Le droit de la guerre et de la paix

Traduction de : De jure belli et pacis Comprend des bibliographies...

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http://www.archive.org/details/ledroitdelaguerr01grot

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DROJT DE LA GUERRE DE LA PAIX

SAi.NT-llE.MS.



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BIBLIOTHEQUE DE DROiT

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DROIT DE LA GUERRE

DE LA PAIX GU

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Nouvelle l'récedt'e

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GhO.NOVIUS

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ULS >oli:S NOUVELLES

Hii c»iiriiifl (IrM pi ugi-ca il» Di'oll |tiililic iiiuilfriiv

ET SUIVIE d'une TAIIEE

ANALYTIOUE DES MATIERES l'Ali

y\. V'ri.tu.-.-eut

p.

l»KAniEK-FODÉRÉ

de Diiiil public cl fit

l'ari!.

il

i;conoinic poliliqup an Collège aniiénieri

Avucal à

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BIBA-OTHÈQUeS

PUEMIEU

PARIS LIBRAIRIE DE GUILLAUMIN Editeurs du lin

Journal des Écononiisles, de

la

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Colkclien des |irincipauK Écononiisles

Diclionuairc de l'Econoinie politique, du Dicliouiiaire universel du Comiaerce el de

HUE RICHELIEU,

14

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Navijalion. elc

U.vM.

186T AU6 06

1991

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Grolius a dédié son livre à Louis XIII.

La première traduclion été dédiée à Louis

française qui eu a été faite a

XIV, par

le

neveu du traducteur,

M. de Cour tin.

Une

édition latine, publiée en

notes de

divers savants,

Allemagne avec des

a été dédiée à l'empereur

Léopold.

Un

savant allemand a présenté son commentaire de

Grotius à Guillaume III d'Angleterre.

Barbey rac a

offert sa

traduclion à Sa Majesté Britan-

nique Georges I". Ils

avaient reçu, sans doute, quelques bienfaits de

ces puissants de la terre, et

ils

exprimaient ainsi leur

gratitude. J'ai

voulu

comme

eux m'anquitl.er d'une dette de a

II



reconnaissance; mais ayant cherché envers qui redevable dans ce monde, je n'ai trouvé que et je hii aeaie

muu

ma

j'étais

mère,

uu/ingo.

P. Pradier-Fodéré.

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dans par

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'XI)»'

le traité

du

Paix de Hugo Grotius peu de plus fréquemment cités, non-seulement

Droit de la Guerre livres ont été

été plus célèbres

i'ii:- .1;

!nV ri',:!'"

t|

Peu d'ouvrages ont

'••i/ln

I

et

les siècles qui

les publicistes

de la

;

ont précédé

du

le nôtre,

mais encore

xix° siècle. Et cependant, je

ne

craindrai pas de le dire, Grotius n'a point encore été lu

par des lecteurs français. l'ont étudié

A l'exception

dans son texte

latin, la

dès savants qui

plupart des auteurs

qui ont écrit sur la philosophie politique ou sur

le droit

des gens, n'ont reproduit sa pensée que d'après Bar-

un calque,' et non d'après une traduction. Bien que la lecture de l'original latin soit d'un grand attrait, l'usage de Ure et de citer Grotius dans la paraphrase que Barbeyrac eu a faite a pré-

beyrac, c'est-à-dire d'après

valu généralement, et Droit de la Guerre

et

il

en

de la

est résulté

Paix

que

le traité

du

a été le livre le plus

et le moins connu. La traduction de M. de Courtin, publiée au

cité,

cle, avait

du moins

le

xvii^ siè-

mérite d'une assez suffisante

AVAKT-PROPÛS.

IV

exactitude.

Ce ministre de

cour de Suède avait la

la

conscience des devoirs d'un traducteur. tion, disait-il

luminure.

Il

«

La traduc-

excellenunent, est la même chose que l'en-

ne

pour bien enluminer, de

pas,

suffit

suivre l'estampe et de rendre espèce pour espèce, c'est-

un

à-dire de ne pas faire

homme

pour un arbre

il

;

m;

suiffit

pas de démêler les choses qui se perdent les unes

dans

les autres;...

il

faut encore suivre la pensée

j^raveur, j^arder partout S(jn

économie, afin que

voyant beauté pour beauté,

(;roi(î

choses

pour

mêmes

ne voit

qu'il

cette raison, ajontail-il,

près de l'auteur, et

que

l'a

comme

pu permettre

le

voulu conserver autant l'auteur, ce qui est

aûn que ceux qui eux l'auteur

Barbeyrac, dans langage.

«

que

suivre pas à pas, autant

le

traducteur.

le

le siècle suivant, tenait

aucun inconvénient... Aussi

ci...

dans lesquels j'ai

il

un

Mais

il

ai-je

les

choses étaient

quelques-uns de ceux-

clé obligé

ou de transporter certai-

périodes dont l'ordre a

même

's>iins

trouvé des Iranspo-

même

y en a

DES PARAGRAPHES ENTIERS les

tout autre

y avait quelque-

nes pensées d'un paragraphe à l'autre, ou de

dans un

»

je pouvais transposer

à faire dans des endroits où

rangées;...

de

tiansiliuus, dis;iit-il.

d(!s

mal rangées que

mal

on a

eussent toujours devant

non pas

qu'il a fallu souvent suppléer...

silious

;...

d^ l'essence delà traduction;

Je ne parle pas

fois des pensées

C'est

«

qu'il se pourrait le caractère

même et

le papier... »

l'on a voulu se tenir

génie de notre langue

la liraient

môme

voir au naturel les

sur

que;

du

l'œil

:

au

licu

transposer

quc partout ailleuis,

été changé., se

trouvent toutes

paragraphe. C'est pourquoi, comme. il

est facile à ceux qui

voudraient comparer la vei-sion

avec l'original, de s'apercevoir des transpositions qui

ne s'étendent pas au delà d'un

si

polit es|ia':e

déicr-

AVANT-PROPOS.

V

miné, je n'ai guère. aveuti que des autres:. '.''Pour ce qui est de la subdivision des paragraphes,.!, jen'y. ai ew

aucun

En quelque peu

égard.;.

porté des noies dans

vaient

du

dté

le

d'endroits, j'ai'traiis-'

!

texte certaines

entrer aisément;... mais

y

le

choses qui^pou-^ plus souvent /oi

mis dans les notes, des choses qui/ n'étant' pas nécessaires, interrompaient et faisaient presque perdre de vue la suitedii discours... Il a fallu' chercherbien des expédients pour 'dégager le texte de l'interruptexte, et

tion et de la confusion qu'y causaient les passage.s qui ne pouvaient en ôtro tout à fait bannis. Timlôl je leur ai donné quelque ordre; tantôt je les ai abrégés ; Xanlàl j'ai >

réduit à

un

sens conçu en peu de mois les pensées qui

y étaient renfermées; tantôt, après avoir rapporté im ou deux passages 'des plus remarquables, j'ai indiqué seulement près' la

les

môme

no/»^ d'autres auteurs qui disaient' à peu chose, et renvoyé leurs paroles mêmes dans

notes... J'ai

les

cherché, 'au" reste, la brièveté, 'imaisi

autant que la clarté s'y trouvait;

quand

celle-ci l'a

mon

auteur,

J'ni

examiné

o\x

ser

pourquoi,

et c'est

V'ai étendu

les

i

pensées' de

rapporté plus au long certains passages.:.'

notes de

les

autantde soin que encore plus de

demandé,

le texte

liberté,'

les citations.'^.

Suppléer' des

mon

auteur à peu près avec

môme;

et je

me

suis

donné

ici^

surtout pour ce qui est detranspo-'

etcKv''

''

. ^'-i

--i

iiiMfi'icnr

;")i'fiif;-,

transi tiqns, transposer' des pensées,-

transporter des' paragraphes entiers, change n l'ordre

des périodes, n'avertir transpositions,

le'

lecteur

.

que de certaines

'

'

'

n'avoir "aucun égard' à

la

*

division

des paragraphes généralement reçue, transporter, des notes dans le texte, et, le plus souvent, ôter du; texte ii';îr-l,''! '

Préface

(lu

Iraducleur (Édit. 1746).

'

•'

jCi

;

!

r^.;

•>if.,jr[,j •

I

(

-

|(f;7r't

ni'!rr;i-i-.

;

,'J

AVAJST-rROrOS.

VI

pour mettre dans

abréger ou réduire cer-

les notes,

tains passages, n'indiquer parfois

que

noms

les

d'au-

teurs cités, étendre lés pensées de l'auteur original, et

avouer qu'on

s'est

donné encore plus de

transposition et l'abréviation des notes

:

liberté

dans la

voilà l'opinion

de Barbeyrac sur, la mission de celui qui se charge de faire connaître

aux

hommes

de son temps une œuvre

programme.

considérable. Ce traducteup a réalisé son

Avais-je raison de dire que Grotius est peu

connu en

France? Barbeyi'ac a cependant rendu science.

Sou

un grand

travail critique est d'une valeur réelle. Il

a vérifié avec une exactitude scrupuleuse cités

service à la

par Grotius;

il

les

mêmes, pour constater

passages

les

a recherchés dans les sourc^es s'ils

étaient bien allégués,

convenablement appliqués. La

ou

extrême.

difficulté était

citait de bonne foi, mais trop souvent il citait mal ou mal à propos. Quelque surprenante que fût la mémoire de ce grand homme, il était impossible qu'elle

Grotius

ne

lui fit

de son

pas parfois défaut

siècle,

Grotius

citait

;

or,

comme tous

les érudits

généralement de mémoire.

Ajoutez à cela qu'il avait consacré un temps relative-

ment

fort court à la

avait non-seulement

composition de son ouvrage.

une

infinité

Il

y

de fautes dans les

marquant le livre, le chapitre ou le vers des mais encore on trouvait quelquefois un ouvrage cité pour un autre fort différent du même, auteur, et qui plus est, un auteur pour un autre souvent

chiffres

auteurs cités

;

;

même

il

fallait

latin, cité

deviner l'auteur d'un passage grec ou

sans nom. Barbeyrac

s'est livré

à ce travail

de révision et de confrontation, avec un succès auquel l'avait Il

préparé la révision des citations de Pulfendorf.

a comblé

les lacunes,

il

a rétabli

les autorités, et

il

a

AVANT-PROrOS.

VII

permis ainsi au lecteur de remonter aux sources que Grotius avait interrogées.

.

^,

,

;

L'opportunité de donner une nouvelle édition du Droit de la Guerre

de la Paix de Grotius ayant été

et

reconnu^! par quelques-uns des organes Iqs'plus ac? crédités de la science; et

hommes

la,

bienveillance de l'un des

dont les amis des sciences morales et po,

litiques conserveront toujours le souvenir, parce qu'il

a été à la

fois

dégoût,

et

un éditeur plein

même un

un

d'intelligence,

homme

auteur distingué', m'ayant con-

soin difficile de faire enfin connaître Grotius par

fié le

une traduction exacte

et- fidèle; je

me

suis

mis à l'œu-

mes moyens

vre avec la conscience de la faiblesse de

et

des obstacles de l'entreprise.

de l'édition de Gronovius, publiée

J'ai choisi le texte

à

Amsterdam en

1712, parce qu'après l'avoir rappro-

chée des autres éditions,

j'ai

reconnu qu'elle

était 1^

plus complète, la plus conforme dans toutes les parties

de l'oeuvre à celles qui l'avaient précédée, l'ont suivie.

et

,(,,,.

à celles qui

,.

-

.

que le devoir du traducteur est dtabstraction de lui-même, et de faire connaîtie

Pénétré de faire

l'idée

l'auteur tel qu'il est, fût, je

me

non

tel

qu'on aurait désiré qu'il

suis attaché à suivre de très-près 1^ texte

préférant toujours l'exactitude à l'élégance

du

;

style, et

ne craignant jamais de répéter un mot, lorsque ce mot se trouvait répété dans l'original. J'ai poussé

même

scrupule jusqu'à sacrifier les exigences légitimes style régulier, tôt

du mot

je,

en

servant tantôt du

m|0|,^

nou5, tan-

suivant que Grotius faisait alternative^

ment, usage de ce



me

le

d.',ui^

M. Guillaumin.

«

haïssable

»,

pronom .,.:;.

possessif.,, Lej

..:^_.

ÀvAM-riun-o?.

VIII

ma

ma resp'onsabilile

sentiment de

grand irrévérence

:

j'ai osé,

illustre, » dépouiller les

de leur qualificatif de incivilement

Apôtres

« saints. »

enfm

porté

pour suivre

de l'Église

et les Pères'

que

C'est ainsi

une

à'

protestant

« le

j'ai dit

Paul, Augustin, Ambroise, au lieu de

:

saint Arabroise, saint Augustin et saint Paul. J'en de-

mande humblement pardon aux personnes

pieuses qui

croient que le qualificatif supprimé par moi,

quelque chose à de notre

foi.

Lorsque

au tour de

le stylo tlo

Grotius a résisté par sa concision

lontairement il

me

phrase française, je

la

ne pas abandonner pour cela

comme

les

fallait

de

lois

ma

suis elforcé de

texte; j'ai sacrifié vo-

le

langue maternelle

un commentaire,

j'ai

j'ai

;

et

emprunté à Rar-

beyrac sa paraphrase, que' j'ai rejetéc'dahs

Souvent aussi les

ajoute

grandeur de ces sublimes défenseurs

la

les notes.

expliqué, mais dans les annotations,

phrases trop concises par des périphrases dé Gro-i i,-

'

novius.

.

M

-1

:.

/

!!

"

)

1

I

imprimé dans

Si j'ai suivi l'original tel qu'il est

cellente édition de Gronovius,

même, quant aux

notes marginales

duites dans le corps de

— et'quantaux notes marques

relatives

riantes ne

quant au

mon

texte

— que

j'ai

aux éditions diverses trouvé

lui-

repro-

parenthèses,

texte, entre

qui terminent les pages

m'ont pas

l'ex-

et

j

aux vaJe

indifférent.

les re-

les

ai

fidèlement recueillies et consignées dans' mes annotaI,

.

.

.

':''

lions.

J'ai traduit

amour pour

les citations si

Barbeyrac

avec respect,

et je le dirai

même, avec

cette grandiose antiquité classique, toutes

abondamment

les avait

multipliées par Grotius.'

souvent modifiées ou étendues

;

quelquefois aussi les avait-il rétablies suivant les textes

AVANT-rROPOS.

M. de Gourtin

originaux.

IX

avait eu la faiblesse de les

traduire en fort mauvais vers.' Je m'étais

dit, 'à^ôétte

occasion, VavecieMisanthrope'cle Molière,' que -"^inMl ^'•'

;;

:! ,,j

tt

'VV

'

1

.

'i

'm

;

.";:i-

!

'

'

'î^m Iffi,

J'en pourrais, par mîilheur, faire d'aussi méchants,.!

j'i

mK

,,;..;

)

..j-r

I

me

» Mais je

.,: "

garderais de

les

montrer aux gens. •

• ,

.

J'ai puisé largepient

dans

Gronovius,

devancier?.'

.

'

,

»

,.,

.

irrtil'tllIlM 'llli'HI!

' ^

:

les notes

Gocceius,

de mes laborieux

Barbeyrac, m'ont

'

fourni plus d'une annotation utile; mais

j'ai



rejeter

souvent des dissertations qui ne répondaient plus au '

goût do notre temps. Lorsque Barbeyrac, par exemple, 's'est

longuement préoccupé d'analyser

les" sentiments

qui avaient porté David' à épargner les jours de' Saûl; je

l'ai

laissé

dans

Je crois'que

teur.

la

caverne,

le lecteur

et'j'ai

couru à

mon

au-'

nMiir.in.l

m'en'saura gré.''

Barbeyrac -a relevé beaucoup d'inexactitudes dans

les

citations et les renvois. J'ai profité de son travail'

de

révision

;

mais

'

voulu relever

j'ai

'

inexactitudes,' et j'ai revu tations. et

Je

me

suis servi

aussi ses propres

moi-même

pour

'

'

la 'plupart des

ce. travail

de nos traductions des classiques les plus

G'est' ainsi' que' j'ai

consulté

Cicéron dans l'édition"

cw

de nos éditions' 'récentes.'

Lettres" familières' de

les'

de Goujon

Somme);

(de la

le

Denys d'Halycarnasse de E.Gros, édité par BrunotLabbé la Morale et la Politiqae d'Aristote de Thurot,^ ;

éditées par

Firmin Didot;

trone, éditées

les

Œuvres complètes de Pé\^s Œuvres

eu 1862 par Garnier frères;

complètes de Litcréce/éditées'par la 1

86

1

;

les

Œuvres

éditées par L. Hachette en 1860

publiés par le

même'

complètes de' Séiièque

môme

'lés

;

^

librairie

le

en

Philosophe,

Satiriques latins,

éditeur en M 864; le Salluste, édité

par Garnier en 1860; l'excellente Edition de duite par Burnouf; les

Œuvres

'

complètes

Tacite^ tra-

de

Quinte-

AVANT-PROPOS.

^

Curce^ que les frères Garnier ont éditées en 1801 leç Œuvres complètes de Justin, publiées par les mêmes lir braires en 1862; les Œuvres complètes d'Aulu-Gelle, de ;

Charpentier librairie

même

et

Blanchet;

Thucydide, édité par la

le

Hachette en 1863; V Hérodote, publié par Je M. E. Talbot

éditeur en 1864; le Xénophon, de

(1859); etc., etc.

Ai-je besoin de dire que

j'ai

révisé

du Nouveau Teslar édition d'Avignon, de 1775; et que

toutes les citations de l'Ancien et

ment, dans

la belle

revu tous les textes de la législation de Justinicn,

j'ai

allégués par Grotius.

,Ma

mes annotations

traduction et

jicuvent être im-

parfaites; elles le sont certainement: tel est le sort des

choses de cette vie

;

mais

elles ont été l'objet

d'une éla-

me

reprocher

boration consciencieuse, et je n'ai pas à d'avoir omis volontairement

un

détail

ou un renseigne-

ment importants.

.Mais

à ce travail ne devait pas se borner

Grotius a été l'un des plus

ma

grands maîtres de

•jurisprudence en Europe. Cependant

il

s'est

plus rapproché du xvi* siècle que du xviii^ et sait

de combler cette lacune.

cipes qui ont dirigé

internationales.

dans

Il

la

il

tâche.

grande trouvé s'agis-

a posé les grands prin-

les siècles suivants les relations

Mais depuis

diplomatiques ont été conclus,

lui et

beaucoup de

ceux du siècle dernier, ou peut citer et d'Aix-la-Chapelle. C'est

traités

pour ne parler que de les traités

dans ces

traités

d'Ulrecht

que des

questions plus spécialemeut pratiques ont été résolues. Ainsi, les droits des neutres n'ont été fixés et sauc-»

du xvin' siècle. 11 fallait commenter Grotius d'après la méthode et

tionnés que par les traités étudier et

en

se servant des lumières

fallait

suivre pas à pas les

de la science actuelle.

11

conquêtes du droit public

AVANT-PROPOS.

moderne,

et

démontrer

XI

l'influence qu'a exercée

à

tra-

vers plus de deux siècles la libre pensée de GROTius,sur la législation et les

mœurs

politiques de l'Europe con-

temporaine.

Mes annotations sur Vattel m'avaient préparé travail.

pour

le

à ce continué pour Grotius ce que j'avais fait disciple de Wolff. Le succès que l'édition, du

J.'ai

Droit des Gens de Vattel a obtenu

il y a quelques années, en faveur du nouveau traducteur de Grotius? J'ai apporté dans mes recberches la même exac-' titude; dans mes appréciations la môme impartialité;

plaidera-t-il

dans

la direction

do mes études,

ce qui est vraiment

dont

j'ai

souvent invoqué

maîtres, avoir la

mon

grand

môme

môme amour pour Puissent ceux

l'autorité, et qui sont

mes

indulgence; et puisse aussi

pays voir avec satisfaction

velle d'une

le

et libéral.

cette traduction

grande œuvre, éclore dans son

nou-

sein.

P. Pradier-Fodéré.

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"biographique et historique

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ifii!

.

homme

.'

:ll!lu(l/.

/'.Mi"ifi (| Mil iiu

de son

siècle."'

Les événements historiques au milieu desquels

' '

s'est

dessinée une illustre existence, sont le cadre nécessaire

qui

fait saisir

tous les détails du tableau., Grotius a vécu

de 1583 à 1645. Pendant ces soixante-deux années, quel

mouvement dans rappelleront les

monde! Voici quelques dates qui faits mémorables de cette période. La le

forme concise que d'un coup

d'oeil

j'ai

adoptée permettra d'embrasser

l'ensemble des

accomplis pendant

la vie

faits

politiques et sociaux

de Grotius. Peut-être

la

phi-

losophie y trouvera-t-elle, elle-même, son compte; et la

mention, sans ornement

dans leur temps, ont

si

littéraire,' d'évéïleraents- qui,

vivement préoccupé

soulevé les colères, stimulé les

passions,

les hoinines, sollicité

espérances, troublé les cœurs,ç,t l^puleversé,

.les

les

cons-

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

XIV

un enseignement

ciences, sera-t-elle

utile

de

la fragilité

des choses d'ici-bas.

1384. Guillauniel", prince d'Orange, est assassiné à Delft. Son fils

Maurice

est

proclamé sladiiouder de

devient czar de Russie.

hvanowitscli

la



Hollande.

— Féodor

Premiers établisse-

ments des Anglais dans l'Amérique septentrionale. Walter Raleigh. 1585. Origine de Ligue.

de

la ville

ficat

la

faction des Seize à Paris, unie

— Prise d'Anvers d'Amsterdam.

à la Sainte

par le duc de Parme. Accroissement

— Abbas

1'"',

roi

— Ponti-

de Perse.

de Sixte-Quint.

1587. Bataille de Coutras, en Guyenne, gagnée par

Navarre. tivité



de

Suède, élu

La reine Marie Stuarl

19 roi

ans.

en Sibérie, par 1588. Défaite de

— Sigismond

de Pologne. les

111,

fils

de Jean

— Fondation de

la ville

le

de Danemarck.

111,

roi

— Henri

III fait

II,

par les

— Christian IV,

assassiner à Blois

le

duc

à Sainl-Cloud, par le dominicain

III

Jacques Clément. Exlinction des Valois. Henri IV, tige de

maison de Bourbon,

roi

la

de France.

1590. Bataille d'Ivry, gagnée par Henri IV sur

la Ligue.

1592. Création des États-Généraux dans les Provinces-Unies.

.réunit, ces

et

.

,

1589. Assassinat de Henri

III, roi

de

de Tobolsk

rt/u;jnct6/e de Philippe

cardinal de Guise.

Sigismond

de

une cap-

Russes.

la fiolle dite

Anglais. Décadence de la monarchie espagnole. roi

roi

le

est décapitée après

de Pologne, monte sur

deux couronnes.



le

Pontificat de

pape relève Henri IV de l'excommunication,



trône de Suède et

Clément

VIII.

et réunit le

Ce

duché

de Ferrare au Saint-Siège.

1593^ Henri IV embrasse

Ligue '1595.. ,

.

et la

la

religion catholique

pour gagner

la

cour de Rome. Sully, son ministre.

Mahomet

III,

sultan turc.



Commencement de

la

navi-

gation des Hollandais aux Indes.

1590. Découverte de Spitzbergen par Jacques Heemskerk, hollandais.

1598. Éditde Nantes qui assure aux libre exercice

protestants de

de leur culte et des droits politiques.

France

le

— Joachim

SUR GROTIUS ET 'SON TEMPS. 'Frédéric, électear de Brandebourg. nowitsch, dernier czar de

la



XV

Mort- de'FéodorîIwa-

race de Ruric. Boris ^Godunow,

— Paix dé Ver-

czar. Origine des troubles des faux Démétrius;

vins entre la France et l'Espagne.

pagne.

•'

'""I"'

III.

Livonie; tales.



'"'

'

1600. Charles IX, roi de Suède, après

mond

Philippe

roi d'Es-

III,

'

'

'



-v''-

•i'''l

'

déposition de Sigis-

la

'— Guerre entre



Origine de

la Suède et la Pologne au sujet de la Compagnie anglaise des Indes orien-

la

Jordano Bruno est brûlé

1602. Origine de

la

à

Rome comme

athée.'

Compagnie hollandaise des Indes orien•

tales.

1603. Prise d'Oslcnde par les Espagnols, après ans.



Mort de

son des Stuarls, roi de

siège de trois

la

la I,

maisul-

conclut une trêve de 20 ans avec l'empereurRodolphelI. Origine de la querelle entre les Arminiens ou Remontrants,

tan.



un

— Jacques I«% de Grande-Bretagne. — Achmet

reine Elisabeth.

la

Il

et les Gomaristes,

en Hollande.

1604. Occupation des iles Moluques par les Hollandais. I60o. Conspiration des poudres à Londres, contre le roi elle Parlement. Pontificat de Paul V ^Borghèse). Ce pape met



république de Venise en interdit.

la

1606. Traité de pacification de Vienne, relatif aux troubles de la Hongrie.

1608. Jean Sigismond,

électeur de Brandebourg.

de Québec au Canada par

les

Français.



Fondation

'

1«09. Les Maures, au nombre de 800,000, sont expulsés de l'Espagne par Philippe III.— Trêve de 12 ans, conclue à Anvers, entre l'Espagne et la Hollande.



Contestation au sujet de la

succession de Juliers. 1610. Henri IV est assassiné

ji

Paris par Ravaillac' Louis^XIH,



de France; Marie de Médicis, sa mère, régente. Union é,vangélique de Hall en Souabe. Ligue catholiquede Wurzbourg.

roi

— Hudson,

navigateur anglais,

qui porte son nom. le

Paraguay.



fait la découverte de la baie Les Jésuites fondent des missions dans <.>:.,.

..mi

1611. Jean Georges I", électeur de Saxe. roi de Suède. 1612. Malliias. ompnroiir d'Allemagne.

..j,

,,,.

— Gu'stave-Adolphe,

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

XVI

Conviienceineul

-1.613.

des

pendant

troubles

,7/LouisJiLlU.,-^ Michel Féodorowitsli, de ni:, no\Y,çzar

de Russie.

I-

1,1.

,;

,

:

;.

,1,

la

;

du

baie de, Baflin et

monde

.n;,!

;),,,

,,,,;

Le Maire.

détroit

Trente, ;ans, ITT- Le raie

..ii

duché do Prusse passe ù

de Brandebourg.

l'Église

n

Russie,

Commencement de

Troubles de Bohême.

— Ottoman

réformée à Dordrecht.

réprouve

Il

la.

(

,

:

.

,,,

,

guerre de

la

branche électo-



sultan.

11,

im

:

.

i

la

,

.1.618.

.

i

— Découyerle de

par Le Maire.

,1617; Paix de Stolbova, entre.laSuède et

Roma-

iil :i:l!

1614.1 Assemblée,des Étals-Généraux en France, 1615. Voyage autour du

de

minorité

la.

raaison de

la

Synode de

doctrine des Ar-

la

_ .miniens. .iÇil.9. .1,, !

Ferdinand

palatin, élu roi

;

11,

do Bohême.

>



Java par les

comme



la ville

atlK^e.

du

Frédéric V, électeur

Période palatine de

— Fondation de Hollandais. — J.-Cés.

de Trente ans.

;

— Supplice

élu empereur d'Allemagne.

Grand Pensionnaire Olden-Barneveld.

la

de Batavia dans

guerre l'île

de

Vanini est brûlé à Toulouse

,,

,

,

1620. Bethlem Gabor, prince de Transylvanie, roi de Hongrie. ..:' I



Bataille près de

de Mansfeld. 1

mandel

1

à la



Prague; défaite de Frédéric Y. Le comte

Cession de Tranquobar sur

Compagnie danoise dos Indes

1621. Philippe IV, roi d'Espagne. la

,,.

Hollande.

— Frédéric V

renouvelle

guerre contre

la

mis au ban de l'Empire,

est



pouillé de son électoral.

11

côte de Coro-

la

orientales.

cl dé-

Pontificat de Grégoire XV..

1622. Prise de lleidciberg par les Espagnols, sous Spinola...

1623. Ferdinand

de Bavière.

,

11

confère

— Amuralh

•;

dignité électorale à Maximilien, duc

la

IV, sultan turc

Perse, se rend maître d'Ornuiz.





Abbas

1'='",

roi

Pontificat de Uibain

de

VIII.

1624. Ministère du cardinal de Richelieu. ..162o.

Période danoise dé

la

guerre do Trenie ans.

roi d'Angleterre. —Vincent

de Paule institue

la



Charles

l*'

congrégation des

missronsi4,p26.,, Bataille '

de Lutter dans

tian IV, roi de

le

Lunebourg;

défaite de Chris-

Danemarck. ,

,

1,^28.

.

Prise de La Rochelle. Les réformés sont dépouillésde|leurs

places fortes par Hichelieu.



Les ducs de Mccklembourgsont

mis an ban de rEinpirc. Ferdinand H donne leurs Etals

à \Val-

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. duc de Fjiedland.

lenslein, créé



XVII

Découverte de

côte oc-

la

cidentale de la Nouvelle-Hollande.

1629. Guerre des Français en

Italie

pour



la

succession du duché

Paix de I.nbock ontro Christian IV et Ferdide RIanloue. Trêve de six ans entre nand 11. Edit impérial de restitution. la

Suède



et la Pologne.

1630. Période suédoise de

de

la



Suède.

Gustave

guerre de Trente ans.

la

Adolphe entre en Allemagne. Époque do

Conquête de

grandeur naissante

la

de Curaçao par

l'île

les

Hol-

landais.

1631. Prise et destruction de Magdehourg par Tilly. Bataille de Lcipsig gagnée' par Guslave-Adolphe sur Tilly

1032.

iJalailIo

de l^ulzen,

gagnée

Suédois.

par les

Mort

île

Guslave-Adolphe. Le duc Bernard de Weimar, général en chef

— Chiislinc,

de l'armée suédoise. reine de Suède, sous

fdle

de Gustave-Adolphe,

régence du chancelier Oxenstiern.

la



Ladislas Sigismond, roi de Pologne

1C34.

Wallenslein est assassiné à Egra par ordre de l'empereur.

Défaite des Suédois à Nôrdlingue par l'archiduc Ferdinand.

Paix de

Wiasma

1635. La France prend ouvertement

lemagne,

Période française de

à l'électeur.





Origine de

II

la



guerre de Trente ans. Paix de Prague,

et l'élecleur

de Saxe; cession de

Trêve de 26 ans, entre la

des prolestants d'Al-

le parti

guerre à l'empereur et à l'Espagne.

et déclare la

entre Ferdinand



entre les Russes et les Polonais.

colonie française de

la

la

Suède

et la

la

Lusace

Pologne.

Martinique.

1636. Bataille de Wiltstock en Poméranie;

de l'armée

défaite

impériale et saxonne par Banner, général suédois.

1637. Ferdinand

III,

— Mort de Bogislas XIV, dernier

empereur.

duc de Poméranie. 1638.

Campagne

hrillante

du duc de Weimar sur

Confédération des Écossais sous le

nom de

Rhin.

le



Covenant, contre

Charles I".

Weimar

1630. Mort suhite du duc de passe au service de

la

1040. Les Portugais secouent la

à Neubourg.

Son armée

France.

maison de Bragance,

le

roi

joug des Espagnols. Jean IV, de de Portugal.

laume 1", électeur de Brandebourg,

dit le



Frédéric. Guil-

Grand

Électeur.

b



ESSAI BlOGRAl'UlQUE ET HISTORIQUE

XVni

— Les

Ibrahim, sultan turc.



Hollandais enlèvent Malacca aux

écrit

du Jansénisme, à l'occasion du livre par Jansénius, évêque d'Ypres, et publié après sa mort

BOUS

le litre

Portugais.

Origine

d'AugUStiuus.

1C41. Massacre des protestants en Irlande.

1642. Mort de Ricliclieu. Le cardinal Mazarin le

— Guerre

ministère.

les

I"

de

la terre

et

son Parlement.

— Abel

le

duc d'iinghicn et le

Tasmau

découverte

la

fait

de France, à l'âge de cinq

d'Autriche, sa mère, régente.

Suède

succède dans

Van-Diémen.

1643. Louis XIV, roi

par

lui

civile entre le roi d'Angleterre Cliar-

ans; Anne

— Victoire de Rocroy, remportée

sur les

Ksiiagnols.



Guerre entre

la

Danemarck.

1644. Bataille de Fribourg gagnée par Turenne.

— Les Tartares



Pontificat d'Innocent X. Mandchoux s'emparent de la Chine. Ce pape condamne les cinq propositions de Jansénius.

1645. Guerre

Munster

et à

entre

les

Vénitiens et les Turcs.

— Défaite

Osnabruck.

de

Charles



près d'Oxford. Fairfax et Cromwell.



Congrès à

I" à Naséby,

Alexis Michailowitsch,

czarde Russie.

Grotius fut le contemporain du cardinal Baronius, historien ecclésiastique; de l'astronome Tyclio-Brahé;

du jurisconsulte

et historien

Pithou; de Juste Lipse; du

cardinal d'Ossal, de Juste Scaliger, d'Etienne Pasquier,

de Shakespeare, du philosophe Gasauhon, de l'historien

De Thou, des deux Garrache, de Gervantès, du cardinal Bellarmin, du chancelier Bacon de Vérulam, de Malherhe, de l'historien ecclésiasticjue Fra-Paolo Sarpi, de

Mariana, de l'astronome Kepler, de Lopez de Véga, du peintre Guido Héni

(le

Guide), de Tassoiii, de Galilée, de

Rubens, du Doniiniquin de Claude Saumaisc sin,

et

et

de Van Dyck; de Voiture,

de Balzac

;

de Gassendi, du Pous-

de Le Sueur, de Uescartes, de Toricelli, de Pascal,

de Scarron, de Hobbcs

et

Molière et de Corneille.

de Milton

;

de Rembrandt, de

SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

De .son

;

l'université

dée (1591); Ilarvey découvrit (1619);

de Midclelbourg in-

vivant, Zacharie Jansen

venta le télescope (1590)

la

XIX

de Dublin

fut fon-

du sang

circulation

Galilée établit le schisme entre la science et

l'Eglise; le

paysan hollandais Drebbel inventa

croscope et

le

créée (1635),

thermomètre et

mi-

le

;

l'Académie française

Vincent de Paule institua

les

fut

mis-

sions.

Terrible et glorieuse époque, sur le seuil de laquelle expire le siècle des Machiavel et des Borgia.

Époque de

sang, qui voit la bataille de Goulras, la destruction de

l'Armada,

la bataille d'Ivry, la lutte

entre la Suède et la

Pologne, la prise d'Ostende, les périodes palatine, danoise et française de

de Prague,

la

guerre de Trente ans, la bataille

la lutte entre

Hollande,

la

de Lutter, la prise de

La

l'Espagne et

prise de lleidelberg, la bataille

la

Kochelle, la guerre des Français en Italie pour la succession

du duché de Mantoue,

debourg, bataille

la bataille

de Mag-

la prise et le sac

de Leipsig,

la bataille

de Lutzen,

de Nordlingue, la bataille de Wittstock,

le

la

mas-

sacre des protestants en Irlande, la bataille de Rocroy, la

guerre entre la Suède et

le

Danemarck,

la bataille

de

Fribourg, la bataille de Naséby.

Époque de guerres la faction

Ligue

civiles,

qui voit se former à Paris

des Seize, et se dérouler les troubles de la

;-qui voit naître

en Hollande

des Arminiens^et des Gomaristes la

la

sanglante querelle

se former à

Londres

conspiration des poudres; en Allemagne, l'union-

évangélique de Hall et

buurg; puis les troubles la

;

la ([ui

minorité de Louis Xlll

ligue catholique de

ont agité la ;

les

Wurz-

France pendant

troubles de

Bohême,

sondjres avant-coureurs de la ^guerre de Trente ans; la

guerre civile d'Angleterre.

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTOUIQUE

XX

Époque de crimes, qui est souillée par l'assassinat de Guillaume I" d'Orange, le supplice de Marie Stuart, l'assassinat du duc et du cardinal de Guise, l'assassinat de Henri

III,

le

supplice de Bruno,

Maures,

l'assassinat

de Henri IV,

neveld,

le supplice

de Vaiiini

,

des

l'expulsion

supplice de Bar-

le

de Wal-

l'assassinat

lenstein.

Mais époque d'expansion sociale

et

moment où

intellectuelle. C'est le

d'émancipation

l'Angleterre fonde

dans l'Amérique septen-

ses premiers établissements

où Amsterdam, ce grand conq)toir des temps modernes, s'agrandit; où les Russes élèvent Tobolsk,

trionale;

en Sibérie; où

les

Hollandais

commencent

vers les Indes, et découvrent Spitzbergen

à naviguer



;

Com-

la

pagnie anglaise des Indes orientales prend naissance



mêmes

les

;

contrées voient s'ouvrir les comptoirs de

Compagnie hollandaise; où les Hollandais occupent les îles Moluques; les Français jettent les iondemcnts la

de Québec, au Canada; découverte de

fait la

le

la

navigateur anglais lludson

baie

(jui

portera son

Jésuites pénètrent dans le Paraguay;

son voyage autour du monde; Batavia,

dans

l'Ile

de Java;

;

les

Hollandais fondent

les

les

nom

Le Maire exécute

vaisseaux européens

circulent vers la cote occidentale de la Nouvelle-Hol-

lande; la

l'île

de Curaçao

est

conquise par

France crée une colonie à

man

découvre

la terre

les

la Martini(jue

Hollandais; ;

Abel Tas-

Van-Diémen.

philosophie, dans les sciences,

IEn plus prononcé encore. Nous sommes

le

mouvement

ici

sur la limite du

est

vieux monde. L'aurore d'une ère plus libre se lève sur un

nouveau. Dans apparence de

le

vie.

midi, l'hiquisition

a

Le bourreau a arraché

monde

étouffé la

toute

langue de

SUR finOTlUS ET SON TEMPS.

XXI

Vanini; Giordano Bruno, Dominis, ont été brûlés sur le bûcher. L'Église romaine a fait violence à la pensée,

au profit de thode

l'autorité d'Aristote. Il

;

n'y a pas de

mé-

philosophie naturelle n'existe pas

la véritable

encore. Voici Bacon,

voici Descartes; ils vont entreprendre leur grande guerre contre la routine; et Galilée,

réduit par l'oppression qui restreint les bornes

moral

monde physique,

à agrandir le

seurs de l'avenir h ne plus accepter les

men. Grofius,

enfin, tant

explosions de l'esprit

il

du monde

convie les pensans exa-

faits

que

est vrai

les

grandes

humain sont inévitablement ame-

nées par la force des choses et idées générales, ose opposer les

aux clameurs des champs de

le

progrès naturel des

mots jus/icc

et

humanité,

bataille, et s'adressant à

la conscience des rois et des peuples, fait descendre au milieu de tant de fougueux capitaines la sévère majesté

du

droit.

Hugues de Groot, plus connu sous naquit le 10 avril 1583, terre d'industrie et

à Delft,

de liberté, qui

XVII® siècles ])ar sa résistance et à l'ambition

le

nom

de Grotius,

dans cette Hollande, s'illustra

aux

xv!** et

au despotisme de l'Espagne,

de l'Angleterre et de Louis XIV. Son

père, Jean de Groot, savant estimable, bourgmestre de Delft, et curateur

de l'université de Leyde, cultiva par

des soins éclairés les heureuses dispositions du jeune Grotius. L'intelligence précoce de cet enfant, l'étonnante facilité

de sa mémoire, son ardeur pour l'étude,

attirè-

rent bientôt sur lui l'attention des littérateurs et des savants. Daniel Heinsius écrivit à son sujet ces paroles

remarquables

que par

:

la suite

de huit ans

il

«

Les autres ne sont devenus

;

Grotius est né

faisait

homme

fait. »

hommes Dès l'âge

des vers latins qu'un poète n'aurait

pas désavoués; à quinze ans, en 1597,

il

soutint des thèses

ESSAI DlOGRAriflQUP: ET HISTORIQUE

XXII

sur

la

philosophie, les inalhéiiiiitiques et la jurispru-

dence, avec un applaudissement général. Grotius avait

eu pour maître

le

célèbre Joseph Scaliger. Entré de

bonne heure au barreau,

il

n'avait pas dix-sept ans lors-

première cause. Mais cette carrière eut

qu'il plaida sa

d'abord peu d'attraits pour

lui.

ces et pour la littérature,

il

Passionné pour les scien-

s'arrachait avec peine à ces

études séduisantes pour les travaux souvent ingrats de sa profession. Bientôt de plus vastes horizons s'ouvrirent

à son

L'estime de

activité.

successivement du

graphe des Provinces-Unies,

pour

général du

lise

Zélandc.

n'avait

Il

et

des fonctions d'avocat

de Hollande

les provinces

et

que vingt-quatre ans lorsque

place importante lui

fut confiée.

épousa Marie de lleigesberg, mestre de Véer,

concitoyens l'investit

ses

nouvellement créé d'historio-

titre

et qui devait

lille

A

de

cette

vingt-cinq ans

il

d'un ancien bourg-

jouer un rôle

si

touchant

quelques années plus tard. Le Pensionnaire de Rotter-

dam,

frère

de

l'illustre

Barneveld, étant mort, Grotius

remplacer. Déjà, dans sa première

fut choisi

pour

ieunesse

,

Grotius

nommé

ambassadeur de Hollande. Présenté' à

de Henri IV,

il

le

avait

suivi

en France Barneveld cour

la

avait mérité par son esprit et par sa

conduite les éloges du Béarnais, qui le gratifia d'une

chaîne d'or'. Les nouvelles fonctions de Grotius éta-

Hugues de Groot Grand Pensionnaire de Hollande. Ces deux hommes

blirent de plus intimes rapports entre et le

ne tardèrent pas à s'unir par

les liens

d'une estime et

d'une affection mutuelles. Grotius s'associa aux destinées

*

Grotius était alors âgé de moins de quinze ans.

une pièce de \ers « touché cetle

latins

main

qu'à sa valeur. »

d'avoir été présenté à

terrible

dans

les

Il

Henri

combats, ut

(|ui

se Télicita IV,

ne dut

et le

dans

d'avoir

sceptre

SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

de Bameveld

il

;

XXIII

seconda son admiiiislralion. Bientôt

il

dut partager ses malheurs.

Ce

fut l'intolérance religieuse qui

prépara

les catas-

trophes dont Barneveld et son ami devaient être les victimes. vole,

Une

fit

querelle tliéologique, aussi obscure que

fri-

éclore des dissensions que le fanatisme ne tarda

pas d'ensanglanter. Deux professeurs de l'université de

Leyde, Arminius opposées sur

la

Gomar, avaient émis des doctrines

et

grâce et sur la prédestination. L'opinion plus conforme à la raison et à la

d' Arminius paraissait

bonté divine; l'opinion de

forme à

la doctrine

Gomar

semblait plus con-

de Calvin. Peu de controverses théo-

logiques ont été cependant aussi vivement agitées, et ont

eu des ramifications aussi étendues. Suivant

les uns, la

nature corrompue de l'homme était regardée

comme

un état vouloir avec un désir

incaj)able de s'élever par sa propre énergie à

agréable à Dieu, ou

môme

de

le

sincère, sans être excitée par la grâce, qui n'est octroyée

qu'à (juelques-uns seulement, et qui est dite libre, parce

que Dieu

n'est limité,

dans

la

concession de ce don, par

aucune considération de personnes. Ainsi donc,

le prin-

cipe essentiel de cette doctrine était la nécessité de la

grâce première, c'est-à-dire qu'il n'est pas au pouvoir de

l'homme de

faire,

de prime abord, aucun acte tendant à

son salut. Ce principe, modifié dô diverses manières, était

regardé

comme

la

doctrine orthodoxe; doctrine

établie dans l'Église latine par l'influence de saint gustin, généralement reçue par

les scolastiques,

Au-

par la

plupart des premiers réformateurs, et qui parait avoir été incul{[uée par les décrets

tant

que par

les articles

du concile de Trente au-

de l'Église d'Angleterre. Les

autres, au contraire, s'accordant avec les premiers sur

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

XXIV

du secours de l'Esprit dans les efforts que riiomme pour vaincre ses mauvais penchants et re-

la nécessité fait

tremper son cœur dans

la crainte et

l'amour de Dieu,

pensaient que tout pécheur est apte à chercher ce se-

conséquemment à

cours, qui ne lui sera pas refusé, et

commencer

l'œuvre de la conversion par sa propre vo-

donc

lonté. Ils niaient

la nécessité

de

la

grâce première,

excepté en tant qu'elle est extérieure, ou, ce qui revient

au même,

ils

affirmaient qu'elle est accordée dans une

proportion suffisante à tout individu vivant dans l'Église chrétienne, soit

de

au

par quelque autre moyen.

ou non sur

contraire, fondée éternel,

de

comme

Le

la

supposition d'un décret

avec la teneur générale des Écritures.

nombre de

petit

les Églises

par

la majorité.

savants qui, en Angleterre ou

réformées du continent, avaient, au

xvi" siècle, adopté ces

on

considéraient l'opinion

cette doctrine était rejetée

dans

soit

Ils

incompatible avec les attributs moraux

la divinité et

Mais

giron

le

moment du baptême,

comme

nouveautés hétérodoxes,

les regardait alors, n'excitèrent pas, à

beaucoup près,

autant d'attention que Jacques Arminius, appelé à la c"lîaire de théologie de l'université de Leyde en 1G04 '. La controverse mûrit en peu d'années. Elle se rattachait intimement, non pas, à la vérité, par sa nature, mais par

quelques-unes de ces influences collatérales vent une

action

si

ont sou-

({ui

puissante sur l'opinion, aux rapports

politiques qui existaient entre le clergé et les États de

Hollande,



comme

elle se rattacha plus tard

Voir l'Histoire abrégée de

Urandt, claine,

t.

t.

Il; V Histoire

la

t.

Uéformalion des Pays-Bas, par lie Ma-

V, p. '228; \'nistoire des Variations de Bossucl;

III, p.

60

diffé-

Ecclésiastique de Mostioim, Iraduclion

Histoire delà Littérature de l'Europe, 1840,

aux

et suiv.

cl

etc., Iradiict. d'AlpIi.

Hailaiii,

Borghers,

SUR GROTIUS ET

TEMPS.

SOiN

XXV

rends encore moins tliéologiques de ce gouvernement avec son stadliouder. Des divisions éclatèrent. Les partisans d'Arminius, craignant d'être opprimés par leurs adversaires, présentèrent en 1610 une Remontrance aux Etats de Hollande les

:

ce qui

appeler Remontrants.

dre de ce qu'on

donna

Ils

les accusait

ils

dans

la suite

commencèrent par

de

se plain-

injustement de vouloir in-

troduire des cliangcments dans

ver des désordres;

lieu

la religion, et

exposèrent

la

de soule-

doctrine de leurs

adversaires, et résumèrent la leur en cinq articles. Les Etats de Hollande, jugeant avec raison que la religion n'était point intéressée dans ces vaines disputes,

cherchèrent à les étoulVer, et exhortèrent

les deux partis à la tolérance. Mais lesGomaristes qui se flattaient d'ob-

tenir,

dans un synode national,

la

condamnation des Re-

montrants, ne voulurent point souscrire à

la décision

des

I

Etats. Ils excitèrent des

soulèvements parmi

le

peuple.

Les Etats se virent forcés de rendre, sur la proposition de Barneveld, un décret qui autorisait les villes à lever des troupes pour leur sûreté, et pour la répression des désordres.

