

Carig-

Salières prit sa place et le régiment reçut le

nan-Salières."

Ce

n'était

pas M. de

nal de Richelieu

Salières, mais

lui-même qui avait

bien notre grand cardi-

attiré

de France. Quant à son origine allemande, que démontrée, bien qu'il sut l'allemand et

Balthazar au service elle n'est rien

qu'il

ait

moins

commandé

Sa famille était originaire de Transylque notre glorieux ancêtre pouvait fort bien descendre, comme les Roumains, du mélange des vieux Daces avec les légionnaires de Trajan. des régiments allemands. vanie, de sorte

-

93



Le premier Balthazar que nous connaissions dans s'était

tuer pour

fait

la

famille

Son

Henri IV, à Ma bataille d'Ivry.

fils

aîné, Gacho de Balthazar, capitaine des gardes du corps de Fré-

déric V, électeur palatin et roi de

Bohême,

fut tué

en 1620, à

la

de Prague, après avoir fait des prodiges de valeur, pour couvrir la personne de son maître, enveloppé par les Impériaux Un des et qu'il parvint à sauver aux dépens de sa propre vie. frères de Gacho s'attacha à Gustave Adolphe, servit dans les bataille

armées suédoises où il parvint au grade de général-major et s'établit, après la paix de Munster, dans la Poméranie suédoise. Un de ses descendants, le baron de Balthazar, maréchal des camps et armées du roi Louis XV, établi sur la fin de sa carrière à Stras-

mon

bourg, était

Quant de

mon

arrière-grand-père.

à celui qui forma le régiment de Carignan, le neveu

ancêtre direct,

il

fut

un des

distingués de la guerre de 30 ans.

officiers

de fortune

les

plus

Jean de Balthazar, baron de

de Berne, né en 1600, suivit, après la déroute de Prague où son père avait été "tué, la fortune du célèbre Mansfeld et après la mort de ce dernier, entra au service de Gustave Prangin

et bourgeois

Après s'être fait remarquer par le héros suédois dans campagnes de Prusse et de Pologne, il l'accompagna en Alle-

Adolphe. ses

magne

et se

signala

particulièrement à

la

de Leipzig

bataille

de Lùtzen, où il commandait un régiment alleGrand Gustave fut tué. Balthazar était aussi fin diplomate que bon capitaine, aussi le fameux chancelier Oxens-

(163

et à celle

1)

mand,

et



le

tiern le chargea-t-il

rains

et

de plusieurs missions auprès de divers souve-

finalement,

1634, après la perte de la bataille de

en

Nordlingen, auprès du cardinal de Richelieu auquel l'attacha au service de

France avec

le

il

plut, et qui

grade de maréchal des

Il se distingua successivement en cette qualité aux bad'Avesne tailles (1635), de Buffalora (1636), de Leucate (1637), de Quiers en Piémont (1639), de Casai (1640), toutes gagnées sur Nommé lieutenant-généles Espagnols et à la prise de Turin.

camps.

ral

par Richelieu, après

grand Condé

et acquit

la

mort du grand ministre,

de nouveau

il

s'attacha au

lauriers à Rocroi

(1643), à

— 94

-

A

Fribourg (1644), à Nordlîngen (1645). tion avec le prince,

ancien chef en

Italie,

demanda

il

fut

la suite

d'Harcourt, qui commandait alors en Cata-

comme nommé commandant en chef

il

très

mal payés

et

manquant de

tout,

En

avait fait partout.

de notre armée de Cata-

logne et bien qu'elle fut à peine composée de lOOO tifs,

d'une alterca-

à repasser sous les ordres de son

Balthazar s'y distingua

logne.

1654,

il

il

hommes

effec-

parvint non-seulement

aux troupes Espagnoles, mais encore à remporter Ayant sollicité de la reine Anne d'Auelles. triche et du cardinal de Mazarin le bâton de maréchal de France et un gouvernement, récompenses qu'il croyait dues au services à tenir tête

divers avantages sur

signalés qu'il avait, depuis 20 ans, rendus à notre pays, et ne se

voyant payé qu'en

belles promesses,

Charles-Louis, électeur palatin,

fils

il

entra en 1655 au service de

de Frédéric V, en qualité de

généralissime et de premier ministre.