Ce décret devint le signal de la guerre civile. Maurice de Nassau, prince d'Orange, gouverneur et capitaine général, dès longtemps l'ennemi de Barneveld, saisit cette occasion de faire éclater sa haine. le

décret des États

Sous

comme une

le prétexte d'en tirer justice,

pes, entra dans la Hollande à

Il

alfecta

de regarder

atteinte à son autorité. il

rassembla des trou-

main armée, s'empara des

chassa les partisans d'Arminius, dont il flt conla doctrine dans un synode réuni à Dordrecht (l()18), et jeta dans les fers Barneveld, Iloogerbertz, Pen-

villes,

damner

sionnaire de Leyde, et Grotius, soupçoimés de favoriser les

Remontrants.

ESSAI BIOGRAPIlIQUi: ET HISTORIQUE

XXVI

Traduit devant un tribunal inconipctent, jugé par ses

ennemis personnels

([u'il

faiblement protégé par

la

tenta vainement de récuser,

timide intercession de l'am-

bassadeur français, Barneveld fut envoyé à l'échafaud. Il

se défendit en

Avant de assemblé

«

:

de

libre et

mourut en martyr.

aux bourreaux,

livrer sa tête

les droits

Les

homme

il

dit

au peuple

Je meurs pour avoir défendu la liberté et la patrie

1

»

mêmes commissaires

instruisirent le procès d'IIoo-

gerbertz et de Grotius. L'un et l'autre furent mis au secret et traités avec la plus grande rigueur.

On

esi)crait,

en lassant leur constance,

les

coupables

qu'on mettait l'indulgence

:

c'était à ce prix

contraindre à s'avouer

qu'on leur permettait d'attendre. Mais niers dédaignèrent

une grâce

les

deux prison-

qu'il fallait acheter

au prix

de l'honneur.

Le crime de Grotius dans la

secondé Barnevekl

était d'avoir

les actes ([ui avaient

conduit ce martyr politique à

mort; d'avoir été député des Élats auprès du sénat

d'Amsterdam, pour détacher

cette ville

Contrc-Remontranls, ou partisans de

du

Gomar;

parti

des

enfin d'a-

d'avoir engagé la ville d'Utrecht à se défendre contre le

prince d'Orange. Dès son premier interrogatoire, clina la

juger, réclama ses juges naturels,

et,

ses réclamations, protesta contre était faite.

teurs

:

il

dé-

compétence des commissaires choisis pour

le

repoussé dans toutes la

La fermeté de sa défense

violence qui lui irrita ses

persécu-

après ce premier interrogatoire, le papier et l'en-

cre lui furent retirés.

On

continua de l'interroger, en

choisissant de préférence les

moments où

abattue par la maladie, et en lui refusant ture de ses interrogatoires. Grotius d'écrire sa défense;

on

lui

sa force était

même

demanda

la

donna cinq heures de

la lec-

faculté tcni])s

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. et

une

feuille

de papier.' Enfin

XXVII

mai 1619, cinq

le 18

jours après le supplice de Barneveld, Grolius fut con-

damné

à

une prison perpétuelle,

confisqués.

On

Louvestein.

Il

lui

et

ses

biens furent

la

forteresse de

donna pour prison

fut incarcéré le 6 juin

1619.

On

luiassi-/

gna vingt-fiuatre sous par jour pour sa nourriture. Mais

femme

sa

eut la noble fierté de rejeter cet indigne se-

cours, et déclara à ses oppresseurs

qu'elle a\ait assez

de bien pour nourrir son mari.

commence

Ici

anecdotique de

la partie

la captivité

de

Grotius.

L'ami de Barneveld

fut

d'abord rigoureusement

traité.

Son père demanda vainement à le voir; on le permit ù sa femme, mais en la prévenant que si elle sortait une fois, elle ne devait plus espérer de rentrer. Cette «

condition n'effraya point son courage; elle vint s'enfer-

mer avec son époux. Peu que toujours, ces rigueurs sortir

deux

fois

après,

comme

il

se relâchèrent

:

arrive preselle obtint

de

par semaine, avec la permission du gou-

verneur. Le prisonnier eut la faculté de faire venir des il

s'occupa du droit

Maximes

des poètes^ de Sto-

livres; l'étude consola sa disgrâce

de

et

bée,

la

morale, traduisit

les

:

composa en vers hollandais un

traité de la Vérité de

commença

plusieurs autres ou-

la religion chrétienne, et

^

vrages.

Dix-huit mois s'étaient écoulés ainsi.

»

valle, la

femme de

Dans

cet inter-

Grotius avait épié, sans pouvoir la

sai-

l'occasion de rendre son mari à la liberté. Cette

sir,

occasion parut enfin

s'offrir.

Les livres que Grotius ren-

voyait à ses amis, le linge qu'il envoyait blanchir à Gor-

cum un

(ville

voisine de Louvestein), étaient déposés dans

coffre qui voyageait alternativement de la forteresse

à la ville, et de la ville à la forteresse.

Pendant

la

pre-

ESSAI «lOGRAPllIQUE ET IIISTORIQITK

XXVIII

mière année,

de service

la {^ardc

soigncuseinen

visita



ce coffre. Insensiblement, accoutumés à n'y voir que du linge et des livres, les gardiens devinrent plus conliants.

Les

visites lurent

bientôt tout à

échapper à

d'abord moins sévè.res; elles cessèrent

Ce relâchement ne put longtemps

fait.

observateur d'une épouse attentive.

l'œil

Elle conçut la possibilité d'une évasion

;

en

elle

fit

part

à son mari. L'entreprise n'était pas sans dii'ticulté. n'était piis assez

neur



et

de

la

de détourner

les

garnison tout entière, dans une tentative

simple caprice

la défiance, la curiosité, le

homme,

Ce

soupçons du gouver-

suffisaient

présentaient encore.

demi de longueur

:

d'ini seul

pour tout perdre. D'autres dangers

Le

il

coffre n'avait

fallait s'y

que

se

trois pieds et

placer dans la posture

la

plus contrainte, y demeurer pendant tout le trajet de

Louvestein à Gorcum, au risque d'étouffer pendant route. Arrivé à

Gorcum,

il

fallait

que ce

la

coffre fût ou-

vert par des mains amies et complices de l'évasion; était

il

donc indispensable de confier à des tiers le secret

de l'entreprise. L'amour de

Deux

rils.

la liberté

brava tous ces pé-

serviteurs fidèles furent mis dans la confi-

dence; des trous furent pratiqués aux parois du coffre,

pour que

l'air

put

s'y

renouveler. Le prisonnier s'assura,

par des épreuves réitérées, de

enfermé pendant

le

tout fut disposé, on attendit le «

A

quelque temps de

s'absenter. Aussitôt la

bruit

que son mari

samment répandu,

la possibilité d'y rester

temps nécessaire au

est

là,

le

femme

moment

trajet.

gouverneur de Grotius

elle va visiter l'épouse

ncur, et dans le cours de la conversation,

livres

;

elle ajoute

fut obligé fait

malade. Quand ce bruit

désir qu'elle a de renvoyer à

Gorcum un

que Grotius

est

Quand

favorable.

est suffi-

du gouveiv

lui

parle

coffre plein

dans un

de

courir le

tel état

du de de

XX IX

SUR GROTIUS ET SON" TEMPS. faiblesse qu'elle le ^oit avec peine se livrer

au

travail

avec tant d'ardeur. Cette première précaution prise, elle

chambre de son mari,

.

el l'enferme

retourne dans

la

dans

que deux soldats viennent enlever. Sa

le coffre,

pesanteur inaccoutumée les étonne.

deux,

qu'il

y

Il faut, dit

dicton répandu depuis peu dans le pays).

l'un des

(c'était

un

L'épouse

in-

quelque Arminien là-dedans

ait-

trépide, surmontant son trouble, répond avec calme

([u'eifectivement

miniens.

On

le

se trouve

il

dans

le coffre

des livres ar-

descend par une échelle, non sans beau-

couj) de peine.

Conlirmé dans ses soupçons,

soldat insiste pour qu'il soit ouvert;

il

même

le

va trouver la

femme du commandant, lui fait part de ses inquiétudes. Une femme de soldat, présente à l'entretien, affirme qu'on a vu plusieurs exemples de prisonniers qui se sont évadés par un semblable moyen. Cependant, soit insouciance, soit faveur et désir de fermer les yeux, on n'a point d'égard à ces craintes, et l'ordre est

povler

le colfre

sitaire

du

au bateau. Le

secret de ses maîtres,

fardeau

commis

à son zèle.

charger

le colfre

sur

([u'il

accompagne le précieux arrive; on propose de

On

un traîneau

brancard, et conduit chez David

libre.

:

la servante

renferme des choses fragiles;

de Grotius. Là

Le

trajet

le

colfre est

ne

donné de

domestique, dépo-

iidèle

il

observe

est placé sur

Dazelaër, l'un des

un

amis

ouvert, et Grotius se voit

l'avait point

incommodé.

11

se hâte

de revêtir un habit de maçon, sort par une porte dérobée, et se rend déguisé à Anvers chez Nicolas Grevincovius, qu'il avait

premier soin

connu ministre k Amsterdam. Là, son

est d'écrire

aux États-Généraux pour

justi-

liersa conduite publi(iuc et protester de son attachement à sa patrie,

viclime.

malgré

les persécutions

dont

il

s'est

vu

la

XXX

BIOGRATUIQUE ET HISTOUIQUE

ESSA.I

L'évasion de Grotius lut ([ueUiue temps ignorée à

(i

Louvestein

malade,

et

femme

sa

;

de

continua de

passer pour

le l'aire

de son

refuser, sous ce prétexte, l'entrée

appartement. Lorsqu'enlin elle

le

sut en sûreté, elle

crut devoir

déclara tout au gouverneur, qui d'abord s'assurer d'elle, et la

garder étroitement. Mais bientôt

fit

États-Généraux, touchés de son noble dévouement,

les

ordonnèrent sa mise en liberté

»

'.

Délivré de ses fers, Grotius avait le choix des asiles.

Plusieurs États se disputaient l'honneur de le recueillir. Il

préféra la France,

11

fut présenté à

une pension de 3,000 le rejoindre.

avait visitée

((u'il

dans sa jeunesse.

Louis XIII, qui l'accueillit et

lui

accorda

Sa femme ne tarda pas à

francs.

Grotius s'acquitta de sa dette de recon-

naissance envers la France, en y écrivant son fameux

du Droit de lo, Guerre et de la Paix. La composition de cet ouvrage n'a occupé ([u'une portion fort peu considérable de sa vie. On apprend traité

pour

la

De Thou ner

première

par une

fois,

en août 1G23,

le lils,

Dans

'^.

commande

cette étude à

le

en termes qui dénotent

'

se rapportant

cours de la

des nations

même

un autre de

([ue

L'évasion de Grotius eut lieu

fait a

qu'il s'occupait

questions

les principales

lettre ([u'il

1823,

t.

année,

droit il

re-

s'en occupait sé-

22 mars 1G21. Le

été extrait d'une vie de Grotius, publiée dans

testants célèbres,

d'exami-

au

ses correspondants,

lui-même

le

adresse à

le

IV, l" part., p. 45 et suiv.

récit qui

en est

Musée des ProL'auteur de cet

excellent travail s'est inspiré plus d'une fois de lu vie de Grotius, publiée

en tète de l'édition de Cocceius, 1758,

avons cru devoir reproduire ce

in-4"',

t.I", p. xv et suiv.

— Nou:»

récit.

2 « Versor in exj,minandis controversiis prœcipuis quas ad jus genlium pertinent» {Episl. 75). Celte citation n'est point tirée de la

collection in-folio de ses Icllres,

mais d'un autre recueil

publié, en IG48, sous

« (irotii

le litre

de

aniérieurement

Epislohr ad Gallos.

»

SUR GROTIUS ET

rieusement

L'idée de l'ouvrage, suivant une de ses

'.

lettres k Gassendi, citée

par Peiresc

XXXI

TEMPS.

SOiN

par Stewart,

suggérée

lui fut

^.

Grotius se mit à l'œuvre en 1623, après avoir achevé

son Stobée

3. Il

rendit

Le

retraite agréable.

une maison

lui avait offert

Balagni, près de Senlis.

au commencement de

Ibrtifier sa santé, ville.

Mesmes

nommée

de campagne,

une

avait choisi

président Jacques de

juin, à dessein

en respirant un

air plus

Ses lettres nous apprennent qu'il

s'y

11

en partie de

pur qu'à

la

travaillait assez

lentement*, mais qu'il mettait à profit jusqu'aux pro-

menades entre tout son à lui et

lesquelles et l'étude

il

partageait alors

temps ^. Le secours d'une bibliothèque qui

dont

il

moment

put se servir à tout

lui

fût

man-

quait. Celle qu'il avait réunie dans sa patrie n'avait pas

'

« Iloc spatio cxacto, nihil restai

quod

tibi

sequè

que sludiumjuris, non illius privati, exquo leguleii sed genlium de publia;

tant,

quam prœstabilem

commendem et

rabulœ

at-

victi-

scientiam Cicero

vocans, consistere ait in fœderibus, pactionibus conditionibus popu,

lorum, regum, nalionum, in omni deniquè jure juris principia

quomodo

belli et pacis.

Uujus

ex morali philosophtd pelenda sunl, mons-

trare poterunl Platonis ac Ciceronis de legibus

libri.

Sed Platonis

summas aliquas legisse suffecerit. Neque pœnileat ex scholasticis Thomam Aquinalem, si non perlegere, sallem inspicere secundâ parte secundcV partis libri, quem Summam Theologias inscripsit prtvsertim ubi de jusdlid agit ac de legibus. Usum propiùs monstra;

bunl Pandeclœ, libro primo atque ullimo;

primo

et tribus

et

codex Justinianeus ,libro

posiremis. Nostri temporis jurisconsuUi pauci juris

gentium ac publici conlroversias

alligere,

eàque magis emtnent, qui

idfecêre, Vasquius, llottomannus, Gentilis » {Episl. IG, cilée par Ilal-

lam, Libr. citât., fait

connaître

la

l.

III,

p. 279).

Ce passage

base de son traité. '^

Voir IIallam, Libr. citât.,

3 Epist.

50 et 57. Part.

< Epist. 57, 5

I

p;iil.

Ibid.

Kpist.

est intéressant,

manière de voir de Grotius lui-même, sur

1'.).').

II,

t.

III, p.

279.

seu append.

en ce

le

qu'il

sujet et la

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HlSTOlUQUE

XXXII

échappé aux recherches de ceux qui avaient confisqué ses biens, et

avec

avait à peine de quoi entretenir sa famille

il

pension assez mal

la

Louis XIII

'.

avait besoin

que

payée

donc que pour

11 fallait

donnait

lui

dont

les livres

Jacques-Auguste de Thou,

le

fils

du célèbre

historien,

fut celle qu'il témoigne avoir eue à sa disposition

Le séjour de Grotius à Balagni ne durée.

ne paraît pas que

Il

président

il

vécût d'emprunts. La bibliothèque de

il

De Mesmcs,

fut pas

^.

de longue

l'hospitalité trop vantée

ait

été

exenqîte d'amertume. Grotius,

pour

comme

du

réfugié

l'illustre

Ions les grands

penseurs, dut compter avec l'hypocrisie et le fanatisme. Il fut,

vers cotte é[)0(iuc, oblige de se justilicr auprès de

M. De Thou,

qui

pandus sur ce

lui

donnait avis de certains bruits ré-

qu'il n'observait

pas

le

carême,

et

qu'on

faisait dans sa famille des exercices i)res([uc publics de

dévotion, à la manière des protestants'.

bien loin de

qu'on

là,

il

avait

maigre chez

fit

lui, le

solu qu'il était à suivre la

vendredi et

mode du

pareilles choses; (jue, depuis

pagne,

il

n'avait

Hollande, ni rien

romains.

11

Il

répondit que,

jnème expressément ordonné

(|u'il

le

samedi, ré-

pays, en matière était

d(!

dans cette cam-

vu aucun des ministres réfugiés de fait (jui

put scandaliser lescalholiciucs

promit, d'ailleurs, d'être désormais encore

plus circonspect, pour ne pas donner lieu au président

de se plaindre de

lui

avec la moindre apparence. Ce-

pendant Grotius dut quitter

bientôt Balagni.

Ayant

appris que le maître de la maison de canq^agne se disposait à venir l'occuper, et craignant de l'importuner,

'

Mémoires de Du Mauricr,

Grniius, ^ '

I

I

port

p.

ii9,


cdil.

pnrl., Kpisl. 101. A|i|)eiii)., Kpist. (14.

I

.

Kpisl. l
pari. Epis!, lyo.

Il

pail.. Kpisl. 2'Ji

do

lldll.;

il

cl lelliesdc

XXXUl

SUR GROTlUS ET SON TEMPS.

se retira à Senlis, le 4 août, et y continua son ouvrage

pendant

le

cours de cet été

même

tobre de la

Dès

De retour

'.

année,

à Paris le 21 oc-

y mil la dernière main

il

'^.

mois de juin de l'année suivante, 1624, Grotius

le

était déjà

occupé à mettre son

dans ce travail par son ami

On commença

Gras^vinkel.

novembre 1G24, bien que

à

au net 3.

livre et

imprimer vers

l'auteur

tVit

de février de l'année suivante, 1025, ])our être à

vente à Franclort, dans la

voya effectivement, sur

la lin

malade,

alors *.

le libraire

temps d'exposer l'oire

milieu de

le

depuis près de deux mois, d'une dyssenterie

deux presses,

tut aidé

11

compatriote Théodore

Au mois rouler

fît

le livre

de Piuiues*. On

de mars, sans

l'y

en en-

Index^

les

qui n'étaient pas encore imprimés, et «(uelques cartons
lit l'aire

depuis^. Cette première édition est

in-quarto. Grotius la dédia au roi Louis XIII qui « ne lui

en donna aucune récompense, pour n'avoir point de patron auprès de SaMajesté, qui aimât les belles-lettres, et ([ui

fit

état d'un travail

de cette importance

'..

.

»

Les rois ne se sont jamais démentis.

Le

traité

du

Droit

Sur ces

entrefaites

Guerre

de. la

à l'index par la cour de

Rome,

et

de la Paix fut mis

le 4 février

Maurice de Nassau

1G27

était

^.

mort. Son

frère, Henri-Frédéric, lui avait succédé. Grotius

conçut

l'espérance de rentrer dans sa patrie. Frédéric n'avait



I

Part. Epist. 197.

2

11

Part.,E|)isl ,59.

^ Ibid., Episl.

74.

^ tbid., Episl.

79.

5

Ibid

,

Epist. GG.

" Cela paiaif par la ietlre l'an IG'J'i, et doit porter "

la

Mémoires do Du Maurier,

«Il Part

LXXl

île

IMppenrftx, qui

date de IG25, ainsi que p.

lôO, édit de

le

est

mal datée de

prouve Bnrlieyrac.

IG97.

Epist. 153.

c

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

XXX'IV

point hérité des ressentiments de Maurice;

entretenu des rapports avec

avait

il

tenta quelques démarches.

Il

fit

même un

même

Grotius

l'illustre réfugié'.

voyage en

Hollande, pour y travailler à sa réhabilitation. Mais le succès ne couronna pas ses efforts. Ses amis l'accueillirent; sa personne tut respectée; ses biens confisqués lui

môme

furent

on

restitués;

d'une grâce; mais

il

lui

fit

entrevoir la faveur

demandait une réhabilitation,

pouvant obtenir justice complète,

il

et

ne

préféra renon-

cer à son pays.

Grotius ne revint pas en France. L'hospitalité qu'il y '

Cocceius a publié dans son édition,

In

copie de la lettre

4 août 1022, par Henri-Frédéric, prince d'Orange, à Grotius.

transcrivons

telle qu'elle se

« »

»

AU

Nous

trouve en français dans celte édition

la

:

SIEUR HUGO DE GHOOT.

Monsieur,

Je vous

1

eraercie des bons offices que vous m'avez rendus par delà vers

quelques-uns du Conseil du lloy les susdits,

ce que je vous supplise de continuer tant vers

:

que autres que vous jugerez à propos; vous asseurant que je rcco-

Rnoistray celte bonne volonté

f.n

tentes occasions

oii

j'auiay lo

servir. Je vous supplie aussi de faire estai d*ni()ii atrcction

que

écrite le

:

moyen de vous

et

vous asseuror

je vous la continueray tousiours, y estant ubligé par celle (pie m'avez tes-

iDoi^née de tout temps.

J'ai

prié vostre beau-fr6re le sieur Keigeàl)eri; de vous

escrire parliculi^ren^ent sur quelque sujet, sur lequel je seray fort aise d'en-

tendre vobtre advjs

vous m'obligerez

:

fort

de nie l'envoyer, connue vous avez

desjà faicl parle nu-morie que vous in'avi'Z envoyé, dont je vous remercie bien fort. Je siiuliaitcrois

de pouvoir eslre utdc en vos affaires par deçà,

cniployerois de tout

mon cœur; mais vous

et

m'y

scavez la constitution des affaires

moy, ny vos autres amys, no pouvons vous y servir, cotnme nous désirerions bien. Je veux espérer que le temps y pourra apporter du cbangemcnt, et que je vous pourray revoir en ce pays estime et lionoré comme estre telle, que ny

vos rares qualitez

le

méritent

:

de quoy

je

ne reccvray pas moins de contente-

ment (|ue j'ay fait de vosirc liberté. Cependant je vous souliaile en vostre éloignement de vostre pairie tout le rontentenient, lienr et prospérité ipie vous scauriez désirer. Ce que je prie à Dieu de vous donner, et à

TOUS

faire paroistrc

moy

l'occasion

de

par elTeet que je suis. Monsieur, 1

Votre très-a(Teclioenné à vous faire service. •

De La Hâve

le iv

d'aoust 4622.

Fr.

Henry de Nassau.

»

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. avait reçue lui avait été

despotisme tius était

amère. Richelieu

hommes

Ces deux

voir.

et le droit

mal payée;

XXXV était

au pou-

se convenaient peu: c'étaient le

en présence. La pension de Gro-

ses ressources personnelles s'épui-

n'obtenait point d'emploi;

espéra trouver

saient;

il

ailleurs

un établissement plus convenable. En quittant

il

Hollande, Grotius se retira d'abord à Hambourg, où

la

des propositions lui lurent adressées de

la

part de plu-

sieurs puissances. Ses irrésolutions étaient extrêmes.

Une circonstance

l'avorable hâta le

dénoùment.

Les événements delà guerre de Trente ans, en Allemagne, avaient

amené

sur la scène européenne une puis-

sance qui n'avait joué auparavant qu'un rôle secondaire

subordonné. Le poids de

et

dans

la

Adolphe

était

au milieu

mort sur

même de

montée sur

le

champ de

bataille

de Lutzen,

sa victoire.

Abandonné par des d'abord à resserrer

Suède;

il

alliés timides,

Oxenstiern songea

nœuds d'une

alliance plus puis-

les

sante, et plus utile. la

le

La jeune Christine était trône de Suède, et le gouvernement était mahis habiles du chancelier Oxenstiern.

passé dans les

de

Suède commençait à peser

la

balance de l'Europe. Le héros suédois, Gustave-

La France

s'agissait

avait lié sa cause à celle

de l'amener à de nouveaux

efforts, et d'aplanir surtout les ditticultés élevées entre

les

deux

États, à l'occasion d'un traité trop

légèrement

souscrit par les envoyés de la Suède. Oxenstiern jeta les

yeux pour cette négociation sur Grotius, que Gustave

mourant

'

Voir

bres,

[t.

la

recommandé

avait

à sa confiance'.

H nomma

vie de Grotius, publiée dans le Atusée des Protestants célè-

51 ct52.

lasser de lire

suédoise. Voir

Epis t. 880 in



Le

roi

de Suède,

l'ouvrage de Grolius.

Il

Du Maurieh, Mémoires, fine.

Guslave-Adoiphe, ne pouvait se l'avait fait traduire p.

langue

en

433; Grolii Episl.,

i,

Part.,

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

XXX VI

donc Grotius ambassadeur de

couronne de Suède au-

la

près de la cour de France, en 1G35, malgré les cabales

que

ennemis de ce grand liomme

les

lirent

pour empê-

cher son élévation à ce poste'. Ce choix déplut au cardinal

de Richelieu, qui voyait avec peine revenir Grotius dans

un royaume où on

marchandé son

lui avait

l'avoir accueilli avec la plus

pain, après

grande laveur. Oxenstiern

persista dans le choix qu'il avait fait, et Grotius

commencement de mars

entrée à Paris, au

d'accepter les olîres

de

son

fit

1G35. Avant

du ministre suédois, l'ambassadeur

la reine Christine avait écrit

Unies pour abdiquer son

aux États des Provinces-

titre

de citoyen

vengeance, que l'innocence opprimée et

le

légitime

:

génie outragé

avaient le droit de tirer d'une patrie ingrate.

Des

difficultés

nombreuses attendaient Grotius sur

nelles l'avaient suivi dans les phases carrière. lui.

le

de ses fonctions nouvelles. Des inimitiés person-

seuil

De fâcheuses préventions

Pendant son séjour à

hommages de

si

diverses de sa

s'agitaient autour

tous les savants. Mais tandis que les ca-

tholiques se défiaient

du

« protestant

célèbre,

réformés accusaient Grotius d'incliner vers cisme.

de

Paris, Grotius avait joui des

»

les

le catholi-

,

L'Église protestante était, d'ailleurs, fondée à craindre les défections.

De

tous côtés la victoire

romaine.

favorisait l'Église

Les défaites de l'électeur palatin

et

du

roi

de Danemarck,

soumission de La Rochelle, témoignaient en sa laveur

la

d'une supériorité évidente

auquel rir,

*

dans ce dernier argument

les protestants s'étaient

vus contraints de recou-

et qui fait taire tous les autres.

Le.

Vassor, Histoire de Louis IIII,

liv.

Un système

XXXVFI,

lit.

Vlll.

rigide

p.

.158.

SUR GIVOTIUS ET SON TEMPS d'exclusion de la laveur des cours,

dans l'ordre pression

du

civil,

même de

ou

XXXVII

de découragement

bannissement

culte religieux, amenait en

et

même

de sup-

temps

les

une

esprits irréligieux et lîexibles k se soumettre avec

bonne volonté apparente à un despotisme auquel ils ne résister, ni se soustraire, a En France, dit

pouvaient ni Ilallain, et

dans

en Allemagne, cette

le siècle

brasser une

môme

i)récédent, avait été la

noblesse qui,

première à em-

nouvelle, fut aussi la première à l'abaii-

toi

donncr. La conversion d'un grand nombre de protespar leur savoir et leurs talents, tournit

tants, distingués

encore une preuve des dangers de cette cause,

il

ne

serait

pas juste, cependant, d'en conclure qu'ils agirent un ique-

de

lUfïiitsous l'empiie

rent inlluer rité

la crainte.

Deux autres causes du-

puissamment sur leur détermination

donnée aux

traditions

écrits des Pères, et

de

l'Église,

avec Icfiuelles

il

:

l'auto-

consignées dans les

était très-diflicilede

concilier toute la croyance j)rotestante

;

l'intolérance des

églises réformées, luthériennes et calvinistes, qui accor-

daient aussi peu de latitude que l'Eglise

détachées

s'étaient

'.

Les défections

»

nombreuses dans Icxvii^ Grotius

a-t-il

suivi ce

dont

furent

elles

donc

siècle.

mouvement de

défection? Ses

lettres, publiées en 10^7, fournissent, quant à sa retraite

de

la

cause prolestante, des témoignages qu'il serait

de récuser. On y voit que Grotius commença par exalter l'autorité de l'Église catholique ou univerdillicile

selle, et

son droit exclusif à établir des symboles de

foi.

temps après, de suivre le longtemps dans un juste mi-

« Il cessa, dit Ilallam, ([uelque

culte protestant, et se tint lieu, se

'

contentant de s'élever contre les Jésuites

IIai.l*m,

lilir.

citât.,

J.

111, p.

38 elsuiv.

et

ESSAI BIOGRAPHIQUE CT HISTORIQUE

XXXVIIl

contre les excès

pour

du

V siècles, se fortifia

les écrivains des iv* et

en plus;

il

Mais son respect

siège de Roiuc.

apprit à protester contre le privilège,

de plus

réclamé

par les réformateurs, d'interpréter l'Écriture autrement

que ne ses

l'autorisait le

yeux

consentement des anciens; devant d'abord entre les

flottaient des visions d'union,

Rome ellecomme d'au-

Églises luthérienne et anglicane, puis avec

même;

il

cherchait la paix avec celle-ci,

dans l'opposition au gouvernement

tres la cherchent, civil,

parle redressement des griefs

subséquent de l'obéissance

même

esprit, ajoute le

'

.

»

«

rétablissement

et le

Tout

critique, avait

de son

le travail

pour objet d'opérer

une union extérieure entre les chrétiens; et pour cela, n'hésita pas à rcconnnander des sens éciuivoijues, des

il

commodes,

explications s'éprit

et

un silence respectueux.

d'abord de l'antiquité, parce

(|u'il

quité défavorable à la doctrine de Calvin. thie

pour ce réformateur

Il

trouva l'anti-

Son antipa-

et ses disciples le conduisit à

l'admiration de la succession épiscopale, de la hiérarchie organisée,

du cérémonial

et des institutions liturgiques,

des hautes idées des rites sacramentaux,

dans l'ancienne Église, rejetés. Il se

et

que Luther

et

pénétra de l'idée de l'unité,

tielle à l'Église

tju'il

comme

faire

ment, ni à reconnaître aux décrets des

hommes un

L'esprit

homme

paraît avoir été sous l'iniluence de

positive.

pour

Libr. citât.,

deux idées

l'une était son extrême respect pour l'anle

consentement de

l'autre, ses principes érastiens

<

ca-

de ce grand

d'infaillibilité

tiquité et

ait

abnégation de son propre juge-

ractère

:

essen-

catholique; mais on ne voit pas qu'il

jamais été jusqu'à

dominantes

trouva

Zwingle avaient

t

III, p.

47et suiv.

l'Église

catholique

;

en ce qui touche l'auto-

SUR GUOTIUS filé

du magistrat

civil

liT

en matière de religion. Ces deux

idées réunies concouraient à

pour

XXXIX

SON TEMPS.

lui inspirer

de riiorrciir

réclamé en faveur de chacun de professer

le droit

publiquement des doctrines incompatibles avec la foi Dans une conversation amicale, dans une cor-

établie.

respondance familière, peut-être même avec une réserve convenabfedans des ouvrages écrits en latin, on pouvait passer beaucoup de choses aux savants;... mais à ses

yeux, aucun prétexte au

monde ne

pouvait justifier une

séparation'.»

Les vicissitudes elles-mêmes de

la vie

vaient pas peu contribué à l'éloigner

Dès 1014,

du respect

il

commencé

avait

qu'elle montrait

de Grotius, n'a-

du protestantisme.

à louer l'Église anglicane

pour

les autorités primitives,

bien différente en cela des autres Églises réformées.

Mais

les

mauvais traitements

qu'il eut à subir

de

la part

de ceux qui se vantaient de leur indépendance de la tyrannie papale; les caresses du clergé gallican après qu'il se fût lixé à Paris

;

les dissensions et la virulence toujours

croissantes des protestants

;

l'alternative, qui semblait

être la seule qui restât dans leur

communion, entre une

anarchie fanatique s'efforçant de détruire tout ce qui pouvait ressembler à une Église, et une domination d'ecclésiastiques grossiers et bigots, affaiblirent ses répugnances par la majestueuse

hiérarchie catholique, et le

peu à peu

et large unité

à concéder quelque point de doctrine incertaine, (jue

de

la

disposèrent de plus en plus

ou quel-

forme d'expression ambiguë. Ses annotations sur

la

consultation de Cassander, écrites en 1G4I, ses animadversions

comme

contre Hiyet, qui avait critiqué cet ouvrage

ayant une tendance au papisme,

'Ai6r.ci(uf.,

l.

111, p. 4'J,

00.

le

Votum pro

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

XL

pace ecdesiaslicd, et la Rivetiani Apoloyeiivi Discussio, indiquent dans Grotiiis une tendance uniforme et progres-

de Rome, sur tout ce qui

sive à défendre l'Église

être considéré '

comme essentiel

peut,

à sa croyance.

Grotius resta pendant plusieurs années dans cette es-

pèce d'isolement, n'approuvant de Rome.

l'Église

passa

Il

réformation., ni

ni la

plus grande partie de ses

la

dernières années à Paris, charge des fonctions d'ambas-

sadeur de

la

tirer vanité

cour de Suède.

de ce

qu'il

ne

Il

paraît avoir cru pouvoir

vivait pas

en protestant'. Les

ministres huguenots de Charenton l'invitèrent à se mettre

en rapport avec eux; ce

alors

par

suivies

telle

sur l'ancienne Église. Mais

même

que l'indépendance

des Églises protestantes, sible. Il vit qu'il n'y avait

Rome,

et

que

méditait les

du jugement individuel, pouvait

miné, comprimé par une

était la

:

la

Égli-

et être

de Danemarck^. Grotius s'imaginait

celle

l'exercice

H

les protestants

de Suède devaient se réunir,

ses d'Angleterre et

que

qu'il refusa.

un plan d'union entre

masse

être do-

d'autorité, fondée

il

dût bientôt s'apercevoir

de

la constitution originelle

rendait

cette

union inq)os-

de réunion possible qu'avec

première condition de cette réunion

reconnaissance de

sa supériorité.

A

partir

de

l'année IG40, on voit par ses lettres qu'il est plein d'espoir dans la réalisation de cette chimère.

toujours quelque concession cette

époque

Cassarider, tions

de l'autre

et les autres traités

lieu.

[Opéra Iheologica,

t.

Il

'

F.pist.

2 Épisl.

Ce

fut à

auxfjuels

196.

866, an 1637.

ces annota-

y défend la transsubstantiation

IV, p. G 19), l'autorité du pape

642), le célibat des prêtres (p. 045), la



attendait

publia ses fameuses annotations sur

qu'il

donnèrent

Il

pjyti.

communion

(p.

sous

SUR GROTIUS ET

une espèce

(/ôirf.), etc.

TEMPS.

SOiN

XLI

Ses lettres laissent entrevoir qu'il

encouragé par Richelieu'. Grotius se

avait été

au gré de ses désirs. Mais ques

hommes

ces, et

sur lesquels

il

fut

cite

Il

avait fondé des espéran-

Il

pensait ([u'elle avait

mal interpréter tout ce qui

plus de

;

le

lors,

d'année en année,

temps, et

une

Enfin, dans

Hollande,

il

exprime

le il

dit,

fit

catholi-

trouvèrent favorable. Dès

se

lettre

l'espoir

rapprocha davantage de adressée à son frère en

que Wytenbogart,

triarche de l'arminianisme, s'occupera des rétablir l'unité

à

plusieurs conversions eurent lieu

dans

supposer,

hommes

les

la

mal

en faveur du parti ca-

Auratus, chapelain de Grotius, se

([ue vers cette épocjue

Rome.

était

opposé à

fait

fait

que de bien, surtout en accoutumant

même

(p.

avec amertume Vossius et Saumaise.

tG4?, Grotius était devenu tout à

réformation.

tlioliciue.

ira

abandonné de quel-

trouva les Arminiens hollandais timides

il

908, 912).

En

il

laisse

que tout

alors entraîner par sa vanité, et se ligure

dans l'Église (nov. 1643).

le

pa-

moyens de

«On ne

en terminant, Hallam, que Grotius

peut

ait réel-

lement partagé l'opinion des Pères du concile de Trente sur tous les points en

litige...

Son but

était

de chercher

des interprétations subtiles, qui lui permissent de faire profession de

foi

aux paroles de

l'Eglise, quoiqu'il sût

bien que le sens qu'il y attachait n'était pas celui qu'on leur imposait...

La

paix était ce qu'il désirait par-dessus

tout. Si la tolérance eût été aussi bien

qu'elle

l'a

été depuis,

il

comprise alors

aurait peut-être fait

moins de con-

cessions'. »

A partir de l'année sa marche.

Il

Sec. Séries,

\).

2 Libr. cilat.,

t.

'

1

640, Grotius parait donc avoir hâté

n'exprime aucune désapprobation à l'égard 911, 913. III, p.

42 et suiv.

ESSAI BlOGR.U'lllULli ET UlSTORigUE

XLII

de ceux qui se convertissaient au catholicisme;

néralement reçu dans

Rome

de

l'Église

de ces Pères grecs

l'autorité

et latins,

trou-

il

nous l'apprend, que tout ce qui

vait, ainsi qu'il

était gé-

pour

avait

soi

dont personne

n'aurait refusé de partager les croyances; et enlin, dans

une

lettre

remarquable adressée

date de 1644,

met en

il

Wytenbogart sous

à

comme une

avant,

mérite considération,' la question de savoir pas plus raisonnable, de

:

s'il

ne

serait

part de simples individus

la

trouvent les doctrines les

la

chose qui

(pii

dans une

plus essentielles

Église en possession d'une hiérarchie universelle, et pré-

sentant mie succession légitime, de mettre de côté, dans

un

intérêt de concorde, leurs dillérends avec cette Église,

en donnant aux choses

la

meilleure interprétation pos-

mais gardant seulement le silence sur leurs propres

sible,

opinions; que de penser que l'Église catholique dût s'accommoder aux diverses opinions de ces mêmes individus'.

Libr.cilaL,

'

t.

III,

48.

\).

Hall.nm a consacre une longue noie à l'examen de celle tendance de

Grolius vers l'Église de Home. la

a

Il

invoqué

lémoigna^ic irrécu.sable de

le

correspondance du publicistc hollandais. Son Iravail

inléressanl, que les

même

ne

le

sont

|ias

du

tout.

En

sainl

num

ab

Vossius,

h'itro à

unitaie, caikolicd,

diversa populo

grand partisan jusque vers

tradcre

lui

:

«

la fin

les

trouva hos-

l(jli).

L'année suivante,

Quid eniin mnçps

est alie-

quàin qnod diversis inregionibus pastnres

coguntur ?

.

. .

»

.

{Epist. GG)

de

sa vie,

époque où les

Il

était

alors

il

s'avança plus loin.

Il

était ce-

évoques anglais du règne de Jacques,

reprochaient d'avoir attribué au magistrat

dans

les

de trouver sainl Jérôme et

an

2'J,

pour l'aulorité de

(pi'il

de l'Eglise anglicane, et demeura dans ces sentiments

pendant trop Érasiien pour

nitif

fut ravi

11

va fort loin

il

Pères et

les

d'aulanl plus

lui

Chrysostomc de son bord (lipùt.

dans une

qui

chez

aux doctrines des calvinistes.

tiles

et

voici le résumé.

Le profond respect de Grolius pour riîlglise primitive, se fortifia

esl d'aulant plus

gcnéraleincnl peu lues,

de Grolius sonl

lellrcs

controverses en matière de

foi,

civil

un pouvoir

et d'avoir raiigc

défi-

parmi

les

SUR GROTIUS ET

TEMPS.

SO^N

XLIII

Ces préoccupations théologiques n'avançaient point les affaires

de

Suède. Grolius

la

de sou-

avait-il assez

plesse pour lutter avec avantage contre les obstacles qui se dressaient devant lui? Oxenstiern dut venir

en France pour conclure

le traité

lui-même

que son ambassadeur

avait été chargé de négocier. Grotius, abreuvé

goûts, mais soutenu pourtant par l'estime

de dé-

du grand mi-

nistre suédois, sollicita bientôt et obtint son rappel.

Suède

revint en

fut reçu avec

morts;

et voulut traverser la

Il

Hollande, où

il

honneur. La plupart de ses ennemis étaient

lortunc était deveime favorable à l'ancien ré-

la

fugié.

Rien nu réhabilite

gloire.

La Hollande

condamné

comme

la

prospérité, et la

se repentit enlin d'avoir

méconnu

et

l'un de ses plus grands génies.

Arrivé à Stockholm, Grotius reçut de la reine et du

grand chancelier un accueil

pour ne

esprit trop éclairé,

ami de Darneweld

'

llatteur^ Christine avait

Mais Grotius

.

était lassé

de

la car-

choses non essentielles l'épiscopat, que les évéques considéraient étant de droit divin. Grotius persista dans n'était point

commandé comme une

un

tenir à slattacher l'illustre

i)as

comme

son opinion, que l'épi&copat

institution perpétuelle, et

il

pensait

alors qu'il n'y avait, entre les évéques et les prêtres, d'autre distinction

que '

celle de préséance.

Voici

Grolius, vie

qui fut adressée par

la

reine Christine, à

la

veuve de

12 août 1G48, telle qu'elle est reproduite en français dans

la

du puhlicisle hollandais, par Cocceius. «

1

la lettre

le

Madame,

J'ay appris de vosire IcUre

exécuté les ordres que je

mary

Groiins vostre

;

et

\\\y

du 10

juillet,

comme quoy mon ambassadeur

a

avois donnés loucliant les livres de feu Monsieur

que nonobstant

les offres

que des autres avoyenlfaictes

pour s'en rendre possesseur», vous avez eu plus de considération pour mes désirs, que pour les avantages que l'on vous faisoit espérer de ce coslé-là. J'ad-

voue que dans

le plaisir

que

je

prens à

la k'Ct\ire

des bons

aiitheiirs, je sois

tellement amoureuse des escrils de Monsieur Grotius, que je ne ra'estimerois

pas contenip, tlièque.

que je

si

je

me

voisdesclieue de l'espérance de les associera

Mon ambassadeur vous peut

fais

de son admirable

ma

Biblio-

avoir dict une partie de la haute estime

iiiielligence, et

des bons services

qu'il

m'a rendus

;



ESSAI DlOGRAniKJUE ET HISTORIQUE

XLIV

rièrc orageuse des affaires publiques. Inquiet des jalou-

dont

sies

de

il

se voyait l'objet, fatigué

Suède,

la

demanda

il

du climat rigoureux

sa retraite. Christine résista

c^uelque temps, mais sur les instances réitérées de Gro-

par

tius, elle finit

lui

accorder ce congé tant désiré, en y était désormais placé

ajoutant un riche présent. Grotius

du besoin

à l'abri

dans

n'aspirait plus qu'à couler

il

;

pos et dans la culture des lettres les jours de sa Il

s'embarqua pourLubeck, l'une des Après avoir

s'éleva.

vents, son vaisseau

pendant

lutté

fit

vieillesse.

villes anséati(iues.

mer, ([u'une violente lompètc

à penie était-il en

Mais

le re-

trois jours coiilrc les

naulrage sur les côtes de

la

Pomé-

Accablé de fatigue, monté sur un charriol décou-

ranie.

vert, Grotius

soixante lieues, exposé au vent et à

fit

pluie, et arriva

mourant

la

à Rostock. Là, éloigné de sa fa-

mille et de ses amis, après onze jours de maladie,

il

ex-

pira dans la nuitulu 28 au 29 août 1G45, entre les bras

d'mi ministre de sa religion mais

il

'.

Ses entrailles furent dépo-

ne scaunul vous exprimur paifiiicloineTità

rjucl

point son soiivinir m'osl

cher, et les uflccls de ses travaux considéiables. Que

voyent contribuer en

mon

pouvoir que je n'employasse! de bon cœur pnur rel

que vous ne scauriez mettre ces dont

soycnt mieux

ils

leur autlieur m'a esté

ment des

friiicts

la

niiummunts

et traicte/., q\ic les

si utile,

me

miennes;

promesse que vous m'eu

faites

n'y auroit rien

uiïert.

Jugez de

là,

mains

et puisipie la vie tic

ne soufTiez pas que sa mort

fissiez tenir tous ses

il

et reliques cuti'u dus

de ses illustres peines. J'entends qu'Hvcc

tres ont faicts, vous

suivant

nçus

liua\ix

l'argent pou-

si l'or et

ijuclipie cliose à racliepter ur.e si belle vie,

me

ju'ive entière-

les livres

que d'au-

mémoires manuscripls et exlraicts, dans vosirc lelli'e. Vous ne me

scauriez jamais mieux Icsmoigner voslre bnniie volonté, qu'en ce rencontre, cl j'ay,

mon

ain.'-i

que

aitibassadeur vous donnera à entendre plus particulièroniunl, auquel

me

Dieu mcrcy, deiiuoy

remellant, je prie Pieu

lu

(pi'il

recopnoistre, et

vous en récimpunsur,

vous maintienne en sasaiuctc grâce, Ciriiisii>E.

»

AStockholme ce l2'd'aoust «GiS. '

Il

ya

les détails

suivants dans

tion de Cocceius. Je traduis u

Le lendemain on

fil

la

vie de

Grolius qui

précède l'édi-

:

venir

Slockmannus, qui, ayant observé

auprès de

lui

le

docteur en médecine

les pulsations, nllribua

!:i

r,iii)lcsiC

du

XLV

SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

Lubeck; son corps

sées dans la principale église de

transporté à Delft, dans la sépulture de sa famille.

tombeau cette épituphe

inscrivit sur son

à lui-même

fut

On

qu'il s'était faite

:

Hugo

Batavùm captivus

«

Grotins hic

«

Legalus regni, Suecia magna, tui. »

Grotius était d'une

est,

taille

et exul,

ordinaire, mais d'une consti-

tution robuste; sa figure était agréable, ses

yeux

vifs,"

son nez aquilin, sa physionomie riante. Sérieux en af-

d'humeur enjouée avec ses amis, il était affable pour tout le monde. 11 avait vécu soixante-deux ans ef queUiucs mois. Le bruit courut à sa mort, que la reine de Suède l'avait fait empoisonner; mais ce bruit, peu vraifaires,

semblable, ne

s'est

n la

reiios et des

vant,

constata

tous les

mets nourrissants. Mais

lorsqu'il revint

le

jour sui-

augmenté, une sueur de mort, symptômes d'une nature qui s'éteint, et déclara que c'en était que

cet étal, vers

la

faiblesse avait

et ([u'il entrait

de ses jours,

fait

'.

seule lassitude, et jugea qu'il ne lui fallait pour se rétablir

malade

que du il

jamais confirmé

neuvième

la

lieure

dans l'agonie. Grotius se trouvant dans lui le docteur

du soir arriva au|)rès de

en ibéologie, ministre en même temps du divin évangile, Jean Quistorpius, qu'on avait mandé. Ce ministre après s'être entretenu

et professeur

quelque temps avec des mortels,

Dieu très-bon

lui

sur

la fragilité

bumaine, sur

les fautes

nombreuses

repentir qui leur est nécessaire, l'immense clémence du

le

très-grand qui leur pardonne

et

au

nom

des mérites de

Jésus-Cbrisl, et sur d'autres sujets semi)lables doQt on entretient habi-

tuellement

les

mourants, se mit en prières. Grotius en suivait

à voix basse, les

mains croisées; quand, peu

l'ouïe d'aboi d, bientôt la vue, et

de

la jiuit, <

une

il

(Corneille

il

les paroles

commença

à perdre

peu de moments après, au milieu

même

expira paisiblement. »

Grotius laissa quatre enfants: trois r.lle,

à peu,

Cornélie. Après avoir

embrassa

Weimar, sous

le

un régiment que

le

éludii^.

métier des armes.

duc de Cbàtillon, les

el

Il

mourut

Corneille, Pierre etDideric;

les

sciences et les belles-lettres,

Il

servit

sous

obtint enfin une

États de Hollande

Mombas. son beau-frère.

fils,

avaient

le

due de Saxe-

compagnie dans

donné au vicomte de

célibataire, sur la fin du xvii" siècle.

Pierre fut mnployé dons plusfonr. aniliMssade>. L'éleflcur pahtin. rélaidi

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

XLVI

comme savant et même temps avocat éloqnent, savant jurisconsulte, historien célèbre, homme Grotius fut également distingué

comme homme

pratique.

en

11 tut

d'État dévoué à sa pairie, et théologien versé dans toutes les parties

de cette science.

«

Dans un

siècle particuliè-

rement en proie à de Aiolentes discussions sur les

ma-

tières religieuses, dit

Wheaton,

de toute-exagération,

et

quoique activement engagé dans

lit

son résidenl auprès des Ëlals Généraux,

par

paix de Munster,

la

Nommé

le

Pensionnair»; de

la ville

sut se tenir au-dessus

il

d'Ainslerdain en IGGO,

rablcment cet emploi pendant sept ans. En 1008,

ambassadeur auprès

OEuvres

la

11,

rerjjarquable. Cornélie avait épousé à

!

une des plus

ment

servi

On

xvii" siècle.

son père, en

doit

ses soins l'édition des

i\

volumes

'.\

in-folio,

d'Angleterre. La carrière de Dideric

roi

le

les

le

s'établir

alla

climat de

et

on en

fait

un

fils

suivit avec distinction

La Haye en

à

place de Conseiller Pensionnaire

de

la ville

de Delft

prouvé par son frère,

« attendu, disait ce dernier, le il

L'année suivante

laume Grotius

il

fut

est difficile de

nommé

:

en quoi

malheur

Compagnie des

la

fut le principal corres|iondant de son frère.

tre autres ouvrages, les vies de quelques jurisconsultes, et

—Sur

principes du droit naturel, in-4".

Hugo

temps

devoir. »

Indes. Guil-

«

Il

écrit, en-

un manuel des

relatifs

faits

le

la

léle

la

à

de l'édition de Cocceius

Vie de M. Iluq. Grotius, ?ar\s, 175?, 2 Galtembourg, Dordrecht,

1727

et

Biographie des savants célèbres^ d'après sa vie

el

t.

vol. in- r2

1732, Il,

p.

ses écrits, Berlin, 1807,

Londres, 1827; JÉno.ME

i>k

Amsterdam, 1827.

2 vol.

257

;

,

de

in-folio.;

et siiiv

in-8»

W.

;

;

la

fut ap-

vie

Grotius, et à sa famille, on peut consulter, indépendamment de

biographie qui se trouve à

lerg.,

les

il


concilier l'honneur et

avocat de

en IG62.

en IG38,

refusa,

il

où nous vivons,

et où

présente

neveu de

le

1507, et mourut

carrière du barreau,

la

Un

comme

aine de Guillaume Grotius, frère jjuiné de

Hugues. Ce Guillaume naquit

H

vaillam-

en Hollande, parce

France.

la

par erreur, dans qui biucs biographies, Corneille Grotius,

rien de

vicomte de Mondjas, appai tenant

armées de sou pays,

que sa femme ne pouvait supporter

dédiée

1071),

n'offrit

illustres familles françaises, et (jui, après avoir

dans

les

mourut dans une maison de campagne près

il

fin tlu

t)iéologiques de

à Charles

comme

envoyé

couronnes du Nord. Après avoir rempli

des

postes les plus importants,

d'Amsterdam, sur

exerça liono-

il

lut

il

:

de la

BuIllG^v,

Brandi

el

Sciiroeckii,

Lude.v, Grotius,

BOtlk.k Life of Grot,

Vhics, Uug. de Groot,

et

Maria de Reiges-

SUR GROTlUS ET SON TEMPS!, les discussions entre les

tolérance lui

et protestantes

tion

Arminiens

ménager

fit

XLVIl

et les Gomaiistes, sa

toutes les opinions, catholiques

tolérance rare en ces temps de persécu-

:

il composa une Introduclion à la jurisprudence hollandaise, et illustra plusieurs endroits

du

'

!

»

Jurisconsulte,

droit romain, qu'il savait profondément, dans sa Flo-

rum

sparlio ad jus Juslinianeum. Historien,

il

rédigea les

Aimales de son pays, qui ne furent imprimées qu'après sa mort. Théologien, il écrivit un Trailè de la vérité de '

la religion chrétienne, et

un Commentaire sur

le

Nouveau

Testament, qui lurent considérés, par son Église, comme à la fois profonds et méthodiques. Grotius, enfin, a fourni

un ample contingent à

traduisit

en

latin les

la philologie

ancienne.

Il

Phéniciennes d'Euripide. Ses édi-

tions d'Aratus, de Stobée, des fragments des drames grecs perdus, de Lucain et de Tacite, ne furent qu'une

partie de celles qu'il publia.

poésie,

non moins que

tinguer dans

Son goût

et

son amour de

la

sa vaste érudition, l'ont fait dis-

un écrivain a l'aide de pasou ressemblants, tirés d'autres écrivains

l'art d'illustrer

usages parallèles

souvent fort éloignés. Si dans

la critique proprement dite montré une connaissance tout à fait aussi profonde du grec que du latin, il a du moins prouvé que la

n'a pas

il

littérature

de

familière.

Sa

la

Grèce antique

lui était

complètement

latinité est belle, et certes, à

son époque,

ce n'était point un médiocre mérite.

hommes qui aspiraient à une réputation de goût d'éloquence, s'étaient attachés à bien écrire le latin, la seule langue, en deçà des Alpes et des Pyrénées, qui fût considérée comme susceptible de choix et de poli Les

.et

dans l'expression. Mais quand

'

Histoire des progrès du

Omit

le français fut

ths gens,

t.

I,

p. 54.

plus cul-

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET IlISTORigUE

XLVIII tivé et eut

une critique à

lui,

il

devint en France l'ins-

trument naturel des bons écrivains,

donné aux

érudils

proprement

aban-

et le latin lut

dits,

qui en négligèrent

les beautés.

En

Angleterre, le latin n'avait jamais été beaucoup

cultivé sous le rapport

du

langue nationale pe tùL

la

gne, ni dans les Pays-Bas,

quoique l'emploi de

style; et lorl

commun

le latin

en Allema-

ni

ordinaire de la

litté-

rature y était toujours négligé, et souvent barbare. Italie

môme,

le

nombre des

En

écrivains on cette langue'

était alors très-restreint.

Grotius paraît avoir visé, avec plus de discernement

que quelques

autres, à imiter là brièveté nerveuse de

Tacite. Quoiqu'il ne soit pas toujours

exempt d'une cer-

taine dureté, qu'il ne soit pas assez coulant, et qu'il soit

par conséquent inférieur en élégance à plusieurs écrivains du XVI* siècle, on peut néanmoins considérer ses écrits

comme un moimment

pressif

de style vigoureux

et ex-

'

Voici les principaux ouvrages de Grotius Recueil de poésies

:

La Haye, 1601.

Mare liberum, seu de jure

quoil Batavis compelil ad Indioa

coin-

mercia. 1609.

De Antiquilale reipublicai balavica). 1610. De Veritate religionis clirisliana;. Ordiuum Hollandiœ et Westfrisiie Decrcluin pro pacc ccclesiarum, munilum S. Scripturfe, Conciliorum, Pairuin, tonfessioMuui et llicologorum tcsliinoniis.

De

Iinperio

sunimarum

Defeiisio (idei calljûlicœ,

luin Socinuin

poteslatuin circa sacra.

de Salisfaclionc

Clirisli,

advcisùs Kaus-

Seuensem.

Cuncilialiu Uissidentium de rc prsdeslinatorià atque gialiù opiniu-

num. '

IIallam, Histoire dn la lilléralure de l'Knrojjf,

l.

ill.

p.

14 el lô.

SUR

(iftOTIUS

Uisquisitio, an Pelagiana

ET SON TEMPS.

XLIX

.

dogmala, qux nunc sub eo no-

sitil illa

mine Iraducuntur. scnlenliae de falo, el de eo

Pliilosopliorum veleruin

quod

est in

nostrii poteslalc.

quœdam Novi Testamenti de

Comnienlarius ad loca

Cœna; administralione,

Disserlalio de

iibi

pastores

Anliclirislo.

non

adsiint.

Via ad pacem ecclesiaslicani. Explicalio trium ulilissimorum locoruni N. T. in quil)us agitur de

Fide et operibus.

Volum pro pace ccclesiaslicà. De suniino Sacordolio. De Dogmalis,

Gubernatione

Ritibiis et

eorum

Apologeticiis

(|ui

ecclesi;e christiana;.

Hollandia;, Wosifrisiaî et vicinis quibus-

dani nationibus ex legibiis prxfuerunt anlc mutationem, anni

1018. Parisiis, 1622.

De Jure

belli

ac pacis, libri 1res. Parisiis, lC2o.

Excerpla ex Iragediis

quœ

gnecis, lùni quaî exslant, lùni

et coniediis

perierunl, cmendata et lalinis versibus reddila. 1620.

Euripidis tragcdia Phenissee, emendata ex manuscriptis, el latina

fada ab Uugone Grolio. Parisiis, 1630.

Florum

sparsio in jus Justinianeum et in loca

quaedam juris

civilis.

Parisiis, 1642.

De Origine gentium anicricanaruin De Origine gentium americanarum trectatorem opaca Historia

bonum qucm

Golborum, Vandalorum

Annales et

historiae

dissertalio prior. 1642. dissertatio altéra, adversus ohfecit

et

barba. Parisiis, 1043.'

Longobardorum. 1655.

de rébus belgicis; ab obitu Philippi régis

usque ad inducias. Anni 1609. Amstelodami, 1657. Hugonis Grotii

Le écrit

traité

EpisloliB.

de

la Libei-tè des

pour combattre

bulles rie,

mer

la

mers, publié en ICOQ, tut

la prétention

vigation exclusive dans la

maient

.

Amstelodami, 1687.

mer des

souveraineté contre

du pape Alexandre

111.

la

des Portugais à la naIndes, dont

ils

récla-

Hollande, en vertu des

Grotius y soutint la théo-

devenue une règle du droit public moderne, que est libre, et

que nulle nation ne peut

la

s'en arroger
ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

h

la propriété.

pacis,

il

Wus

dans son ouvrage De jure

tard,

belli et

devait s'appliquer à prouver la vérité de ce prin-

cipe d'une manière générale, et sans aucune vue particulière et restreinte.

On

la Liberlc des mers, fut

vrage intitulé

:

sait que le traité de Grotius sur combattu par Selden dans un ou-

Mare Clausum. publié en 1G35. Le but de

cet auteur avait été de justifier la prétention élevée par

l'Angleterre sur la souveraineté exclusive des appelait

orgueilleusement

si

les

mers qu'on

mers britanniques. Le

publicistc anglais s'elVorça de prouver, dans cet ouvrage,

que

la

mer

plaisir

au

est susceptible d'èlre

une nation'. Le

priété par

roi d'Angleterre,

possédée à

titre

de Selden

livre

dont

ilatlait

il

lit

de protant de

l'amour-pro-

pre, en caressant la chimère de la nation anglaise, qu'il

en ordonna

le

archives de la

dépôt en

exemplaires

trois

:

l'un

Tour de Londres, un second dans

dans

les

celles

de

rÉchicjuier et le troisième dans celles de l'Amirauté'^.

La Hollande récouq^ensa son avocat par l'exil. Mais l'ouvrage le plus remanpiable de Grotius, auquel Grotius lui-même assignait

le

celui

premier rang parmi

ses écrits, ce fut l'immortel traité De la Gueire

et

de la

du

livre

Paix '.

Pour apprécier de Grotius,

il

à sa juste valeur l'importance

faut

remonter par

Voir, IIautefeuille, Des Droits

'

tres,... 1' édil.,

Guillaumin, 1858,

I.

et

I, p.

la

pensée aux temps

des detwirs des nations neu-

40

el siiiv.

;

Histoire des ori-

du Droit marilirt]c,... ùdit. Guill;iiiiiiiri, t8ôb, p. '2G8; Cauchv, Droit maritime international, édil. 1802, l. il, p. 'J'2 elsuiv.

gines le

2

Massé,

gens, 3

en

11

lui

le

Droit commercial, dans ses rapports avec

etc., édil. Guiliauniiii,

1801,

s'exprjme ainsi dans une

t.

I,

iellic à

|t.

le

Droit des

87.

son fréif, du 31 décembre IG28,

envoyant l'exemplaire augmenté, sur lequel devait se faire

velle édition

:

« Mitto

libros de Jure billi ac pacis,

cum non

la

nou-

cxiyud

curam tibiet amicis commendo, ut inter nieo opéra, siquidrectèjiidico,eminentium.n Append. Epist. 100.

accessione. Ilorum

SUR GROTIOS ET SON TEMPS.



Ll

qui avaient précédé l'œuvre de cet illustre précurseur.

païenne n'avait pas séparé le droil naturel 11 ne pouvait être question de droil natu-

L'aiiti(juité

de

morale.

la

où régnait

rel là

la création,

le

pantliéisme, qui, confondant Dieu et

l'homme

et la société, faisait de l'univers un engrenage de puissances maîtresses les unes des autres, et empêchait l'humanité d'avoir la conscience de ses

droits. Certes, dans la Grèce antique, le citoyen s'élevait jusqu'au sentiment de sa liberté; mais cette liberté, au

lieu d'être

comme un droit iimé et inviolable de comme un don octroyé par pu absorber la liberté, comme absorbait

conçue

l'hon)mo, était accciitée l'Etat qui eût

il

personnalité du citoyen. Pythagore, Platon, Aristote, u'approuvaiont-ils pas d'ailleurs l'institution de l'esclalii

vage, la promiscuité des

femmes et autres attentats connaturel? Sénè(jue et Gicéron ojit écrit à Rome d'admirables pages sur la loi naturelle; maisles sévères théories du Portique ne pouvaient s'entendre que de la tre le droit

morale. C'était du cri de la conscience que parlait Gicéron dans sa magnilique amplification du livre III de la République; c'était dans le même sens que les juriscon-

romains invoquaient

sultes

la

raison naturelle

et

l'é-

quité^.

Les changements introduits par le droit

le christianisme dans public et dans la législation civile des peuples

furent profonds

son origine,

moral '

il

et social

'.

par

l'esprit d'égalité

tendit à égaliser les

comme

dans

qui l'animait à

hommes

dans l'ordre

l'ordi-e religieux. Il

Voir EscHBACH, Introduction générale A l'étude du Droit

1850,

p.

rappro3» édit

20.

2 Voir notamment le remarquable ouvrnge de M. Tuoplo.\g, De l'influencedn cliri,siinnisme surle Droit romain, e\.\'ou\ia\ie(]e}il.Schmidt, iiililulé

et

Kasiii iiislorique sur la société ciiile dnns le monde romain, sur sa transformuiion par le christianisme. (Strasbourg, 1853.) :

ESSAI BIOGRAI'HIUUE ET HISTORIQUE

LU

clia les conditions,

il

effaça les différences désavouées

par la nature. L'état des personnes, l'esclavage, riage, les secondes noces, le divorce, les degrés

le

ma-

de pa-

renté, le concubinat, les puissances paternelle et maritale,

tout fut. changé,

et

une modification correspondante

s'opéra dans l'ordre des choses

:

la

succession et le droit

de propriété reçurent de notables réformes. L'iniluence

du christianisme sur

les législations

pas moins considérable. Partout

il

du Moyen Age ne fut maximes

substitua des

plus élevées et des formes plus douces aux lois et aux cou-

tumes barbares

'.

Les Pères de

l'Église

commencèrent

formuler une nouvelle théorie du droit opposée à

de l'antiquité; mais chez eux

trine était

notion du droit

commencement du xiV domaine de

paraissent, dans le

la

h

doc-

encore plus ou moins confondue avec la religion

morale. C'est au

la

la

la

et

siècle qu'ap-

jurisprudence, les pre-

miers ouvrages dans lesquels Marsilius de Padoue, Guil-

laume d'Occam, Léopold de Bebcnburg, revendiquent les droits du pouvoir séculier contre les prétentions de papauté, et soutiennent (jue l'empire-romain n'a pas

la

été transféré

aux

rois francs par le pape,

consentement du peuple

La Réforme nouvelle. tif

de

la

religieuse ouvrit au Droit naturel

En reprenant l'élément personnel les

émancipation de

la

les

pensée donna naissance à un grand les (jucstions

de droit

profondes et célèbres Leçons de M. Guizot sur la civilisa-

tion en Europe, et la civilisation en France.

suiv.

et

les institutions, celte glorieuse

•nombre d'ouvrages, dans lesquels

^

une ère

et subjec-

recherches sur les origines historiques

philosophiques de toutes

Voir

le

conscience par la consécration du libre examen,

en favorisant



mais par

''.

Voir Ahrens, Cours de Droit naturel,

^

v*

édit.,

18G0,

p. 54'i

cl

SUR GROTIUS ET

SOi\

TEMPS.

LUI

.

de politique furent examinées avec un esprit plus ou moins critique. Mais les précurseurs de Grotius considéet

rèrent longtemps encore l'Écriture

que du

droit,

comme la

n'accordant à la ra'ison que

culté d'interpréter.

Avant Grotius,

la

source uni-

simple

les écrivains

de

fala

Réforme n'avaient point encore distingué avec précision, parmi les devoirs de l'homme, ceux dont l'accomplissement ne relève que de sa conscience, et ceux à l'exécution desquels

il peut et doit être extérieurement conLes auteurs de cette épocjue antérieure au livre de Guerre et de la Paix, concevaient, il est vrai, le droit na-

traint. la

comme une

turel

cette science

science spéciale, mais ils rattachaient aux dogmes et aux préceptes de la religion

chrétienne/* Ils faisaient découler le droit naturel

nature humaine; mais tie

par

le

comme

la

péché originel,

et affaiblie,

ils

et que la raison a été obscurcie pensaient que le droit naturel a besoin de

l'appui de la théologie, et et fortifiée

Une

de

cette nature a été perver-

par

la

que

révélation

la raison doit être éclairée

'.

place importante appartient dans ce

mouvement,

d'idées à la scolastique

Le livre de Suarcz peut servir d'exemple typique de ce genre de théologie, de métaphysique, de morale, de jurisprudence, qui remplit les in-folios des xvr et xvii« surtout ceux qui appartiennent à l'Église de

siècles,

Rome, et auquel on peut donner en général te nom de méthode scolastique 2. Deux caractères remarquables '

AhreiNS, Libr.

cit., p.

151

Suarez, suivant Hallam, « l'homme le plus éminenl dans la science (ie la philosophie morale, que Tordre de Loyola ail produit dans ce siècle » {fAbr. citât., t llj, p. '237), fut le précurseur de Grotius et de Puffendorf. Il naquit en 1548, et mourut en 1017. Il exploita In plus ^rrande partie du '^

icrram qui fut plus tard occupé par de riier Son livre, intitulé

:

les

deux publicistes que nous venons de legibus ac Deo Icgislatorc,

« Traclatus

'

ESSAI BIOGR.VPHIQUE ET HISTORIQUE

LIV

dominaient dans ces

livres

leur l'orme systématique, la

:

que

multiplicité de leurs divisions, et le désir sincère

manifestaient les auteurs d'épuiser

en

le sujet

le pré-

sentant sous toutes ses faces, en le suivant dans toutes ses ramilications, dans toutes ses conséquences.

hommes

condité de ces

çonnés à

comme

casuistes

'

et

La

fé-

Suarcz, étaient fa-

la discipline scolastique, à laciuclle se

méthode des

la

qui,

rapporte

des canonistcs, était quel-

quefois étonnante. Leurs aperçus n'étaient point mutilés

incomplets;

et

les objections

il

rare qu'ils les passassent sous silence;

un

vaste

champ de pensée

moins pour

le

ne pas résoudre

i)ouvait leur arriver de

d'une manière satisfaisante, mais

moment,

ils

et d'érudition;

et se trouvaient

était

il

embrassaient ils

écrivaient

moins sous

l'in-

fluence de préjugés locaux et temporaires, que bien des

hommes

qui ont vécu dans des temps meilleurs pour

philosophie. Mais

ils

la

avaient aussi de grands défauts

:

leurs distinctions embrouillaient les questions, au lieu

de

les éclaircir; leurs

systèmes n'étant pas fondés sur

des principes clairs. Unissaient par devenir confus et incohérents; leur méthode nian([uait quelquefois de suite; les diflicultés qu'ils

eux;

ils

abordaient étaient trop ardues pour

étaient accablés sous Ik multitude, et embarras-

de leurs autorités

sés par le désaccord

decem

in

udlis

libros distribulus, ulriusque fori

quam

'^.

hominibus non minus

hecessarius, » est un in-folio de 700 pages à deux colonnes,

et d'une impression serrée. «

'

Les Jésuites ont Vhonneur, dit William, d'avoir,

les

premiers, rendu

public un système de fausse morale qui a pris d'eux son nom, et qui n'a fait

qu'accroître l'animadversion sous

combé. Leurs

traités de

le

poids de la(|uellc cet ordre a suc-

casuisme sont excessivement nombreux;

([ues-uns appartiennent aux vingt dernières années du xvi' siècle

un bien plus grand nombre au p.

siècle suivant.

m.) ^

Hallam,

Libr. ctlat.,

t.

III,

p.;239.

»

[Libr.

citât.,

([uel;

t.

mais III,

'

SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

LV

.

Les casuistes, en traitant desfcas de conscience, avaient

Iréquemment parlé incidemment de

la guerre, des pro-

messes, des serments, des prises et reprises. Mais les auteurs qui avaient particulièrement traité des droits de la

guerre étaient,

des théologiens

— Grotius

comme

le dit

— ou bien

lui-même,

Francisco de Victoria, Henri de

Gorcum, Guillaume Mattliéus; ou bien des docteurs de droit civil, tels (pie Lupus, Arius, Jean de

Lignano

et

Martinus Laudensis. Cependant aucun de ces îiuteurs n'avai^^uisé^çe

sujet, et

pour

la

plupart

ils

l'avBient traité

d'une manière Tort pou méthodi(iuc, contondant en-

semble

du

conclusions du droit naturel, du droit canon,

les

droit civil et

Il

que

du

droit international

'.

y aurait cependant de l'injustice à ne pas reconnaître plupart de ces auteurs avaient formulé de géné-

la

reuses maximes.

Dans

sa Dissertation sur les Indiens^ Francisco

toria^ avait posé en principe

que

de Vic-

l'infériorité relative

de

ces peuples, n'était point un motif pour les réduire en

ou

servitude,

même

on tutelle;

il

avait

démontré

peu

le

de fondement de cette opinion des jurisconsultes de Bologne, qui revendi((uaient au profit

de disposer en faveur de

ou de

tel

ou

tel

du pape le pouvoir du territoire

prince,

souveraineté des nations infidèles

la

^j

avait

il

contesté qu'il fut permis de fa ire la guerre aux infidèles

en se fondant sur leur refus de se convertir k

la foi chré-

recommandé aux Espagnols d'établir des comptoirs de commerce sur les côtes, au lieu d'eu-

tienne*;

'

2 •'

il

avait

Voir WiiEATO.N, Histoire des jirogrèsdu Droit des yens,

Né en U«0. mort en

De

l.

Indis, sive de litulis legitimis {tel

non

Ibid.,

ji

14.

p. 56.

Icgilimis) (luibiis Bar-

baripotuerunt venire in ditionem Hispanorum. Sectio secunda, »

I,

1546.

...

-

f.

I

el6.

I

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

LVI

treprendre des guerres de conquête tion intitulée sait

De jure

:

helli, le

nemi,

comme

de justes motifs

de religion chez

la différence

disserta-

peuple en-

le

besoin ou l'ambition d'étendre les frontières,

le

de

le désir

Dans sa

.

dominicain espagnol refu-

hautement de reconnaître

de guerre,

'

personnel

la gloire, la '. «

recherche de tout autre avantage

Puissent les rois,

dépositaires de

disait-il,

ce droit terrible, ne jamais chercher des occasions, en-

core moins des i)rétextes pour rompre cette paix que pôtre des nations nous ordonne de conserver, sible,

l'a-

est pos-

hommes, nous rappelant que nous

avec tous les

sommes

s'il

frères ici-bas, et

que nous avons au

Dieu, qui sera un jour notre juge

commun.

ciel le

même

ne

» « Il

suffit

guerre soit entreprise pour de

pas, ajoutait-il,

que

justes causes;

faut la faire de telle sorte qu'au lieu de

il

la

poursuivre l'extermination de l'ennemi, on n'ait en vue

que

la

défense du pays,

le

triompiie du

bon

droit et

l'é-

tablissement d'une paix durable... La guerre achevée,

vainqueur chrétien se posera

le

comme un

juge d'équifé

entre les deux peuples, et sans négliger la satisfaction

due

à son pays

pour

l'injustice

dont

a souffert,

il

nagera autant que possible l'État coupable, car

il

il

mé-

se rajv

pellera que, le plus souvent, c'est par la faute des rois

que s'allument

les guerres, et

que suivre de bonne leur patrie

'.

foi le

que

les

peuples ne font

drapeau de leur prince

et

de

»

Si Victoria avait revendiqué

pour

les

Indiens

le droit

de se gouverner eux-mêmes, Dominique Soto, son élève,

-

ultim.

'

Ihid.,

2

De jure

s

Ibid., g 60.

*

Né en

l

belli,

g

10 à

14.

1494, mori en 1500. Son ouvrage esl

nici Soto.Segoviensis theologi, libri

L'édilion

la

intiliilc

decem de

:

Fralris domi-

justitiâ et jure, 1560.

plus connue est celle de 1582 (Lugduni;.

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. n'avait pas craint de se

prononcer pour

LVII

dans

la liberté,

ce grand procès où Las Casas plaidait en faveur des indigènes, et Sepulveda pour le maintien de leur servitude. Appréciant le droit

que pouvaient avoir

les Portu-

gais d'acheter, sur la côte de Guinée, les esclaves noirs qu'ils importaient «

Que

dans

sache bien,

l'on

les

deurs, ni les acquéreurs, ni les maîtres

peuvent avoir

la

aient rendu ces

leur achat

de

la liberté,

ni les ven-

de ces esclaves, ne

même

quand

^

il

n'y

déboursé pour

le prix

Malgré sa tendance à justifier

»

'.

guerre, Balthazar Ayala

la

que

conscience en sûreté jusqu'à ce qu'ils

hommes à

aucun espoir de recouvrer

aurait

l'Amérique:

colonies de

s'était-il écrié,

les rigueurs

n'avait point

omis de

re-

commander aux

rois les voies

inviter à se taire

aimer plutôt que craindre de leurs su-

jets. C'était

de

la

douceur,

et

de

les

beaucoup pour un grand prévôt de l'armée

espagnole dans les Pays-Bas, sous Philippe IL Alberico Gentili

3,

enlin, le précurseur de Grotius, avait

qu'il n'y a

force est devenu l'unique

ou de réparer

droit,

Mais ces divers

'

2 était 3

la

la

faire prévaloir le

l'injustice.

dépourvus des qualités

De Just. el Jur., lib. IV, quœsl. ii, art. 2. Né en 1548, niorl eu 158i. Son traité De Jure etofficiis

belli

dédié au duc de Parme.



en 1551, mort en 1611. Auteur d'un des premiers Iraiiés com-

comte d'Essex, qui Il

moyen de

traités étaient

De Jure

plets sur le droit de la guerre,

«

proclamé

de guerres justes, que celles où l'emploi de

Lampredi, ù expliquer

fut le premier, dit

guerre, et par



belli, publié

suggéra probablement

à

De Lcgalionibus,

qu'il

les

lois

mt., 1862,

t.

t

Il,

I.

p.

la

Oxford.

paix et de

un traité sur

les

ambas-

dédia à son ami et protecteur l'illustre sir

Philippe Sydney. Voir Wheato.x, Hist. des Progr. 3' édil., 1853,

de

Grolius l'idée de son ouvrage

sur ce sujet... » Gentili publia aussi en 1583 sades,

en I5b9, el dédié au

l'avait aidé à obtenir la place de professeur à

49 et suiv.,

p 33 et suiv.

el

du Dr. des yens,

Eug. Cauchy, Le Dr. maril. inler-

LVIII (]ui

Et HISTORIQUE

ESSAI' TIIOGRAPIIIQUE

La forme du raisoiuienienl y méthode scolastique; l'ordre y manplus souvent. Le traité du Droit de la guerre, de

constituent une œuvre.

tenait trop

quait le

de

la

Victoria, pouvait

tout au

proj^ramme

plus servir de

d'une science à naître; l'ouvrage de Gentili sur sujet,

le

même

avec une distribution meilleure des matières, ac-

cordait trop à la partialité,

et,

s'

écartant des voies majes-

tueuses de la science, se perdait dans la discussion pas-

sionnée des

contemporains.

faits

de

l'avenir, s'isoler

la

11 fallait,

pour

i)arlcr à

politique et des passions «prelle

soulève; n'envisager que

la

pure théorie du droit;

inter-

roger avec calme les sages de tous les siècles sur les droits de l'humanité; soumettre froidement cette (uj-

quête grandiose au critérium de ter l'ordre

dans

le

conscience; appor-

la

chaos, la lumière dans

les

ténè-

bres; réaliser pour le droit général la révolution que Galilée

introduite dans

avait

sciences cosmologi-

les

ques, que Descartes devait effectuer dans

La question n'était pas d'élever un monument; il ne phie.

âme honnête

et

suffisait

gloire d'être

le

philoso-

la

un

livre,

mais

pas d'avoir une

des aspirations généreuses

du génie. La

avoir

d'écrire

il

fallait

fondateur

deja

:

science du droit de la nature et des gens, était réservée à Grotius. Grotius, dit Adain Smith, fut « le premier

de ces principes qui doivent lois

de tous

guerre

et

de

les 1

1

ait été écrit

Ce fut

essaya

faire la

livre eut

base et

fond des

le

peuples; et son traité du Droit de la paix, est peut-être encore aujourd'hui,

malgré toutes ses imperfections, qui

(jui

monde quelque chose comme un système

de donner au

le livre le plus

sur cette matière.

complet

»

un retentissement immense en Europe.

reçu avec vénération et enthousiasme.

On

Il

l'enseigna



dans toutes

SUIl

GUOTIUS ET SON TEMPS.

on rimprima, on

les ujiivcisités;

menta comme un ancien

La première

LIX

'

com-

le

'.

édition de l'original fut presque toute

débitée en très-peu de temps

'^,

et la réimpression aurait

suivi bientôt après, sans les retards qu'entraîna la

du

libraire

3.

Les autres nations, à l'envi l'une de

mort

l'autre,

enlevèrent à la Franco un ouvrage »é dans son sein

de Grotius, surtout, s'en empara

la patrie

comme

;

et

d'un

bien qu'elle croyait avoir droit de revendiquer. Elle fut

cependant devancée par l'Allemagne.

Il

parut à Franc-

lort,

dès l'année IG2G, une édition in-octavo, plus cor-

recte

que

celle

de Paris, et dans

inséra les additions

([ui

le

corps de laquelle on

se trouvaient à la fin

du volume.

Les libraires de Hollande étaient restés en arrière; mais sur la

on

lin

de l'année 1G31

vit paraître tout

La première,

,

et

au commencement de 1632,

d'un coup trois éditions hollandaises.

in-folio, fut

Guillaume Blaeu, sur

imprimée à Amsterdam, chez

les additions et corrections

que

Grotius lui avait fournies. La seconde, d'un plus petit format, fut publiée par ville, à l'insu

ment que

J.

Jansson, libraire de la

cette édition était

les citations

peu correcte, surtout pour

des passages grecs.

exemplaire, sur lequel Blaeu

dans

le

même

de l'auteur. Grotius témoigna publique-

lit

Il

en revit donc un

la troisième édition,

format in-octavo.

L'avertissement de cette troisième édition hollandaise est daté

d'Amsterdam, où Grotius se trouvait alors

(8

avril 1632).

Depuis cette édition, Grotius n'inséra plus d'additions

dans '

le

corps de son ouvrage.

Voir Bavle, verto Grotius.

2 Appenil., Epist. ••»

Ibid., Episl.

lOi.

154,

183.

Il

se

borna à réunir, en

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

LX

forme de notes, tout ce que

mémoire ou

de détails propres

lui fournissaient

lopper sa pensée.

ses lectures

à justifier

ou à déve-

regardait lui-même cet appendice

Il

comme

d'annotations

sa

devant augmenter l'ouvrage au

moins de moitié, par le grand nombre d'autorités anciennes et modernes qui s'étaient présentées sous sa jugé utile d'invoquer

plume,

et qu'il avait

servit à

faire valoir la

terdam en 16i2, publier.

Il

et qui fut la

n'ont celle

fait

vit

n'eut pas le temps, ni peut-être la volonté, de

Une

édition

posthume

en 1G4G. Les autres éditions, publiées depuis,

que copier

posthume,

cette édition

juscpi'à

de 1720.

Barbeyrac tius,

Ams-

dernière que Grotius

préparer de nouvelles additions. fut publiée

C'est ce qui

'.

nouvelle édition qui parut à

cite

parmi

les détracteurs

du

livre

de Gro-

Jean de Felde, professeur de mathématiques h

Helmstadt, qui publia sur cet ouvrage des notes pleines d'animosité, en 1053^. Théodore Graswinckel, jurisconsulte parent de Grotius, natif

comme

avait servi de copiste à notre auteur livre

le

même

dont

de

Delfl, et qui

entreprit la défense, publia en

il

1654 une réponse à

lui

pour mettre au net

la

critique de Jean de Felde

Ce

dernier attendit pour répliquer, qu'on réimprimât ses notes en Allemagne, ce

([ui

n'arriva qu'en 16G3, et

joignit des Réponses à la Rcfutalion de (Ira^swinchel

polémique assez vive s'engagea; mais «

2

Il

t>arl., lipisl.

471

;

Part., Epist.

l

Voir une lettre de Saumaise, dans

Histor. de Th. Crf.mus, p. 2^.

Juris Aaluralis, cap. 3

A

vi,

^3.

Graswinckelii. Le

censuram

J.

A.

el

titre ilu

il

y

Une

défenseur de Gro-

\iU. le

t.

I,

Aiiintadv. Pliilol. el

Thomasius, PanU) plenior

— Uuddeus,

llistnr.

llistor. Jur. î\'alur., g 27.

Jonnnis A i'elden annotatit tn Ihtgonrm

léna, sous le litre de

GioHuin, De Jure Uelli



le

^.

Pacis livre

Felden, etc.

;

cum

responsiimibiis ad xiriclurax

de Cnaswinckel était

:

Slricturx ad

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. tius, soit

par impuissance

son adversaire, la

(le

Gomme

il

lit

',

soit

LXI

^

par mépris des chicanes

cesser bientôt par son

silence'-'.

arrive toujours, les efforts redoublés de la

critique envieuse ne diminuèrent rien de la popularité

de l'œuvre de Grolius. excitant la curiosité de

L'électeur

critiqué.

Il

ne

firent

comparer

que l'augmenter, en

la critique

avec

le livre

Charles - Louis, ordonna

palatin,

qu'on l'expliquât publiquement dans l'université d'Hei-

même

delberg.

En

bliait la

nouvelle édition de ses Notes, Henri Boeder,

1G63, dans l'année

prolesseur d'histoire à Strasbourg, /nière partie d'un

où de Felde pu-

Taisait paraître la

pre-

commentaire, tout empreint d'en-

thousiasme pour l'ouvrage de Grotius. Dans une

lettre

au baron de lioinebourg, chancelier de l'électeur

écrite

de Mayence, Boeder portait l'admiration jusqu'à jurer «

que personne ne

s'élèverait jamais

au degré de gloire

qu'avait atteint Grotius; ([ue l'ouvrage de cet auteur restait et resterait

toujours incomparable, et que ceux qui

s'aviseraient de vouloir le surpasser sur

conque, s'exposeraient à

la risée

enthousiasme valut à Boeder opinion, de

la

et à

de

un point quel-

la postérité^.»

Cet

ceux qui suivirent son

part des théologiens et des jurisconsultes

scolastiques, le sobriquet de Groliens.

On

cite

encore

les

Noix subilariœ de Gaspar Ziégler,

professeur de droit à Wittemberg, publiées en 1666; et les

ObscrvaUoncs maximatn partem théologies de Jean-

Adam

Osiander, parues à Tubingueen 1671

:

celles-ci,

mal déguisée, e* celles-là moins insinuations; malveillantes pleines de toutes

empreintes d'une acrimonie



Thouasius, Hislor. Jur. Natur., cap.

-*

BuDDEus,'7/iî(or. Jur. Nalur.,

^ Tlioinnsiiis

niur llisluria

a

g

inîin'! celle lettre toul

Jari.1

vi, g 3.

27. enlièrc dans sa

t\aluralis, publiée en 1719,

Append.

;

PauU) ii.

pie-

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

LXII

étendues, « ccriles à la haie, » mais inspirées par l'admiration pour le génie de Grotius.

Henri Henniges publia aussi en 1673 des Observations politiques

momies sur

et

le Traité

du

Droit de la Guerre

et

de la Paix. La popularité était désormais acquise à cet

On

ouvrage.

le réduisit

en tables

'

;

on en composa des

abrégés, dont queUiues-uns en l'orme

de.

demandes

et

réponses.

Jean-Frédéric Gronovius, professeur de belles-lettres, avait expliqué à ses élèves, dans des leçons particulières,

du

le traité

Droit de la Guerre

de la Paix. Ses notes

et

et lurent reproduites

parurent après sa mort, en 1G80,

depuis dans toutes les éditions de Hollande, dans (jnel-

ques'unes d'Allemagne, et

même

dans une édition pu-

bliée à Naples, et citée par Barbeyrac. «

La plupart des

notes de Gronovius, dit Barbeyrac, sont assez inutiles, puisqu'elles ne

l'ont

(ju'exprimer

le

sens de l'auteur en

d'autres termes, qui ne sont pas toujours i)lus clairs... »

Cette appréciation est trop sévère, et peut-être pas assez

dégagée de

partialité. Concises et

cision, les annotations

-paraphraser avec

la

d'une extrême pré-

de Gronovius ont

le

mérite de

plus scrupuleuse exactitude les pro-

positions trop laconiques souvent de l'écrivain hollandais.

Le

latin

très-correct et très-pur

de Grotius, avait

besoin cependant, dans maint endroit, de développe-

ments

et

éclairci

d'analyse.

Gronovius a

Barbeyrac, d'ailleurs, ne

et

tort

opportunément

par son court commentaire plus d'un passage, s'est

point

l'ait

défaut d'em-

prunter largement à cet annotateur. La plujjart des digressions

si

indiscrètement ajoutées par Barbeyrac au texte

de Grotius, sont, en

effet,

puisées dans les notes de Gro-

novius. '

On

(lit

i|ue Groliiiscii avail

lui-même

l'ail

uni'. {ItAiiuLViiAi;.}

SUR GROtiUS ET SON TEMPS.

LXIII

Citons l'édition avec des notes variorum, publiée à Franctort-sur-1'Oder en 1691 et due à Jean-Christophe

Becnmn

';

deux éditions publiées en 1696, l'une à Franc-

fort et l'autre à Utreclit

la première, accompagnée d'un commentaire par Jean Tesmar, professeur de droit à Marpourg, et que Barbeyrac qualifie de « méchante :

compilation de passages d'auteurs anciens ou moder-. nés;» la seconde, avec un commentaire de Guillaume

van der Muelen, chanoine de Sainte-Marie à Utreclit. « C'est, dit Barbeyrac, le commentaire le plus ample et le

plus raisonné (ju'on ait encore vu sur le Traité

Droit de la Guerre

el

de la Paix.

»

du Le second volume de

ce commentaire vit le jour en 1700, et le dernier, trois

ans après. Barbeyrac, qui a donné de précieux détails sur la bibliographie de l'ouvrage de Grotius, indique plusieurs traductions en langues étrangères. Il cite la version suédoise, laite par ordre du roi Gustave-Adolphe, et

deux versions llamandes, dont la dernière,, de date plus, récente, comprenait la traduction des notes de Gronovius.

On

pensait à traduire le livre de Grotius en anglais,

vivant

même

de notre auteur,

par une de ses lettres^; mais jet ait été

exécuté longtemps

comme

il

il

du

nous. Tapprendr

ne paraît pas que ce pro-

même

après sa mort. Barbeyrac mentionne deux traductions anglaises, dont la première fut publiée en 1682, après la mort du traducteur Guillaume Evats, et dans laquelle le traducteur ne

s'est tius,

pas borné à mélanger avec

mais

servations. '

^

s'est avisé

le texte les

notes de Gro-

d'intercaler ses propres ob-

La seconde version, publiée quelques anijées

néimprimce depuis, en I

même

l'art., E|iist.

libS

lfi99.

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTURIOUE

LXIV

seulement avant

l'édition

de Barbeyrac, a été l'œuvre de

plusieurs traducteurs, et paraît ne pas avoir joui d'une

grande réputation,

même

à l'époque



elle a été

donnée

au public'.

La première traduction allemande a été publiée en 1707; elle a été faite par M. Scliutz, autrement nommé conseiller des comtes de Reussen, et

P. B. Sinoldus,

directeur des

Thomasius y

fieis.

une grande

joignit

et

curieuse préface, contenant l'histoire du droit naturel

jusqu'à Grotius'^.

La bibliographie raisonnéc du

droit des gens, publiée

du Précis de Martens, si savamment annoté par M. Gh. Vergé 3, rappelle que d'Ompteda, dans sa littérature du droit des gens, cite M) éditions jusqu'à 1758. Les meilleures sont Cum nolis J.F. Gronovii, Amsà la suite

:

tei, 1700, 1701, 1702 et 1712, in-8°;

etJo. Burbeyracii,

Cum

nolis Gronovii

2° édit.,

AmsleL, 1719, 1720;

Histoire critique de la République des Lettres,

'

394.

— Ha

dont voici

été pul)lié en 1853,

le litre

VIII,

p.

393,

en Antjlelerre, une édition de Grotius

Ilugonis Grolii, Ve Jure Delli

:

t.

AmsteL,

et

Pacis, libri très,

accompagnied by an abriged translation by William Whewell D. D., master of

trinity collège,

and professer of moral philosojihy

in the uni-

Cambridge; with the notes of the author, Barbeyrac and others. Cambridge, 1853 (John W. Parker). versity of

Cette édition est en trois volumes. Le texte latin de Grotius forme

viennent

de l'ouvrage;

notes

des commentateurs; enfin

reste,

qu'une abréiialion, qu'un sommaire du texte de Grotius,

puis

les

traduction anglaise, qui

la

le

Grotius, et quelques

notes de

corps

du

n'est, et

non

une traduction. Le premier volume contient une préface de l'éditeur; la

dédicace de Grotius à Louis XIII;

1720

et

1735;

jusqu'au chap. pitres IX

2

»

dans

sa

:

!e

livre

inclusivement du second livre;

le livre

Thomasius

turel,

deux préfaces de Barbeyrac, de I" et

le

inclusivement. Le second volume comprend

viii

à xxvi

lume, tout

les

prolégomènes de Grotius;

les

et

le

livre les

II,

cha-

troisième vo-

III.

a reproduit et continué, depuis, cette histoire

PauU) plenior Hisloria Juris naiurah's.

Édit. Guillaumin (2' édit.),

t.

Il,

p. 392.

du droit na-

SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

lXV

.

1735; 3«édit. Lipsiœ, 1753, 2 vol. in-8°; nouvelle édition par Tydemann, Ulrecht, 1772, in-8°; avec commentaire,

de G. Van der iMeulen, 1704, 3 vol. in-lol.

1751, 5 vol. in-4°.

;

Ullraj., 1790, 1700, et Amslel.,

avec commentaire, de

II.

Gocceius,

La traduction française de Jean Bar-

beyrac, 1724 et 1729, Dàle, 1746 et 1750; 4" édit.. Ainsi. 1754, in-4''; .5'' édit., 17.5!), in-4''; G"' édit., Bdlc, 1768, en 2 vol. La traduction française de

M. de Gourtin a été sur une dernière édition de 1667, conférée avec une édition de 1631. Antoine de Gourtin avait été faite

envoyé

extraordinaire de Gliarles-Gusiavc, roi de Suède, auprès

de Louis XIV; puis, résident {jjénéral de vers les princes et États

1685.

du Nord.

On imprima peu de temps

Il

la

cour de France

mourut

à Paris, en

après sa mort sa tra-

duction en 2 volumes in-4°. Cette traduction fut aussitôt réimprimée à La Haye, en 3 volumes in- 12, en 1688, et, de nouveau, en 1703. On cite une autre traduction française,

par

A.-.I.

Dugour, publiée à Paris en 1792, 2

vol.

in-S".

Le grand nombre de ces éditions considérable qui «

s'est

La publication de ce

l'histoire

atteste la popularité

attachée à l'œuvre de Grotius. traité, dit

Hallam,

lit

époque dans

philosophique, on pourrait presque dire dans

l'histoire politique

de l'Europe. Geux qui cherchaient un guide pour leur propre conscience ou pour celle d'autrui, ceux qui dispensaient la justice, ceux qui en appe-

au sentiment public du droit dans les rapports des peuples entre eux, eurent recours à ces copieuses pages pour y trouver la règle de leur conduite ou la justificalaient

tion

de leurs actes. Trente ou quarante ans après sa pude Grotius était généralement reçu

blication, l'ouvrage

comme

autorité par les professeurs des universités con-

liiieiitales, et

regardé

comme nécessaire à l'étude du droit

LXVI

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

civil,

du moins dans les États protestants de l'Europe. En

Angleterre,

la

des lois et quelques autres

différence

causes retardèrent l'influence de Grotius, qui, en défini-

y fut bien moins générale. Il n'en jouit pas moins d'une haute considération comme le fondateur du droit tive,

moderne des

nations, science qui se distingue de celle

qui portait autrefois ce intimes avec

le droit

même nom, par

naturel

'.

ses rapports plus

»

L'ouvrage de Grotius a cependant été l'objet de nombreuses critiques.

Il

a particulièrement été attacjué par

Dugald Stewart, dans sa première dissertation sur

le

Progrès de la Philosophie.

Hallam a résumé les objections de ce philosophe. Dugald Stewart mentionne le but attribué à Grotius, d'avoir voulu donner, sous le titre de Jure Belli ac Pacis,

un système complet de droit naturel,

et

d'exciter

une

justice cette insinuation. « Gro-

ce titre parce qu'il exprimait mieux

tius, dit^l, choisit

qu'aucun autre cet objet les

:

la

recherche des

communautés indépendantes dans

tuels

titre afin

curiosité pliis générale.

Hallam combat avec

r

répond

il

que, suivant Gondillac, Grotius aurait choisi ce

leurs rapports

comme

de guerre ou de paix. Mais

qui lient

lois

il

mu-

n'était pas

possible de poser des principes solides de droit international, avant d'avoir clairement établi les idées

de souveraineté, de domination sur sonnes, de guerre s'asseoir sur

même,

les per-

devint indispensable de

modernes sur

ont trouvé ce travail

^

de droit,

choses et

une base plus large que n'ont cru devoir

faire des écrivains

'

il

les

le droit

préparatoire tout

Histoire de la Littérature de l'Europe,

Uarbcyrac explique

autrciiieiit le lilre

Suivjiil lui, Grotius avait

l,

III, p.

des gens, qui

Toute

fait 2. 279, 280.

que Grulius donna

remarqué qu'un des plus

le

à

son

funcsli-s ell'ets

trailù.

de

l'i-



SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

même dans ces

philosopliie éthique,

LXVIl

;

un

parties qui ont

rapport intime avec- la jurisprudence et le droit international, était

du temps de Grotius un

cliaos d'idées inco-

hérentes et arbitraires, tirées de différentes sources, des écoles de l'antiquité, de l'Écriture, des Pères, des

ca-;

nous, des théologiens casuistes, des rabbins, des juristes,

que des coutumes

ainsi

et

opinions de tous les peuples

passés et présents, des Juifs, des Grecs et des

civilisés,

Romains, des républiques commerçantes, des royaumes chevaleresques de l'Europe moderne. Si Grotius ne s'est pas toujours il

se IVaic

et

de

recomm dans

la révélation,

il

voie, lorsque

lueur de

la

du moins déblayé une

a

encore mis

terrain, et plus souvent

bonne

ce dédale, au travers duquel

péniblement un chemin a

dillac, suivant la citation

du

dans

la

les autres

lui-même n'a pas pu

raison

la

partie

Gon-

la suivre.

de Stewart, aurait eu

l'initia-

de l'accusation reproduite par Paley contre Grotius,

tive

d'avoir cherché à appuyer ses conclusions sur l'autorité d'autrui, et entassé

une masse de

gnorancc du droit de

nature cl des gens, était

de

guerre.

la

Il

la

citations

la

pour prouver

licence prodigieuse

voulait ([ne son livre fut lu surtout de ceux qui pouvaient

ef(icacemenl y porter queiciue remède. Il savait, d'ailleurs, que rien n'est plus propre à introduire le goût d'une science, que l'exemple des grands

eux-mêmes,

qui l'estiment ou la cultivent livre,

il

choisit

attention.

l'our les engager à

lire

son

un sujet particulier, qui ne pouvait que réveiller leur

Le Droit de la Guerre

fisamment a éclatant

et

de la' Paix

lui

sembla un

titre suf-

pour frapper l'attention des personnes de tout

»

ordre. Usant donc d'un innocent artifice, Grotius parut, par l'intitulé de

son livre, se jiaix

dont

borner

néraux pour toutes gens

et

ce qui

à

les affaires il

autres matières du

les

y

fournissait des nialériaux

de se rallier

beyrac eût élé

iiiiiac

à

comme

pour

liàlir

de

la

guerre

et île

droit naturel, du droit des

l'accessoire,

était le principal

;

m lis

un édifice plus régulier.

eùl-elle été digne

dans

mais un accessoire qui Il

est dif-

cette exiilicUioii. I>a supercherie dont parle

iile

la

entrer des principes gé-

lit

du droit public universel. Ainsi, ce qui

l'intention do l'auteur, devint

ficile

regarde

mais cependant

elle est suivie;

du caraftère de Gr

BarilWis ?