En

1660,

il

acheta

la

ba-

même

année de la bourgeoisie patricienne de Berne, par la régence de cette république. En 1668, il se retira du service de l'électeur palatin et vécut dans sa baronnie de Prangin jusqu'à sa mort, arrivée en 1688. ronnie de Prangin et fut gratifié

la

Les renseignements qui précèdent sont extraits du premier volume du Theatrum Europeum, et de l'Histoire militaire des Suisses au servie de France par le major de Romainmotier, édition 1788. Victor Cousin, dans ses ouvrages sur les héroïnes de la Fronde,, parle également de celui que nous appelons dans la famille "le grand Balthazar."

NOTE RECTIFICATIVE sur

l'article intitulé "

DoUard des Ormeaux.

"

Ormeaux,

je n'avais

pas encore lu la Nouvelle-France de M. Eugène Guénin, ouvrage récent

et intéres-

Lorsque je donnai à l'impression sant.

Cette lecture qui

tails

Ormeaux vait

me permet

était arrivé

donc guère,

Dollai-d des

je l'ai dit,

et d'ajouter

quelques dé-

mais en 1653, que Dollard des Il ne pouIl n'avait que 25 ans, quant il mourut. avoir servi dans notre armée en France.

n'est

au Canada.

comme

article sur

de corriger quelques erreurs

Ce

ont leur valeur.

mon

pas en

1657,

Nicolas Tillemont que je croyait avoir moins de 20 ans, en avait 25 également, lors de l'expédition

du Long Saut.

Charles Lemoyne, tion,

mais

les

le

semailles

père de d'Iberville, se proposait de prendra part à l'expédil'avaient

retardé, et la petite troupe était partie

quand

il

arriva à Montréal,

Nos gens ne prévenu par

ses

furent pas surpris,

alla se poster à l'endroit où

mis.

comme

le dit

l'historien Ferland.

Au

contraire,

éclaireurs sauvages de l'approche de deux canots iroquois, Dollard

Les autres s'enfuirent

ils

devaient aborder et une décharge tua plusieurs des enne-

el allèrent

donner l'alarme au corps principal qui

était

en

arrière.

P'endant l'une des attaques, des la tête d'un

l'enceinte.

Hurons ayant

chef Iroquois qu'une balle avait ué

franchi la palissade allèrent couper et la

plantèrent sur un des pieux de

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TABLE DES MATIÈRES

PAGES.

PIERRE DOLLARD DES ORMEAUX PIERRE LEMOYNE D'IBERVILLE. I.

II.

Les

origines,

i

Une famille de

héros.

Charles Le Moy ne

Première Période,

Il

Campagnes

1686- 1690.

à la baie d'Hudson, ex-

pédition contre Corlar III.

Deuxième Période, d'Hudson,

— Prise

14

1690-1697.

et destruction

Neuve, prise de Saint Jean. ly.

Nouvelles expéditions à la baie

Campagne de Nord

de Pemaquid.

— Campagne du

Troisième Période 1698- 1706). Découverte des bouches du (

Fondation de

la Louisiane.

La fin d'un

Terre-

29

Mississipi.

héros

43

Premier voyage 1698-1699. Découverte par mer de l'embouchure du Mississipi. Etablissement d'un fort à la baie de Biloxi

Chapitre

L.

Gouvernement de Sauvole dans

Chapitre LL.

xième voyage. ville

— Anglais

et

(mai 1699-juin 1700).

Huguenots. Il

remonte

Etablissement du Fort de Maurepas.

Chapitre LLL. la

l'intervalle

— Deuxième le

Mobile.

Mémoire de

A quand

d'Iberville.

voyage de d'Iber-

fleuve jusqu'aux

Natchez.

Découverte de la Rivière Rouge

Troisième voyage à la Louisiane

du héros.

du premier au deu-

(i

701-1702).

53

— Fondation de

— Expédition aux Antilles.

Portrait

la statue ?

65

Les Frères de d'Iberville

77

MARIE MADELEINE DE VERCHÈRES

82

Note sur le régiment de Carignan et mon ancêtre Balthazar

92

I^ote rectificative

Annonces

sur V article Dollard des Ormeaux

.

. , ,

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