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

LXVIII

Mais

les propositions les plus évidentes.

ler que, ni la disposition

du

siècle

il

faut se rappe-

dans lequel

permettaient de traiter de

comme

érudition est pas

l'a

ou enseigné, ignorance qui

comme

l'école

de Condillac

mal

philosophe à la

la

celle

n'en

il

la

caractérisait

de Paley, ])répare assez

recherche des principes qui doi-

nature humaine

Le système de

«

géométrie. Si son

vrai qu'une ignorance dédaigneuse de ce

qui, a été fait

le

la

quelquefois embarrassé ou égaré...,

moins

vent régir

philosophie morale

la

des théorèmes abstraits de

ses

hommes, ne

recherches par les usages antérieurs des lui

vivait Gro-

chaque partie de

tius, ni la nécessité réelle d'illustrer

'.

»

jurisprudence romaine, ajoutait

Stewart, paraît avoir singulièrement préoccupé Grotius

dans toutes de

la-

les questions qui se rattachent à la théorie

législation, et avoir distrait

idée philosophique

ron

:

du

non à prœtoris

droit,

edicto,

si

son attention de cette

bien exprimée par Gicé-

nequeà duodcciin

tabulis, sed

pcnitùs ex intima philosophid hauriendam juris discipli-

nam. droit

Il

n'a pas,

romain aussi

il

est vrai,

loin

poussé cette idolâtrie du

que quelques-uns de

tateurs, qui ont été jusqu'à affirmer

autre

nom

pour

la loi

ses

que ce

commen-

n'est

dénature; mais personne,

ne contestera aujourd'hui que

sa partialité

pour les études

qui se rattachaient à sa profession, lui a souvent connaître la différence qui existe entre ciété

dans l'Europe ancienne

et

qu'un

je crois,

l'état

fait

de

mé-

la so-

dans l'Europe mo-

derne. » Hallain répond à ce reproche, que les questions qui se rattachent à la théorie de la législation, et que Grotius a discutées, sont principalement celles relatives à l'acqui-



Hallam, UbT.ciiaL,

l.

111,

p.

318,

.ll'J.

SUR GROTIUS LT SON TEMPS.

LXIX

.

sition et à l'aliénalioii

de la propriété, dans quelquesuns des premiers chapitres du second livre. « Il est certain qu'il n'a pas

adopté sur ces points toutes

les opi-

nions des juristes romains. Quanta la question de savoir

dans certains cas,

si,

comporte

peuvent être étranger aux

attaché plus que ne le

s'y est

il

meilleure théorie de législation, les avis

la

partagés. Mais Stewart lois

,

complètement

romaines, ne paraît pas s'être

fait

une

juste idée de leur valeur. Elles forment, dans la plupart

des questions de droit privé, la grande base de toute législation

moderne; ont

môme

de

et

que tous

les

peuples

de cette source une grande partie de leur jurisprudence, de même les théoriciens modernes

civilisés

tiré

qui dédaigneraient de passer pour disciples de Paul et de Papinien, n'ont pas honte d'en être les plagiaires '. » «

Les écrits de Grotius, suivant Paley, sentent trop

manière du barreau;

ils

la

sont trop mêlés avec le droit

avec la jurisprudence, pour remplir précisément but d'un système de morale, qui est la direction des

civil et le

consciences particulières dans la conduite générale de vie. »

«

Mais

la

but de Grotius, répond Ilallam, n'était

le

pas de donner un système de morale; et son traité n'a jamais été i)résenté sous ce point de vue. Il est vrai qu'il a donné à certaines brandies importantes de la morale, des développements suffisants pour diriger les consciences particulières dans la conduite V

de

la vie;

mais

le

grand,

objet de ses recherches était d'établir les principes droit naturel, qui s'appliquent

culières

2. »

On

fait

du

aux communautés parti-

un crime à Grotius d'avoir trop accordé au pouvoir des rois mais peut-être a-t-il voulu par de prua

;

*

Uallah

,

Libr. citât.,

HALLAM.'Ltbr.

citât.,

t.

l.

III,

III, p.

p.

322.

315, 316.

ESSAI BIOGRAPHIQTTE ET HISTORIQUE

LXX

dentés allures éviter toutsoupvoi» de conlormité avec les

maximes séditieuses du jésuite Mariana, dont le livre venait d'être condamné à Paris. Partisan respectueux du pouvoir, Grotius est éloigné cependant de partager les théories absolutistes de Machiavel et de Hobbes. « J'ai

vu

du Ci/oj/m, écrivait-il à son

le Traité

frère, le

1 1

avril

1643. Cependant je ne puis approuver les fondements

sur lesquels l'auteur établit ses opinions. les

hommes

que tous

croit

il

quelques autres choses qui ne s'accordent point

établi]

avec mes principes

'.... »

Rousseau^ a reproché à Grotius d'avoir confondu

J.-J. le fait

Il

sont naturellement en état de guerre, et

le droit, et les devoirs

avec

des nations avec leur

Hallam repousse timidement

pratique.

« Scrupuleux, dit-il,

comme

cette insinuation.

casuiste, jusqu'à

un excès

qui se concilie à peine avec le bien-être et la sécurité

des honnêtes gens, Grotius fut le premier qui

aux princes est vrai

les préceptes

qu'en reconnaissant

en poussant trop loin

et

gouvernement

hommes

,

il

lit

entendre

d'une religieuse innocence. la légitimité

les principes d'obéissance

paraîtra peut-être

mais

cette

même

il

axiome de

l'injus-

y a infiniment loin de là à une sanction de

Un

injustice.

comme

considérait

au

avoir enlevé aux

quelques-unes de leurs garanties contre

tice;

Il

de l'esclavage,

la

la

respect implicite pour ce qu'il

vérité

divine, était le premier

philosophie de Grotius.

S'il

se

trompa

quelquefois dans l'application de ce principe, son er-

reur tenait

aux idées de son temps; mais ceux qui

rejettent entièrement

commun

l'autorité,

au moyen duquel



Append

'

Contrat social.

Lpisl., O-iS.

ils

manquent d'un

lien

puissent rattacher ses

SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

LXXI

morale avec

spéculations de philosophie

les leurs

'.

»

D'autres objections moins sérieuses ont été dirigées

contre Grotius.

comme peu ture aurait

On a blâmé l'ordonnance de son

scientifique

pu

^. Il

est certain

que

ouvrage,

de na-

la loi

être assise sur sa base, avant de passer

outre à toute discussion de ses rapports avec des communautés indépendantes. Il en serait résulté un notable changement dans l'objet principal que Grotius avait en

vue;

et

son

sous le rapport de la méthode, se

traité,

serait rapproché

beaucoup de

Grotius admettant,

comme

celui de Pufîendorf. «

il

Mais

recon-

le faisait, l'autorité



nue par ceux pour qui il écrivait. celle des Ecritures, il était moins porté à insister sur 1^ preuves que fournit la raison à l'appui de la loi naturelle, quoique pleinement convaincu de sa validité, même sans avoir re-



cours à l'Être suprême

On trante «

M.

^.

»

a refusé à Grotius cette sagacité subtile et péné,

nécessaire aux

métaphysiques.

investigations

Grotius, écrivait Leibnitz à

Thomas

Burnet, était

d'un très-grand savoir et d'un esprit solide; mais

n'était

il

pas assez philosophe pour raisonner avec toute l'exacti-

tude nécessaire sur des matières subtiles, dont il ne pas d'écrire^.

»

laissait

Mais Leibnitz n'a point aperçu que

le

mérite de Grotius a été surtout d'avoir porté dans les matières politiques

et positives

une raison indépendante

et droite, et d'avoir résolu la question

sans le secours de

'

Hallam, Libr.

3

Mnckinlosh. Voir

citât.,

ma

du droit naturel»

théologie, en se servant

la

i.

IIF, p.

3"3.

Iraduclion

liu

discours de ce publiciste anglais,

sur VÉtude du droit de la nature et des gens, à

la suite

de Vattel, Droit des fjens (fdil. C.uiilaumin, 1863), •«

*

IIai.lam, Ltbr. citai.,

OEuvrts de Leibnitz,

t. III,

édit.

— ce qu'on!

l.

de

III,

mon p.

p. :J24.

Dulens,

l.

édition

343.

VI, !'• partie, p. 271.

ESSAI BlOGRAniIQl'E ET HISTORIQUE

LXXn

n'avait pas fait jusqu'à lui encore

de

— des soûles lumières

l'esprit individuel.

On

a dit enfin que Grotius devait son ouvrage à Albe-

rico Gentili.

Il

emprunté plusieurs

est vrai qu'il a

à ce publiciste italien.

son ouvrage en

Gomme Alberico mais

trois livres;

là se

ressemblance. L'auteur italien entasse

juge pas;

De jure des

belli,

faits et

et juste,

ne

la

les

traité

c'est l'empire absolu et l'autorité sans appel

des textes. Grotius, au contraire, esprit étendu

mêle

le

bons sens à l'érudition

le

;

il

commence guère

et ce n'est

jugement, instinctif de sa raison qu'il appelle

à son secours les textes et les Il

borne toute

les laits et

Ce qui domine dans son

presque toujours par juger lui-même, qu'après

détails

a divisé

il

ne tente jamais leur appré-

cite les textes, et

il

ciation philosophique.

Gentili,

faits.

convient toutefois de faire

n'est parfait

dans ce monde,

la

part de la critic|ue. Ilien

moins

et Grotius n'a pas

payé tribut que tout autre aux faiblesses de main. Les défauts réels de Grotius,

hu-

l'esprit

et qui l'ont entraîné

vers des décisions souvent erronées, paraissent avoir été plutôt un excès inutile de scrupules et un reste de vieux

préjugés théologiques; dont

de son temps qui se pas tout à

fait

il

était à

tut allranchi,

peine un

pour peu

indifférent à la religion

'.

S'il

homme ne

(ju'il

fût

a formulé

sur le droit naturel des principes généraux très-solides, il

ne

les a

pas assez développés, et

méditation pour y suppléer.

Il

il

n'a pas

faut

ment l'enchainement des conséquences sent, dans leur application

pas assez

fait sentir,

preuves dont

'

il

(pii

s'en dédui-

sujets particuliers.

Il

n'a

sur chaque matière, la liaison des

s'est servi,

Voir Hallam, Libr.

aux

beaucoup de

montré suffisam-

citât.,

l.

avec les principes d'où

III, p.

Mi.

il

les a

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. tirées.

ment

«

vouloir grave-

ou confirmer un devoir moral par

gnage d'un poëte grec ou romain, teur,

que

Enfin, sans dire avec Paley

établir

LXXIII

ou plutôt

c'est se

son attention de tous

distraire

principes de la morale »

le

témoi-

jouer du lecles justes

sans partager complètement

;

l'indulgence de Mackintosli à cet égard,

il est cependant que Grotius a quelquefois été beauque ne le permettaient les règles du goût,

juste de reconnaître

coup plus

loin

en accumulant d'un grand

Ces réserves

derne conmie

faites,

le

Grotius se présente au

fondateur de

lui qui, le

même

premier, a cherché et

permanente, dans

humain. Nul autre n'a su

degré l'autorité de

la raison et celle

méthode philosophique

rience, la

monde mo-

innée à l'homme, et dans les jugements ra-

tionnels innés à l'esprit

au

nui auprès

science du droit de la

la

dans une source constante

la sociabilité

lui a

lecteurs.

nature et des gens. C'est le droit

que cela

les citations, et

nombre de

méthode

et la

unir;

de l'expéhisto-

rique; nul n'a répandu une plus vive lumière, tant sur

que sur les faits. Aussi Vico l'avait-il appelé du genre humain. «Il est permis, dit Hal-

les principes

lejuriscoiisulle

lam, de considérer son ouvrage

comme

étant,

dans son

plan général, à peu près aussi original que peut l'être

un ouvrage de l'homme rapport de être,

que

académie



illustre, la

disait

un des savants

cilat.,

t. III,

p.

les

plus distingués dont

el

Il

s'inspire

de

la

280, 281.

Honiteur du 29 février 18G4,

des 30 janvier, G

;

en 1864, au sein d'une

science du droit public'.

Hallam, Libr.

2 Voir au

une époque avancée sous le du savoir. Il l'est plus, peut-

celui de Montesquieu'.... » « Grotius est pro-

fondement philosophe, s'honore

à

la civilisation et

le

compte-rendu des séances

1] février de l'Académie des sciences morales et

politiques de France, el les observations de

M. Franck.

\

l

LXXrV

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

pliilosopliie

de Platon

et des stoïciens; le

sentiments est chrétien.

inseignements

les

sait

Il

emprunter

plus variés, et les

fond de ses

à l'histoire les

servir à la con-

fait

'firmation de ses œuvres. Ses citations vont au fond des

choses; elles touchent à toutes les branches de la science

au droit pénal, que Grotius veut améliorer de

l'état

de barbarie où

au droit international. Grotius

éveille et féconde les idées

peut faire rire

encore plongé; au droit

était

il

politique, au droit civil,

:

et faire sortir

rien n'est ridicule en lui

;

les praticiens étroits;

;

il

sera l'éternelle

il

admiration des publicisteset des jurisconsultes vraiment

nom.

dignes de ce Si l'on

»

pouvait douter de l'intlucnce d'une grande

œuvre sur un

siècle, l'histoire

qui se sont passés dans le

de l'ouvrage de Grotius,

des événements politiques

monde depuis

la

publication

pour donner un démenti

suffirait

à cette erreur. r

Deux hommes ont

surtout

politique de la Renaissance

Au tale a

xvi" siècle,

en

la

marqué dans

Machiavel

:

Machiavel crée

il

donne dans

une théorie complète du succès veulent tromper

les

la politique

comme un théorème

formulant

Courtisan des Médicis,

peuples

;

il

à

la

science

et Grotius.

expérimen-

géométrique,

le livre

du Prince

l'usage de ceux qui

enseigne

comment

l'é-

goïsme, aidé par l'intelligence et l'habileté, peut exploiter,

dans

vées

du gouvernement, la religion, la vertu, la bonne foi et les diverses classes, les plus éle-

l'art

crédulité, la

comme les plus humbles, qui constituent un Etat il nomme de son nom celle polilique-de l'astuce ;

enfin, et

de

la ruse, qui fut

de son temps celle de son pays,

et

qui substilue l'intérêt d'un seul à l'intérêt de tous....

Sceptique enfant du grand siècle du scepticisme, Machiavel se place en observateur impassible au-dessus des ré-

LXXV

SUR GROTIUS ET SON TEMPS.

publiques et des

vouements faits, et,

nioiiarcliies,

de toutes

et

prenant

les

au-dessus de tous les dé-

les ambitions. Il

ne voit que

choses les plus saintes

comme

instruments que l'habileté doit manier à son gré,

demande '.

sir

»

qu'une seule leçon,

à l'histoire

Marie

Charles IX, Henri

Un

Machiavel.

la société et

:

«

Ce

de dissimulation

en France, sont

disciples

de de

Europe au

xvi= siècle,

qu'un amas de corrup-

de crimes qui réclamaient hau-

tement un réformateur capable de parler aux rois le langage de la vérité et de la justice, mettre ainsi un terme à ce fléau moral

la Guerre

cl

Il

'^.

aux

et

peuples

Grotius paraît.

en

le tableau

les

moderne, traçant

n'était plus et

II

Catherine de Médicis,

Italie,

droit public en

du

s'exprime ainsi tion,

III

publiciste

ne

il

de réus-

l'art

Sanglante en Angleterre, Philippe

la

Espagne, César Borgia en

les

des

et

de

»

publie en 1625 son traité du Droit de

de la Paix, et bientôt la scène change. L'in-

fluence de Grotius s'introduit dans les conseils et dans la

conduite des nations. Les documents de la diplomatie du xvii" siècle se

remplissent d'appels

faits

non-seulement

aux considérations de politique, mais aussi aux principes du droit, de la justice et de l'équité, et à l'autorité des oracles

du

droit public, à ces règles et à ces principes

généraux par lesquels les droits du faible sont protégés contre les envahissements de la force supérieure, par l'union de tous ceux qui sont intéressés dans le danger

commun^. Machiavel inspire sacres des Pays-Bas

'

la ;

Saint-Barthélémy

et

les

mas-

Grotius prépare et rend possible

Étude sur Machiavel, par

Cli.

Louandre, en

léte des

OEuvres poli-

tiques de Machiavel, Iraduclion Périés, édit. Charpentier, 1864, p. 3t. ^

Wheaton,

llist.

»

Ibid.,

p. 109.

t. I.

des progrès

du Droit des

gens,

t.

I,

p. 53.

ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE.

LXXVI la paix

comme une

de Weslphalie, qui marque

portante dans le progrès de

ère im-

européenne

la civilisation

;

qui met un terme à la longue suite de guerres issues de la révolution religieuse

accomplie par Luther

et Calvin

;

qui l'onde en Allemagne l'égalité des trois croyances; qui brise le sceptre des Césars; qui arrête les progrès de

l'Allemagne vers l'unité nationale sous tholique, souillée par l'inquisition

loppement ultérieur de de

la

Réforme

;

la

;

bannière ca-

la

amène

qui

Prusse, cette

lille

le

déve-

ambitieuse

qui consacre le droit qu'a tout pcui)le op-

primé de secouer

le

joug de ses tyrans

;

et qui

contribue

à faire du système fédérafif de l'Allemagne une nouvelle garantie de l'équilibre euroi)écn.

Grotius a donc imprimé au inonde politique moderne

une impulsion profonde. Par losophie et de l'histoire, politique au

il

l'alliance féconde

s'est fait

commencement du

l'homme de

xvii" siècle

;

de la

et

la

phi-

science

— pour

me servir du langage d'un élo(iuent écrivain dont l'amitié a été précieuse à ma jeunesse — « la postérité a confirmé mot prophétique de Henri IV, quand

le

de Groot

fut produit à la

racle de la Hollande

K

le

cour de France

jeune Hugues :

Voilà

le

mi-

»

P. Pradier-Fodéré.

'

Lermimer, [nlrnduction générale à l'Histoire

(in droit,

p. 126.

A LOUIS

XIII

ROI TRES-CHRETIED DES FRANCS ET DE NAVARRE

HUGO GROTIUS.

Ce

nom

livre ose, ô le plus

auguste, non par

éminent des Rois, inscrire à sa

un sentiment de

vanité,

tête voire

non parce que sbn

auteur a confiance en lui-même, mais pour répondre au sujet qu'il traite,

est

car

il

a été écrit en

vue de

la justice. Cette

vertu

tellement vôtre, que par vos mérites et par le suffrage du

genre humain, vous avez reçu

le

surnom

le

plus digne d'un

grand'Roi, et que déjà en tous lieux vous êtes connu par

nomination de Juste, non moins que parcelle de Louis. Les tirés

de

la

Crète, de

la

Numidie, de l'Afrique, de

d'autres nations vaincues, paraissaient

mains. Mais combien représente

comme

le

litres

que

l'Asie, ainsi

beaux aux généraux ro-

vôtre est plus illustre,

l'ennemi partout-, et

le

puisqu'il

-^ous

vainqueur toujours,

non pas d'un peuple, non pas d'un homme, mais de ce qui injuste! Les rois égyptiens ont pensé qu'il était

nommé voire

nom,

(jui

Mais ce ne sont



qut; les

est

grand d'être re-

pour avoir aimé, celui-ci son père, celui-là sa mère,

autre ses frères.

si

dé-

la

tel

moindres faces de

cmbrasst; dans son étendue nun-seulemenl ces

DEDICACE

LXXVIII

mais tout ce qui peut être imaginé de beau

qualités,

Vous

nêlc.

et

êtes juste, lorsque vous honorez, en riniilant,

moire du Roi votre peut être ainsi

la

mé-

qui fut grand par-dessus tout ce qui

|)ère,

Vous

qualifié.

d'iion-

êtes juste,

vous formez

lorscjue

voire frère de toutes n)anières, mais eu ne [louvant lui donner de

meilleur enseignement que celui juste,

vulrc exemple.

de

vous répandez sur vos sœurs

lorsque

l'éclat

Vous

êtes

d'illustres

mariages. Vous êtes juste, lorsque vous laites revivre des ensevelies naguère, et que,

vous vous placez

Vous

sa ruine!

comme

dans

limites

les

un

obstacle devant

élesjuste,

même

maison

lois

de votre pouvoir,

siècle qui s'élance vers

lemps vous êtes clément,

lorsqu'aux sujets que l'ignorance de votre bonté avait détournés de la voie

du devoir, vous n'enlevez

rien si ce n'est la liberté de se

rendre coupables; et lorsque vous ne

aucune violence aux

faites

consciences pensant autrement que vous sur

Vous

'religion.

lorsque vous

juste,

êtes

et

même

en

faites cesser par votre

choses de

les

puissance

douleurs des

les

peuples opprimés, des princes abattus, et que vous ne point qu'il soit trop permis à

la

le souffre la

mon nom

même que

blique. Car, de

me

nature humaine,

des actions de grâce en

les

tolérez

Fortune. Celte bienfaisance qui

vous est particulière, et qui est semblable à

que

la

temps miséricordieux,

iclle

do Uieu, autant

porte aussi

vous rendre

à

pu-

privé, dans celte Dédicace

corps célestes non-seulement pé-

nètrent les grandes parties de l'univers, mais laissent descendre

sur chacun des êtres animés; de

leur iniluence

astre très-bienfaisant sur

la

terre,

même,

vous,

non content de relever

les

princes, de soulager les peuples, vous avez voulu aussi être pour

moi, maltraité dans

ma

patrie,

un secours

compléler renchainemenl de toutes Justice,

il

cence et

la

faut. ajouter

une consolation. Pour

éthérés. Car,

mis

à

les

d'être

hommes, mais encore par

combien d'hommes

même, combien

que comprend

faisant

partie

d'entre ceux qui se sont séparés

l'abri

la

aux actions de votre vie publique, l'inno-

pureté de votre vie privée, dignes

non-seulement par

sont-ils

et

les vertus

de toutes faulos,

admirées, les

esprits

du peuple,

et

du monde,

se

cuiume vous

l'avez

fait,

A LOUIS Xin.

LXXIX

.

vous qui ê^ps placé dans une situation à être assiégé de toutes parts par d'innombrables séductions! Quelle

grandeur n'y

point à atteindre au milieu des affaires, dans

la foule,

au milieu de tant d'exempl«s des fautes, cette perfection

le

nom

a-t-il

Cour,

la

divers d'iionimes qui commettent

si

que

solitude accorde à peine, et

la

souvent n'accorde point aux autres

seulement

à

Mériter dès cette vie non-

?

de Juste, mais aussi celui de Saint, que

le

consentement des personnes pieuses a décerné à Cliarlemagne

et

à Louis, vos ancêtres, après leur mort, c'est être Très-Chrétien,

non-seulement par un

litre attaché à sa race,

qui vous appartient en propre.

Aucune des

vous est élrangère; cependant,

celle

mais par un droit

faces de la Justice ne

que concerne

le sujet

de

ce livre, c'est-à-dire celle qui se rapporte aux choses de la guerre et

de

la

paix, vous est particulièrement propre, en

êtes Roi, et Roi des

vous

Francs.

et qui s'étend,

est grand, ce

tant

grand que ce royaume Il

:

;

que vous

royaume qui

de l'une à l'autre mer^ à travers de

espaces de contrées prospères

royaumes d'autrui!

11

si

est à

vastes

mais vous avez un Empire plus

c'est

que vous ne convoitez pas

est digne de votre piété,

il

les

est digne

de

votre haute fortune, de n'attenter par les armes au droit de per-

sonne; de ne point troubler d'anciennes frontières; mais, au sein de

la

guerre, de faire les aflaires de la paix, et de ne

les hostilités il

sera beau,

qu'avec

le

commencer

désir de les terminer au plus tôt.

combien glorieux, combien

il

sera

Combien

doux à votre

conscience elle-même, de pouvoir dire avec conGance, lorsqu'un jour Dieu vous appellera dans son royaume, le seul qui soit supérieur au vôtre

défense de

:

«

Cette épée que

la Justice, je

rairement répandu, pure

vous et

la

j'ai

reçue de vous pour

innocente!

» Il

arrivera ainsi que les

règles puisées maintenant par nous dans les livres,

dans l'avenir de vos actions,

Ce sera

la

comme du

plus grande des œuvres;

mod^île

et

tomber de toutes parts

les

armes,

le

cependant

chrétiens osent exiger de vous plus encore. faisant

la

rends intacte de tout sang témé-

la

Ils

ressorlironl

plus parfait. les

peuples

attendent

que

paix revienne par

votre initiative non-seulement parmi les Empires, mais pour les

DEDICACE A LOUIS

LXXX

que notre

Églises, et celle

siècle

époque qu'avec une

loi

XIII.

apprenne à subir

la

discipline

nous reconnaissons avoir été chrétienne. Lassés de dis-

tiens,

cordes, nos esprils sont portés vers celte espérance par

amitié qui s'est formée entre vous et

gne, ce roi sainte

:

si

plein

de sagesse

amilié scellée par

votre sœur.

le

et

si

le

Roi de

la

la

récente

Grande-Breta-

passionne pour

celle

les detix partis,

Mais

il

qui,

s'enveniment de jour en jour par des haines.

n'y a de digne d'aussi grands rois que ce (pu est difficile,

que ce qui

que

esl désespéré [lour tous

le

biens, et

en

les

autres. ^)ue

le

Dieu de

Dieu de Justice, ù Roi juste, ô Koi pacilique, comhie

Votre Majesté, qui se rapproche de

même temps

la

sienne, de tous les autres

de celle gloire

'

!

1625.

'

paix

mariage de très-heureux augure de

L'entreprise est dilTicile, à cause des passions

dans

paix,

de

vraie et sincère, nous autres chré-

Cette dédicace n'avait jamais été traduite.

PROLEGOMENES SUR LES TROIS LIVRES

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE lA

I.

PAIX.

— De nombreux auteurs ont entrepris d'enrichir de

commentaires ou de réduire en abrégé les lois

soit

c'est-à-dire

particulières à

romaines, soit

chaque nation

;

mais

le droit civil,

les

législations

cette partie

du

droit

qui règle les rapports des peuples ou des chefs d'Etats entre eux, dont les préceptes sont ou fondés sur la na-

ou établis par les lois divines, ou introcoutumes et par une convention tacite, peu

ture elle-même, duits par les

d'écrivains ont essayé d'y toucher, personne n'a tenté

jusqu'à présent d'en faire l'objet d'un traité complet et

méthodique. Cependant un pareil

travail intéresserait

l'humanité. II.

— Gicéron a

qualifié,

avec raison, d'excellente cette

connaissance des alliances, des

traités,

des conventions

entre les peuples, les rois et les nations étrangères, cette science enfin qui embrasse tout le droit de la guerre et

de '

la paix'.

Euripide la préfère à la connaissance des

Grotius,

après

et

passage de Cicérom,

du

lui

Zoucu ont mal compris

comme

droit international, tandis I.

s'il

le véritable

sens de ce

s'agissait de l'importance de la science

que Cicéron parle seulement de l'étendue 1

PROLÉGOJIÈNES SUR LES TROIS LIVRES

2

choses divines et humaines

;

place, en elYet, l'inter-

il

bouche de Théonée

pellalion suivante dans la

« 11

:

y

aurait de la honte pour toi à savoir le présent et l'avenir

sur ce qui concerne rhumanitéet les Dieux, et à ignorer ce

juste'. »

([ui est

III.

— Un semblable ouvrage

est d'autant plus néces-

ne manque pas d'hommes, même dans notre qu'autrefois il n'a pas lait défaut d'individus

saire, qu'il siècle, et

comme

qui ont méprise cette partie du droit

ne consis-

que dans un vain arrangement de mots. Sur toutes les bouches se trouve cette i)arole d'Euphémus citée i)ar Thucydide (*), (jue rien n'est injuste de ce (jui est utile aux rois et aux États souverains > ])roposition à la([uelle ressemble celle-ci, que pour les hommes placés au faîte de la fortune, le plus ou moins d'é(|uilé dépend du plus ou moins de force, et qu'il n'est pas possible de gouvcrtant

Pompée dans

connaissances de

ilcs

Rome,

extérieures de

Lilteratur des Voll:errcchls,lid.

du Dr.

grès

tout ce

cl les lois de la paix et

des (jens, 1853,

t.

I,

regardait les relations

guerre. Voir

la

142 et suiv. Barbeyuac

p.

observation sur ce passage. '

:

Ompteda,

148; NVheaton, Histoire des pro-

p.

1,

([ui

de

même

fait la

P. P. F.

Euripide, llélcn. vers. 928, 929.

(*)

Ces paroles se trouvent au

TtoXet àpyr,v eyoucrï) oOSIv se trouve au livre cette

époque,

V, où

parlent

âvOpw7r£iw Xdyw

,

livre

VI

:

'AvSpi SI

o, ti ^ufAcpépov.

Athéniens qui avaient

aux

Mêlions

ïo-/);

àvay^-/)?

:

la

Tupavvo)

le

juste se

mesure

à

prciiondérance à

"Oti oixaia

tw

év

(xév

ûuvaxà Se

xpivexat,

la

'r,

La même maxime

xat oi oicOevetç au^/oi^ovai; suivant

hommes,

des

les

ainsi

(XTrô TÎ)ç

ouvaxoi TrpaffcouGi

communes

àXoYOV

les

oi

idées

nécessité égale où l'on

se trouve de part et d'autre; mais du veste, les pl.us forts font tout ce

que leur supériorité

les

met en étal de

faire,

Barheyrac jias

et les

|)lus

faibles

le

tinonus.

soulTrent. fait

observer à ce sujet (jue

bien appli(iué.

11

y a,

comme

nable, et non pas injuste. D'ailleurs,

ne s'agit point

lunneou non

ici

à la

de ce

(jui est

le

premier de ces passages n'est

on voit âXoyov qui signifie déraisonla suite

du discours

fait

juste ou injuste, mais de ce

bonne politique.

voir

(|ui

(ju'il

est con-

P. P. V.

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

un

lier

S

État sans injustice*. Ajoutez à cela*que les diffé-

rends survenus entre les peuples ou les rois ont toujours dieu Mars pour arbitre. Ce n'est pas une opinion répandue seulement dans le vulgaire, que la guerre est absolument incompatible avec toute espèce de droit; mais il échappe encore à des hommes instruits et prudents des paroles qui tendent à accréditer cette manière de voir. Rien, en effet, n'est plus fréquent que d'entendre mettre en opposition le droit et les armes. Le poète le

Eunius a

dit

« (Je n'est

:

combat, mais

que des

mande

sw le terrain

par

Horace décrit

propriété. » « Il nie

pas

plutôt

c'est

sa

ainsi l'irascibilité d'Achille

pour

aient été faites

lois

des lois que l'on

quon revendique

fer

le

rien qu'à son épée.

y>

Un

autre poète

:

ne de-

lui, et fait

parler

en ces termes un autre conquérant au début d'une guerre: « Ici je laisse en arrière la paix et les lois viosentait

Le un

le siège

de

lées"^. »

vieil

villes

que

disait

Antigone

railla

traité sur la justice,

qui ne lui appartenaient pas 3. Marius

des armes empêchait d'entendre

le bruit

voix des lois

un individu qui lui prémoment où il faisait

au

(*).

Pompée lui-même, dont

de modestie, osa dire:

avait tant

aux

puis-je penser

Quand je

«

suis

XV,

*

Voir Tacite, Annal.,

^

LucAiN, Pharsale,

'

Plutarque, De Fort. Alexand. magn. On voit dans Plutarque, Lysandre montrant une épée

lib,

lib.

I,

c. i.

vers. 225.

{')

Celui qui la tient est celui qui raisonne

Dans

limites. le

le

môme

cliap. XXXVIII,

fermant

les

même

lois.

Sénèquc

la

si

guerre, où un seul

dit,

le

au livre

ce qu'on leur

homme,

de quoi contenter tant de passions armées.

même temps homme ('*)

mieux sur

et

disant:

règlement des

armes n'est IV de Denef.,

« les princes accordent quelquefois bien des choses en

yeux, et sans examiner

nable; surtout à

le

auteur, César dit que le temps des

que celui des que

anné,

lois (**) ? »

*

pas

la

l'extérieur

de bien

et

bon général.

11

»

demande

est raison-

juste et équitable, n'a pas

n'est pas possible d'être

en

Grotius.

Plutarque exprime en ces termes cette parole de "Pompée aux Ma-

merlins

:

«

Ne

cesseret-vous pas de nous réciter les lois, à nous qui

.

4

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES IV.

— On rencontre chez

les écrivains chrétiens plu-

sieurs pensées analogues; qu'il nous suffise, au lieu d'en citer

un grand nombre, de rapporter ce passage de Ter-

tuUien

« Le dol,

:

la

rvjucur,

sont l'apanmjc

l'iiijuslicc,

Ceux qui pensent ainsi nous opposeront sans doute ce vers extrait d'une comédie a Si vous vous des combats^. »

:

avisez de vouloir fixer, à l'aide de votre raison, des choses sujettes

à varier, vous ne réussirez pas davantage que

vous vous appliquez à unir

V.

— Comme

seuse,

à

toute discussion sur le droit serait oi-

le droit

si

la sagesse

si

la folie^. »

lui-même

n'avait

aucune

réalité,

recommander notre ouvrage

il

im-

prémunir contre les attaques, de réfuter en i)eu de mots celte très-grave erreur. Mais pour ne pas avoir alTaire à une foule d'adversaires, donnons à cette opinion erronée un portera pour

et le

avocat. Et quel philosophe préférer à Garnéades^, qui avait atteint ce degré de perfection rêvé par son école,

de pouvoir appliquer

la

puissance de son élocjuence au

du mensonge non moins ({u'à la défense de la vérité. Ce philosophe ayant entrepris de condjattre la justice, principalement celle dont nous nous occupons en ce moment, n'imagina pas d'argument i)lus fort que celui-ci les hommes se sont imposé en vue de leur inservice

:

sommes

du glaive ?» Quintc-Curce

ceints

point que la guerre renverse

môme

(liv.

IX) dit

:

« C'est

à ce

l'ordre et les lois de la nature. »

GUOTIUS.

Ce passage

'

2 '

17

;

est

du Traité adversùs Judaeos, cap.

Térence, Eunuch., act. I, vers IG et scq. Carmîades de Cyrène. Voir Cicéron, de legib., QuiMiLiE.N,

1823, attiré

t.

II,

|).

U,

41.

1.

Voir aussi

— On

sait

La R('publique de

ix.

13

I,

;

Lactance,

Cicéron,

5,

IH, 10,

liv.

qu'en G04 trois députés d'Athènes avaient

par leur éloquence Patlention des Romains. C'étaient Diogcne,

Critolaiis et tice, et le

Carnéades. Ce dernier soutint un jour l'existence de

lendemain prouva qu'elle

n'était

Caton dcmanda-t-il qu'on renvoyât bien

De Claris

rhetoribus.

de

vite

rhéteurs et leurs écoles furent réprouvés par

Voir Suétone,

qu'un mot

le

tels

;

aussi

le

la

jus-

rigide

ambassadeurs. Ces

Sénat et par ,

les

Censeurs.

P. V. V.

'^i

||j

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

5

lérôt des lois qui varient suivant leurs

mœurs, et qui, chez peuples changent souvent avec les temps.

mêmes

les

Quant au droit naturel, il n'existe point; tous les êtres, hommes que les autres animaux, se laissent en-

tant les

traîner par la nature vers leur utilité propre. Ainsi donc, ou hieii il n'y a pas de justice, ou, s'il en existe une, elle

suprême

n'est f[u'une

individuel en se

folie,

puisqu'elle nuit à l'intérêt

préoccupant de procurer l'avantage

d'autrui'.



VI. Mais ce que dit ce philosophe, et ce qu'un poëte soutient après lui dans ce vers « la naluve ne X>cul distinguer ce qui est injuste de ce qui est juste, » ne :

doit pas

du tout

être

admise L'homme

est,

en

effet,

un

animal, mais un animal d'une nature supérieure, et qui s'éloigne beaucoup plus de toutes les autres espèces

animés qu'elles ne diffèrent entre elles. C'est ce que témoignent une quantité de faits propres au genre humain. Au nombre de ces faits particuliers à l'homme, d'êtres

se trouve le besoin de se réunir 3, c'est-à-dire de vivre avec les êtres de son espèce, non pas dans une communauté banale, mais dans un état de société paisible,

organisée suivant les données de son intelligence, et que les stoïciens appelaient « état domestique (*).» Entendue •

Pour

tence (cdit.

le

(le

les

controverses sur le sens du mot Droit naturel, et sur l'exis-

ce Droit,

voir notre édition du Droit des Gens

Guiliaumin, 18G3),

t.

I,

p.

78

2

Horace,

3

Grotius en rcconnaisssant que

livre

et suiv.

satire 3, vers. 113.

I,

la

première

organique de l'homme,

loi

plus puissant de tous ses besoins, puisqu'il les

vivre en Cotnmnnion avec ses semblables, n'a

unanime de tous

cert

Polit., liv.

liv. I, ciiap.

VII, cliap.

de Offic,

I

;

de Vattel

P. P. F.

les

Il

et

comprend

fait

tous, c'est le

que se réunir au con-

grands penseurs de l'antiquité. Voir Aristote, ni, liv. III, cliap.

Cicéron, Dcfinib. bon.

et

vu

Siii\ÈQiiE,

;

mal.,

liv. III,

de Bencf.,

cbap. xx, et

liv. V, cbap, xxiii Augustin, de Doctrin. Christ., cbap. xiv; Évangile scion Mathieu, cbap. vi, etc., etc. ;

P.P. (')

Cbrysostômc, aux Romains, bomélie xxxi.

«

liv. III,

F.

Nous avons naturelle-

6

PROLÉGOMEiNES SUR LES TROIS LIVRES

ainsi d'uiie

manière générale, l'aifirmation que

n'entraîne tout animal que vers sa propre

nature

la

ne donc pas être concédée. Parmi les autres animaux, en effet, quelquesYII. dans une certaine mesure leurs instincts modèrent uns

doit

utilité,



égoïstes, soit en favem' de leur progéniture, soit fit

des êtres de leur espèce

ment

uns pour

les

aussi entre l""

ciiai).

aux

Éiilicsiens,

Voyez encore ce que où

nous enseigne

il

<|uc la

pour

:

«

pas évident que

sont pour les plus parfaites, et que

Un

ici

choses les moins paiTailcs

les

«

:

((ue

Le

:

mange pas chair de

chien ne

paix avec

tigre furieux vit en

béte féroce épargne celle de sou espèce. »

qu'une seule

ont

comme

en grec. Pour moi,

lire

c'est-à-dire en

fois,

des

les imitateurs

qu'ils

animaux muets.

de berger marchent devant

les

il

Il

(|u'ils

la

i)lus

Que

pas pour nous faire

si

les

dit (jne

les

pour

chiens

combattent jusqu'à

Parmi

rien.

le

chien, l'animal

animaux qui vivent sur

la leçon,

bienfaits

mémo

les

la

choses

honteuse de toutes, qu'en matière de

reconnaissance l'homme fût vaincu par plus brutal ?

vou-

le citerai

soyez du moins

meurent

danger pressant. On

mort pour empêcher que leurs maîtres ne perdent honteuses ne serait-ce pas

ne

répondre aux

logis, et

troupeaux, et

chien.

tigre, et

celui qui le

Hommes,

«

savent

le

le

y a de Philon, sur le cin-

est trop long, je

latin. Ils

reçus. Les chiens gardent

leurs maîtres exposés à quelque

le

sommes nés

[dus parfaites sont les unes pour

les

quième précepte du dccaloguc, un beau passage que dra peut

le

donné

Gnorius.

vieux proverbe dit

— Suivant Juvï:.>al la

dans a

un grand

(|ui était

les autres. » (*)

remar(iuc

nature nous

est connu depuis, longtemps (pic nous

Il

N'cst-il

la société.

l'on

même Père

dit le

des semences de vertu. L'Iimi)ereur Marc-Anlonin, liliilûsoplie, disait

au pro-

Cette disposition provient

une certaine affection, que

les autres

bclcs. »

les

(*).

la

plus

le

doux par

terre ne suffisent

passons à l'espèce des volatiles, qui voyage

à travers les airs, et apprenons d'elle notre devoir. Les cigognes, que la vieillesse

empêche de

reçu d'elles

le

voler, restent

jour, volent,

dans leur nid

;

et les jeunes qui ont

pour ainsi dire, par toutes

terres, leur cherchant de toute part de la nourriture

;

les

mers

celles-là,

et les

en consi-

dération de leur âge, jouissent du repos, de l'abondance, de douceurs

même

;

celles-ci se consolent des

ennuis du voyage, par

de s'être acquittées d'un devoir de piété, semblable de

la

et

la

satisfaction

par l'attente d'un traitement

part de leur progéniture, lorsqu'elles seront devenues

vieilles à leur tour.

C'est ainsi qu'elles rendent, chacune en son temps,

ce qu'elles ont reçu.

H n'y

a point d'autre animal qui

puisse nourrir ni

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

7

en eux, croyons-iious, de quelque principe intelliycnL ', puis(ju'cn ce qui concerne d'autres actes qui

extérieur

ne sont

On

d'intelligence n'apparaît pas chez eux.

même

la

au-dessus de leur portée, une égale

])lus

])as

somme

même

chose des enfants, chez lesquels,

dira

avant

toute éducation, on voit apparaître

une sorte d'inclinaque Plutarque l'a obaussi à cet âge la compas-

tion vers la bienveillance, ainsi

servé avec sagacité

comme

;

jeunes, lorsqu'elles sonl au début de la vie, ni les vieilles, arrivées

Ics

au Icrinc de leur existence. Aussi est-ce dans leur

à nourrir

étaient encore toutes petites.

cacher de honte, ceux négli{,'ent ainsi

nature seule qui leur a

la

vieillesse celles qui les ont

En entendant

nourries pendant

cela, n'ont-ils pas

personnes qu'ils devaient secourir seules, ou avant

les

donneraient pas tant

(|u'ils

ne doivent leur rendre? Rien, en

partient en propre aux enfants, qui n'appartienne

mère,

parce que leurs parents

soit

parce

le

leur ont fourni les

([u'ils

de quoi se

ne prennent pas soin de leurs parents, et qui

(pii

toutes les autres, surtout lorsqu'en s'ac(iuittant de ce devoir

soit

a|)|)ris

(ju'ciles

ne leur

ils

n'ap-

effet,

d'abord aux père et

leur ont donné de leur propre bien,

moyens de

Sur

rac<|uérir. »

le

soin

particulier qu'ont les pigeons de leurs petits, voir

Porphyre, Denon esu

anim.,

par rapport aux pois-

III; et sur les scarres et les saures,

lib.

Grotius.

sons de leur esijcce, voir Cassiodore, XI, 40.

Groxovius ajoute

à cette

longue note l'exemple des poules, des chiens

de chasse, des abeilles, des fourmis, etc.

bon.

et

cap. XI.

malor.,

Harcevrac voulant expliquer

aucun argument, ainsi

«

:

Il

suffit

réduit à ceci réel

dans

et (juc

la

faibles traces

:

le

de

les

animaux

un fondement

même

Grotius entend par ce s'y

il

ne prétend nullement, et

aux

bctes, ni

les bêtes,

que

ni

qu'il y ait

l'on puisse tirer

pour prouver que I*.

jirincipe intelligent et extérieur,

trouvent portés par un

dehors d'eux-mêmes,

et

si

quelques

chose est conforme ou contraire au droit naturel. »

même. Les animaux est en

sociabilité a

destitués de raison, considérés par rap-

des conséquences sures de ce (|ue font

'

la

nature de l'hemmc, (pie l'on en remarque

aucun droit commun aux hommes

telle

ne peut fournir

cette citation qui

de remarquer que tout ce que Grotius veut établir se

port à ceux de leur espèce. Car

ou

orat., lib. V,

goût de notre époque désavoue, s'exprime

c'est ([uc le principe

dans

De fmib.

renvoie à Cicéron,

Il

cap. xix, et à Quixtilien, Instit.

lib. III,

non

i)ar l'efrct

telle

P. V.

Dieu

mouvement dont

la

lui-

cause

d'un raisonnement inné en

eux, et dont les effets seraient constants. Telle est l'explication donnée

par Groaovius et indiquée par Hahuevrac.

!*•

P.

l*.

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

8

riiomme

sien éclate spontanément. Quant à

de reproduire

les

mêmes

capable

fait,

de choses ayant

actes à propos

du rapport entre elles il convient de reconnaître qu'il possède en lui-même un penchant dominant vers la vie sociale (*), pour la satisfaction duquel, seul entre tous ' ,

animaux,

les

langage

'^.

Il

instrument particulier,

le

de connaître

et

doue de

est aussi

Tandis que

'

est doté d'un

il

la faculté

bêtes n'agissent d'une certaine manière, et toujours

les

uniforme, qu'à l'égard d'une seule chose, à laquelle elles sont portées,

{')

Marc-Axtomn

bien aux autres. »

(liv.

IX), dit que «

l'homme

la

le

centre de

la terre,

la

vie en

communion

(liv.

X). Nicetas

Chômâtes

dit

nature a gravé et planté dans nos cœurs une sympathie pour ce

De Doctr.

qui nous touche de près. Ajoutez à cela ce que dit Augustin, Christ., 2

un

qu'un

séparé de l'espèce humaine. » Ce qui est pourvu de raison, tend

nécessairement à

que

né pour faire du

est

soutient aussi « qu'on trouverait plus facilement

11

corps terrestre n'étant point entraîné vers

homme

(Bakbeyrac.)

détournées par leur instinct naturel.

elles sont

ou dont

Grotius.

cap. xiv.

lih. III,

Aristote a

l'homme un animal politique (^wov ttoXitixov fait pour vivre dans une cité régie par conclure de cette définition, que l'homme est un être

défini

ô avOpwTTo;), c'est-à-dire un être

des

lois.

faut

Il

ESSENTIELLEMENT sociADLE, qui n'a d'cxistencc possible que dans la société ; que la vie avec ses semblables est son état naturel, et que la réunion en société est conforme à sa destinée

et

à sa

fin.

On prouve

nairement que l'homme est essentiellement sociable par

la

humaine (Serrigny, Traité du Droit public des Français,

1. 1,

Vattel,

le

Droit des Gens,

Guillaumin, 18G3) libr. cit.,

t.

p.

1,

par

;

G et

les indications

7)

par

;

liv. I,

cit.,

liv. V, Le principe de

nuov.,

1. 1,

chap. la

par

p. 7); ii,

g

8

;

p.

24

et suiv.)

G);

par l'analyse des ten-

;

le

témoignage de

liv. 1,

chap.

l'histoire

ii

Ser-

;

(Vico,Scicn5-

NiEBiinn, Histoire romaine,

sociabilité a

4 et 5;

humain (Lerminier, Philosophie

dances morales de l'homme (Aristote, Politique, BiGNY, libr.

p.

10, p. 89, édition

des sciences naturelles (Serriov,

l'être

m,

chap.

g

la statistique (In., libr. cit., 1. 1, p.

par l'observation des besoins de

du Droit, 1853,

Préliminaires,

I,

t.

ordi-

physiologie

t.

II,

p.

5).

trouvé des adversaires de tout temps, et

surtout aux xvii' et xviiie siècles. IIoddes,

en Angleterre (Elementa

philosophica seuPolitia de cive, Amsterd., 1647; Leviathan, Sive de Ucpublica, Amsterd., 1GG8; voir Hùame, Philosophie du Droit, p.

72 et suiv.

RiGsy,

;

lib. cit.,

Lermimer, Philosophie du Droit, t.

F,

p.

18 et suiv.)

;

p.

274 et suiv.

;

t.

I,

Ser-

Jea.n-Jacques Rousseau, en France

.

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

9

généraux, faculté dont

d'agir, d'après des principes

les

ne sont pas communs à tous les êtres animés, mais sont de l'essence de la nature humaine. VIII. Ge soin de la vie sociale (*), dont nous n'aattributs



(Contrat social, chap. vi, suiv, p.

353

que

édition Pourrai (frères) 1838, p. 40 et

liv. 1,

Lermimer, Philosophie du Droit,

;

la

ont nié cette

et suiv.),

édit. 1853, liv.

IV, chap. x,

organique de l'iiumanité. La doctrine

loi

réunion des iiommes en société n'a été que

résultat d'une con-

le

Puffendorf (Traité du Dr. de la Nat. et des Gens) Burlahaqui {Principes du Droit de la nature, part. I, chap. iv et suiv.) Montesquieu {Esprit des Lois, liv. I.chap. ii), vention volontaire, avait été partagée par ;

;

deux derniers

et |)ar la plupart des philosophes des

Elle a été

siècles.

comhattue avant notre époque par Fé.nelon {Essai philosophique sur

gouvernement

civil, selon

œuvres complètes, sur

Mœurs,

les

III, p.

t.

de Fénelon, chap.

les principes

355, édit.

Didot, 1838)

introd., chap. xiv), et, de nos jours,

m,

le

dans ses

Voltaire {Essai notamment par de ;

Donald {Législation primitive, Disc, prélimin., t. I, p. 238, 1* édit.) et Cii. Comte {Traité de Législation, t. I, liv. I, chap. vi). On peut considérer l'utopie de

par

la

Droit,

— Sur

t.

;

1,

p.

202

note

1.

la

question de savoir

état de choix, voir

Guillaumin, 1863,

édit.

si

la vie

en

Délime, Philosophie du

Serrigny, Dr. pub. des Français,

;

Vattel, Droit des Gens,

suiv.

comme complètement abandonnée

de 7iature

l'homme un

société est pour

t.

I,

p.

16 et

t.

I,

p.

140,

P. P. F.

La preuve,

(*)

l'état

philosophie du xix* siècle.

timent de

la

dit

Sénèque {De Benef.,

cap. xviii), que le sen-

lib. IV,

reconnaissance est une chose qui, par elle-même mérite

d'être recherchée, c'est

que l'ingratitude doit être

fuie

pour elle-même,

puisque rien ne trouble et détruit tant l'union du genre humain que ce vice.

En

effet,

d'où dépend notre sûreté,

qne nous nous rendons la vie

commode,

dez-nous

isolés,

et qui la

prémunisse contre

que sommes-nous

un sang de très-peu de valeur

maux

si

ce n'est des services mutuels

que ce commerce de bienfaits qui rende

? Il n'y a

?

les attaques

répandu. Les autres ani-

et facile à être

ont des forces suffisantes pour se défendre.

vagabonds

et

pour mener une vie

ronne l'homme; terrible

qu'il était l'ont

isolée, sont

ni la force des ongles, 'ni celle

aux autres. La nature rendu

le

lui

a

que

Tous ceux qui naissent

armés. La faiblesse envides dents ne

le

rendent

donné deux choses, qui de

plus fort de tous les êtres

tion à la vie sociale. C'est ainsi

imprévues. Ren-

La proie des animaux, des victimes,

:

la

celui qui, seul,

faible

raison et l'inclina-

ne pourrait résister

à aucun autre, devient le maître de tout. C'est la vie en société qui lui a

donné l'empire sur tous

les

animaux

;

cet

empire

qu'il

exerce nalu-

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

10

VOUS donné qu'une ébauche, et qui

tcndemcnt dit

droit

auquel se rapportent

',

bien

le devoir de s'abstenir du (*) de restituer ce qui, sans nous appartenir,

d' autrui,

en notre possession, ou

est

que nous en avons de

le prolit

l'obligation de remplir ses promesses, celle

retiré,

réparer

dommage

le

causé ^

|iar sa laute, et la distribu-

hommes.

tion des châtiments mérités entre les rcllcment sur

terre, c'est la vie en

la

profit sur d'autres éléments,

mer. C'est

que

conforme à l'enproprement

est

du

liuniain, est la source

elle qui

appeler contre

la

([ui

transformé

l'a

sur

pourvu

a

son

à

même

à

la ce.

les

qui nous rend courageux en nous permettant d'en

Supprimez-la, et vous

fortune.

genre humain, qui

société

ordonnant de dominer

secourue, qui a donné des consolations contre

la vieillesse soit elle

lui

contenu l'invasion des maladies, qui

a

douleurs; c'est

en

de

est l'appui

en sorte que l'ingratitude ne

Or, c'est

la vie.

la

pas une chose

soit

briserez

l'unité

du

supprimer que de faire

à éviter

par elle-même. »

GUOTIUS.

que Barbeyrac n'a

est inutile d'ajouter

Il

que para|)hraser ce

fait

texte. *

P.

Grotius recherche

principe du

le

droit.

observé que l'homme est un animal sociable, vivre en société. Toutefois ce n'est pas parait être à Grotius

Il

fait

le

I>.

V.

trouve dans

ce lait

et (pie sa raison le porte à

pur de

fondement du droit, car

le

le

la

sociabilité qui

animaux aussi sont

les

sociables, mais c'est la sociabilité dirigée par les vues et jiar les règles de la

raison humaine.

«

est clair,

Il

dit

Lerminier,

complexe, vague

et

Quand

principe du droit dans

exacte

met

il

:

la sociabilité

Mais quand la raison,

sité

le

confuse de

il

que

le

qu'il a

La

do

la

raison de l'homme.

1

pensée n'est pas

et (ju'il

mêle

la

.t

racine.

la

sociabilité

la réalité, la

néces-

l'hommi;. » (Introduction géI'. I

15.)

justice consiste à s'abstenir

pas

et n'en est

entrevu confusément toute

p.

Grotius a une vue

(pie

la sociabilité, sa

forme du droit

droit dans la nature de

nérale à l'histoire du Droit, (*)

la

complète cette première notion

on sent

de fonder

n'est

la sociabilité et

du bien de tous ceux

([ui

.

F.

ne nous ont

point fait de mal, et à ne leur nuire en aucune façon (PoRpnvRK,

lib. III).

Grotius. ^ AiiRE.vs .sa

commente

raison d'être dans

but de parfaire, autant cesse

les

ainsi cette pensée de

la

Grotius

:

«

Le

droit, qui

a

nature bornée et imparfaite de l'homme, a iiour (pie

possible,

homes, de com|)létcr par

la la

vie humaine, d'en reculer sans vie

commune

l'insuffisance de la

vie individuelle, afin ([ue l'individu, qui n'est qu'une partie de l'humanité,

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. IX.

— De

cette notion

De

plus large.

du

une autre

droit en a découlé

Thomme

ce qu'en effet

II

a l'avantage sur

êtres animés, de posséder non-seulement les

les autres

dispositions à la sociabilité, dont nous avons parlé, mais

un jugement qui lui fait apprécier les choses, tant préque futures, capables de plaire ou d'être nuisibles', cf celles qui peuvent y conduire; on conçoit qu'il

sentes

convenable à

est

nature de l'homme d'observer, dans

la

de l'intelligence humaine, à la poursuite de CCS choses, la direction d'un jugement sain, de ne se laisser corrompre ni par la crainte, ni par les séductions les limites

devienne nn être complet, acquière par sa propre activité

par celle

et

des autres les conditions nécessaires à l'accomplissement de son but.

l'homme

vie de les

moyens de

et

de

La

société (lotte en quciiiue sorte entre les besoins et

la

au droit de régler

les satisfaire. C'est

manière dont

la

les

besoins qui se rapportent à des biens essentiels doivent être satisfaits. Les biens forment fectionnée quis,

et

autres.

;

matière par laquelle

la

la vie

humaine

une personnalité humaine complétée

Le

est sans cesse per-

sous lesquelles un bien est ac-

et le droit établit les conditions

et

perfectionnée par les

droit est le point d'appui réciproque pour tous les

hommes

vi-

vant en société. L'un soutient l'autre, et tous sont appelés à se prêter aide et assistance fisantes.

suppose

dans toutes

Par la

le

choses où

les

forces individuelles sont insuf-

reconnaissance du droit de tous

solidarité entre tous les

que

les

droit, tous sont solidairement unis

la vie et l'activité

de

;

le

les autres.

droit de l'un préIl

existe ainsi

une

hommes vivant en communauté, et le droit exiye la communauté deviennent un complément, une

force d'élévation et de perfectionnement pour la personnalité individuelle.

hommes

C'est là la raison de l'instinct qui porte les

vers la société, et

IIuGO GuoTius avait raison de voir dans l'instinct de sociabililé

du droit

et

de

l'État. »

Droit, 5« édition, •

Bahdkvrac

p.

fait

P.P.

147.)

observer que

pas exactement opposés à

:

ou

voulu mettre

:

SONT UTILES

Il

source

le

il

F.

capables de plaire, ne sont Il

soup\,'onne qu'il y a

passage se trouve dit-il,

le

même

dans

que l'auteur eut mis ou

OU PRODUISENT DE LA DOULEUR, QUI

ou qui nuisent,

capitales ayant été sautés,

:

d'être nuisibles.

pourrait bien être,

qui plaisent

son ouvrage... n

mots

les

eu quelques mots d'omis, quoique toutes les éditions. «

la

{Cours de Droit naturel, ou de Philosophie du

etc.

;

et

que

les

mots

écrits eu lettres

ne s'en fut pas lui-même aperçu en relisant p. P.

F,

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

12

de jouissances présentes, de ne pas s'abandonner à une fougue téméraire'. Ce qui est en opposition avec un tel jugement doit être considéré comme contraire aussi au droit de la nature, c'est-à-dire de la nature humaine. X. A cela se rapporte encore ce qui concerne une sage économie (*) dans la distribution gratuite des choses qui sont propres à chaque honiine ou à cha(iue société, individuellement parlant, telle que la répartition suivant laquelle la préférence est donnée tantôt au sage sur celui qui a moins de sagesse, tantôt au parent sur l'étranger, tantôt au pauvre sur le riche, suivant cjue les actes de chacun et que la nature de l'objet le comportent. Depuis longtemps déjà beaucoup d'auteurs font de cette économie une partie du droit pris dans un sens propre et étroit, quoi([ue cependant ce droit proprement ainsi dénommé ait une nature bien dilTérentc, puisqu'il consiste à laisser aux autres ce qui leur appartient déjà, ou à



remplir à leur égard les obligations qui i)euvent nous envers eux

lier

'^.

Ce passage renferme

'

les devoirs

de l'homme par rapport à lui-même,

même

qui lui sont imposés par la constitution

de sa nature...

(BAnnEYRAC.)

Ambroise

(•)

traite

ccttematicre dans son livre I", Deofficiis. Grotius

La pensée de Grotius ne

'^

paragraphe,

et certes, ni

se

jeté la lumière sur ce passage.

tout

le

;

dégage pas d'une manière nette dans ce

Gronovius,

ni

Courtin,

Les deux premiers ne

ni

Darbeyrac

l'ont pas

troisième a saisi l'idée du publiciste hollandais, mais

avec obscurité dans une note confuse, et

l'a fait

n'ont

compris du

l'a

exprimée

médiocrement pressentir

dans sa traduction. Voici, suivant nous, ce qu'a voulu dire Grotius. Dans 9

le g

dont

il

a parlé

du Droit naturel pris dans un sens propre

les prescriptions sont

protégées

jiar

cl étroit, et

une sanction iiumnine. C'est

le

droit en vertu du(iuel on laisse à chacun « Ce qui lui appartient déjà, »

on

s'acquitte envers autrui de ce qu'il

lui rendit. » d'injurier

Quand on

ou de diffamer qucbprun, on ne

appartient déjà, parce que choses qui

pouvait exiger à la rigueur qu'on

s'abstient, en effet, de battre, de blesser, de voler,

lui

la santé, la

fiiit

(juc lui laisser ce

fortune,

la

qui lui

réputation sont des

appartiennent actuellement, et dont personne n'a droit de

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE

XL — Ce que que

13

PAIX.

LA.

nous venons de dire aurait lieu en quelmême nous accorderions, ce qui ne

quand

sorte,

peut être concédé sans un grand crime, qu'il n'y a pas de Dieu, ou que les affaires humaines ne sont pas l'objet le (lé|)ouiller,

dommage

tant qu'il n'a rien

qu'on

fait

qui

le

Quand on répare le imprudemment, tant en sa

mérite.

a causé, soit à dessein ou

lui

personne, qu'en ses biens ou en sa réputation, on

rend ce qu'on

lui

lui a

pouvait exiger à la rigueur qu'on parole qu'on lui a donnée, quand on ac-

ôté, ce qui lui appartenait, ce qu'il

Quand on

lui rendît.

tient la

complit une promesse qu'on

qu'on a contractée envers

quand on exécute une obligation

a faite,

lui

on s'acquitte ce qu'il pouvait exiger à la

lui,

rigueur qu'on lui rendît. Tout cela se rapporte au droit naturel, pris

dans

sens propre

M?i

Dans

le g 10,

et étroit,

dont

il

tributive qu'Aristote considérait

comme une

le g 9.

partie de la justice rigou-

reuse, en vertu de laquelle on peut exiger à

mais qui,

dans

est question

au contraire, GnOTius se préoccupe de cette justice dis-

elle, n'a

propres à chaque

rigueur ce qui

la

pas de sanction. Les choses dont

homme ou à chaque que

lant, « sont les récompenses

les

est dû,

parle, et qui « sont

il

société, individuellement

par-

pouvoirs sociaux distribuent à ceux

qui les ont méritées, les emplois publics qui doivent être réservés aux plus dignes. Lorsqu'un gouvernement refuse quelque charge à un citoyen

qui

ne

la

mérite, lorsqu'il

accorde pas

lui

contre il

le

préfère une personne moins capable, lorsqu'il

Droit naturel pris dans

est question

nommé

lui

récompense qui

la

dans ce

10

g

mais

;

le il

due,

il

ne

fait

aucun

et

pèche à

la vérité

plus étendu, dont

tort

proprement

ainsi

à ce citoyen, qui n'avait pas un droit plein et rigoureux d'exiger

l'emploi ou la récompense qu'on lui g 10,

lui est

sens impropre

mais

refuse.

Il

viole le droit naturel

ne contrevient pas au droit naturel du

il

GnoTius parle d'une répartition qui donnerait sage sur celui qui

a.

du

g 9.

préférence tantôt au

la

moins de sagesse, tantôt au parent sur l'étranger,

tantôt au pauvre sur le riche, suivant les actes de chacun, etc. Faut-il

prendre acte de cette déclaration de notre auteur, pour affirmer admettait

avantages sociaux, plutôt

de

la stricte

semblables

vant que naissait

justice?

;

Il

les

suggestions du cœur, que les considérations

n'est pas probable

que Grotius

d'ailleurs la dernière partie de ce

les actes

combien

discernement avait-il

qu'il

népotisme, et qu'il suivait en matière de répartition des

le

et

en vue

de cliacun, etc.. » prouve que

la répartition

— Grotius,

« sui-

notre auteur recon-

qui pensait à Aristote,

du philosophe de Stagyre

ques sont ou conférées d'après

eu des vues

des emplois et des récompenses exige de

de circonspection.

la théorie

ait

membre de phrase

le

:

les fonctions publi-

principe de la proportionnalité, ou par-

14

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

de ses soins

Le

'.

nous ayant été inculqué

coiiliaiie

partie par notre raison, partie par tuelle, et

une

tagées égaleincnl enlre les pauvres, ou cnire les

ROT, Paris, 18C0,

'

p.

57

riclies,

ou entre

Études sur Aristote, par

et les autres... » {Politique... voir les

(les

tradition perpé-

nous étant confirmé par des preuves nom-

et suiv.) Insister

uns

les

Cii. Tiiu-

sur cette idée, serait rechercher

rapprochements arbitraires.

P. P. F.

Ni DoDi.-y (1530-1590), ni Dacon (lôGl-lOiG) n'avaient soupçonne la

question du droit naturel,

tenté une explication

et n'avaient

pliique de la nature humaine. Poser

plus ni moins se mettre en face de

la

la

|)hiloso-

question du droit naturel, c'était ni

théologie, et en guerre avec elle.

Il

œuvre une époque de lutte et de liberté religieuse, le temjjs de Selden et de Grolius. Le titre seul de l'ouvrage de Srlde.n (1584-1G54), De jure naturali, fut un progrès sur le génie de Dacon. La question était posée. Ce fut Grolius qui eut la gloire de la développer. Il fallait i)our cette

affranchit nettement

somma Il

l'entreprise

jurisprudence de l'empire de

la

ne faudrait pas croire cependant que GnoTius

ait

de Dieu, et méconnaître l'autorité qu'exerce dans l'histoire la religion, qui est la

dans la

le

théologie, et con-

la

que Selden avait commencée peut-être à son insu. voulu isoler l'homme

humaine

la vie

théologi(|ue, et

notion du droit subsiste sans

l'esprit, la

que scientifiquement

le

droit a

la

notion

une existence tout à

fait

à Vhistoire du

indépendante. Voir Lerminier, Introduction générale

La

dans

passage qui nous occupe a été simplement d'exprimer que, d'après

méthode naturelle de

Droit,

et

métaphysique des nations. Son intention,

105, 115, 110.

[>.

proposition de Grotios ne peut, suivant Barbeyrac, être admise

qu'en ce sens, que

les

purement arbitraires,

maximes du qu'elles

choses, dans la constitution

droit naturel ne sont pas des règles

ont leur fondement dans

même

des hommes, d'où

il

nature des

la

résulte certaines

relations entre telles ou telles actions, et l'état d'un animal raisonnable et sociable. Mais, ajoute

gation, ou

la

Baruevrac,

à parler exactement, le devoir et l'obli-

nécessité indis|ieusable de se conformer à ces idées et à ces

maximes, suppose nécessairement un supérieur, un maître souverain des

hommes, gislateur,

qui ne peut cire que loi cl

le

sent inséparablement unis. Olez possible

;

ôtez

droit. Aussi,

Créateur ou

droit, sont trois termes, dit

la

je

loi,

et

le

la

Divinité suprême. « Lé-

M. Serrignv,

(jui

me

parais-

législateur, et vous n'avez plus de loi

vous ne pouvez plus

même

concevoir l'idée du

ne comprends guère comment on peut admettre que

l'athéisme n'em|)êclie pas absolument

la

croyance d'une

loi

morale obli-

gatoire. Celte oitinion a été cependant soutenue par de très-bons esprits,

partisans de

la loi

naturelle et de l'existence de Dieu.

Dans mon système

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

15

breuses et des miracles attestés par tous les siècles, il s'ensuit que nous devons obéir sans exception à ce Dieu,

comme

au Créateur

auquel nous sommes re-

et à celui

de Dieu est une idée nécessaire, sans laquelle lous les phénomènes

l'idée

de l'ordre moral sont inintelligibles

;

dans l'opinion contraire, ce n'est plus

qu'une idée contingente. Or, en pareille matière, la

superfétation et

suppression de

la

comme

canique, on supprime,

la

contingence emporte

la

cause inutile

de

;

même

nuisibles par cela seul qu'ils sont inutiles. » {Traité

comme

des Français, 184G,

t.

p.

I,

Essai sur la Providence, morale,

etc.,

BuRLAMAQUi

1859,

8G

p. 121

;

Voir dans

le

du Droit public

même •

H, p. 225 et suiv.

t.

t.

I,

358

p.

Quelque déraisonnable,

sens, Bersot,

Pezzam, Principes supérieurs de la

pensait, au contraire, qu'il y a

athées {Droit naturel, trine. «

et 87.)

qu'en mé-

tous les rouages considérés

superflus,

et 370).

dit-il,

que

M. Bélimk partage

soit l'athéisme,

il

/

'

un droit naturel pour

les

cette doc-

y a des athées.

y a encore er» plus grand nombre une autre classe de personnes qui, sans nier précisément l'existence de Dieu, croient qu'il ne s'occupe pas Il

des choses de ce monde. Or, pour celui qui a embrassé ce dogme, n'y at-il plus moyen d'être honnête que par préjugé ou par peur des peines sociales ? Les

séquence

De quelque manière que l'homme

pas ainsi.

que ce Dieu,

une

soit

il

loi

généreux dévouements ne seront-ils chez lui qu'une inconà l'honneur de la nature humaine, qu'il n'en est

Nous croyons

?

se trouve placé sur la terre,

par suite d'un hasard éternel ou par

la

volonté intelligente de

a des instincts, des besoins, des passions, des sentiments, qui sont

de sa nature

;

son cœur, quoiqu'on en dise, n'est pas uniquement

dominé par l'égoisme. En vain essaierait-on de contester ce fait, en prétendant que toute loi présuppose un supérieur qui la promulgue et veille à son observation... Les lois positives ne peuvent se concevoir, à la vé' rite,

sans une autorité qui les promulgue

duquel

;

mais

au point de vue

l'athée,

admet une création sans créateur, sans législateur... De même que l'athée

faut se placer, l'athée qui

il

peut bien aussi reconnaître une croit qu'il existe

de

loi

l'eau, des arbres,

des corps graves, et que cette eau

coule, que ces arbres verdissent, que ces corps gravitent vers le centre de la terre,

créés si

;

par suite des

de

même

il

lois

de leur nature, sans que pourtant Dieu

peut se croire obligé à être \ertueux,

son organisation intellectuelle,

si

l'ordre de l'univers exigent qu'il ob-

serve dans sa conduite ce qu'on appelle du

n'empêche donc pas absolument toire...

Quoi

qu'il

en

soit, loin

la

les ait

ses penchants,

si

nom

de vertu. L'athéisme

croyance d'une

loi

morale obliga-

de démériter de l'humanité,

il

semble que

c'est lui rendre service de chercher à établir le droit naturel sur de telles

bases qu'il puisse apparaître

comme

obligatoire pour tous les

hommes.

i6

rROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

de ce que nous sommes et de tout ce que nous possédons; d'autant plus que de beaucoup de manières il (levables

s'est

montré très-bon

et très-puissant

:

d'où nous devons

conclure qu'il peut accorder à ceux qui

lui

obéissent

de très-grandes rôcoiîipcnses, des récompenses même éternelles, étant éternel lui-même, et qu'il doit avoir voulu qu'on le croie ainsi, surtout s'il l'a promis en termes exprès ce que nous croyons nous autres chrétiens, convaincus que nous sommes par la loi indubi:

table des témoignages.

XII.



celle qui

donc une autre source du Droit, outre

A^oilà

émane de

la nature savoir, celle qui provient de la libre volonté de Dieu (*), à laquelle notre raison :

quelles que soient leurs opinions, qu'ils croient à l'existence d'un être su-

prême, ou

du

qu'ils aient le

droit, 185G,

système

comme

I,

t.

p.

dans

malheur de professer l'athéisme.

G5

et suiv.)

l'autre,

c'est

toujours par rexcrcice de sa raison

par l'étude de sa propre nature, que l'homme arrivera à

et

de ce qui est bien et de ce qui

est

même,

Le devoir pour

tels étaient,

on

le

connaissance

il

doit plus d'une ins-

devoir, l'accomplissement du bien pour lui-

le sait, les

commandements de

losophie. (*)

la

mal. Grotius parait, d'ailleurs, avoir

suivi sur ce point la doctrine stoïcienne, à laquelle

piration.

» (Philosophie

Reconnaissons de plus que, dans un

cette austère |ihi-

P. P. F.

D'où, suivant

la

pensée de Marc-Amo>"i?î

(liv.

avec injustice, se rend coupable d'impiété. »

IX), « celui qui agit

Grotius.

Barbeyrac fait remarquer que ce passage est mal appliqué, et que Grotius aurait dû le jilacer parmi ceux qu'il cite dans la note suivante.

En

effet,

même

il

parle

(liv. I,

ici

chap.

du Droit divin volontaire,

I,

g 15),

comme

il

l'appelle lui-

ou de ce qui étant indifférent de sa nature,

devient juste ou injuste, parce que Dieu

l'a, ordonné ou défendu... Notre auteur veut donc dire, dans ce paragraphe, que, quand même il n'y au-

rait point de droit naturel,

ou que la constitution de notre nature ne nous engagerait point par elle-même à agir de telle ou telle manière ; cependant, dès

là qu'on reconnaît une Divinité, que l'on ne peut raisonnablement ignorer ou nier, on doit avouer aussi que l'on est obligé de

lui obéir;

lois

quoi que ce soit qu'elle nous commande, et encore

même

que ses

n'eussent d'autre fondement que sa volonté purement arbitraire.

Ainsi on trouverait qui s'est

si



toujours une source du droit

clairement révélée aux

hommes dans

:

car cette Divinité,

les livres sacrés,

leur

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

17

nous prescrit sans réplkiue de nous soumettre. Mais ce droit naturel lui-inème dont nous avons traité, tant celui qui se rapporte à la sociabilité de l'homme, (pie celui dans un sens plus étendu, bien

ainsi appelé

dé-

qu'il

coule de principes inhérents à l'être humain, peut ce-

pendant avec raison être attribué à Dieu, parce que voulu que de tels principes existent en nous (*). C'est dans ce sens que Chrysippe et les stoïciens disaient que l'origine du droit ne devait point être recherchée autre part que dans Jupiter lui-même; et c'est la divinité qui a

c'est

nom

de ce

de Jupiter que vient probablement le les Latins pour désigner le droit {**). faut ajouter à cela que par les lois qu'il a

mot emjjloyé par XIII.



Il

prescrit là des lois toutes semblables à celles (jue nous avons dit leur être

imiiosées par la conslilution de leur propre nature. Mais on

outre cela, que

ment

le

surfisant, lire aussi son origine de Dieu,

me

vélation... Voilà, ce

semble,

la

la

CuRYSosTÔME,

I,

un fonde-

indépendamment de

pensée de notre auteur,

Ép. aux Corùilliiens, XI, 3

ré-

la

et la liaison

(Baubeyrac.)

de son discours, qui ne se montre pas d'abord. (')

peut dire

droit de nature, ((uoique ayant par lui-même

«

:

Quand

de

je parle

nature, je parle de Dieu, car c'est lui qui est l'auteur de la nature. »

CiiRYSiPi'E,

Dieux

des

III

,

:

o

On ne peut

trouver d'autre principe, ni

d'autre origine de la justice, qu'en remontant à Jupiter et à la nature

universelle; c'est par

(**J

A

moins

qu'il

en

là,

traiter des biens et des

Grotius.

on a

fait os,

jus, jusis, changé ensuite enjuris,

Voir CicÉRON,

Ulpien

fait

jusl. et jure, la

lib.

jus

liv. 1.)

le

de jussum on a

est-il

à

fait

ordonner

?

liv. I, t. I,

de

Godefroy,

certaines règles, avant que ces règles elles-

la contraction

que

de jussum, participe du verbe jule

mot jiw du verbe le Corpus

j'aide, j'assiste, je secours. Voir dans la

Glose sur

le

texte d'UtPiEM,

plus haut.

cité

P. P. F. I.

de

vraisemblable qu'on ait appelé juslitia

D'autres étymologistcs font dériver :

fait

Papirii.

Grotius.

mot jus du mot justiiia {Dig.,

Mais

simplement

jitro, qui veut dire

juris

même

de Papisiis on a

aient été désignées par le vaotjus? N'esl-il pas plus probable

est tout

here,

de

comme

IX, épit. xxi.

découler

volonté de se conformer

mêmes

commencer, lorsqu'on veut

ne soit plus vrai de dire, en procédant par retranche-

comme d'ossum

ment, que

faut

effet, qu'il

maux.

2

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES.

18

publiées, Dieu a rendu aussi ces principes plus sensibles,

môme

pour ceux dont l'esprit est moins ai)te au raisonnement, et qu'il a défendu d'abandonner à euxmêmes les mouvements impétueux qui nous entraînent vers des partis contraires intérêt

ou de

nière plus étroite ceux

le

sens de notre propre* maîtrisant d'une

"^ ;

ma-

ont plus de véliémence, et

([ui

dans des limites

les resserrant

XIV.

dans

',

l'intérêt d'autrui

— L'histoire sacrée,

une

et

juste mesure.

de plus, indépendamment

de ce (jui est contenu dans ses préceptes, ne stimule i)as médiocrement cette inclination pour la vie sociale, en nous enseignant que tous les hommes sont nés des

mêmes

premiers parents. C'est ainsi ([u'on peut, dans

ce sens, allirmer avec raison ce qu'à un autre point, de

vue a

Barbetrac

'

que

dit Florentinus,

une parenté

^

:

la

nature a établi entre nous

d'où la conséquence que c'est un crime

rappelle que les

passions

partout dans l'Écriture sainte, surtout dans

déréglées le

sont condamnées

Nouveau Testament, qui

défend sous des peines très-rigoureuses de se laisser emporter à ces mou-

vements aveugles.

P. P. F.

Barbeyrac propose

2

une variante.

ici

II

traduit ainsi

:

11

a aussi dé-

fendu de s'abandonner à ces mouvements impétueux qui, contre notre

propre intérêt, et texte de

Grotius

même awpréjudice ainsi

est

conçu

de celui des autres, etc....» Le

« et

:

in diversa trahentes impeius,

— Mais,

qui nobis ipsis, quique aliis consulunt, vagari vetuit, etc.. » dit

et

Barbeyrac, quoiqu'on

même

dans

celle

lise ainsi

dans toutes

de 1G32, c'est une faute visible.

entre aliis et consulunt. »

— Bien que

la

version de

Il

que

j'ai

vues,

doit y avoir

malà

les éditions

Barbeyrac paraisse

au premier abord plus satisfaisante, nous n'avons pas cru devoir nous écarter du texte

mémo

de Guotius, reproduit « dans toutes les éditions »

qu'a vues Barbeyrac. La pensée de Grotius peut s'expli([uer d'ailleurs avec

le

texte

que nous conservons, mais, avouons-le, d'une manière moins

aisée. 3

P. P. F.

Le passage de Florentinus

just. et jure, loi

3.



se

Florentinus

observer avec raison que

les

divinité, c'était

était

un

stoïcien.

liv.

I,

l.

I,

Barbeyrac

de fait

idées des stoïciens, toucbant l'origine du

genre humain, étaient fort confuses, la

tcouve au Digeste,

et que, quoiqu'ils y fissent intervenir

d'une manière très-difTércntc de

l'histoire

de

la

créa-

DU DUOIT DE LA GUERRE ET DE LA TAIX.

19

pour un homme de tendre des embùclies à son semParmi les hommes, les père et mère sont comme

blable.

des divinités auxquelles

dû un honneur, sinon

est

il

sans limites, du moins d'une nature toute spéciale

XV. — Ensuite, comme

engagements,

en

parmi

de s'obliger

les



était nécessaire,

il

hommes

les

uns envers

([uelque

les autres, et l'on

moyen

ne peut en

lion rapporlée

par Moïse (Voir Juste Lipse, Pliysiolog. sloic.,

Dissert. IV.).

La

pas en. ce

sistait

concevaient entre

([u'ils

les

([ii'ils

même mère,

père et d'une la

itarciilé

du genre humain

;

lib.

hommes, ne

les

comme descendus

regardaient

tiges

111,

con-

même

d'un

mais uniciuemcnt dans

conformité de leur nature et des principes ou des semences dont



On

que dans

les croyaient

composé?.

est le corps

de Dieu, gouverné par une

sait

meut

toutes ses parties, qui le vivifie, le est la raison

des lois que

du

partie

même,

les stoïciens

tout,

commune

raison

(*)

«Des Dieux

Décalogue,

LOîî,

sur

Dieu

éternel en

le

lib.

IX, cap.

âme du monde

et divine. Elle régit la matière selon

I,

t.

p.

L'homme,

appelle des «

Dieux

hommes

co?n»ie

faisant

Principes

P. P. F.

359.)

Hiéroclès sur

les

vers dorés. Phi-

visibles qui imitent le

Jérôme

la vie. » D'après Saikt

(Epist. XLVii),

après

ligne,

et Dieu. Plato.n appelle les pères et

(De Legih.

« des iniages des dieux. »

aux parents

universelle, diiïuse dans

avec leurs enfants vient en seconde

qui existe entre les

mères

les

donnant

l'union des parents celle

âme

et l'anime. Celte

appelaient raisons sontna/es.

terrestres, » dit

ils

l'école stoïcienne, l'univers

doit se soumettre à ces lois... (Voir Pezzani,

supérieurs de la viorale,... 1859,

'.

une règle du Droit natu-

c'est

rel d'être lidèle à ses elFct, qu'il existât

{*)

aux dieux,

» dit

xi.)

Aristote

Un hommage

est



Nicomach.,

(Etliic.

Grotius.

II).

Barbeyr/VC ajoute que

le

passage d'IIiÉROCLÈS, cité par (îrotius, n'est

pas de son commentaire sur les vers dorés; mais qu'on

le

trouve dans

Stoeée, serm. LXXVII '

Barbevrac veut que Grotics

ment

à

ait

passé

ici,

presque imperceptible-

une autre espèce de Droit volontaire, qui aurait néanmoins son

fondement dans

la

mère prescriraient

nature, et qui consisterait dans ce qu'un père et une à leurs enfants.

Pour

cet annotateur a fait, en conséquence,

période.

Nous ne partageons pas

Grotius

est déjà

sa

faire sentir la liaison

du discours,

un nouveau paragraphe de

manière de

voir, et

celte

nous pensons que

descendu dans assez de divisions, pour que nous n'en

ajoutions pas d'autres à son texte.

P. P. F.

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

20

imaginer d'autre plus conforme à source découle le Droit

civil

'.

la nature,

Ceux, en

— de

effet,

taient réunis à quelque association d'individus, s'étaient soit

soumis à

la

domination

soit

cette

([ui s'é-

ou

(jui

homme,

d'un seul

de plusieurs, ceux-là avaient expressément promis,

ou, d'après la nature de la chose, on doit présumer qu'ils avaient pris

l'engagement tacite de se conformer

membres de l'asou ceux auxquels le pouvoir avait été délégué. XVI. Ce que l'on dit donc d'après, non-seulement Carnéadcs, mais suivant d'autres, (jue « l'ulililé est comme la mère de lajuslice et de l'équité (*), » n'est pas vrai, si nous parlons exactement; car la nature de l'homme qui nous entraînerait à rechercher le commerce réciproque de nos semblables, alors même que nous ne manquerions de rien, est elle-même la mère du droit naturel. Mais la mère du droit civil est l'obligation que l'on s'est imposée par son propre consentement, et comme cette obligation tire sa force du droit naturel, la nature peut à ce qu'auraient établi la majorité des sociation,



comme la bisaïeule aussi de ce droit civil. cependant vient s'adjoindre au droit naturel.

être considérée L'utilité

elfet, que pris séparéque nous manquions de beaucoup de choses nécessaires pour vivre commodément, afin que nous soyons d'autant plus entrahiés à cultiver la vie sociale. Quant à l'utilité, elle a été la cause

L'auteur de la nature a voulu, en

ment nous soyons

'

faibles, et

Ainsi, le Droit civil, quoiqu'il n'y ait aucune sorte de droit qui soit

en lui-même plus arbitraire, n'est au fond qu'une extension du droit naturel,

une suite de cette

loi

inviolable de la nature, que

religieusement ce qu'il a promis. (*)

AcROi\ ou tout autre ancien interprète d'HoRACE

(Horace,

liv.

I,

sat.

m,

vers.

98)

chacun doit tenir (Barueyrac.)

la

fait

sur ce [lassage

remarque suivante:

contradiction avec les principes des stoïciens

;

il

«

tice n'est

pas quelque chose de naturel, mais qu'elle est née de

Voir ce

que

dit

Augustin contrairement

C/trù(., lib. II], cap. XIV.

à

11

est

veut prouver que

en

la jus-

l'utilité. »

cette opinion, de Doclrin. ,

Ghotius.

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. occasionnelle

avons parlé,

commencé Ceux

à

du ou

21

droit civil, car l'association dont

une

l'assujettissement à

s'établir

nous

autorité, ont

en vue de quelque

avantage.

enfin qui donnent des lois aux autres, se proposent

d'ordinaire en le faisant une utilité quelconque,

ou

doi-

vent se la proposer.

XVII.

— Mais de

même

que

de chaque État

les lois

même

regardent son avantage particulier, de

certaines

ont pu naître entre soit tous les États, soit la plu-

lois

part d'entre eux, en vertu de leur consentement. raît

même

(pie des règles

Il

pa-

semblables ont pris naissance,

tendant à l'utilité non de chaque association d'hommes en particulier, mais du vaste assemblage de toutes ces associations. Tel est le droit qu'on appelle le Droit des

gens, lorsque nous distinguons ce terme rel. Cette partie

du

f)roit naturel a été

omise par Garnéades, qui distribue tout

du Droit natucomplètement

le droit

en Droit

naturel et en Droit civil propre à chaque peuple. Et ce-

pendant devant



tions,

du Droit qui

traiter

parle, en effet,

il

choses acquises dans la guerre,

ment

faire



il

aurait

mention de ce droit '. C'est à tort que Garnéades



XVIII.

'

existe entre les na-

sur les guerres et sur les

Kluber

fait



certaine-

qualifie la justice

observer qu'il y a des publicistes qui donnent

le

nom

d'usage ou de coutume à des conventions présumées (De Martens, Précis

du Dr. t.

I,

p.

des Gens mod.

de'l'Eur., g

154 et

est à

191).

Il

4G, 6G, édit. Guillaumin, 2' édit.,

présumer,

disent-ils,

qu'aucune nation qui

prétend cire civilisée, ne refusera son consentement à certains usages.

KtiJUEU

cite à ce sujet le § 17

sentement présumé de tous

les

de (îrotius: C'est, ajoute-t-il, de ce conpeuples civilisés, que quelques-uns dédui-

sent ce qu'ils appellent droit des cliap.

liv. I,

neris

f,

9.

humani vl

n'appuie

le

divisi in gentes,

etc.,

p.

mud. de

l'Eur.,

:

De jure

ge-

Stultgard, 1811,

39,

droit des gens
Klïjber, Dr. des Gens

note F.

gens naturel modifié. Voir Ompteda,

L'auteur de l'ouvrage anonyme intitulé

8,

présumé des nations.

18G1, édit.

Guillaumin,

P.P. F.

p.

5,

22

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

de

folie.

même

Car, de

que de son propre aveu,

il

n'est

pas ibu le citoyen qui, dans son pays, se conforme aux

même

lois civiles, alors

ces

devait

lois,.il

que pour observer le respect de de côté certaines choses qui- lui

laisser

de même il n'est pas fou le seraient avantageuses f) peuple qui ne prise pas son intérêt particulier au point ;

de négliger

communs

les droits

même

raison est, en elfet, la

même

que

de son

utilité

à toutes les nations. La

dans

les

deux

qui enfreint le Droit

le citoyen

de toute sa

peuple violateur du droit de

la

De

en vue

germe qui contient son

présente, détruit le

intérêt à venir et celui

cas.

civil

même

de

])0stérilé;

le

nature et des gens ren-

verse à jamais les remparts qui protégaicnt sa propre tranquillité.

cune

utilité

sagesse, et

non de

— Aussi

même

laisser porter

* se

œuvre de où nous sen-

nous conduit.

d'avouer ([ue les

ginées par la crainte de l'injustice

Platon

ne se promettrait au-

droit, ce serait

pas généralement vrai de dire

n'est-il

« qu'il est nécessaire

du

de se

folie,

tons que notre nature

XIX.

même on

Mais quand

de. l'observation



:

»

lois

ont été ima-

pensée qui, dans

trouve expliquée ainsi, que les lois ont été

inventées par la crainte de recevoir une injure, et que

Marc-Antomn

(*)

IX)

(liv

:

«

se sert avec à propos de

Toute action de

ta

cette

même

comparaison

part qui ne se rapportera pas de près

ou de loin au but de la communauté, jette la discorde dans la vie et empêche qu'elle ne soit uniforme. Elle n'est pas moins séditieuse que celui qui cause des divisions dans le peuple. »

ne

l'est

(lit

que « l'homme qui

s'est

Au

livre XI,

comme n'étant pas retranché comme le même Amomn le dit,

genre humain. » Kn

considéré

de tout

effet,

ce qui est utile à l'essaim

aussi utile à l'ahcille.

Darbevrac

fait



la citation

Horace,

est

(inoTins.

le

second de ces passages,

a de défectueux.

liv. I, sat. 3, v.

2 Plato.\, liv,

le

observer que Grotius ayant probablement cité de mé-

moire, a mal rapporté ce que

il

séparé d'tm setd homme, ne peut pas être

II

de

la

lll.

Répub.

et s'arrête à

redresser

P. P.

F.

DU KROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

23

hommes

les

sont contraints par une sorte de force à cultiver la justice. Cette proposition ne concerne seule-

ment que

les institutions et que les lois qui ont été étapour faciliter la mise en pratique du droit. C'est que beaucoup d'hommes, faibles par eux-mêmes,

blies ainsi

ne

voulant pas se laisser opprimer par de plus forts qu'eux, se sont entendus pour établir et maintenir à forces communes des tribunaux, aiin que tous ensemble et

prédominassent sur ceux auxquels chacun d'eux n'était pas capable de résister seul. C'est précisément dans ce sens qu'on peut admettre cette parole que le droit est la volonté du plus fort; ce qui veut dire que le droit manque de son effet extérieur, s'il n'a point la force pour l'assislcr

:

ainsi

Solon a accompli de très-grandes choses, il le déclarait, « en accouplant sous le

comme lui-même

même joug XX.

la force et le droit

— Cependant,

(*).

»

bien que dépoui-vu de l'assistance de la force, le droit n'est pas dénué de tout effet; car la justice apporte la sécurité à la conscience, l'injustice produit des tortures et des déchirements semblables à ceux que Platon nous décrit dans la poitrine des tyrans

Le concert des gens de bien approuve la justice l'iniquité. Mais ce qu'il y a de plus imporc'est que celle-ci trouve un ennemi, celle-là un

'.

condamne

et

tant,

protecteur en Dieu, qui réserve ses jugements pour après cette vie, de façon à ce que souvent, dès celle-ci,

en fasse sentir les effets, ainsi que prend par de nombreux exemples.

il

C'est ce que dit

(')

« II •

a

bon

Voir

Ovide {Métam.,

In causa que droit, et

le

valet,

lib.

GoRGiAS,

t.

I, ;

et le liv.

nous

l'ap-

VIII, vers. 59.)

causam que luentibus armis.

son droit est défendu par

cite, Annal. VI, cap. vr

l'histoire

les

»

armes.

Grotius. IX de la République. Voir aussi' Ta-

Cicéron 3,

De

offic, 2,

I

(Gronovius

;

et

Quintilien,

12,

Barbkyrac.)

PROLÉGOiMÈiNES SUR LES TROIS LIVRES

24

XXI.

— Si beaucoup d'hommes exigent

la pratique de la

justice de la part des citoyens, mais en l'ont peu de cas dans un peuple ou le chef d'une nation, la cause de cette erreur provient d'abord de ce qu'ils ne considèrent rien

autre chose dans le droit ([ue

qui en découle;

l'utilité

uti-

évidente en ce qui concerne les citoyens,; puisque,

lité

sont impuissants à se défendre eux-mêmes. Les

isolés, ils

grands États, au contraire, reté,

semblent renfermer en

(pii

tout ce qui est nécessaire pour vivre en sû-

eux-mêmes

ne paraissent pas avoir besoin de

garde

le

dehors, et

(fui

porte le

nom

cette vertu (jui re-

de justice

XXII. — Mais pour ne pas répéter ce

([ue j'ai dit, ((ue

point été établi en vue de la seule

le droit n'a

'.

utilité,

il

ne puisse avoir besoin du secours des autres, soit pour le commerce, soit même pour repousser les efforts de plusieurs nations étrangères unies contre elle. Aussi voyons-nous que les n'est pas

de nation

peuples et les rois

si

ceux qui renferment État.

Tant

il

la justice

est vrai

taines dès qu'on se retire

XXIII.



S'il

n'existe



maintenir sans le droit

'

recherchent des

les plus puissants

dans

les limites

lib.

ici

une expression d'A-

où ce philosoplie platonicien

Il),

ex(iliquanl les vcrlus selon les idées de son école, dit

comme

avantnf,'euseà celui-là mcnie

pelle btenvctJtancc •lu'elle a

;

mais

(|u'en

en vue l'intérêt d'autrui,

cpii

tant qu'elle elle est

que

:

«

L'homme

pour cela qu'on dit que

la

juste

se termine au

la

Nicom.,

lib.

dehors cl justice.

citation sui;

et c'est

un bien étranger (ou un bien

appartient à ceux envers qui s'exerce celte vertu, » {Elhic.

la

agit en laveur d'autrui

justice est

(jui

).

justice con-

nommée proprement

qui

possède

la

possède cette vertu, s'ap-

Harbf.yrac qui reproduit cette note en l'étendant, ajoute vante d'Aristote

de cha-

que toutes choses sont incerdu droit. aucune société qui puisse se ce que prouvait Aristote par

Groxovius remarque que Grotius emploie

PULÉE (Ve Philosoph. moral., sidérée

al-

n'ont aucune eflicacité selon' l'opinion de

liances, qui

que

forte qui, parfois,

V, cap.

x.).

|ilutôt »|u'à celui

P.

1'.

F.

\

"

DU DROIT DE

l'exemple mémorable des brigands

(•)

Chrysostôme, sur

comment

qu'un,

Quand

cela

n'observent pas

ils

vous

égale,

distribution

car

;

les lois

dans

si,

de

s'ils

disait

Pyrrhus,

les

divisent le patrimoine avec un fer sanglant.

Puis

rouche

CicKRON

»

1

Tant

»

ad. famil. IG). Polybe

ce qui contribue

rompre

plus à

en un mot, lorsqu'ils ne se gardent pas la •

insociable et

fa-

(iv,

29) remarque que

sociétés des malfaiteurs et des bri-

les

gands, c'est lorsqu'ils n'observent pas entre eux

tiré

rap-

« Qu'ils

ne peut compter sur rien, lorsqu'on s'est

dit qu'on

éloigné du droit {Epist. le

:

ajoute cette excel-

il

désir de s'agrandir est

le

laisserait

qu'il

la plus pointue,

Phéniciennes

proche ce mot du vers placé par Euuipide dans «

ne font pas une

verrez en venir aux mains cnlre eux. »

les

PujTARQUE, après avoir rapporté ce que

:

C'est lorsqu'ils

partages qu'ils font entre

les

son royaume à celui de ses enfants qui aurait l'épée

lente exclamation

paix?

Vivent en



en prie?

justice, et

la

est cer-

il

« Mais, dira quel-

:

brigands

les

lieu? Dites-le, je vous

a-t-il

n'agissent pas en brigands

eux,

que

faire

se



(*)',

aux Éphésiens

chap. iv,

le

peut-il

25

GUERIIE ET DE LA PA.1X.

Li\.

de

les règles

la

justice,

uns aux autres. Grotius.

foi les

Barbeyrac remarque que l'exemple auquel Grotius fait allusion est de Platon et de CicÉRON. Voici le passage de Platon « Croyez:

vous qu'une

qu'une armée, que

ville,

les

même

voleurs

et les brigands, et

toute autre société de gens qui s'unissent pour quelque chose d'injuste,

puissent se maintenir et parvenir à leur but,

aux autres tice, dit

?

— Nullement... »

CicÉRON, sont

si

{De Repub.,

grands

s'ils

se font

lib. 1.) «

et si étendus,

Les

du tort

que ceux-là

les

uns

de

la jus-

même

qui ne

effets

vivent que de rapines et de crimes, ne sauraient subsister sans observer On dit même que les brigands ont entre eux quelque sorte de justice établi entre

eux des

auxquelles

lois

exactement. » [De offic,

se soumettent, et qu'ils observent

ils

lib., II, 11.)

Cet exemple allégué par Grotius a été souvent

cité.

Il

est certain

que

une communauté d'hommes réunis pour faire le mal ce qui veut dire qu'il faut même à une communauté de brigands, une loi commune qui les relie les uns aux autres, une règle

la justice serait

nécessaire

même

à

;

commune suffisamment juste pour

régulariser leurs rapports et maintenir

entre eux accord, union, harmonie (Voir Houzel, Conslitulion sociale, droit de guerre. p. 90). Cette proposition sera d'ailleurs la justification du

Comme

la justice est

liers,

le plus

ciété,

si

il

le

pour

les nations, aussi

impérieux des besoins;

droit pouvait être

faut bien qu'un

indépendance

même

(Voir infrà,

pour

il

n'y aurait plus de so-

impunément méconnu

moyen d'obtenir

est aussi indispensable

bien que pour les particu-

comme

et foulé

aux pieds,

justice sorte, pour les peuples, de leur liv.

la police

H,

ch.

i,

g 2).

Le

droit de guerre

extérieure des- nations, que le droit

rROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

26

l'association qui relie le genre

que

tain

sieurs peuples entre eux, a besoin

du

humain, ou pludroit

c'est

:

ce

qu'a reconnu celui qui a dit qu'il ne faut rien commet-

de honteux, pas même dans l'intérêt de sa patrie'. blâme avec sévérité ces hommes ([ui ne souf-

tre

Aristote

frent point qu'on leur

commande

à moins d'en avoir le

ne se soucient pas

droit, et qui, à l'égard des étrangers,

de ce qui est juste et de ce qui ne

— Ce même Pompée

XXIV.

l'est

([ue

pas

^ (*).

nous avons

cité tout

un sens opposé, corrigea ce mot d'un

à l'heure dans

certain roi de Sparte, (jue a lu réi)ublique la plus heu-

reuse serait celle dont les frontières seraient maniuces par la pi([ue et le glaive, » en disant (pie a l'État vrai-

ment heureux serait nes. »

Il

pour bor-

celui qui aurait la justice

a pu, à ce sujet, invoquer l'autorité d'un ancien

de Sparte, qui donna la préférence à la justice sur courage militaire (**), par cette raisgn que la valeur doit être dirigée par une certaine justice, et (juc si tous roi

le

les

hommes

étaient justes,

la justice est

de rendre État. Voir

CAUcnv,

le

ils

n'auraient pas besoin

indispensable pour

la i)oiicc

du

intérieure de cliaiiue

Droit maritime international,

t.

I,

p.

18.

P. P. F.

CicÉRON, De

*

offic., lib. 1, c.

2 Aristote, Politic, (*)

45.

lib. Vil, c. 2.

Plutarque {Vie d'Agésilas)

consister

la

ne connaissent

et

que

les

mêmes Laccdémoniens dans Thucydide

exactement

les

Laccdémoniens faisant

n'apprennent d'autre droit que ce qui leur parait propre

à l'agrandissement de Sparte. Voici ce

des

que

dit

principale partie de riionnctcté dans l'intérêt de leur patrie,

les

règles de

la

Athéniens disent du génie

(lib.

V)

:

«Ils observent fort

vertu entre eux, et par rapport aux lois

de leur pays. Mais que sont-ils envers les étrangers ? On pourrait citer celui-là aura résumé la chose en beaucoup de choses sur ce point peu de mots, qui aura dit (pj'ils ne considèrent comme honnêtes que ;

les

choses qui leur sont agréables,

et justes,

(••)

Agésilas entendant appeler

dit-il, est-il

mol

que

celles qui

leur sont

Grotius.

utiles,

plus grand

que moi,

se trouve dans PLUTAH«iit.

Grand à

le roi

moins

(ju'il

des Perses

:

«

Comment,

ne soit plus juste. » Ce

Grotius.

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. courage militaire. Lps stoïciens définissaient

la

27 valeur

« une vertu combattant pour l'équité*. » Thémistius, dans son discours à Valence, dit éloquemment que les rois, tels

que

de

les exige la règle

la sagesse,

ne tiennent

pas compte de la seule nation qui leur est confiée, mais

de tout le genre humain et qu'ils ne sont pas seulement, suivant ses propres termes, amis des Macédoniens, ou des Romains, mais amis de l'humanité (*). ;

Le nom de Minos

n'a pas été rendu odieux à la postépour d'autre cause, que parce qu'il assignait pour bornes à son équité les limites de son empire (**).

rité

XXV.

— On

d'autant moins admettre, ce que

doit

que dans

certains individus s'imaginent, les droits sont

suspendus, que

la

la

guerre tous

guerre elle-même ne

vue d'obtenir justice, et que, ne doit être conduite que dans les termes du droit et de la bonne foi. Démostlièncs dit avec raison que la guerre est dirigée contre ceux qui ne peuvent être contraints par les voies judiciaires. Les formes de la justice sont efficaces contre ceux qui se sentent impuissants à résister quant à ceux qui peuvent lutter ou qui pensent le pouvoir, on emdoit être entreprise qu'en

lorsqu'elle est engagée, elle

;

armes contre eux. Mais pour que la guerre il ne faut pas l'exercer avec moins de religion qu'on a coutume d'en apporter dans la distribution de

ploie les

soit juste,

la justice.

'

Voir CicÉRON, De

MARC-ÀJiTOMJi

(*)

trie,

offîc.,\ih.

disait

I, c.

xix.

excellemment

qu'il avait

comme Antonin Rome, comme homme

abstinent.,

lib.

II) disait

s'abstient de faire et à tous les

raison, plus

(")

Il

il

du mal

hommes

laisse

à ses concitoyens, et

en général

;

et

que plus

conduire par

il

liv.

montre soumis

se

y a sur ce point un vers d'un ancien poëtc

VI.

sous

le

joug de

la raison,

plusencore aux étrangers

se rapproche de la divinité.

missait opprimée Julien,

que celui qui se

pour cité et pour pa-

monde. Porphyre (De

le

à la

Grotius. :

«

Toute Vile

gé-

ilinos. » Voir Cyrille, contre

Grotius.

PROLEGOMENES SUR LES TROIS LIVRES

28

— Qu'elles se

XXVI.

des armes

concernent

pour

non pas

conviennent à tous

et

les lois civiles, celles qui

les tribunaux, celles qui

la paix, et

au milieu

taisent donc, les lois,

mais seulement

*,

ne sont propres

(luo

les autres qui sont perpétuelles

les

temps.

Il

a été, en elîet, très-

bien dit par Dion de Prusc, qu'entre ennemis les

lois

aucun pouvoir; mais qu'il existe entre eux des lois non écrites (*), savoir, celles que la nature prescrit, ou que le consentement des nations a établies. C'est ce que nous enseigne celte ancienne formule des Romains « Je pcn.sc qu'on doit recouvrer ces choses par une guerre sans lâche et juste. » Ces mêmes anciens Romains, ainsi «juc Vnrron écrites, c'est-à-dire les lois civiles n'ont

I

j

:

i'

remarquait, n'entreprenaient

le

la

guerre (jue tardive-

I

ment,

aucune licence, parce <|u'ils [pensaient qu'aucune guerre ne devait être laite si elle n'était légitime. Camille disait qu'on doit faire la guerre avec non moins de justice que d'intrépidité. Suivant Scipion l'Africain, le peuple romain cntrci^renait «ivec justice ses guerres et les terminait de jnème. Chez tel auteur vous lisez ([ue la guerre a ses lois aussi bien que la paix. Tel autre admire Fabricius comme un grand homme qui apportait, ce qui est très-diflide l'honnêteté dans

cile,

*

et n'y apportaient

Les armes,

comme

du forum,

à ces

temps de calme,

i. 1,

les

adage, imposent silence aux

— aux

qui

lois positives

et

guerre et croyait qu'il y a

lois

ordinaires de

sont laites par les

non pas

à ces lois

même

(Cauouy,

le

— les

faites |)our tous

Droit maritime international,

au roi Alphonse à quoi

ou aux armes.

métier de

la

gens de bien

le désir

mais

procédure el

P. F. F.

On demandait livres

lois,

la

hommes pour

immuables qui sont

p. 20).

(*)

aux

vieil

bien Grolius,

si

temps par Dieu

les

le

un

dit

l'explique

la

guerre il

Il

répondit

et le droit

y a des

lois

de

de la

<|u'il

la

il

avait

le

plus d'obligation,

avait appris dans les

livres

guerre. Plutaiiquk dit ([u'cnlre

guerre, et qu'il ne faut pas porter

de vaincre au point de ne pas éviter un avantage provenant d'une

action mauvaise et impie.

Grotius.

DU DROIT DE LA GUERUE ET DE LA PAIX. choses

lies

même

illicites,

20

ennemi

à l'égard d'un

'.

XXVII. — Les historiens nous montrent partout com-

bien a d'influence dans la guerre la conscience que l'on

bon

a de son

'

droit

(*)

attribuent souvent la victoire

ils

:

guerre doit être juste dans son principe,

Si la

elle doit l'être

forme au droit

et

aux

(m'clle ne doit pas être

de

éternelles de l'humanité et

lois

comme

de réparation. C'est dans ce sens

qu'il

cause de

ly>y'

la justice, et /

un moyen d'obtenir plus que ce qui

autre chose que ce qui est dû, soit

dans

manière cou-

ses conséquences, c'est-à-dire qu'elle doit être faite d'une

proposition de

faut entendre la

Grotius. (Voir Massé, Le Droit comm. dans ses rapports avec le Droit des gens, l. I, p. 104 ;3Vheatoj(, Uistoire des progrès du Droit des gens, 3' édit.,

Appien

(•)

t. I,

fait

honnêtement notre

patrie. » Cassius,

dans

XV

Nous devons placer notre

«

auteur,

dit

repose sur

qui

guerre que nous avons

la

pour défendre

même

le

:

cause de

la

et justement entreprise

meilleure espérance est celle liv.

Pompée

dire avec raison à

bon

le

institutions de

les

qu'à

la

guerre

droit.

la

Josèphe

de son Histoire ancienne) déclare que Dieu se sépare de ceux

qui n'ont pas

bon droit pour eux. On rencontre là-dessus bien des

le

le discours, paf exemple, de Bélipour l'Afrique, où l'on trouve entre autres choses ces mots

pensées approchantes dans Procope; saire parlant «

:

Le courage ne nous donnera pas

d'armes

la justice; »

combat non

et

les

;

n'a pour

même

un autre discours du

loin de Cartilage

où l'on trouve

la victoire, s'il

compagnon

général, avant un

Lombards aux Hérules,

et ce discours des

paroles suivantes, mais que nous avons modifiées

:

«Nous prenons à témoin ce Dieu, dont la plus minime partie de puissance marche de pair avec toute la force humaine. 11 y a lieu de croire qu'ayant égard aux causes de

la

guerre,

donnera à

il

bataille

la

bientôt justifiée par un événement merveilleux.

parler ainsi Totila aux Goths dis-je, qu'il arrive

:

«

Il

la

fait

la

conforme à

manière dont on a vécu. » Après

la

il

n'est pas possible,

violence et de l'injustice

gloire en combattant, mais la fortune de la guerre se

acquièrent de

fait

fut

Le même écrivain

ne peut arriver,

que ceux qui se servent de

un résultat pro-

Cette parole

à ce que les uns et les autres méritent. »

portionné

un autre discours tendant au

même

sujet.

la

prise de

Agathias

Rome,

Totile

(liv. II) dit

« l'injustice cl l'oubli de Dieu doivent toujours être évités, et

que

que ce sont

des choses nuisibles alors surtout qu'on en vient aux mains avec l'en-

nemi.

»

Il

l'hisloirc

prouve cela ailleurs par des exemples remarquables de Darius, de Xcrcès

et

/ \

O

P- P- F-

p. 55.).

confiance dans les dieux, et dans

/

guerre, soit à titre

la

tirés

de

des Athéniens en Sicile. Voyez aussi

^

^

est dû, ni

.

30

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROLS LIVRES

que du soldat sont abattues ou relevées par le sujet de la guerre que celui qui a pris des armes injustes revient rarement sain et sauf; que l'espérance est la compagne d'une bonne cause et autres sentences conçues dans le môme sens. Les succès heureux des entreprises injustes ne doivent ébranler personne il suffit que la justice delà cause ait une certaine et même une grande principalement à cette cause. D'où ces proverbes

:

les forces

;

;

;

influence sur les actions,

([uoique

de cette humaines,

l'ellet

fluence, ainsi qu'il arrive dans les choses

in-

soit

souvent entravée par l'interposition d'autres causes. L'opinion (jue la guerre n'a été entreprise ni avec témérité, ni avec injustice, et qu'elle est conduite d'une

même

légitime, a lier

eflicacité

des amitiés dont les peuples,

liers, fet,

une grande

manière

pour se conci-

comme

les particu-

ont besoin pour bien des choses. Persoime, en

ne

s'allie

de cas du rations

la justice et

— Quant à

que

commun

de

droit,

XXVIIL

ef-

facilement à ceux qui sont réputés faire peu

je viens d'exposer,

à tous les peuples,

guerre, soit dans la guerre,

me

ves raisons-pour

de

la

bonne

foi.

moi, convaincu par les considé-

j'ai

de l'existence d'un droit et servant soit pour la eu de nombreuses

déterminer à écrire sur ce

et gra-

sujet. Je

voyais dans l'univers chrétien une débauche de guerre

qui eût

fait

même

honte

aux nations barbares

;

pour des

causes légères ou sans motifs on courait aux armes, et lorsqu'on les avait une fois prises, on n'observait plus

aucun respect

ni

d^ns IlÉRODiEN (vin),

le

du

droit divin, ni

du

droit

humain,

discours de Crispinus aux habitants d'Aquiice.

On

voit dans

les

Athéniens, après beaucoup d'entreprises injustes,

Thucydide (iiv. VU) que les l.acédémonicnss'attrii)ucnlles échecs subis par eux à Pylos et autre part, parce qu'ils avaient repoussé un arbitrage auquel ils avaient été provoques. Mais comme dans la suite

même .

satisfaction,

LacédémonicDs.

l'espérance de

résultats

plus

avaient refusé

la

heureux revint aux Grotius.

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PALK. COU) nie

en vertu d'une

si

déchaînée sur

XXIX.

la yoie

loi

générale la fureur avait été

de tous

— En présence de

31

crimes

les

*.

cette férocité,

beaucoup de

persoinies nullement cruelles en vinrent au point d'interdire toute espèce de guerre

au chrétien

(*)

,

dont

la rè-

gle consiste principalement dans le devoir d'aimer tous

hommes. A cette opinion paraissent quelquefois se ranger Jean Férus et notre Érasme 2, grands amateurs

les

de

la

paix ecclésiastique et de la paix civile

le font,

comme

je pense, qu'à dessein

mais ils ne de pousser d'un ;

que nous avons coutume de le faire, les chopour qu'elles reviennent dans leur juste mesure. Mais cette exagération dans les cllorts en sens contraire est souvent tellement peu profitable qu'elle est même imisiblc, parce que l'excès qui s'y

côté, ainsi

ses qui se sont déjelées de l'autre,

trouve se laissant facilement surprendre, enlève leur autorité

aux autres choses qui peuvent être dites dans les du vrai. Il a donc fallu remédier à l'une et l'au-

limites

tre de ces extrémités, afin qu'on ne crût pas ou que tout est défendu,

XXX.



ou que tout est permis. J'ai

même

voulu aussi, en

chose qui maintenant

me

restait à

temps,



la seule

moi, chassé indigne-

ment d'une patrie ornée de tant de mes travaux 3, rendre utile par l'étude à laquelle je

me

— me

suis appliqué

La vue d'un si triste état de choses avait fait dire à quelques auÉrasme en particulier, que les chrétiens, dont le devoir est d'aimer tous les hommes, n'ont pas le droit de faire la guerre. Grotius *

2

teurs et à

est

moins radical,

et fait

preuve d'un sens beaucoup plus pratique.

propose pas de supprimer tales

de l'humanité, mais

il

la

guerre, car

fait

la

appel à ces

guerre est l'une des

lois éternelles

Il

ne

lois fa-

qui conviennent

à tous les temps, et qui sont applicables à une guerre sainte et pure.

En

cela Grotius a devancé l'esprit des

temps modernes.

P. P. F.

Tertullien a dit (De la Résurrection dé la chair, chap. xvi) « Gladius benè de bello crwntus, et melior homicida, Grotius. (*)

'

Grotius

écrivait cela à Paris en 1G25.

(Barueyrac.)

:

32

raOLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

dans j'ai

la vie privée, à cette

jurisprudence qu'auparavant

pratiquée dans les emplois publics avec

que

j'ai

présent de

lui

tégrité

le

plus d'in-

pu'. Plusieurs se sont proposés jus(iu'à

donner

la

forme d'un

personne n'y

art;

a réussi; et cela ne peut avoir lieu, à moins,



— ce dont

(ju'on ne séon ne s'est pas encore assez préoccupé, pare convenablement les choses qui viennent du droit positif

ceptes

de celles qui découlent de

du

nature. Les pré-

la

mêmes, peu-

droit naturel étant toujours les

vent facilement être réunis en règles d'art positions qui proviennent

du

;

mais

les dis-

droit positif changeant sou-

vent et variant avec les lieux, sont en dehors de tout

système méthodique,

comme

les autres notions

des cho-

ses particulières.

XXXI. de

— Que

ceux

si

la vraie justice

consacrés au culte

se sont

([ui

entreprenaient de traiter séparément

des parties de cette naturelle et perpétuelle jurispru-

dence, après avoir écarté ce qui

hommes;

volonté arbitraire des traitait

des

lois, l'autre

tire si

son origine de

l'un,

la

par exemple,

des tributs, l'autre de

l'ollicc

des

juges, l'autre de l'interprétation des volontés, l'autre de

on pourrait faire ensuite de toutes un corps complet. XXXII. Pour nous, nous avons démontré par des effets plutôt que par des paroles, dans cet ouvrage qui contient la partie de beaucoup la plus noble de la jupreuve des

la

faits,

ces parties réunies



risprudence, quelle est la voie qui nous paraît devoir être abordée.

XXXIII.

— Dans

le livre

premier, en

effet,

après avoir

parlé de l'origine du droit, nous avons examiné la quess'il

y a quel([ue guerre qui soit

pour connaître

les différences ([ui existent

tion générale de savoir juste; puis,

*

Grotius avait été avocat

fiscal et

pensionnaire de Rotterdam.

(Barbevrac.)

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

33

entre une guerre publique et une guerre privée, nous

avons dû cxpli(iucr

nature

([uclle est la

même

de

la

souveraineté, (juels sont les peuples qui en jouissent,

quels rois la possèdent dans son intégrité, quels sont

ceux qui ne l'exercent qu'en partie, qui en usent avec le droit d'aliénation, ou (jui la détiennent autrement.

Nous avons dû parler ensuite du devoir des

sujets en-

vers leurs chefs.

XXXIV. Le

livre

second ayant eu pour objet d'expopeut naître, on y

ser toutes les causes d'où la guerre

expli(pic avec dévelo\)pement (piellcs choses sont coni-

nmnes,

([u'ellcs

sont susceptibles tl*ap[)ropriation, quel

droit ap})artient aux persojmes sur les personnes, (|uelle

découle de

obligation

la

propriété, (lucUc est la règle

des successions au trône, (juel lien provient du pacte ou

du

du serment

contrat, ciucUe est la l'orce des alliances,

que public,

tant privé

et

comment

réparation d'un

ter, (|uelle doit être la

quelle est l'inviolabilité

faut les interpré-

il

dommage

causé,

des ambassadeurs, quel droit

préside à la sépulture des morts, quelle est la nature

des peines.

XXXV. est

— Le troisième

de rechercher

ce

après avoir distingué

même

ce

(jui est

livre,

(jui

est

ce qui se

soutenu

dont

le principal

permis dans

comme

fait

la

sujet

guerre,

avec impunité, ou

légitime chez les peu-

ples étrangers, de ce qui ne renferme rien de vicieux en soi,

les

descend aux diverses espèces de paix,

XXXVI. tant plus



L'importance de cette œuvre a paru d'augrande que personne, ainsi ([ue je l'ai dit, n'a

traité toute cette matière,

des

et à toutes

conventions usitées dans les guerres.

])arties, l'ont fait

et

que ceux qui en ont

travail d'autrui.

Des anciens philosophes

dans ce genre,

ni

quels Arislote a i.

traité

de manière à laisser beaucoup au

parmi écrit un

les Grecs,

livre intitulé

il

ne reste rien

au nombre des:

les

Droits de la 3

PIIOLÉGOMÈMES SUR LES TllOIS LIVRES

34

— ce qui pourtant beaucoup à souhaiter, — parmi ceux qui se sont enrôlés dans christianisme

guerre

';

était

ni,

le

même des anciens Romains sur le droit

naissant. Les livres fécial

ne nous ont rien transmis d'eux que leur

Ceux qui ont

écrit des

sommes de

cas de conscience, n'ont, rivé



que cela leur est arde la guerre, des

ainsi



pour d'autres matières,

lait

engagements, du serment, des représailles,

(|ue des su-

de chapitres.

jets



J'ai

guerre, écrits,

les

XXXVII.

vu aussi des

et sir

la

théologiens, tels ([ue

Gorckum

James Mackintosh après

Guillaume

3,

Barbeyrac, dans une note sur ce passage, conteste

que Grotius,

de

livres sur le droit

uns par des

Francisco Victoria'^, Henri de

'

titre.

cas appelés par eux

le fait.

Il

parait

(Discourse on Ihe study

lui

of the law of nature and of nations), ont clé induits en erreur par un passage du grammairien Ammonius, et que dans le titre d'un ouvrage d'Aristote: Aixatw(JLaTa à

la

gens, 2

twv

TioXacov, le

mot

TrdX£jj.tov aurait été

place de Tro'Xetov. Voir Wiieaton. Histoire des progrès \,

p. 23,

note

mis

du droit des

P. P. F.

1.

Francisco de Victoria, né en 1480, mort en

154G. Dominicain

espagnol, professeur à l'Université de Salamanque. L'ouvrage de Francisco DE Victoria, intitulé Relecliones theologicae, ([uoiqu'il en six éditions, dont la première à

Lyon en 1557,

ail

paru

dernière à Venise en

et la

1626, est devenu extrêmement rare. Cet ouvrage est composé de treize dissertations

ou relecliones, selon

donné, sur divers

sujets.

sixième, l'une intitulée

De

le titre

Deux de ces

que l'auteur lui-même leur

dissertations, la cinquième et

Indis, et l'autre

De jure

belli,

droit international. Les dissertations Ihéologiques

imprimées pour

la

première

fois

a la

ont rapport au

de Victoria

furent

en l'année qui suivit l'abdication de

Cliarics-Quint et qui |)récéda sa mort (1557)

;

mais

elles étaient

compo-

sées depuis longtemps, et bien que Victoria s'en défende avec modestie,

on peut croire que plusieurs de ces

petits traités étaient des réponses à

Wheaton, Histoire du Droit des gens, 3° édit., t. I, p. 33 et suiv.; Cauciiy, Le Droit maritime international, t. II, p. et suiv. P. P. F. ^ Henri de Gorckum. —C'étailun Hollandais, ainsi nommé du nom de

des cas de conscience posés par l'empereur. Voir

:

des progrès

1

sa patrie et chancelier de Cologne.

composa un

traite

de beUnjusto.

Il

1

vivait au milieu

du xv*

siècle, et

(Barbeyrac.)

il

DU MOIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. Matllieus

les autres

par des docteurs

35

que Jean Lupus ^, François Arius^, Jean de Lignano*, Martinus '

(*)

;

tels

Laudensis*; mais tous ces auteurs ont dit très-peu de chose sur un sujet si fertile, et la plupart l'ont fait de façon à mêler et à confondre sans ordre aucun ce qui

du droit naturel, du droit divin, du droit dos gens, du droit civil, ce qui découle des canons. XXXYIII. Ce qui leur a surtout manqué à tous, la lumière de l'histoire, le très-érudit Faber" a essayé d'y est



suppléer dans quelques chapitres de ses semestres, mais du plan qu'il s'était proposé, et

suivant les proportions

en n'alléguant que des autorités, La même chose a été tentée avec plus de détails, et pour rattacher à quel([ues générales une grande quantité d'exemples, par

règles

Balthazar Ayala

Guillaume Mattheus.

'

quelle nation.

(le

et,

',

nom (•)

Barbeyrac,

ni le

«

Je ne sais qui

il

est, dit

(Barbeyrac.)

Ajoutez à ces théologiens Jean de Carthagène, dont à

Rome

en 1G09.

BEYRAC

traité de cet

— De Ségovie,

a été

auteur d'un traité de

(Barbeyrac.)

auteur a pour litre

.•

De

bello et ejus justitid.

Arias et non Arius.

l'appelle

le livre

Grotius.

Jean Lupus (Jean De Loup). Le

Alberico

M. de Courtcn traduit Malthison. Sur ce pied-là

Ucllo et liellatoribus. ^

par

lui,

parait anglais. »

imprimé 2



que

plus

*Jean de Lignano.



Bar

P. P. F.

De Bologne, auteur d'un

traité

de Bello.

(Barbeyrac) 5

été

Martinus Laudensis (Martin de Laude). réimprimé

à

Louvain, en 1G47, avec



le traité

Son

— C'est Pierre

conseil, puis maître des

ment de Toulouse. tulé

Semestrium

réimprimé

Il

duFaur, deSaint-Jori,

était

grand

un des disciples de Cujas. Son ouvrage,

Lyon,

à

H

traités

expliquant les

inti-

a été plusieurs fois

(Barbeyrac.)

Genève.

'ludrîpend.immcut des ouvrages publiés par

un grand nombre de

conseiller au

requêtes, et enfin premier président au parle-

libri très, est plein d'érudition.

à Paris, à

de Dello a

(Barbeyrac)

parle un peu jdusbas.

"Faber.

traité

d'AvALA, dont Grotius

les

lois

théologiens casuislcs,

de

la

guerre ont

été

écrits au \\i' siècle par des publicisles espagnols cl italiens, dont plusieurs

sont cités par notre auteur. L'iispagne, sous Charles-Quint et Philippe II,

PKOLÉGUiMÊNES SUK LES TROIS LIVRES

30

Gomme

Geiitili'.

de ce dernier

je sais (jue l'exactitude

peut aider d'autres auteurs,

et (juc je

reconnais liaute-

élant devenue la première puissance militaire et iioiiliquc de i'Kurope,

entretenant de grandes armées et faisant de longues guerres, devait èlre la

première

de celle parlie essentielle du

à sentir le besoin

gens, qui détermine systématiquement

les

de

ijrincipes

WiiEATON, Histoire des pror/rès du Droit des gens,

THAZAR Avala (originaire d'Espagne, mais né

t.

I,

droit des

guerre. Voir

la

p. 41.

— Bal-

Anvers en I5i8, mort en

à

ma-

1584), grand prévôt de l'armée espagnole, a écrit un traité sur celle

dédié au prince de Parme,

a

tière, qu'il

vrage, intitulé

second

Dans

ses devoirs.

guerre

De jure

et officiis helli, est

comme

WuEATON,

guerre, et

la

libr. cit.,

p.

du

le

troisième à

le

la

droit international, et cite sans cesse à

l'histoire

41 et suiv,

;

romaine

Caucuy,

et

du droit romain. Voir

libr.

cit.,

suiv. •

servait. Cet ou-

iiremier de ces livres, l'auteur traite des lois de

le

faisant ))artic

exemples tirés de

l'appui, des

il

partagé en trois livres, dont

unii|ucment rap|iorl aux droits de

a

lequel

soiis

t.

H, p.

et

2'J

P. P. F.

Alberico Gextili, appelé Alijericus Gentilis selon l'usage de noms propres, naquit dans la marche d'Ancône vers le midu XVI* siècle, d'une famille ancienne et illustre. Son père avait

latiniser les lien

embrassé

le

protestantisme, et fut par suite obligé de quitter

de se réfugier en Allemagne avec sa famille. en

Angleterre,



trouva

il

conscience, mais où

il

Il

envoya son

l'Italie et

fils

Alberico

non-seulement une entière liberté de

fut reçu avec faveur et

nommé

professeur de ju-

risprudence à l'Université d'Oxford. H s'adonna à l'étude du droit naturel et

du droit international. Son attention

sujel, parce qu'il fut

nommé

avocat pour

les

fut surtout attirée vers ce

Espagnols devant

les

cours

de prises de l'Angielerre. Le résultat de ses travaux dans celte partie du droit public fut publié par lui, et cette collection [de advocalione

paniccC, Hanovre, 1013) peut cire considérée des arrêts sur ses travaux traités

droit des gens maritime

le

([ui ait

le

les droits

au comte d'Essex,

de

(jui

la

guerre,

liis-

premier recueil

paru en Europe. Mais

plus scientifiques donnèrent naissance à

complets sur

et dédié

comme

De jure

un des premiers

bclli, publié

l'avait aidé à obtenir la place

en 1589

de profes-

seur àOxford. GrotiL'S reconnaît lui-même qu'il doit beaucoup à GenTiLi,

et

il

est

évident

presque identiques avec a été d'une

grande

par le

les

titres

premier

mêmes

de ses chapitres, qui sont

et le troisième livre de

utilité à ce publiciste (IIallam's,

Grotius,

([u'il

hitroduction ta

llie

lilerature

of Europe,

Lampredi,

à expliquer les lois de la paix et de la guerre, et par là sug-

vol.

Il,

p.

154). Ge.ntili « fut le premier, dit

géra probablement à Grotius l'idée de son ouvrage sur ce sujel.

.

»

Il

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

ment en

37

avoir tiré profit, j'abandonne au jugement des

lecteurs le soin d'apprécier ce qu'on peut lui reprocher,

en ce qui concerne

méthode

nature de son enseignement, la

la

des questions ainsi que des

et la distinction

verses espèces de

di'oit.

di-

Je ne dirai qu'une chose, c'est

coutume souvent dans la solution des controverses, ou de se régler d'après un petit nombre d'exemples qui ne

qu'il a

sont pas toujours acceptables, ou

même

de suivre

l'opi-

nion des jurisconsultes modernes exposée dans des consultations dont

de

un grand nombre ont

l'intérêt particulier

été rédigées en vue

des consultants, et non d'après les

règles naturelles du l'équitable et de l'honnête. Les cau-

qu'une guerre est juste ou qu'elle est Ayala n'y a point touché *. Gentili a esquissé,

ses qui font dire injuste,

comme

il lui a i)lu, (|uelques types généraux, mais beaucoup de points relatifs à de célèbres et à de fréquentes ([uestions, il ne les a pas même effleurés 2.

publia aussi en 1583 un traité sur les ambassades (De legationibus), qu'il

dédia à son ami et protecteur l'illustre sir Philippe Sydney.

T0\, libr.

cit.,

t.

I,

p.

49

et suiv.

;

Caucuy,

libr. cit.,

M. IIallam,

à propos de ce

passage,

« Grotius s'est mépris en disant

qu'AvALA

ou de l'injustice de

la justice

la

fait



11,

Wheap.

33

et

P. F.

P.

suiv. '

t.

remarque suivante

la

n'a pas touché

:

aux causes de

guerre. Son second chapitre traite de ce

sujet en trente-(iuatre pages, et quoiqu'il n'ait pas suffisamment appro-

Grotius

fondi la matière, cl qu'il n'ait pas restreint autant que

de

la

guerre,

raux sans

Europe,

il

mérite cependant l'éloge d'avoir posé

géné-

subtilité

etsans subterfuge. » (Inlroduclion la the literature of

vol. 11, p.

153.— Voir Wueato.n, histoire des progrès du Droit

des gens, 3' édit.,

t.

I, p.

P. P. F.

50 en note.)

2 WiiEATO.\ fait observer

que Grotius n'a

cité nulle part

bus, jurisconsulte allemand, auteur d'un traité

Mayence en 1548. Les principes que pose fouis sous une écrit sur

les droits

les principes

le

masse énorme de

droit romain,

De

Conrad Uru-

legalionibus, publié à

cet auteur sont

comme

en-

citations, tant des auteurs qui avaient

des caiionistcs, de l'Écriture sainte et des

pères de l'Église, que des poètes, des philosopheset des historiens de l'antiquité {Histoire des

progrès du Droit des gens,

t.

I,

p.

47).

Il

n'a pas

PROLÉGOM£^"ES SUR LES TROIS LIVRES

38

— Pour nous, nous avons donné nos

XXXIX.

soins à

nous échappât, et nous avons indiqué les sources d'appréciations où il serait facile de puiser des décisions, même dans le cas où quelque détail aurait été omis par nous. Il reste à exposer rien de semblable ne

ce que

brièvement avec quels secours et ([uel soin j'ai attaqué cet ouvrage. Je me suis préoccupé d'abord de rattacher les preuves, des choses (jui regardent le droit

à des notions

à moins de se faire

ce droit,

mêmes

vous y

si

faites

clairs et évidents,

fait

nature

presque à

si

l'instar

des choses

extérieurs, lescjuels ne la sensation sont

bien

tout ce qui est nécessaire à la perception

Voilà pourquoi, dans les Phéniciennes, Euri-

s'y trouve.

pide

la

bien attention, sont par eux-

que nous percevons par les sens trompent point, si les organes de conformés, et

de

que personne ne puisse les nier violence. Les principes, en effet, de

certaines,

si

parler ainsi Polynice, dont

il

veut que la cause

« Les paroles que je vous ai ait été manifestement juste sont pas embarrassées de détours, mère, ne ma dites, mais sont de celles qui, appuyées sur la justice et l'hon:

pour les ignorants et pour Lepoëte fait suivre aussitôt une décision du chœur, approuvant ces paroles or ce chœur se compose de femmes, et même de femmes barbares. Je me suis aussi servi, pour prouver l'existence XL.

nêteté, sont également évidentes les savants (*).»

:



de ce cilé

droit,

non plus

du témoignage des philosophes, des

histo-

auteurs de l'école Ihéologique Dominique Soto, né

|iarnii les

en 1494, mort en 15G0 (Fratris Domi.mci Soto, segoviensis theologici, libridccem dejuslitiâ et jure, LuRdiini, 1582; la première édition avait

paru en 1560), et François Suarez, né en 1648, mort en 1617 (Tractatus de legibusac Deo legislatore]. Voir Cauchv, Le Droit marUime inlernalional, (•)

Le

t.

même

Il,

p.



P. P. F.

et suiv.

Euripide faisant dire à Ilermione

cette ville d'après

bouche d'Androniaquc

pourvu de houle.

lois

les

»

:

:

«

On ne

vil

pas dans

des liarbares, » place celte réponse dans

« ce ([ui est

honteux pour eux,

la

n'est pas ici dé-

Grotils.

DU DROIT

LA GUERRE ET DE LA PAIX.

Î)E

riens, des pôëtes et enfui des orateurs

doive s'y

fier

indistinctement, car

39

non pàé qu'on ont coutume de

(*) ;

ils

servir les intérêts

de leur secte, de leur sujet ou de leur mais parce que du moment où plusieurs individus, en différents temps et en divers lieux affirment la cause

;

même

chose pour certaine, on doit rattacher cette chose une cause universelle». Cette cause, dans les questions

à

(•)

lisait

Pourquoi ne s'en servirait-on pas, lorsque Alexandre Sévère resans cesse la République de Cicéron, et son Traité des Devoirs ?

Grotius. Les matériaux que Grotius a mis en œuvre étaient, depuis longtemps, entre les mains de tout le monde. Loin qu'il s'approprie vaniteu'

sement ce ques

emprunte, on

lui a reproché ce luxe de citations grecrépandues avec tant de profusion dans son texte. C'est le paie au goût d'un siècle crudit. Mais une chose appartient en

qu'il

et latines,

tribut qu'il

Grotius,

lirojire à

c'est l'art

avec lequel

il

cite tour à tour

et des philosophes, des historiens et des orateurs,

des poètes, jetant ainsi sur

vous attire

térêt qui t.

Il,

p. 39.



et

les sujets les

vous captive. Voir

des théologiens,

des jurisconsultes et

plus arides de la science un in-

Cxvcm.le Dr. marit.

« L'esprit de Grotius, dit sir

pas d'une trempe stupide et servile au point de citer

la

décision est sans appel.

Il

n'était

opinions des

les

poètes et des orateurs, des historiens et des philosophes,

de juges dont

internat.,

James Mackintosh,

comme nous

les cite, ainsi qu'il

celles le

dit

comme

lui-même,

des témoins dont la déposition concordaute, corroborée cl confirmée par leur dissentiment sur presque tous les autres points, est

une preuve concluante de l'unanimité du genre humain sur

règles du devoir et sur les principes fondamentaux de reille

la.

les

grandes

morale.

En

pa-

matière, les poètes et les orateurs sont, de tous les témoins, les

moins rcprochablcs, car sympathies de l'humanité

s'adressent aux sentiments de tous et aux

ils ;

ils

pervertis par les sophismcs; fins, ils

timents

ne sont ni influencés par

ils

ne peuvent ni plaire,

ni

les

systèmes, ni

ne peuvent parvenir à aucune de leurs

persuader

moraux en désaccord avec ceux de

s'ils

s'appuient sur des sen-

Aucun système de philosophie morale ne peut d'une manière certaine faire dévier les grands sentiments de la nature humaine, et le jugement qui en dérive dans tous les temps et dans tous les lieux. Mais où ces sentiments et ce jugement reproche

ont-ils été à

exprimés

Grotius d'avoir

événements de

et

conservés

cités.

leurs lecteurs.

?

Dans ces mêmes

Les usages et

l'histoire, les opinions

les

lois

des philosophes,

orateurs et des poètes, aussi bien que l'observation de

les

écrits qu'on

des nations, les

sentiments des

la vie

commune.

.

rnoLÉGOîiÈNES sur les trois livres

40

qui nous occupent, ne peut être autre qu'une juste con-

séquence procédant des principes de la nature, ou qu'un consentement commun. La première nous découvre le droit de la nature, le second le droit des gens.

La

diffé-

rence qui existe entre l'un et l'autre doit être discernée car les auteurs connon d'après les termes mêmes,



fondent les mots de droit naturel et de droit des gens,

— mais d'après

la qualité

de

matière.

la

Quand on

voit,

qu'une chose ne peut être déduite de principes certains par un raisonnement juste, et que cependant elle paraît être observée en tous lieux, il suit de là qu'elle doit prendre son origine dans la volonté libre

en

effet,

hommes

des

'

sont en réalité les matériaux dont se forme

ceux qui

les

aux

faire de la philosophie, sans avoir égard

fondements de toute vraie philosophie. de la nature

et

science de la morale; et

faits et à

Selon Grotius,

celui-ci n'a pas la

vain de

rexpcricnce, seuls

(Discours sur l'Étude du Droit

»

des gens, traduit par M. Pradier-Fodéké,

de l'ouvrage de Vattel, édit. Guillaumin, *

la

négligent seront justement accusés de tenter en

p.

359

volume

3-'

P. P. F.

et suiv.)

droit des gens dilTère du droit naturel en ce que

le

même

origine que l'autre, et qu'ils ne sont pas égale-

ment obligatoires, jiuisquc le droit des gens n'est obligatoire qu'en vertu du consentement général des nations, tandis que le droit naturel l'est toujours. Tous les raisonnements de Grotius reposent donc sur la distinction qu'il fait entre le droit des gens naturel, et le droit

yosttif ou volontaire.

gens

(le

naturel), de

ensemble dans ce que relle n'a d'autre

dans

le

la

Il

fait

dériver

supposition d'une société où les

l'on a appelé l'état

et

hommes

vivent

de nature; cette société natu-

supérieur que Dieu, d'autre droit que

cœur de l'homme

dessus

premier élément du droit des

le

annoncée par

la

voix de

la loi la

divine gravée

conscience. Les

nations vivant entre elles dans un pareil état d'indépendance mutuelle,

doivent nécessairement être régies par cette

même

loi.

Pour démontrer

l'exactitude de sa défmition un peu obscure du droit naturel, fait Il

Grotius

preuve d'une vaste érudition.

nous apprend lui-même toutes

les

droit des gens positif ou volontaire,

tement de toutes

les nations,

ou de

la

sources où il

lui

donne

il

a

puisé.

Quant au

jiour base le consen-

plupart d'entre

elles, à

certaines règles de conduite dans leurs relations réciproques.

Il

observer s'attache

ensuite à démontrer l'existence de ces règles, en invoquant les

mêmes

J

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.



XLI.

Aussi

me

l'autre

gens,

que du droit

toujours particulièrement

suis-je

appli([ué à. séparer ces

deux

civil

;

droits

non moins

bien plus, dans

distingué entre ce qui

j'ai

41

.est

l'un de,

le droit

vraiment

des

et à tous

égards de l'essence de ce droit, et ce qui ne produit seulement qu'un effet extérieur à l'instar de ce droit primitif: force,

par exemple, de résister par la devoir de se défendre en quelque

la défense,

ou

même

le

lieu ([ue ce soit par la force publique,

en vue d'un avan-

tage quelconque ou pour éviter de graves inconvénients.

On

même

verra dans le corps

de cet ouvrage combien pour beaucoup de cho-

celte observation est nécessaire

Nous n'avons pas séparé avec moins de soins ce qui de droit strictement et proprement dit, d'où naît l'obligation de restituer, et ce qui est dit être de droit, parce que, agir autrement, c'est heurter quelque autre ses.

est

principe de la droite raison.

Nous avons déjà haut, quelque chose sur cette distinction'. XLII.



Parmi

les

plus

dit, et

philosophes, Aristote occupe à

juste titre le premier rang,

que vous considériez l'ordre donne aux matières, ou la finesse de ses distinctions, ou le poids de ses raisons. Plût à Dieu que cette qu'il

autorités que

pour sa définition du droit naturel. Voir infrà,

cliap.

— Voir Wheatojî,

I,

g 10.

p. 3 et suiv.

1. 1,

;

1d.,

Histoire des progrès du Dr. des gens,

et suiv. '

était

par

I,

t.

f,

édit., p.

60

p_ p_ F,

M. Laferrière caractérise

le droit

liv.

Éléments du Dr. internat., 3«

des gens,

il

l'a

ainsi l'œuvre

de Grotius

distingué du droit naturel pur, et

:

il

«

En

créant

a établi qu'il,

formé non-seulement par

le

les principes du droit naturel, mais aussi consentement général des nations, lequel est constaté par leurs

usages. Le droit international était ainsi, dès son origine, enlevé au danger des abstractions ou des vagues généralités. L'idée et le fait marchaient d'accord, et

le

droit prenait de suite le caractère d'un droit na-

turel et positif. C'était faire à

droit

une branche nouvelle de la science du une grande et belle application de la jurisprudence romaine, qui

associait toujours la théorie à la pratique. » {Cours de droit public et

administratif, 5* édit., 1860,

t. I,

p.

299.

P. P. F.

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

42

supériorité ne se fût pas tournée depuis quelques siècles

en

tyraijnie,

au point que

la vérité à huiuelle Aristote

a

fidèlement consacré ses soins, ne trouve pas de plus

grand oppresseur que dans le nom d' Aristote lui-même. Pour moi, j'imite ici et ailleurs la liberté des anciens chrétiens, qui n'avaient juré d'après la secte d'aucuns

philosophes, non pas qu'ils lussent de l'avis de ceux qui

que rien ne peut tomber sous

disaient

de l'homme,

— ce qui

est le

combledc

connaissance

la

la folie;

— mais

parce qu'ils pensaient qu'il n'existait aucune école qui ait

contemplé

la vérité tout entière,

aperçu quelque côté de

aucune qui

n'ait

que

la vérité. Aussi croyaient-ils

réunir en un ensemble les vérités éparscs chez chaciue

philosophe

et

disséminées au schi des écoles, ce n'était

que fonder un enseignement vraiment

faire rien d'autre

chrétien

XLIII.

— Entre autres choses — pour dire en passant

Ces mots sont de Lacta\ce,

(*)

tin

(*).

(Apolog.

I)

s'exprime ainsi

rialon soient tout à

comme

d'eux, à

la

Ce

«

fait diiïcrcnls

sont pas semblables à tous égards plies,

Inslit. div., lib. VIF, cap.

:

;

n'est

pas que

les

vu.—

Jus-

dogmes de

de ceux de Jcsus-Ciirist, mais

non plus que ceux des autres

ils

ne

pliiloso-

des stoïciens, ou des poètes et des historiens. Car chacun

faveur de

la

raison naturelle à tous les

hommes,

a

vu en

partie ce qui lui est conforme, et a bien dit jusque-là. » Tertuli.ien dit

souvent

:

«

Noire Sénèque

Jésus-Christ qui

ait

»

mais

;

Augustin déclare que

les règles

philosophes ont recommandées; les églises qui s'élèvent sur

dit le

il

remarque

aussi qu'il n'y a

que

pu donner un corps complet de vérités spirituelles.

même Augustin

sur

mœurs que Cicéron et les autres mêmes qu'on enseigne dans Voyez ce que

tout l'univers (Ejiist. 202).

Platoniciens, qu'il affirme être chrétiens,

les

à peu de chose près (Epist. 5G

des Confessions, VII, cap.

des

sont les

;

sur la vraie Religion, cap.

ix,

et liv.

YIII, cap.

ii

m,

et Livre

(a).

Grotius. (a)

Il

a été soulenu devant la Faculté de? lettres de Dijon, et publié à Paris,

rjua; en 1854, une thèse remarquable de M. M. Daukeau, sur culte (|ucstiuD vis fueril christianœ dorlrhuj: apud Senecam, Pnrsium, et nonnullos :

hujus-cc œlalis sloîcos. On |)Ourra

la

consultu'iavcc finit pour les i|UcstioM3

agitées dans ce J et dans la note do Grotius.

P. P. K.

DÛ DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. ceci qui n'est pas étranger à notre sujet,

43

— ce n'est pas

sans raison que quelques platoniciens et anciens chrétiens

paraissent s'être éloignés d'Aristote, sur le point

(*)

où ce philosophe a placé la nature même de la vertu dans un juste milieu des passions et des actions Ce principe une fois posé l'a conduit à ne faire qu'une seule vertu de deux vertus distinctes, telles que la libéralité et '

l'économie '

;

à opposer à la véracité des extrêmes entre Lactance

C'est de quoi

{')

traite

XVI, xvii). Cassiodore ajoute

au long

non

«

;

[Instit, div., lib.

affeclibus moveri, sed

cos moveri, utile vel noxiuin. n

du juste milieu,

« doctrine

et

tral,

comme une

tres

de

;

La vertu

courage consiste à s'exposer à certains

même que

Aristote. La vertu est

peur de tout en est de

:

le

deux excès

périls, et à

en fuir d'au-

et sans choix tous les dangers, c'est

la

lâcheté qui ne sait rien supporter et a

courage est donc placé entre

même

vices,

deux points extrêmes;

se soustraire à tous, quelque soit le motif

d'une conduite opposée, c'est

Il

faut se rappeler la

ligue où elle est le point cen-

résulte de l'équilibre entre les

mais braver sans discernement témérité, de

la

il

aux extrémités de laquelle se trouvent deux

contraires. ainsi le

et le suivant,

» qu'a développée

représentée par ce philosophe

VUcap.xv, secundum

Grotius.

Pour comprendre ce paragraphe

'

.

la témérité

de nos autres vertus. Par exemple,

la

et la lâcheté.

tempérance est

placée entre la débauche et l'abstinence complète, la grandeur d'âme

entre l'insolence et

la

bassesse, la libéralité entre

et ainsi de suite.

rice,

la

prodigalité et l'ava-

Aristote prend soin de signaler cependant de

nombreuses exceptions à cette doctrine. «(Toute passion, toute action, dit-il, n'est pas susceptible du juste milieu.» Il reconnaît aussi que tel ou tel acte, du moment qu'on le nomme, entraîne avec lui l'idée de crime

ou de

faute, et qu'il serait impossible de

milieu où

générale,

il

serait la vertu.

comme on

vue de donner par modération qui vie.

est,

le lui a



Il

ne

fait

le

ramener graduellement

donc pas de

reproché à

tort, tout

cette théorie

au moins

à

un

une règle

a-t-il

eu en

quelques règles de pratique usuelle, en prêchant

la

communément dans

la

en

effet, à

rechercher

le plus

Voir Fezzam, Principes supérieurs de la morale,

etc.,

t.

I,

p. 275.

P. P. F. 2 Grotius considère la libéralité et l'économie comme constituant deux vertus distinctes. Son annotateur Gro.novius est d'un avis con-

traire.

et

Il

pense que l'économie est une partie, un élément de

que celui-là seul

est libéral, qui

la libéralité,

ne donne pas au delà de ce que permet

l'économie. Oarbeyrag revient à l'idée de Grotius, et termine ainsi sa

rROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

44 lesquels

n'y a pas

il

une égale

contrariété, tels

que

la

jactance et la dissimulation; et à imposer la qualilication de vices à certaines choses qui,

ou ne sont pas des mépris des s'irriter

honneurs,

plaisirs et des

et l'impuissance à

hommes.

contre les

XLIV.

ou n'existent pas, que le

vices par elles-mêmes, telles

— La fausseté de ce

nière générale, ressort

même

car ne pouvant trouver

le

principe posé d'une

de l'exenqile de

ma-

la justice,

trop et le trop peu,

f|ui

sont

l'opposé de cette vertu, dans les passions et dans les actions qui en sont la consé([uence, et l'autre

dans

la justice

s'exerce

choses

les :

mômes

il

cherchés l'un

les a

l'occasion des(iucllcs

îi

ce qui, d'abord, est sauter d'un genre

à l'autre, défaut qu'Aristôte

son dans autrui. En second

blâme lui-même avec raimoins que ce

lieu, accepter

qui vous appartient, cela peut à la vérité constituer par accident un

lait

blâmable, en ce que d'après

les circons-

tances on est redevable envers soi-même et envers les siens; mais certainement cela ne peut être contraire à la justice, qui consiste toute

d'autrui.

adultère

s'abuse de

11

dans l'abstention du bien

même quand

il

ne veut pas qu'un

commis dans un moment de

meurtre inspiré par

la colère soient

passion, ([u'un

proprement une

in-

que cqiendant l'injustice n'a pas d'autre caractère que d'être une usurpation du bien des autres et peu importe qu'elle provienne de l'avarice, de la sensualité, de la colère, d'une compassion inq^rudente ou

justice, tandis

;

d'un désir eftréné de s'élever, sources habituelles des

longue note:

«

Notre auteur a raison de dire qu'Aristôte a clé obligé de

réduire à une seule vertu les deux dont

il

s'agit,

afin

vices opposés, l'un dans le défaut, l'autre dans l'excès

bien opposée à la

la

libéralité, ainsi appelée selon les idées

prodigalité, bien loin d'être

est

du moins,

de trouver deux car l'avance est

couununos; mais

contraire par elle-nièine à

un vice qui a quelque rapport avec

l'exercer, et qui,

;

celte vertu, (jui

n'est pas inconqtalible

avec

la

libéralité,

peut disjjoscr ù elle

P. P. F.

UU

Mais mépriser tous ces aila seule vue de ne pas

injustices les plus grandes.

guillons quels

45

DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

UllOlT

([u'ils soient, clans

porter atteinte à la société humaine, c'est là le propre

de

la justice.

XLV.

— Pour

revenir au point d'où j'étais parti,

il

quelques vertus de procurer un passions, mais ce n'est point parce

est vrai qu'il arrive à

tempérament dans les que tel est le caractère propre et perpétuel de toute vertu; c'est parce que la droite raison, que la vertu suit partout, nous prescrit dans certains cas d'observer une mesure, et nous incite dans certains autres à nous porter aussi loin qu'il est possible. Nous ne pouvons, en la superstition ne pèche pas en effet, trop servir Dieu ce qu'elle le sert trop, mais en .ce qu'elle le sert mal ;

;

nous ne pouvons trop désirer les

maux éternels,

les biens, ni trop redouter

ni trop haïr le péché. C'est

donc avec

vérité qu'Aulu-Gelle a dit qu'il y a certaines choses dont

l'étendue n'est bornée par aucunes limites, et qui plus

grandes et amples, plus aussi elles sont excel-

elles sont

beaucoup disserté sur les que « la règle de la! sagesse consiste non pas à modérer les passions elles-mêmes, mais à agir sur lentes. Lactance, après avoir

passions, dit

les

par

causes qui les produisent, puisqu'elles sont excitées les objets extérieurs

ment car

ils

;

et

que ce

mouvements des passions

les

peuvent être faibles dans

n'est pas principalequ'il faut réprimer,

le plus

grand crime,

et

violents sans portera rien de criminel. » Notre intention est

de

faire

qu'il s'est

amour de XLVI.

grand cas d'Aristote, mais avec cette liberté permise lui-môme envers ses maîtres, par

la vérité.

— Les histoires ont une double

vient à notre sujet

:

elles

utilité

qui con-

fournissent des exemples et

des appréciations. Les exemples ont d'autant plus d'autorité qu'ils sont tirés

des meilleurs temps et des meil-

leurs peuples; aussi avons-nous préféré aux autres les

PROLEGOMENES SUR LES TROIS LIVRES

46

anciens exemples grecs et romains. Les appréciations ne

doivent pas être dédaignées, surtout lorsqu'elles s'ac-

cordent entre elles; car

le droit naturel, ainsi

l'avons dit, se prouve en quel([uc sorte par le droit

des gens

XLVII.

il

n'y a pas d'autre

— Les pensées des poètes

que nous pour

là, et

moyen de

l'établir.

et des orateurs n'ont

et nous en faisons souvent usage pour appuyer sur elles nos paroles, que pour qu'il résulte des citations de ces auteurs quehjue ornement au prolit de ce que nous avons voulu dire. XLVIIL Je me sers souvent de l'autorité des livres que les hommes inspirés par Dieu ont soit écrits, soit approuvés, mais en distinguant entre la loi ancienne et

pas autant de poids

non pas

;

tant



la loi nouvelle. 11 y a des philosophes qui soutiennent la loi ancienne est le droit même de nature c'est indubitablement une opinion erronée. Beaucoup de règles

que

;

de cette

loi

viennent, en effet, de la volonté libre de

Dieu, qui n'est jamais en opposition avec le vrai droit

de

la nature,

comme

et

dans ce sens on en peut raisonner

de principes

tirés

de

la

que nous distinguions avec soin

exerce quelquefois par le ministère des droits des

hommes,

les

même, pourvu

nature le droit

de Dieu,

hommes,

qu'il et les

uns par rapport aux autres.

Nous avons donc évité, autant que nous l'avons pu, et cette erreur, et une autre qui lui est opposée, suivant laquelle, depuis les temps de la nouvelle alliance, l'alliance ancienne ne serait plus d'aucun usage. Nous pensons le contraire, tant pour les raisons (jue nous avons déjà dites, que parce que telle est la nature de la nouvelle alliance, qu'vslle ordonne touchant les vertus regardant les mœurs les mêmes choses ou de plus parfaites que l'ancienne et c'est ainsi que nous voyons ({ue les ;

anciens écrivains chrétiens se sont servis des témoignages

de l'Ancien Testament.

XLIX.

— Les écrivains hébreux, ceux surtout

([ui

ont

Dû DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

47

connu la langue cl les mœurs de leur nane contribuent pas médiocrement à nous faire comprendre la pensée des livres qui se rapportent à parraitemeiit tion,

l'ancienne alliance.

L.

gner

— Je me sers du Nouveau Testament pour ensei— ce qui — ce qui ne peut être appris ailleurs

permis aux chrétiens;

ce que font la plupart, je

l'ai

est

même, contrairement

et cela

du

distingué

nature, ayant la certitude qu'une loi

si

à

droit de la

sainte

nous im-

pose une pureté supérieure à celle que le droit naturel, réduit à lui-même, exige de nous'. Je n'ai cependant pas

omis de noter

les

choses qui nous sont recommandées

plutôt qu'elles ne nous sont prescrites, afin que nous

sachions que s'écarter de ce qui est prescrit, c'est se

rendre coupable et s'exposer à une peine

;

que tendre à

d'un généreux dessein, qui ne

la perfection, c'est l'effet

manquera pas de recevoir LI.

— Les

sa récompense^. canons synodaux qui sont conformes à

la

règle sont des raisonnements tirés des principes géné-

raux de

la loi divine,

Grotius n'a pas

'

accommodés aux

cas qui se pré-

craint, on le voit, de se séparer

hautement de ceux

qui l'ont précédé, en distinguant le droit des gens de l'Évangile, de celui

de

la

nature, et en affirmant que la justice des peuples chrétiens doit être

plus parfaite et plus sainte que ne

manquait

cette divine lumière.

primitif de

la

Il

été celle des peuples

l'a

n'est presque pas

auxquels

une règle du droit

guerre, à côté de laquelle Grotius n'ait placé, pour en

li>

miter l'application, un tempéramment du droit humanitaire ou chrétien

(Caucut, Le Dr. marit. internat., 2

Grotius

fùt-il

Aristote ou Platon

;

II, p.

P. P. F.

467).

de ne jurer sur

faisait profession

la

mais, loin de faire abstraction du

tien

en développant sa théorie du droit des gens, c'est dans

rite

promulguée par l'Évangile

qu'il

a

marqué

adoucissements apportés aux droits de sur cette pensée que

les chrétiens

parfait de la loi primitive, et

en trouve dans internat.,

t.

les

II, p.

il

théologiens 51).

la

homme, dogme chré-

parole d'aucun

la

guerre.

la loi

de cha*

source principale des Il

revient sans cesse

sont tenus à un accomplissement plus

n'a garde de se priver des preuves qu'il

et,

dans

les

Pères [Ckuchy,

le

Droit marit.

P. P. F.

PROLEGOMENES SUR LES TROIS LIVRES

4o

que

sentent. Ils indiquent aussi ce

ou exhortent à ce que Dieu

la loi

de Dieu prescrit,

conseille. C'est là

vraiment

mission de l'Église chrétienne, d'enseigner ce

la

(ju'elle

a appris de Dieu et de le transmettre de la manière qu'elle l'a reçu. Les

mœurs

les anciens chrétiens et

d'un les

grand

si

nom ',

suivies ou approuvées par ceux qui remplissaient la mesure

ont à bon dryit la

même

l'orce

que

canons. L'autorité appartient en second lieu à ces

hommes

chacun en son temps, ont été renonunés pour leur piété et leur science, et ii'ont jamais été remarqués pour une erreur grave (juclconque; car les choses (ju'ils ailirment avec une grande assurance et comme si elles étaient démontrées, ne doivent pas avoir une importance médiocre pour l'interprétation des passages qui paraissent obscurs dans les textes sacrés. Leur autorité est même d'autant plus grande qu'ils sont plus nombreux à être d'accord sur le même point, et qu'ils se rapprochent plus des temps de la pureté première, filors ([ue ni le désir de dominer, ni aucune cabale n'avaient pu corrompre la vérité primiparmi

qui,

les chrétiens

tive.

LIL

— Les scolastiques

^

qui leur succédèrent

trent souvent l'étendue de leur

tombèrent au milieu de

siècles

intelligence;

malheureux

mon-

mais

ils

et ignorants

fait qu'on doit d'autant moins parmi beaucoup de choses dignes d'éloges,

des arts libéraux, ce qui s'étonner il

si

s'en trouve quelques-unes sur lesquelles

d'indulgence. Toutefois (juand

regarde

la

morale,

repris dans les écrits

'

même

Ceux qui

ont besoin

se trompent rarement, étant, en pour apercevoir ce qui peut être des autres. Et cependant dans cette

à défendre des

se sont rendus dignes

* Les disciples de

ils

s'accordent sur ce qui

ils

effet, très-perspicaces

ardeur

ils

du

Pierre Lombard.

opinions contraires,

litre

ils

de clirélicns. (Gronovmis.)

(Gro^ovius.)

49

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

un louable exemple de modération, luttant entre ainsi que la coutume et non a commencé récemment à s'introduire pour le déslion-

olFrent



eux avec des arguments neur des

lettres

— avec des

honteux d'un

injures, fruit

esprit impuissant'à se contraindre.

LUI.



y a trois classes de jurisconsultes qui ont

Il

du

profession de la science

fait

mière se compose de ceux dont

La pre-

droit romain.

travaux sont mis en

les

évidence dans les Pandectes, les Godes de Théodore et

de Justinien et dans les Novelles. La seconde comprend ceux c[ui succédèrent à Irnérius, Accurse, Bariole* et•

Irnérius, Accuhsf.,

grande y

et

brilla

prètes



Dautole.

heureuse révolution dans

Le

La jurisprudence romaine

d'un éclat nouveau. C'est Irnérius qui ouvrit

modernes du droit romain

à laquelle

il

;

fonda

la

une foule de jeunes gens de toutes

rent puiser

la

une

siècle vit s'opérer

xi*

droit.

le

la

série des inter-

célèbre école de Bologne,

les

contrées de l'Europe vin-

science du droit romain, pour rapporter ensuite dans leur

Le plus

pairie les doctrines de cette législation.

de Bologne, depuis Irnérius, fut Accurse, qui

des jurisconsultes

illustre fit

un choix des meilleures

gloses de tous ses prédécesseurs, et en composa la glose ordinaire, re-

de notes formant un commentaire complet

cueil

et

non interrompu de

tout le corps de droit. C'était l'usage de tous les jurisconsultes de cette

période, de rédiger en notes ou gloses leurs travaux sur les textes du droit,

et

de cette habitude leur est venu

notes étaient de deux sortes, et se

nales, selon

Accurse que

la

de glossaieurs. Ces

période des glossalcurs, qui comprit ainsi

La glose ordinaire

l'avenir, les travaux de ce genre

dans

nom

place qu'elles occupaient relativement au texte. C'est avec

finit la

XII" et XIII* siècles.

.sive

le

nommaient inlerlinéaires ou margt-

les écoles

des travaux de tous

;

elle

les

docteurs les plus célèbres. Accurse

rius se plaisait à orner vêtir la science

comme

dans

tribunaux,

seurs avaient dédaigné l'élégance et la

la

présentant

ils

tolus de Saxofcrralo). C'est

glossateurs; la

il

jurisprudence

lui

résultat

n'avaient pas cramt de reCette manière d'écrire et

d'enseigner fut suivie par Odefroy, Vivianus Tuscus,

du xiv»

le

et ses succes-

simplicité du langage, dont Irné-

jurisprudence, et

d'un style presque barbare

illustre des jurisconsultes

etc.

;

mais

siècle fut, sans contredit, Bartole

qui renversa l'autorité et

la

le

dialectique, mise en

honneur par

les

plus

(Bar'

méthode des

écrivit des traités suivis, et, le premier, introduisit la

xi*,

acquit une autorité presque exclu-

et

les

les

rendit, en effet, inutiles pour

dans

Arabes, d'après

la

,

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

50 aiit

noms

d'autres

qui ont longtemps régné dans

barreau. La troisième embrasse ceux

([ui

le

unissent les

'. J'accorde beaucoup aux iréquemment d'excellentes raisons pour démontrer ce qui est du droit naturel, et donnent souvent l'autorité de leur suffrage à ce droit aussi bien qu'au droit des gens; non sans cependant

belles-lettres à l'étude des lois

premiers, car

ils

comme

qu'eux-mêmes, d'une

fournissent

vent droit des gens le droit

quekpies peuples,

et

confondent plus

les autres, ils

deux mots. Bien

fois ces

plus,

ils

appellent sou-

ne se prati(iue

(pii

qui a été observé

i)ar

([u'entre

ces nations

non pas comme en vertu d'un accord mutuel, mais i)ar l'imitation les unes des autres ou par l'elfet du basard. Quant aux règles qui appartiennent vraiment au droit des gens,

ils

cela ressort

souvent pêle-mêle et indistinc-

les traitent

tement avec celles

du

(jui

titre

sont du droit romain, ainsi (pie

des prisonniers de guerre et du

Mais son habiludc do décider toujours

pliilosopliie (l'Âristote.

lions proposées par des divisions et des distinctions, lui

que lUcii

liroche

l'inventeur de

lui a fait d'être

la

a

45G

et suiv.

Sur

les

glossateurs, voir

le

le rc-

chicane du barreau.

Voir V Introduction Jiistorique au Droit romain, de M. p.

les (|ucs-

mérité

Ch.

Giraud,

troisième volume de l'Histoire

du Droit romain au moyen dge, par M. de Savignv l'Essai sur l'histoire du Droit français, par Laferrière, t. I^p. 409, de l'édition Guillaumin, et V Introduction gé7iérale à l'histoire du Droit, par E. Ler;

MiMER, *

p.

28

GnoTius

Ange

et suiv.

P. P. F.

fait ici allusion à

Politien eut

la

Politie^i, Alciat, Cujas, etc.

gloire de faire sortir

dans laquelle l'avaient plongée

la

les élèves

jurisprudence de

Le célèbre la

barbarie

de Bariole, et de rendre plus

attrayante l'élude de cette science par son union avec l'étude des belles

de l'histoire

lettres et

Les scclateurs

partisans des belles-lettres sous

donnant

à

eux-mêmes

celui

le

nom


scolaslique désignèrent les

ti'liumanistes ou de

nominaux,

des choses, tandis que leurs adversaires s'arrêtaient aux mots. Enfin scolaslique fut vaincue par Alcial; on adopta une nelle;

on s'aida de l'étude des

anti(iuités

by.santin. (Cn.

Gfraud,

la

méthode |dus ration-

romaines; on rechercha avec

avidité, on restitua avec patience les sources

du droit

se

de réalistes, pour indiciuer qu'ils s'occupaient

du droit anli(|uc

libr. cit., p. 4G1.)

et les restes

P.

I'.

F.

nu DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. droit de postliminie

51

Nous nous sommes donc appliqués

•.

à ce que ces choses fussent distinguées les unes d'avec les autres.

'

montre sévère pour

Grotius

se

que

expressions de

fait

les

employées dans

les textes

les jurisconsultes

de Rome.

est de

11

droit naturel, droit des gens, droit civil,

:

du droit romain, ne répondent nullement dans

signification (jui leur est assignée

vocabulaire de

le

à la

mo-

science

la

derne. La classification donnée par Ulpien, en droit naturel ou. commun à

commun

tous les êtres animés, en droit des gens ou

et en droit civil

philosophique (Ulp.,

Ulimen

Jur.].

geait

l'homme sous

empruntée

trois points

comme

et intelligent,

Inslilutionum, Dig. Loi

lib. I,

l'avait

hommes,

à tous les

ou exclusivement propre aux seuls citoyens, I. g

.],

était toute

de Jus lit.

comme

comme

être libre

commentateurs ont épuisé

les traits

de vue

citoyen. Les

et

envisa-

à la philosophie stoïcienne, qui :

animal,

de leur critique contre cette division, qui n'a d'ailleurs point été reproduite par les autres jurisconsultes, dont les deux derniers termes ont seuls passé dans

la

de

réalité

la

que

vie sociale, et

compilateurs

les

des Instilutes de Justinien ont retracée par inadvertance. Sur l'influence

exercée par

M. p. p.

stoïcisme sur

le

187 et suiv., et 180 et suiv.

recueil

le

Droit romain, voir les auteurs cités par

GiRAUD dans son Introduction historique au Droit romain,

Cil.

le

chapitre qu'il

voir aussi un

;

libr

cit.,

.

le

des travaux de l'Académie des sciences morales et politiques,

LU,

ô; LYl,p.

t.

LI, p. 193;

le

Droit des gens {jus genlium,

qui était

commun

p.

à tous les

[jus civile), celui qui était était le droit

de

provenant de

munes

consacre à cette question,

mémoire de M. Laferrièke, dans

l'être

la

374.— Pour et

hommes, quels

commun aux

humain

;

eux

;

jurisconsultes romains,

qu'ils

était le droit

fussent;

seuls citoyens.

le

droit civil

Le droit des gens

les jurisconsultes le considéraient

nature raisonnable des

qu'ils ont entre

les

non jus inlcr génies),

c'était ce

que

hommes la

science

moderne désigne par

la qualification

de droit naturel. Quant au droit civil, c'était

tion des règles

émanées de

ment pour

ses

membres,

lui

les

la collec-

volonté du peuple, qui l'avait créé spéciale-

à l'exclusion des étrangers.

confondre l'acception que

que nous

la

comme

des relations com-

et

Il

ne faut donc pas

Romains donnaient au droit

donnons de nos jours, où, ignorant

la

avec

civil

celle

valeur du mot ci-

toyen, nous entendons par droit civil le droit privé, celui des particu-

(Voir Ortolan, Explication historique des Instituts,

liers

de 1851, p.

1

1

p.

t.

I

de

l'édit.

141; Docaurroy, Inslitutes de Justinien expliquées,

t.

I,

et suiv.).

Grotius

fait

dans

le

jurisconsultes romains.

paragraphe qui nous occupe, Il

les

trois

reproches aux

accuse d'avoir confondu parfois

le

droit

52

PROLÉGOMÈiNES SUR LES TROIS LIVRES

LIV.

— La

seconde classe, indilïerente pour

le droit

divin et pour l'histoire ancienne, a voulu résoudre toutes les controverses des rois et des peuples d'après les lois

romaines, en y joignant quelquefois le droit canonique. Mais pour eux aussi le malheur de leur temps a souvent de la tMture avec sur

le

droit des gens

le

droit des gens

gnaient

intlilTéi

la

mais

;

prudents n'avaient

les

notion que s'en est formée Grotius

emment par ce mot, ou par

ils

;

|)oint

dési-

celui de droit naturel, le droit

de l'humanité. Quant au droit international (intcr gentes),

il

ne pouvait

être connu d'un peuple qui ne s'est élevé que sur les ruines des autres

nations

et s'il existait toutefois

;

nombre de et

Rome,

à

ne consistait qu'en un petit

il

règles générales pour déclarer et faire

observer des traités d'alliance, pour envoyer

guerre, pour former

la

et recevoir

des ambassa-

deurs.

Suivant Grotius

mot

:

romains auraient désigné par

les jurisconsultes

le

droit des gens, un droit qui ne se pratiquait qu'entre quelques

peuples

;

mais on

sait quel fut le caractère

de ce jus gentium dans

risprudence romaine. Les citoyens de Rome, et surtout de

la

la

ju-

république

naissante, se séparaient tolalemcnl des peuples voisins; s'ils avaient des relations entre eux, ce n'était que sur le

privé était tout droit

Mais lorsque

les

Rome

peregrinus), chargé de leur rendre

à

mêler au droit

à se

y avoir égard,

civil

hommes,

fait d'ailleurs

peuple,

le

les

lois

sent pas les

Romains

hommes,

des Romains sur

il

était [lossible

mêmes

lois

que

sur les

la

cables aux seuls civil,

néanmoins

il

droit des gens com-

entrer pour beaucoup dans se trouva civil

:

comjiosé de préles

premiers, ap-

à

un seul

c'est d'être applicable à tous les

vente étaient du droit des gens, parce

Rome

les

par tous, étrangers ou citoyens;

peuples étrangers aux Romains n'eus-

mêmes objets. De même

civiles n'était pas d'être ado|itées par

du droit

le

seconds aux seuls citoyens. M. Ortola^j

qu'elles pouvaientélre invoquées à

cependant

accorder

du droit des gens chez ce peuple, n'est pas

loi

d'être reconnue par tous les

et

lurent vaincus

remarquer que lorsqu'on raisonne par rapport

caractère d'une

hommes. Les

l'Italie,

fallut bien leur

préteurs continuèrent de plus en plus

ceptes du droit des gens et de préceptes du droit plicables à tous les

Leur droit

aux étrangers.

préteur dos étrangers {prxtor

les jurisconsultes le firent

leurs écrits; et le droit privé des

il

justice; alors

la

les

;

le

bataille.

s'a|ipli(|uait

en qualité de percgrini,

quelques droits. Alors fut créé à

mença

champ de

aucune partie ne

habitants du Latium, puis ceux de

Rome

et rattachés à

civil,

membres du

le

caractère des

un seul peuple, mais d'être

lois

appli-

peuple. Les lois sur les tutelles étaient

parce qu'elles étaient applicables aux

seuls

citoyens

;

eût pu se faire qu'un peuple voisin les adoptât aussi [Expli-

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.



53

un obstacle, qui les a empêchés de comprendie sainement ces lois, quoiqu'ils fussent d'ailleurs assez soigneux de sonder la nature du juste et de l'honnête; d'où il résulte que fréquemment ils sont d'excellents promoété

même

teurs de lois à faire, lors

mauvais interprètes de les

écouter surtout

ne sont que de Mais on doit rendent témoignage à qu'ils

loi existante».

la

lorsqu'ils

cation historique des Intituts de Justinien, I" vol. deTédit. de 1851, 141 etsuiv.).

p.

Grotius

observer que

fait enfin

les

règles appartenant vraiment au

droit des gens, se trouvent traitées pêle-mêle avec celles qui sont

romain; maison

que

sait

distinction

la

du droit du droit public en droit public

externe et droit public interne, n'était point une distinction romaine.

P. P. F. '

Ce paragraphe

forme en brisant la

mais

le

suivantes

la

papauté a produit

concert européen qui

la

époque où

les liens

Quel contraste devait

grand spectacle de

:

a

La ré-

si

longtemps de

remplace aujourd'hui

en grande partie, son ouvrage? Reportons-nous par

n'est-il pas,

à cette

;

les réflexions

a pu faire oublier quelque part ce que

l'unité de foi,

puissante intervention morale de

fruits salutaires

le

M. Cauchy

insjjire à

la

pensée

sociaux n'étaient encore formés nulle part...

ofl^rir

avec cet état de morcellement et d'anarchie

l'unité

catholique, qui tantôt rassemblait de tous

de l'Europe des évêques convoqués en concile pour traiter des (|ueslions de morale, de discipline ou de foi tantôt s'exprimait par l'organe du pontife de Rome... qui continuait l'autorité des conciles même les points

;

en leur absence.

par sa mission, à qui étaient

Il

le

était impossible

que cette autorité, à qui appartenait,

règlement des cas de conscience dans

échus, par

la

le

for intérieur,

force des circonstances et par le privilège

du

savoir, le dépôt et l'interprétation du droit civil des Romains, ne fût pas aussi quelquefois appelée à se prononcer sur ces questions de « justice

externe » et d'humanité qui forment

la base première du droit des gens. C'est ainsi que les décisions des conciles et les décrétales des papes ont

pu fournir, dans l'origine, quelques éléments à qu'avant

les

la

science diplomatique, et

jurisconsultes du droit international, ont paru les canonistes,

dont Grotius suspecte l'érudition lorsqu'il s'agit d'expliquer des textes d'Ulpien ou de Gaïus, mais dont qu'il s'agit

de suivre

les

il

proclame

lumières de

la

la

droiture et l'équité, lors-

saine raison et d'appliquer les

préceptes de l'Évangile, les tenant quelquefois pour mauvais interprètes

du passé, mais en

même

temps pour bons législateurs de

Droit maritime international,

l

1,

p. 226, 227.)

l'avenir. » {Le

P. P. F.

PROLÉGOMÈNES SUR LES TROIS LIVRES

54 l'existence

de

telle

coutume qui constitue

le droit

des

gens de notre époque. Les maîtres du troisième ordre, qui se renLV.



ferment dans

du

les limites

droit

romain

et n'en sortent

commun, ou ne

jamais pour entrer dans ce droit

le font

que légèrement, ne sont pres([ue d'aucun usage par rapport à notre sujet. à

la

ont uni la subtilité scolastiquc

Ils

connaissance des lois et des canons, au point

même

que deux espagnols, Govarruvias' et Vasquez* ne de traiter ainsi même les controle premier avec une verses des peuples et des rois grande liberté, l'autre avec plus de retenue et non sans un jugement exact. Les Français ont essayé davantage d'introduire l'histoire dans l'étude des lois. Parmi eux Bodin^ et Hotman* se sont acquis un grand nom celuise sont pas abstenus

:

:

Diego Covauruvias



le

de Tolède.

était

droit canon à Salamanquc.

Il

Il

premier qui enseigna

fut le

eut divers emplois, et

il

mourut évêque

de Ségovie, en 1577. Ses œuvres ont été imprimées plusieurs

deux volumes

Fernand Vasquez

2

était disciple

Espagnol, dont notre auteur a

versiœ illustres

fait

en

de Covarruvias. L'ouvrage de ect le

plus d'usage, ce sont ses Conlro-

alùv usu frequenlcs, en

el

fois,

(Barbeyrac.)

in-folio.

six livres,

dont on

a plus

d'une édition. Mais notre auteur cite aussi quelquefois son gros ouvrage

De

succestionibus

ultimis voluntalibus , qui

el

volumes in-

(Barbeyrac.)

BoDiN, néà Angers en 1530, mort en 1590. Voir sa vie dans

3 jEA?i

Bayle.



L'ouvrage dont Grotius veut parler

blique. Son esprit, dit perstitieux à la fois. la

trois

fait

folio.

Il

Lermimer,

vaste,

était

est le Trailé

et su-

croyait tout ensemble à la liberté de l'homme, à

vertu des nombres et à la puissance des astres.

cœur, mort catholique, Botu^ l'histoire,

de la Répu-

mais confus, libre

alliait à

une espèce de poésie vague

théisme mystique et rêveur; et

Prolestant dans

le

une intelligence vive el saine de et mystérieuse,

une sorte de pan-

ce concert discordant et bizarre d'é-

léments, qui d'ordinaire se combattent et se fuient, produisit un esprit

dont

mie

les

proportions sont grandes, mais étranges, et dont

est originale,

mais sans harmonie

nérale à l'histoire du droit, *

et

P.

p. GO.)

François IIotman, natif de Paris

la

physiono-

sans beauté. (Introduction gé-

et originaire

de

P. F.

Silésie,

mourut en

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. là

par un ou\Tage

55

par des questions déta-

suivi, celui-ci

chées. Leurs décisions et leurs arguments nous fourni-

ront souvent de quoi découvrir la vérité.

LVI.

— Dans tout cet ouvrage

tout trois choses

je

me

que

j'avais à traiter, distinguer

ses qui pouvaient

proposé sur-

rendre mes raisons de décider aussi

:

évidentes que possible, disposer en tières



.

suis

sembler être

les

bon ordre

les

ma-

nettement

les

cho-

mêmes

entre elles et

qui ne l'étaient pas.

LVII.

— Je me

suis abstenu

de toucher aux questions

qui appartiennent à un autre sujet, telles que celles qui

enseignent ce qu'il peut être avantageux de faire

que ces questions constituent un

;

parce

art spécial, la politique,

qu'Aristotc traite avec raison tellement à part, qu'il n'y

mêle rien d'étranger. Chez Bodin, au contraire, la politique est confondue avec le droit dont nous nous occupons ici. Dans quelques endroits cependant j'ai fait mention de l'utile, mais en passant, et pour le distinguer plus clairement de la question du juste. On me ferait injure en pensant que je m& LYIII.



préoccupé d'aucunes des controverses de notre siècle, soit de celles qui sont nées, soit de celles que l'on

suis

peut prévoir devoir naître. J'affirme, en

que

les

mathématiciens considèrent

tion faite des corps, de

détourné

ma

même, en

pensée de tout

effet, qu'ainsi

les figures, abstrac-

traitant

du

droit, j'ai

fait particulier*.

1590, à Bâle, après avoir composé un grand nombre d'ouvrages. Ses Quesliones illuslres, donl notre auteur veut parler, parurent en "1573

(bAnuEYHAc). Voir, pour l'indication de quelques-uns de ses ouvrages, l'Essai sur l'histoire

min, <

t

I,

p.

Grotius

blème

par Laferrière. du Droit français, '

a résolu

difficile

peut-être seul, et assurément le premier, le pro-

de s'isoler de

pour n'envisager que

édit. Guillau-

P. P. F.

417, note 2.

la politique et

la [lure

théorie

du

des passions qu'elle soulève,

droit,

comme un géomètre

se représente des lignes abstraites et idéales, sans les rattacher à

qui

aucune

PR0LÉG05LÈNES SUR LES TROIS LIVRES

56

— Pour ce qui

LIX.

du

est

pas voulu en

style, je n'ai

ajoutant une abondance de paroles à la multitude des

choses à

pu

l'ai

afin

traiter,

vue

vais en

causer du dégoût au lecteur, dont Aussi

l'intérêt.

j'a-

employé autant que

ai-je

je

convient à l'enseignement,

le style concis et qui

que ceux qui gèrent les aflaires publi([ues puissent embrasser d'un seul regard les diverses espèces

comme

de différends qui surviennent habituellement, et les principes au moyen desquels ils peuvent être décidés. Ces points étant connus, il sera facile d'approprier son discours à la matière en (juestion, et de l'étendre suivant son bon vouloir.

LX.



mêmes

J'ai

de temps en temps

cité les \taroles elles-

des écrivains anciens, lorsqu'elles étaient telles

qu'elles paraissaient avoir particulière. Je

lait

l'ai

une

autorité,

ou une beauté

quelquefois pour les auteurs

ou

grecs, mais surtout lorsque le passage était court,

que

dans

Dans

l'appui

mots

que

le texte latin,

réalité.

à

de pouvoir en atteindre

je n'osais espérer

l'otivrage de

cependant partout mis à

j'ai

Gkotios,

les faits

des raisonnements et des

et choisis à dessein

grâce

la

dans toutes

ne viennent qu'à

principes. Formulés les histoires, ils

la

la suite cl

en quelques

semblent avoir dé-

pouillé leur caractère de circonstance et presque de nationalité propre.

Ce

sont, après les philosophes et les orateurs, d'autres témoins parlants

qui comparaissent pour rendre

hommage

à la

sur chaque point les avis des sages, émet

le

Lui-même

vérité.

après avoir achevé celte sorte d'enquête à travers

enfin,

résume

les siècles, et

sien avec cette sobriété de

paroles et cette impartialité qui conviennent au juge. Grotius parcourt

d'un pas calme et sûr raffermir.

le

terrain

Dans son exposé,

les

jusque-là

si

mouvant

vient de

qu'il

matières les plus complexes se définis-

sent en questions précises, dont chacune est traitée à son rang, et n'oc-

cupe dans

le

que l'ordre

débat que

s'est fait

la

dans

place qui convient à son importance. le

chaos, que

la

On

sent

lumière a pénétré dans les

ténèbres. Cette discussion simple et nette, grave et modérée, sera l'éternel

honneur de Grotius. C'est par

teur de

la

national,

elle qu'il a

mérité

le tilre

science du droit des gens (Cauchy, le Droit t.

il, p.

4G7).

de fonda-

maritime P. P. F.

inter-

DU DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX. suite,

pour

grec

le

LXI.

la

57

commodité de ceux qui n'ont pas appris

'.

— La liberté

que

j'ai

mes

prise dans

tions des opinions et des écrits des

apprécia-

autres, qu'on la

prenne contre moi j'en prie, j'en conjure tous ceux entre les mains desquels viendra cet ouvrage. Ceux qui m'avertiront d'une erreur ne le feront pas avec plus d'empressement que je n'en mettrai à suivre leurs avis. Et déjà, dès à présent, si j'ai dit ici quelque chose de contraire H la piété, aux bonnes mœurs, aux écritures sacrées, au concert de l'Église chrétienne, à toute autre vérité, que ce mot soit considéré comme n'ayant pas :

été dit.

'

a

Grotius

a tenu parole, et soit dans son texte, soit

accompagne

gcncraloment

le

dans ses notes,

attaclié

à reproduire lu

non cependant sans avoir

vérifié

il

Nous nous sonames traduction donnée par Grotius,

texte grec d'une traduction latine.

l'exactitude

de sa version.

P. P. F.

LE

DROIT DE LA GUERRE ET

DE *LA PAIX

LIVRE PREMIER. CILVPITRE

I.

CE QUE c'est que LA GUERRE? CE QUE c'eST QUE LE DROIT? I.

Ordre de l'ouvrage. mot.



III.

Le



II.

Définition de la guerre et origine de ce

droit est pris

comme

attribut d'action, et

se divise

en droit de supériorité et droild'égal à égal.—W. Le droit désignant V. Diviune qualité personnelle se divise en [acuité et en aptitude.



sion de la faculté ou droit strictement dit, en puissance, propriété,

créance.— VI. Autre division de

— Vil.

la

Qu'est-ce que V aptitude 1

faculté, en vulgaire et émiriente.



VIII.

attributive. Elles ne se distinguent pas, à

De

la

justice expiétrice et

proprement parler, par propor-

tion de géométrie et d'aritbmélique, ni en ce

que l'une roule sur des

choses communes, et l'autre sur des choses propres aux particuliers. IX. Le droit est pris comme règle, et se divise en droit naturel el



en droit volontaire.

—X.

Définition du droit naturel, sa division et sa

distinction d'avec les choses auxquelles

ment.

— XI. L'instinct commun

est particulier

droit.



Xll.

on donne ce

à tous les autres

nom

animaux,

impropre* et celui qui

aux hommes, ne constituent pas une autre espèce de

Comment

se

prouve

le

droit naturel.



XIII. Division

du droit volontaire en droit humain el en droit ditiin.— XI V. Le droit humainsc divise en droit civil, endroit moins étendu que le civil, et

LE liROIT HE LX GUERRE ET DE

60

en droit plus étendu que droit et

comment

il



se jirouvc.

L.V

PAIX.

ou droit des gens. Explicalion

le civil

XV. Le

droit divin

droit universel, et en droit particulier à un seul peuple. n'ont jamais

étrangers

XVII. Quelles preuves

Hébreux,

et

soumis

été

au

droit

tic

— XVI.

Les



des Hébreux.

de

les chrétiens peuvent-ils tirer

ce

se divise en

la

des

loi

de quelle manière.



I. Tous les difTéreiuls des iiulividus qui n'ont ensemble aucune communauté de droit civil ', tels que ceux qui ne se sont pas encore groupés en corps de nation, et ceux qui sont entre eux de nations diverses, qu'ils/ soient simples particuliers, ou rois eux-mêmes, ou qu'ils

jouissent d'un droit pareil à celui des rois,

comme

les

principaux citoyens d'une aristocratie, ou les peuples

li-

bres, tous ces différends regardent le temps de la guerre

ou le temps de

paix 2. Mais

la

prise en vue de la paix

mêlé d'où

la

et

3,

comme la guerre est entrecomme il n'y a aucun dé-

guerre ne puisse naître,

de propos, à l'occasion du droit de

ne sera pas hors

il

guerre, de traiter

la

de toutes ces sortes de débats qui surviennent habituel-

2

ceux qui ne reconnaissent point de droit

C'est-à-dire les différends de

'

civil

commun, par

lequel

ils

puissent et doivent élre terminés.

Pour prendre rang, dans

une personne dans État renferme

tel

droit international,

le

ou

tel

étendue de territoire, vaisseaux

:

il

famille des peuples,

la

nombre de

qu'il

ait tant

il

P. P. F.

pour constituer

pas nécessaire qu'un

n'est

citoyens, qu'il occupe telle ou telle

de

villes, tant

de soldats, tant de

ne faut qu'une seule condition, mais cette condition ne

peut être remplacée par aucune autre

:

c'est qu'il

ne soit pas dans

la

dépendance d'un autre État. Voir Calouv, Le Droit maritime international, 3

t.

P. P.

17 el suiv.

I, p.

Le seul aspect consolant de

mener

ce résultat est désirable

importe que

comporte,

les

loppement

et le

et les droits ciiv.

guerre, c'est

([u'elle doit

et à raffermir la paix entre les peuples, et ([u'elle

en possession d'avantages dont

il

la

la

et

ils

eussent été privés sans

F".

tendre à ra-

peut les mettre elle.

Mais plus

propre à inspirer dévouement et courage, plus

guerre elle-même respecte, autant que sa nature

le

intéréis de la sociabilité dont elle doit procurer le déve-

de

triomphe; autrement la

paix en seraient

elle servirait

mal cette noble cause,

eux-mêmes comjiromis. Voir

Le Droit maritime international,

t.

I.

p. 25.

:

P. P. V.

Cau-

.

LIVRE

GUATITRE

Gl

I.

La guerre elle-même nous conduira ensuite à

Iciiient.

paix,

1,

comme



à sa dernière

la

lin.

1. Sur lé point de traiter du droit de la guerre, nous devons voir ce que c'est que la guerre, ce que c'est que le droit dont il s'agit. Gicéron a délini_la jj;ue£re « un débat ([ui se vide par la force. » Mais l'usage a prévalu de désigner par ce mot non pas une action, mais un état (*) ain si la guerre est l 'état d'individus qui vi*

II.

:

;

dent

l

eurs différends par la force, considérés^ comme

tc^îsT' Cette définition sortes de guerres dont

il

générale comprend toutes les sera parlé dans la suite car je ;

n'en c^xclus pas la guerre privée qui, étant plus ancienne

que la guerre publicjue, mctne nature, doit pour ce seul et

même nom,

ayant incontestablement la

et

cette raison être désignée par

qui lui est propre.

de ce terme n'y répugne pas. Le mot bcllum descend d'une expression ancienne, duellum, comme de duonus on a fait boiius, et de duis, bis. Le mot duel2. L'origine

{') Pliiloii

dit

(De

terre,

que «l'on regarde comme ennemis nous attaquent actuellement sur mer et sur

legib. spécial., II)

non-seulement ceux qui

mais encore ceux qui dressent des moyens d'attaque contre nos

ports ou nos murailles, quoiqu'ils ne soient pas encore aux mains avec nous. » Servius fait cette remarque sur ce vers du livre l" de l'Enéide «

Aec

bello

guerre

et

major

dans

les

et

armis

n

(personne ne l'emportait sur Enée dans

armes), que

projets que l'on forme contre

le

le

temps pendant lequel on

ou à l'exécution des actes l'on vient '

mot de guerre renferme l'idée des le mot armes se dit Le même Servius ajoute que « la

un ennemi, tandis que

seulement des hostilités actuelles. guerre est tout

:

la

d'hostilité.

occupé aux préparatifs

est

Le combat

actuellement aux mains. »

se dit

du moment où Grotius.

Car non-seulement ceux qui sont en guerre ont plusieurs relations

différentes avec d'autres personnes neutres,

en vertu desquelles

bien des choses qui ne se rapportent nullement à

encore

ils

peuvent agir et

ils

agissent quelquefois entre eux

n'étaient pas ennemis, en

sorte qu'à cet égard

force et les droits de

guerre sont suspendus. C'est ce

lorsque traité.

la

deux ennemis font ensemble quelque

ils

l'état d'hostilité;

comme

font

mais s'ils

l'usage des voies de qui a

la

lieu

convention ou quelque

(Barbetrac.)

.

62

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

lum

vient de

duobm, dans

même

le

sens que nous ap-

pelons la paix union. C'est ainsi que les Grecs avaient

d'un terme qui désignait

•tiré fiQcj;

chez les anciens aussi

le

la

multitude, le

mot

Xurj était

mot

venu de

nôXe-

l'idée

de désunion, comme la dissolution des parties d'un corps avait donné le terme Aûv) 3. L'usage ne rejette pas non plus cette signification plus étendue. Que si quelquefois la dénomination de guerre est uniquement réservée à la guerre publique, cela n'est pas un obstacle pour nous, puisqu'il est trèscertain que le nom du genre est souvent alVecté d'une '

façon particulière à l'espèce, surtout lorscju'cllc est plus

éminente. Je ne comprends pas la justice dans ma délinion, puisque Tobjet

cnercher

s'il

même de cette

discussion est de re-

quelque guerre qui soit juste, et juste. Il faut, en effet, distinguer ce

existe

quelle guerre est

qui est en question d'avec l'objet

même

par rapport à

quoi la question est proposée. III.

^—1. En donnant pour

à ce traité

titre

:

Du

Droit

de la gueyrc, nous entendons par là rechercher d'abord

— ce

qui a été dit déjà



soit juste, et ensuite ce qu'il

f

Car

le

mot

ne

droit

de sorte que

([ui

y a de juste dans la guerre.

chose

signifie autre

ici

que. ce qui

dans un sens plutôt négatif qu'affirma-

est juste, et cela tif,

y a quelque guerre

s'il

le droit est ce

qui n'est pas injuste. Or,

ce qui est injuste c'est ce qui répugne à la nature de la société des êtres doués de raison *

« Je crois avoir découvert sûrement,

relevé l'inutilité de ces étymologies, et ce qui lui fait

et

il

a

donné

lieu



de proposer

venir tacitement de Aûoj.

Il



C'est ainsi

dit

que Cicé-

Barbeyrac, après avoir

ce que notre auteur veut dire,

ici

l'étymoloyie de ce mot, qu'il

a pris Aû-/j dans

a eu dans l'esprit l'étymologie que

qu'il tire

2.

le

sens de Xutcy), dolor;

Platon donne de ce motXuTr/),

de Xûoi, parce que quand on souiïre de

la

douleur,

il

se fait

une dissolution du corps, c'est-à-dire des parties du corps... » (Barbeyrac.) ^

Avant Grotius, les^grincipcs du juste

et

de

l'injuste n'avaient été

LIVRE

CHAPITRE

I,

63

1.

ron déclare que dépouiller autrui en vue de son propre avantage, c'est agir contrairement à la nature, et

prouve par cet argument que, des

la société

hommes,

si

l'on agissait

commun

en

la vie

de

raient nécessairement*. Florentinus

le

il

la sorte,

s'écroule-

démontre que

c'est

un crime pour l'homme de tendre des embûches à son semblable, parce que la nature a établi entre nous une sorte de parenté. « De même, dit Sénèque, qu'il existe une harmonie entre tous les membres, parce qu'il est de La science

nulle part posés rationnellement.

était entre

en baser les règles sur

prétendaient

théologiens, qui

mains des

les

les Écritures, et

qui l'avaient souvent compromise au milieu des mille cas de conscience

de leur casuistique. GnoTiug^ terrain du raisonnement.

sophique, auquel

défendu.

était

Il

il

se rattacha

cnfm

fut

de cette confusion.

la tira

posa pour

Il

du droit

cipe

est

la'

est injuste.

De

la

nom

est

l'amena sur

comme



science.

La

théorie

de l'homme; tout ce qui n'est pas ce qui lui est contraire

était

et

pour

le

lumineux

et fécond.

une science plus individuelle,

est certain

Il

le droit

une science la

so-

salut de laquelle elles sont faites. Mais, énoncé seul,

ce

principe était insuffisant. tenait pas

dans

à cette école,

Burlamaqui. Certes ce prin-

plus sociale, et que les institutions se mesurent sur les besoins de ciété

le

permis et ce qui

et suiv.

de socialtsle qu'on a donné

beaucoup de rapports,

morale

9

la société est juste, tout

serangentPuFFENDORF,CoccEius

cipe, sous

que

là le

I, p.

t.

était

science

la

Il

un principe philo-

a toutefois été critiquée. Suivant lui, le prin-

la sociabilité

nature de

contraire à

laquelle

dans

ici

fois

pour juger ce qui

fondateur de

le

Voir Délihe, Philosophie du droit, que Grotius développe

première

la

compte de

conduisait à de faux résultats, parce qu'il ne

Il

la liberté et

avec peine Grotius croire à

de l'individualité de l'homme.

la légitimité

On

de l'esclavage. Et, en

voit

effet,

cette institution n'est pas essentiellement contraire à la nature de la société,

comme

plaie. Enfin,

le

démontrent tant d'États

florissants qu'a déshonorés cette

sous un autre point de vue,

le

principe formulé par

Gro-

tius était vicieux, en ce qu'il ne fournissait aucun temps d'arrêt pour

distinguer

le

domaine du droit de

sont sociales; et pourtant,

hommes

à être

le

celui

de

la

morale. Toutes

main ferme

Voir B^LiME,

10; p. 185 et suiv.

CicÉRON.

vertus

vertueux? C'est un des principaux services de Kant, que

d'avoir le premier tracé d'une

'

les

législateur a-t-il mission pour forcer les

libr. cit.,

1. 1,

— De offre,

p.

lib. III,

cap. v.

cette importante distinction.

P. P. F.

LE DROIT LE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

64 l'intérêt

du tout

culier, de

qu'ils soient conservés

chacun en

parti-

même les hommes s'épargnent entre eux, parce

que nous sommes nés pour la vie comnmne'. La société ne peut subsister, en eflet, que par l'amour et par la protection réciproques des parties dont elle se compose (*). »

Comme

.2.

peut être sans inégalité

la société

(**),

telle

que celle qui existe entre frères, citoyens, amis, alliés; la société par excellence pour Arisou avec inégalité tote

2,





maître et l'esclave,

les enfants, le

Dieu

par exemple, qui a lieu entre

celle,

hommes

et les

(***)

;

gouverne

dérés l'un et l'autre



Sénec.

'

De

est

(Barb.)

qu'il faut cultiver

gieusement cette société, qui nous confond tous et qui

nous enseigne

un droit

qu'il y a

les

commun

(**)

2

et

uns avec

la

les

fait

Grotius.

remarquer que

lien des sociétés, qu'Aristole

c'est

Grotius.

au sujet de l'amitié,

:

dessus dans ' ici

Il

'E^£'vy,']/e

la

Nwe. Plutarque

faut bien

remarquer

lib.

traité

sur

aussi quelque chose

là-

lieu tout

de

même

le

Grotius

cette restriction. Car,

les affaires

ensemble, indépendamment de

les

dit

Vie de Numa.

ZiÉGLER, dans toutes

lité a

est le

P. P. F.

('") Voyez, sur cette sorte de sociétés, Piiilon, dans

mots

(|ui

Aichom.,

fait cette distinction. Ethic.

VIII, cap. VIII.

ces

On

grammairiens distinguent une conslruclion de

une construction de réfiime.

Bardevrac

reli-

les autres,

1" ÉpUre aux Co-

vers. 1.

clia|). XI,

De même que

convenance

avec soin cl

au genre iiumain. »

peut voir encore sur ce point Chrysostôme, sur rinthiens,

appelcrons avec

ira., lib. IF, cap. xxxi. dit «

de

le droit

gouverné, consi-

comme tels ^. Nous

Sénèque, (Epist. 48)

(*)

de celui qui

et

de ceux

ainsi, autre est le droit

qui vivent entre eux dans l'égalité, autre est celui qui

père et

le

et ses sujets,

le roi

la

comme

qu'un supérieur

et

le dit

très-bien

un inférieur ont

relation de supériorité, le droit d'éga-

qu'entre personnes égales. Ainsi, par exemple,

contrats entre un prince et qucl(|u'un de ses sujets, ne demandent

pas d'autres règles que celles qui particulier... J'ajoute qu'il

doivent s'observer de particulier à

y a des cas où celui qui est supérieur à cer-

tains égards, se trouve l'inférieur à

un autre égard,

de supériorité change alors par rapport aux

mêmes

et qu'ainsi le droit

personnes, selon

nature des choses. Ainsi un magistrat doit honorer son père

et

sa

la

mère,

"i

LIVRE raison,

ne

je

si

me

I,

GIIAJ'ITRE

trompe,

65

1.

de supériorité,

celui-ci droit

celui-là droit d'égal à égal.



IV. Il y a une signification du droit dififérente de la précédente, mais qui en découle, et qui se rapporte à la le droit est une qualité mopour posséder ou faire juste-

personne. Pris dans ce sens, rale attachée à l'individu

ment quelque chose. Ce

droit est attaché à la personne,

bien qu'il suive quelquefois la chose,

dans

comme cela se

voit

de fonds qui sont dites des droits réels, par comparaison avec d'autres droits purement personnels non ([ue les premiers ne soient pas aussi attachés eux-mêmes à la personne, mais parce qu'ils n'appartiennent à aucun autre ([u'à celui qui possède une les servitudes

'

;

chose déterminée^. Lorsque

et

la

qualité morale est par-

par conséquent se soumettre jusqu'à un certain point à leur volonté en

tout ce qui ne regarde pas l'administration des affaires publiques.

(Barbeyrac.) Tel est, par exemple,

le

d'un mari sur sa femme,

le



laquelle quelqu'un s'est ^ Ainsi le droit

et aussi

il

le

droit

droit d'exiger l'effet d'une promesse, par

engagé personnellement,

de passage qu'a

pagne sur un fonds maison, et

pouvoir d'un père sur son enfant,

le

etc. »

(Darbevrac.)

propriétaire d'une maison de cam-

voisin, n'est attaché

qu'à celui qui possède cette

se transmet à tous ceux qui la possèdent, quels qu'ils soient,

longtemps que

le droit n'est

pas éteint.

(Barbeyrac.)

« Sur la définition des droits réels et personnels, dit

M. Ortolan,

dans sa belle Généralisation du droit romain, autant d'auteurs, presque autant d'idées. «

Il

n'existe de droits, ajoute le célèbre publiciste,

personne à personne. Tout droit a donc nécessairement un sujet

un ou plusieurs sujets

passifs

;

que de

actif, et

lesquels, soit actifs, soit passifs, ne peu-

vent être que des personnes. Sous ce rapport, tout droit est donc personnel.

Tout

droit, outre le sujet actif et le sujet passif,

a de plus et néces-

sairement un objet, lequel, dans sa plus grande généralité, est désigné sous

le

nom

de chose. Tout droit a donc une chose pour objet

;

et,

sous

ce rapport, tout droit est réel. Ainsi, tout droit, sans exception, est à fois personnel,

objet.

Mais

soit les

la

quant à son sujet tant actif que passif;

manière dont peuvent figurer

et réel,

et fonctionner

la

quant à son

dans

le droit,

personnes en qualité de sujet actif ou passif, soit les choses en

.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

6G

faite, je l'appelle faculté

tude

ne

lorsqu'elle

;

physiques on désigne par

nomme puissance

droit personnel est celui dans lequel

du

droit

un droit réel

;

du

n'est individuellement sujet passif

un droit personnel duellement

est celui qui

une personne

l'on

En somme, un

est individuellement

celui

dans lequel aucune personne

droit.

Ou, en termes plus simples,

donne

la faculté

de contraindre indivi-

une personne à une prestation quelconque (c'est-à-dire

donner, à fournir, à faire ou à ne pas faire quelque chose). est celui qui

que

acte, et celle-ci à ce

*

qualité d'objet, présente des nuances bien distinctes. »

sujet passif

pas, apli-

l'est

répondant à ce qu'en matière de choses

celle-là

:

donne

la faculté

Un

à

droit réel

de retirer d'une chose quelconque un avan-

du Dr. ro-

tage plus ou moins étendu. (Voir Ortolan, Généralisation

main, au commencement du

I" de son explication

histori(|uc des

Instituts, édit. de 1851, p. 78etsuiv. Voir aussi Aiirens,

Couri de Droit

t.

naturel, S» édit., 18G0, p. 294 et sniv.,

Le

'

384

[».

P.

et suiv.)

celui dont on peut maintenir

droit parfait est

1».

F.

l'usage par les

voies de la force, et dont la violation emporte un tort proprement ainsi

nommé.

(Barbetrag.)

Le droit étant

le corrélatif

des devoirs imparfaits,

du devoir,

comme

il

y a des devoirs parfaits et

y a des droite parfaits et des droits

il

imparfaits. Les devoirs imparfaits, (ju'on rieurs,

moraux

nomme

aussi devoirs inté-

ou éthiques, n'ont de sanction que dans

la

conscience

;

l'homme ne peut point

être contraint à les accomplir par une coercition

physique et extérieure.

Ils

ils

n'engendrent pas au profit de ceux envers qui

doivent être accomplis,

la faculté

ou

le droit

d'en exiger l'accomplis-

sement. Ainsi, par exemple, ne pas souhaiter du mal à autrui, être sobre, chaste, reconnaissant envers un bienfaiteur, ce sont des devoirs éthiques,

moraux ou

•ridiction de Dieu, dits extérieurs

Il

intérieurs dont

la

violation ne relève que de la ju-

en est autrement des devoirs parfaits, autrement

ou juridiques, parce que, ayant pour objet de restreindre

les

abus qui empêcheraient

ils

engendrent toujours au

complis, la faculté ou

le

les

autres de jouir de leur liberté extérieure,

profit

de ceux envers qui

sanction hors de

la

cition physique

pour contraindre l'homme à

conscience, et

la

sement de ces devoirs cxtéricucs

même que

doivent être ac-

coexistence, c'est-ft-dire

Ils

ont une

raison autorise l'cmiiloi d'une coer-

est

qu'ils sont le résultat nécessaire

cette

ils

droit d'en exiger l'accomplissement.

les

accomplir. L'accomplis-

jihysiqucment exigible par cela

de

la

coexistence des

la vie sociale, serait

hommes,

l'accomplissement de ces devoirs. Ainsi, par exemple, rembourser

gent qui nous a été prêté, payer

le

et

impossible sans l'ar-

prix de la chose par nous achetée,

I.n'RE

I,

CHAPITRE

— Les jurisconsultes désignent

V.

67

I.

par

la faculté

l'ex-

pour nous, nous l'appellerons désormais droit proprement ou strictement dit"^, qui embrasse qu'on appelle liberté (*), la puissance tant sur soi-même que sur les autres, telles que la puissance paternelle, la puissance dominicale; le domaine plein et entier ("), ou le domaine moins parfait, comme l'usufruit, le droit de gage'; le droit de créance auquel correspond l'obli-

pression de sien

•;





gation

*.

ce sont des devoirs extérieurs que chacun de nous peut

être

forcé de

remplir par une contrainte physique et extérieure (Eschbach, Intrcduc-

du Droit,

lion générale à l'ctude '

Comme

quand on

cuique Irihuendum. 2

Ne

dit

« qu'il

3« édit., p. î).

P. P.

F.

faut rendre à chacun le sie.\

;

Suum

(Barbetrac.)

»

pas perdre de vue que dans

c'est le droit par/'att, le

le

vocabulaire de Grotius,

droit rigoureux,

le droit

la

faculté

qui correspond au de-

voir parfait, extérieur, juridique, dont l'accomplissement peut être

exigé par une coercition physique. (*)

D'où

les

le

mot de faculté. (*') Le mot JUS

le

scoliasle d'Horace. •''

Le droit

prend pour désigner

se

réel est

qui en est nantie et

gage,

n'existe

propriété d'une chose, dit

la

Grotius.

un pouvoir direct

la

et

immédiat

le

sur*

une chose. La

sans aiuun intermédiaire, entre

la

propriétaire, sont en rapport

créancier gagiste, de

immédiat avec

la

aucun intermédiaire, aucun débiteur personnel entre

Mais leur droit sur

la

personne

chose qui en est l'objet. La propriété, Vusufruit,

etc., sont des droits réels. L'usufruitier, le

même que

liberté par

la

GROTirs.

•relation qu'il établit existe,

le

P. P. F.

jurisconsultes romains définissent très-bien

chose.

elle et

11

eux.

chose est plus restreint que celui du propriétaire. P. P. F.

*

Grotius

s'est servi

du mot credilum, que nous avons traduit

de créance, a On peut soutenir sans entendre

ici

hésiter,

par creditum, non-seulement

dit

Barbeyrac,

le droit

qu'on

:

droit

qu'il faut

a d'exiger tout

ce qui nous est dû en vertu de quelque contrat, de quelque convention,

de quelque promesse ou de quelque d'exiger

la

réparation du

dommage

loi

;

causé

mais encore et

le

droit qu'on a

des injures reçues,

comme

cela est aussi renfermé dans l'étendue de l'idée que les jurisconsultes ro-

mains attachaient à ce mot

:

Creditorum appellatione non hi tantum

accipiuntur qui pecuniam crediderunt, sed omnes quitus ex qudlihet

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

68.

VI.

— Mais

de deux sortes

cette faculté est encore

:

l'une, vulgaire, existant en considération de l'utilité des

particuliers

*;

éminente, supérieure à ce droit

l'autre,

communauté

vulgaire, et qui appartient à la

sonnes

vue de

sur les per-

des individus qui en font partie, en

et les biens

l'intérêt général

2.

que

C'est ainsi

la

puissance

royale a sous elle les pouvoirs du père et ceux du maî-

que le monarque a, pour le bien commun, un droit de propriété plus étendu sur la fortune des particuliers ^ tre;

causa debetur. Ut si cui ex cmplo, vel ex locato, vel ex alto ullo debetur. Sed et siex delicto debeatiir, mihi videtur créditons loco accipi (Dig.,

pense

L,

lib.

lit.

XVI, De Verb.

même que Guotius

signif.,

a compris sous le

Bardevrac

12). »

II,

l.

mot de crcditum

le droit

punir, et sous celui de debitum, l'obligation de se soumettre à

que le

l'on a méritée.



Ce qui

le fait

entrer dans cette pensée, c'est que

droit parfait auquel se rapportent

creditum

le

répond au droit naturel proprement

s'agit,

de

peine

la

ainsi

debilum dont

et le

nommé, dont GnoTius

il

a

parlé dans ses prolégomènes g viii. Or, une des règles de ce droit est que

ceux qui en violent

maximes, méritent d'être punis.

les

apparence que dans l'énuméralion des

ciioscs

que

Il

y a donc grande

l'on peut exiger à la

rigueur, Grotius n'aura pas oublié la punition des coupables. Cela paraît

d'autant plus vrai, qu'il met ailleurs au rang des cboscs qu'on peut exiger d'autrui à la rigueur, g 1,2). fait la

A

*

II

2

que

le

(Voir infrà,

matière du droit parfait

membre

Le but

est revêtue,

(liv.

H, chap. xx,

g

naturels,

indépendamment de

et l'avantage

11).

xiii,

P. P. F.

ou acquis, dont de citoyen

la relation

d'un État.

les droits naturels,

chap.

liv. III,

droit de punir à la justice explélrice, qui

cela se rapportent tous les droits ou

chaque personne ou de

Debitum ex poend

rapporte de plus

(Daudeyrac.)

de

la

société civile

demandent nécessairement

ou acquis, de chacun des membres qui

sent, puissent être limités en diverses

manières

et jusqu'à

la

compo-

un certain

point, par l'autorité de celui ou de ceux entre les mains de qui on a déposé

(Barceyrac.)

l'autorité souveraine. 3

Philon

objets

qui

(lit

que

l'argent, l'or, et tous

autres

les

précieux gardés avec soin par les sujets, appartiennent à ceux

gouvernent, plus qu'à ceux qui

son Panégyrique ses sujets, il

certainement

«

ajoute

et :

«

que

les

possèdent. » Pline dit

dans

que «

le

seul

possède autant que tous réunis. » Plus loin

César

il

voit-il

prince

quelque

est

le

chose

maître des biens

qui

ne

lui

de tous

appartienne

LIVRE

que

CHAPITRE

I,

60

I.

eux-mêmes que chaque citoyen

les particuliers

;

est

plus obligé vis-à-vis de l'État pour les besoins publics,

son créancier.

qu'il n'est lié envers

— Quant à VajHilude, Aristote l'appelle

VII.

à-dire, dignité

*.

Michel d'Éphèse traduit

i^ia, c'est-

l'idée d'égalité

qui, dit-on, doit exister suivant cette justice,

que pas? '

qui

« c'est ce

(a)

est

convenable

(*).

en disant

»

Ajouter ce que dit SARiSBERY,Poïtcro(tc., liv.V,chai). i.Grotius.

C'est lorsqu'il traite de la justice distribulive, en vertu de laquelle

on doit rendre à chacun ce qui

lui est

ûù selon son mérite. (Barueyrac.)

Dignitas que nous avons traduit par dignité, pour reproduire fidèlement possible l'original, est synonyme (*)

« S'il faut discuter, dit Cicéron, et

ceux auxquels viennent

la

faut

il

rendre

le

ici

de mérite.

plus

comparer entre eux quels sont

plus de services, en

première ligne

patrie et les pères et mères, dont les bienfaits nous rendent

surtout redevables envers eux

puis les enfants, et toute notre famille,

;

qui ne tourne les yeux que vers nous,

ne peut trouver d'autre

et qui

ressource qu'en nous. Ensuite ce sont les parents avec qui nous

en bonne

le

P. P. F.

intelligence, et

qui

partagent

sommes

plus souvent notre

aussi le

fortune. Ainsi donc on doit faire part des choses nécessaires à la vie,

aux personnes surtout dont j'ai parlé plus haut. Pour ce qui est de vivre et de demeurer ensemble, de donner des conseils, de converser, d'exhorter, de donner des consolations, et de censurer même quelquefois, cela a lieu surtout dans l'amitié. » {De offic,

sera dit ci-dessous,

liv. II,

I,

chap. vu, g ix et x.

cap. xvii.)

Voir ce qui

Sénèque (De

benef., IV,

cap. XI) dit, en parlant des testaments, « que l'on cherche pour dopner

(a)

Bardeïrac a raison de corriger

cette dernière citation de Pline.

pyriste a dit, au contraire, à la louange de Trajan, que

«

Le pané-

l'empereur voit quel-

que chose qui ne lui appartient pas, et que l'empire du prince est plus étendu » Il faut aussi savoir gré à Barbetrac d'avoir ajouté que que son patrimoine. .

«

les biens

puissance étrangère. été formulés dans la

hommes

.

de chaque sujet n'appartiennent pas plus à son prince qu'aune autre »

Les principes du droit public moderne à cet égard, ont

Déclaration des droits de l'homme

et

du citoyen

naissent et demeurent libres et égaux en droits (art. i"),

. .

« Les Le but de :

toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles

de l'homme. Ces droits sont la

tance à l'oppression

(art. 2).

ne peut en ôtre privé,

si

liberté, la propriété, la sûreté et la résis-

La propriété étant un

droit inviolable et sacré, nul

ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement

constatée, Vexige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable in-

demnité

(art. 17).

»

{Conslil. 3,

U

sept. 1791.)

P. P. F.

70

DROIT DE LA GUERllE ET DE LA PiUX.

IJ.

VIII. —

La

faculté est l'objet

que

le possesseur

de lniusiico

explétricc,

à la rigneur, et qu'Aristotc

de justice des contrats

qualifie

car,

1.

nommée proprement et

ainsi

expression trop bornée

:

me

d'une chose m'appartenant

;

la

rende, ce n'est pas en vertu de quelque contrat qu'il agit '

cependant son action se rapi)orte à cette même Aussi le même philosophe l'a-t-il appelée plus

ainsi, et

justice.

heureusement gorhective. tice attribulrice,

L'«;;/i^udc est l'objet

qu'Aristotc

wonwwc justice

qui est la compagne des vertus

la jus-

dont l'objet est de pro-

^

hommes

curer du bien aux autres

de

distributive, et

:

la libéralité, la clé-

mence, la sage conduite dans le gouvernement de l'État'. 2. Quant à ce que dit Aristote, que la justice explétrice suit une proportion simple, qu'il appelle arithmétique, et la justice attribulrice une proportion de compa-

nomme proportion géométrique, laquelle a nom de proportion chez les mathématiciens (*),

raison, qu'il

seule le

son bien, ceux qui

{De la Doctr.

le

méritent

chrét., iiv.

1,

le

mieux.

Ajoutez ce que dit Augustin

»

cliap. xxviii et

Grotius.

xxix).

Grotius n'est pas tout à fait bien fondée, dit DapBETRAC, parce que le mot de (juvaXX«Y!-«-a, suivant l'idée qu'Aristotc y attache (le mol qui se trouve dans le texte de Grotius est La

*

critique de

SuvâXXaxTtx-)))

,

renferme généralement toutes

avoir les uns avec les autres, et dans lesquelles

les affaires

que l'on peut

se trouve

une inégalité

il

qui doit être redressée par l'exercice de cette sorte particulière de jus-

dont

tice,

^

Car

il

la

(Barbeyrac.)

s'agit.

justice dont

il

s'^agit,

règle l'exercice des vertus qui consistent

à faire en faveur d'autrui des choses

gueur,

et elle

enseigne à

que personne ne peut exiger

appliquer convenablement

les

à la ri-

actes de

ces

vertus, par un sage choix des personnes les plus dignes d'en ressentir les

(Rarbeyrac.)

effets.

3

Grotius a personnes

peut exiger à (')

principalement en vue

charges publiques, car, (juoique

et des les

ici

les la

Cassiodore

que

l'on

distribution des récompenses

souverain doive en cela préférer

plus dignes et les plus capables, aucun particulier ne

rigueur cette préférence. l'appelle

(Bardeyrac.)

une « Comparaison de manière

C'est de cette proportion, dont

usage,

le

la

trouve dans

la

d'être.

»

justice aUributricc fait ordinaircnient

Homère

la

complète définitioR suivante

:

LIVRE

I,

CHAPITRE

71

I.

ce sont de ces sortes de choses qui se présentent sou-

ne

diffère pas

La

en

effet,

de Vallributrice par l'usage de ces

diffé-

vent, mais pas toujours*.

justice explétrice,

rentes proportions, mais par la matière sur laquelle elle s'exerce,

comme nous

l'avons déjà dit. d'est ainsi que le

contrat de société s'exécute par «

donnait

11

choses

les

excellentes

moindres à ceux qui avaient

le

une proportion de com-

aux

personnes de valeur, et les

moins de mérite

Grotius.

(a). »

Barbeyrac explique ce qu'il faut entendre par ces proportions métique et géométrique. « La proportion simple ou arithmétique, '

arithdit-il,

se rencontre, selon Aristote, entre trois grandeurs, dont la première sur-

passe

la

seconde, ou eu est surpassée, d'une quantité égale à celle dont

celle seconde surpasse la troisième,

pour ramener faut ôler de la

les

ou en est surpassée. De sorte que

choses au juste milieu, en quoi consiste

la

première grandeur ou y ajouter, autant que

la

il

^

seconde ou qu'on en ôtc. Ce que l'on doit ôler ou ajouter

les

justice,

l'on ajoute à ici,

ce sont

choses agréables ou avantageuses, et les choses désagréables ou dé-

savantageuses, car on ôte des unes et des autres à celui qui en a trop,

pour

le

donner à celui qui n'en a pas assez. Ainsi supposez qu'une chose

qui ne vaut que six écus ait été vendue neuf par la tromperie du ven-

deur

le

;

moins

:

vendeur a trois écus de trop,

et

l'acheteur trots écus de

ôtez trois écus au vendeur, et donnez-les à l'acheteur. Voilà

proportion arithmétique... »

quatre grandeurs, dont autant de

la

«La

première contient

fois ({ue la troisième contient la

Comme quand

on

dil

ou au contraire

:

Uthic. Nicom.,

liv.

la

seconde, ou y est contenue

quatrième, ou y est contenue.

comme vingt-quatre est à douze ; comme douze est à ùngt-quatre? Voir

six est à (rots

:

(rots est à six,

V, chap. vu. »



Il

n'est pas nécessaire d'insister

longtemps pour faire comprendre au lecteur toute

l'inutilité

Barbeyrac

de ces rai-

P. .P. F.

sonnements.

(a)

une

proportion gfdométn'Que se trouve entre

fait

observer, au sujet de cette dernière citation, qu'elle est

dépourvue d'exactitude,

comme

tant d'autres

de Grotius. Le vers d'Homère

livre de l'Iliade, dans lequel Neptune profitant d'un profond assoupissement do Jupiter, provoqué par le dieu du Sommeil, à la prière de Junon, va exhorter les Grecs à marcher contre les Troiens. Les rois Diomède, Ulysse et Agamemnon, courent eux-mêmes de rang en rang pour faire changer d'armes. Les plus braves prennent les meilleures armes, et on donne les moindres à ceux qui ont moins de cœur.

cité

par notre auteur, se trouve, en

Nous avons relevé

au XIV«

pour mettre en garde

le lecteur contre

ne sont pas toujours heureuses.

P.P. F.

cette observation

citations qui trop souvent

effet,

des

7?

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

paraison

*,

que

et

s'il

ne se rencontre qu'un seul

indi-

n'est besoin

que

vidu capable d'un emploi public,

il

d'une simple proportion pour le lui conférer ^. 3. 11 n'y a

pas plus de fondement dans ce que quel-

ques-uns disent que la justice atlributricc a pour objet les

choses communes, et

cxplctricc celles qui

la justice

appartiennent aux particuliers. Tout au contraire,

l'in-

dividu qui veut disposer par legs d'une chose comprise

dans ses biens,

fait

usage de

la justice atlribulrice

;

l'État

qui rembourse sur les fonds publics ce qu'un citoyen a

dépensé dans observée par

commun, ne

l'intérêt

tice cxplétrice. C'est

le

que de jus-

acte

maître de Gyrus. Ce dernier ayant

un enfant plus

tribué à

fait

avec raison que cette distinction a été at-

petit ([ue les autres la lunifiue

qui était proportionnée à sa

taille,

mais qui ne

lui ajv

partenaitpas, et une tunique plus ample à celui qui était

de plus haute stature, son maître lui dit, pour lui donner une leçon qu'il aurait dû en user ainsi, dans le cas où :

il

aurait été établi arbitre pour apprécier ce qui conve-

nait le

mieux à chacun

;

mais que du

moment où

il

s'a-

de juger auquel des deux appartenait la tuni(iuc, ne fallait considérer qu'un point de quel côté se

gissait il

:

trouvait la possession la plus légitime, à qui devrait ap-

partenir l'objet, à celui qui l'avait enlevé violemment,

ou à celui qui *

l'avait soit fait, soit

Grotius a voulu dire

ici

acheté

?

qu'en matière de contrats, l'usage de

proportion arithmétique ne suffit pas toujours sociétés,

(*)

;

et

a indique sim|>lement que lorsqu'on partage

il

le

profit entre

plusieurs associés qui sont entrés dans la société par portions inépalcs, est certain qu'il faut user de la proportion géométrique. 3

Comment imaginer

qu'il

pable d'un emploi public! «

important (*)

ici

;

Voyez

cette loi

en justice.

» et le

il

ne puisse se trouver qu'un seul individu ca-

Au

fond, dit Barbeyrac, tout cela est peu

P. P. F.

Xénopiion, livre

donnée par Moise »>

il

P. P. F.

a bien raison.

même

la

prenant l'exemple des

{Lxode, xxiii, 3

:

,

«

Tu

II

de

la

Cyropcdic.

Il

faut rapporter

n'auras pas compassion du pauvre

Lévit,, xix, 15.)

Il

faut,

en

effet,

comme

LIVRE

IX. —

1

73

I.

y a une troisième signification du

11

.

GIIAriTRE

I,

droit, suivant laquelle ce

terme

pris dans le sens le plus

mot

du mot loi, qui veut dire une

est sjiionyrae

étendu, et

règle des actions morales obligeant à ce qui est hon-

nête

(*).

Nous demandons

qu'il

car les

ait obligalion,

y

pour objet l'iionr note, mais n'imposant aucune obligation, ne sont pas compris sous le nom de loi ou de droit. Quant à la permission, elle n'est pas, à proprement parler, un effet réel de la loi ce n'est qu'une inaction ', si ce n'est en conseils et tous autres préceptes ayant

;

le

« séparer la cause en elle-mérue de toute considération

Pliilon,

dit

des parties (a).»

Grotius.

C'est dans ce sens qu'Horace a dit

(*)

ont été inventées par

que

les lois aient été créées

soit

contempteur des

Grotius

se

elTet aussi réel

de

'

la

«

lui... »

avouer que

faut

Il

;

» et ailleurs

Sur quoi

:

le Sclioliaste

»

lois.

trompe la

pour

«

do l'injustice

crainte

la

:

:

les

lois

«

nie

Il

a Qu'il

Grotius.

Darbeyrac. La permission est un prise dans toute son étendue, que l'obligation

loi,

dit

ici,

plus forte et la plus indispensable. Le supérieur de qui la

loi

émane, a

droit de diriger positivement ou toutes les actions de ceux qui dépendent

de

lui,

ou du moins toutes

celles

ces actions à l'égard de laquelle

d'un certain genre;

il

ne puisse imposer

la

il

ou de ne point agir d'une certaine manière. Mais

il

aucune de

n'est

nécessité d'agir

y a toujours un assez

bon nombre de choses soumises à sa direction, par rapport auxquelles laisse à

chacun

la

liberté

comme on jugera à propos. Ce comme le prétend Grotius, mais un

de faire

point là une simple inaction, très-positif,

quoique tacite pour l'ordinaire, par lequel

le législateur se relâche

impose une nécessité indispensable de faire

les

acte

supérieur ou

de son droit. De sorte que, conome

ordonnées ou défendues sont réglées positivement par qu'elle

le

il

n'est

les actions

la loi,

en tant

premières et de

s'abstenir des autres, les actions permises sont aussi positivement réglées

par

la loi à

leur manière, et selon leur nature, en tant que la

originairement le

le

pouvoir de

les faire

juge à propos, ou confirme

ôter en

tout,

ou en partie.

expresse, qui a

Il

ou de ne pas

loi

ou donne

comme on

les faire,

et laisse cette

n'est

lieu rarement...

faculté qu'elle aurait pu nullement besoin d'une permission

Le

silence

(a) Bardeyuac fait observer qu'il ne trouve dans aucun passage qui puisse se r.ipportcr à co que dit

du législateur

le livre II ici

GnoTii's,

de

suffit

la

P.

pour

Cyropédie 1». 1".

L£ DROIT DE LX GUERRE ET DE LA VMK.

74

tant qu'elle oblige les auti'es de n'apporter aucun

a reçu la permission.

clieinent à celui qui dit qu'il devait

y avoir obligation à ce qui

cmpèNous avons

est

honnête, et

non simplement à ce qui est juste parce que le di'oit, suivant l'idée que nous y attachons ici, ne se borne pas aux devoirs de la seule justice, telle que nous venons de ,

embrasse encore ce qui lait la matière Toutefois ce qui est honnête suivant appelé juste, en prenant ce mot dans un sens

l'expliquer, mais

des autres vertus ce droit est

(*).

étendu.

La meilleure

2.

donner rien

lieu d'inférer

commandé,

du

division

droit ainsi entendu est

une permission positive de tout ce sur

Les philosophes ont souvent contesté

la réalité

remarquant que de droit naturel tout ce qui en vertu de

soit autorisée,

qu'elle

ne

la

liherté de

la il

l'homme

n'a

;

défendu est permis,

en sorte que, pour qu'une action

n'y a pas hesoin que la

loi

la

permette, mais seulement

défende pas. Quelque opinion que l'on se forme à ce sujet,

moins quant à leur énoncé;

et la

lois

il

sont permissives au

nécessité de ces lois s'explique, soit

peut s'élever des doutes sur

qu'il

il

des lois permissives, en

n'est pas

n'en est pas moins certain que beaucoup de

parce

({uoi

ni défendu... »

légitimité d'une action, soit

la

parce qu'il peut y avoir lieu de faire une exception à un principe général prohibitif, ou de permettre une chose auparavant défendue.

Le ca-

ractère des lois permissives est de créer une simple faculté au profit d'une

personne, laquelle, par conséquent, reste libre d'en user ou de ne pas en

user (Bélime, Philosophie du Droit,

t.

I,

p.

— Le but des

4G5 et 466).

surtout d'ordonner ou de défendre, tout ce qu'elles

lois positives étant

ordonné ou défendu reste donc abandonné au

n'ont pas

libre arbitre

de chacun. Cette proposition a été exprimée en ces termes dans

ration des droits de l'homme

La

de 1791

:

société.

Tout ce

«

loi

et

du citoyen

([ui

précède

la

la

Décla-

Constitution

n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la

([ui

n'est pas

défendu par

la loi

ne peut cire empêché, et

nul ne peut être contraints faire ce qu'elle n'ordonne pas » (Art. 5).

même an

III (')

idée est reproduite dans l'art. 7 de la Constitution

(22 août 1795).

On

P. P. F.

en trouve un exemple dans une

une peine à

celui qui avait

La

du 5 fructidor

loi

de Zaleucus, qui infligeait

bu du vin contre l'ordonnance du médecin. GUOTIUS.

LIVRE celle qui se trouve

I,

CHAPITRE

dans Aristote

75

I.

et suivant laquelle

' ,

il

y a un droit naturel, et un droit volontaire, qu'il appelle di'oit légitime, en donnant au mot de loi le sens le plus étroit

2.

Quelquefois aussi

rencontre la

même

nomme

le

il

On

droit établi.

chez les Hébreux qui,

distinction

lorsqu'ils s'expriment exactement, appellent le droit nor

turcl MiTsvoTii les

(*),

le droit établi Iùiukkim,

Septante ont coutume de traduire

le

:

termes que premier par

Devoirs, le second par Mandements.



une règle que nous sugfait connaître qu'une action, suivant qu'elle est ou non conforme à la nature raisonnable est entachée de difformité morale, ou X.

1

Le

.

droit naturel est

gère la droite raison

(**),

qui nous

,

« C'est,

*



il

(lit

Bardeyrac, dans sa Morale à Nicomachus

de ce

partie

A(xaiov TtoXixixôv, Droit

qu'il appelle

idées d'Aristote ne sont pas tout à fait les 2 C'est-à-dire

ment de

la

en entendant par

civil.

celles

(Barbeïrac.) fils

Maimon, dans

de

le livre III

elle n'a

La

droite raison,

pas été écrite pour

été tracée, loi sans

mais

elle

les

le livre

est

dit-il,

une

mortels par

ne saurait se corrompre, car

tel

s'écrie Tertullien (sur la

sur les tables de

ici

la

ou

homme bon

une

mortel

tel

;

?

elle

n'a pas

inanimées

gravée par

la

;

nature

« Demanderez -vous donc,

couronne du soldat), où loi

nature

»

est

qui ne sait pas mentir;

elle a été

immortelle dans un entendement immortel.

N'avez-vous pas

a tout

:

loi

sur des feuilles ou des colonnes

vie,

du

Grotius.

Philon s'exprime ainsi dans

(**)

faisant

Ainsi les

de Grotius. b

Docteur des Doutants, chap. xxvi. libre. » a

V, ch. x),

une disposition qui dépend absolu-



volonté du législateur.

C'est ainsi que l'appelle le

(*)

mêmes que

(liv.

comme

distingue A()(aiov cpuaixSv, et Aîxaiov vo|ji.txôv,

est la loi de

Dieu?

commune, exposée aux yeux du monde

» Suivant Marc-Antonin

(liv. Il),

« la fin

que

tout animal raisonnable doit se proposer, c'est de suivre la loi et la règle

de

la

plus ancienne des villes et des républiques. » Ajoutez à ces citations

un passage de Cicéron dans

le livre 111

reproduit par Lactance (vi, 8).

dans Chrysostôme

gner non plus ce Scot

(III,

(Ilar.

(juc dit

Dist., il).

Il

de son

traité

y a de belles

de

choses

XII et XIII sur les statues).

Il

la

République,

sur ce

sujet

ne faut pas dédai-

Thomas d'Aquiu [Secunda sçcundx,

lvii, 2) et

Grotius.

76

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE

qu'elle est

moralement nécessaire de

raent, Dieu, l'auteur

la

'

PAIX.

LA.

que, conséqucm-

et

nature, l'interdit ou l'or-

donne.

Les actes à propos desquels se manifeste cette règle

2.

par eux-mêmes, ou d'obligation, ou

sont,

comme tels

défendus par Dieu

Voilà en quoi ce droit diffère non-

2.

Gomment sommes-nous

*

action? C'est par Ainsi

il

illicites, et

sont censés nécessairement ordonnés ou

ils

la liaison

obliges,

Vattel, à

dit

une certaine

faire

d'un motif puissant avec celle

même

y a deux choses à considérer dans V obligation: 1°

d'où elle nait, ou ce

(pii

la constitue,

te qui

fait l'obligation

;

dans lequel nous nous trouvons quand nous sommes obligés. De

que

l'on distingue l'obligation

action.

principe

le

2" l'état là

vient

en active et passive. L'obligation active

connexion du motif avec l'action. L'obligation passive est une

est la

nécessité morale d'agir ou de ne pas agir. Celle-là est

principe qui

le

alTecte l'être intelligent, et la seconde est l'état dans lequel se trouve cet être.

L'obligation passive nait de l'obligation active,

Ce

naît de la cause...

n'est point sans raison

démontrer cette origine de l'obligation vains se sont bornés à indiquer

tinctement en quoi

l'effet

l'effet

Les plus célèbres écri-

jjassive.

de l'obligation, sans expliquer dis-

consiste. Quelcjucs-ims

elle

comme

que nous nous arrêtons à

ont défini l'obligation

passive, et non point l'obligation active. « L'obligation, dit Piiffendorf, est

une qualité morale, en vertu de laquelle on

sité

nous

dit point

dire que nous

sommes

2

il

ne

ne

\)0\it

définit point l'obli-

fondement du droit naturel,

t.

I, p.

Vattel, de Guillaumin.)

7 et 8 de

P. P. F.

Le droit naturel, dont on retrouve des dans Cicéron, dans Sénèque et dans

législation

il

moralement nécessaire,

obligés de la faire, mais

gation. » {Essai sur le l'édition de

une néces-

Mais

en quoi consiste cette qualité morale. GnoTius se sert

aussi de cette expression, qu'une action est

ton,

est astreint par

morale, à faire, recevoir ou soulTiir quelque chose. »

traces

les

évidentes dans Pla-

si

monuments de

derniers

la

romaine, a reçu des jurisconsultes romains des interprétalions

différentes. Tantôt

il

a été considéré

comme

l'ensemble des règles de

conduite qui découlent de notre constitution jibysique et de notre instinct; tantôt on a

l'homme l'idéal

vu en

lui le

produit de

[Instit., liv. 1,

tit.

III);

I.t

nature ou de

tantôt

du droit [Dig. de just. etjur.,

t.

enfin I,

liv.

raison naturelle de

la

on

l'a

II).

regardé

comme

Pour Gkotius,

le

droit naturel repose sur la nature raisonnable de l'homme. Avec les stoïciens,

il

le

soutient

immuable comme

ne pouvant être change

ni par

la

nature de l'homme lui-même,

un décret du

sénat,

comme

disait

Gaïus,

LIVRÉ

CHAPITRE

I,

77

I.

seulement du droit humain, mais aussi du droit divin volontaire, qui ne prescrit pas ou ne prohibe pas des choses obligatoires ou illicites par elles-mêmes et de leur propre nature, mais qui rend ces choses illicites en les interdisant, et d'obligation

ni par

en les "commandant K

Dieu lui-même, car Dieu ne peut changer

L'homme

est initié

les

rapports des choses.

au droit naturel, d'un côté par

révèle les rapports des choses, et

le

met

à

même

raison qui lui

la

de reconnaître

si

certains

actes sont conformes à sa nature raisonnable, de l'autre coté par l'étude

de ce qui

est observé du consentement unanime des nations civilisées. Grotius donne pour sanction au droit naturel les remords de la cons-

cience, les peines et les récompenses de l'autre vie (voir dans le Précis

droit des gens de Martens,

la

note excellente de M. Ch. Vergé,

2'édil., p. 33). Ainsi donc, tandis que les anciens sophistes niaient

entre

le

bien et

le

mal

il

du 1",

1.

que

y eût une distinction réelle, tandis que quelques

théologiens modernes prétendaient que oes distinctions dépendent de la

volonté arbitraire de Dieu, de blicistes, tels

lateur civil

des

;

que Hobbcs,

même que dans un

autre sens certains pu-

les attribuaient à l'institution positive

lois, puisqu'elle

autorise certaines actions, tandis qu'elle en

que ces actions sont conformes ou opposées à de l'homme considéré comme un être moral ou social. d'autres, suivant

Wheaton

fait

remarquer

entend par droit naturel actions des

Mais

il

du

légis-

selon Grotius, au contraire, la conscience elle-même impose

qu'il est évident que, les

la

nature

dans ce passage, Grotius

règles de justice qui doivent diriger les

hommes, considérés comme des

êtres

moraux

ajoute qu'il serait plus juste d'appeler ce droit

divine, puisque c'est Dieu qui

condamne

l'a

loi

et responsables.

de Dieu, ou

loi

prescrite à l'homme, et qu'elle lui est

révélée par la raison ou par les saintes Écritures. (WheatOi\, Éléments

du

droit international, édit. 1858,

t.

I,

p.

2 et

3.)

— Sur

les

contro-

verses relatives au sens de l'expression droit naturel, et à l'existence de ce droit; sur la définition, le caractère et les limites du droit naturel, voir Vattel, le Droit des gens, etc., édit. Guillaumin,

82et suiv. Ce passage inspire

suiv., '

dit-il,

suppose

ici

t.

I,

78 et

p.

p. p. F. à

Barbeyrac

les réflexions suivantes

:

que l'on serait dans quelque obligation de

ne pas faire certaines choses, quand

même on

« L'auteur, faire

ou de

n'aurait à répondre de sa

conduite devantpersonnc.L'on voit encore aujourd'hui quelques auteurs, d'ailleurs très-judicieux et nullement esclaves des préjugés de l'École,

s'opiniàtrcr à soutenir que les règles

du droit naturel et de imposent par elles-mêmes une nécessité indispensable de

la

morale,

les

suivre.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA TMX.

78

3. Il faut

remarquer, pour rintclligence du droit naqu'on attribue à ce droit

turel, qu'il y a certaines choses



d'une manière impropre, mais indépendamment de

la volonté

de Dieu...

suivant l'expression

ne s'agit point

Il

si,

en faisant abstraction de toute volonté d'un être

de

la

même

volonté de Dieu, notre esprit ne peut pas découvrir les idées et les

relations d'où se déduisent toutes les règles

On

rale.

bonne

doit convenir de

fondées sur

que

de disputer

ici

intelligent, et

la

nature

même

des choses

cela seul

ne s'ensuit pas que

il

ne pas faire

telle

l'on peut appeler

ou

la

de

et

mo-

la

conformes à l'ordre

beauté de l'univers..; Mais de

proprement obligé

l'on soit

chose.

telle

qu'elles sont

;

pour

l'on conçoit qui est nécessaire

du droit naturel

que ces règles sont cffeclivement

foi

à

faire

ou

La convenance ou disconvenance, que

moralité naturelle des actions, est bien une raison qui

peut porter à agir ou à ne point agir, mais ce n'est pas une raison qui

impose une nécessité indispensable,

telle

que l'emporte

de Vohliga-

l'idée

tion. Cette nécessité ne peut venir que d"un supérieur, c'est-à-dire d'un

être intelligent hors de nous, qui ait le pouvoir de gêner notre liberté et

de nous prescrire des règles de conduite... De tout cela je conclus que les

maximes de

des choses, à

la raison,

même

jusqu'à ce que cette

tence et de

la

quelque conformes qu'elles soient à

la

nature

constitution de notre être, ne sont nullement obligatoires,

la

raison nous ait découvert l'auteur de l'exis-

nature des choses, lequel par sa volonté donne force de

loi

à ces maximes, et nous impose une nécessité indispensable de nous y

conformer, en vertu du droit

(ju'il

juge à propos, et de prescrire tés qu'il

nous a données.

Il

a de gêner notre liberté

telles

bornes que bon

est vrai

lui

il

le

que Dieu ne peut rien ordonner de

contraire aux idées de convenance ou de disconvenancc que fait

comme

semble aux facul-

la

raison nous

voir dans certaines actions; mais cela n'empêche pas que l'obliga-

tion de se régler sur ces idées

a

Nous répondons

que

les

hommes

mais que

et utiles

;

celte

la

;

même

volonté de Dieu, parce qu'elles sont louables

sans contredit, un très-grand

celte volonté ajoute,

obligation

très-solide, bien ([uc ce

un fondement très-légitime

qu'elle en est

fondement ne

soi'

dérive lui-même d'un autre dont

([u'il

Vattel,

seraient obligés à l'observation des lois naturelles,

en faisant abstraction de

poids à

ne vienne uniquement de sa volonté... »

tout ce raisonnement, dit avec justesse

à

il

et

pas un principe primitif, puislire

sa force, je

veux dire de

Le savant commentateur deGnoTius ne scra-t-il pas obligé d'en convenir, et n'avoucra-t-il pas que sa note est inutile contre un panotre

reil

utilité.

système?... Ce n'est point déroger à l'autorité de Dieu, que de dire

que tout ce utile

qu'il

nous prescrit dans

les

lois naturelles est si

par lui-même, que nous serions obligés do

le

beau, et

pratiquer, quand

si

même

'^

LIVRE

CHAPITRE

I,

79

I.

— par

qu'affectionnent les Scoliastes

réduction, aux-

quelles le droit naturel n'est pas formellement contraire. C'est ainsi

que nous avons

dit tout

à l'heure qu'on quali-

le fondement du droit nadu Droit des gens de Vattel, édition Guillaumin,

Dieu ne l'aurait pas ordonné. » {Essai sur turel, dans le traité 1. 1,

16 et suiv.).

p.

La philosophie moderne a donné raison à Grotius contre Barbetrac. Elle enseigne, avec le publiciste hollandais, et avec les plus beaux génies le bien n'est pas tel parce qu'il plaît à Dieu, mais qu'il Dieu parce qu'il est bien, et que, par conséquent, ce n'est pas dogmes religieux qu'il faut chercher le titre primitif de la légi-

de l'antiquité, que plait à

dans

les

timité des vérilés morales.

Sur

les traces

les plus

de Platon,

leurs de l'Église, saint Augustin, saint Anselme, saint

temps modernes

les

les plus illustres philosophes,

grands doc-

Thomas,

et

dans

Mallebranche, Fénelon,

Lcibnitz, se sont accordés à reconnaître la parfaite indépendance de l'idée

du bien,

subordonner

et à y

de l'Euthyphron,

dans

le

la

volonté divine. Voir M. Cousin, argument

tome I" de

de Platon.

traduction

la



s'est fait, à notre époque, l'éloquent interprète de la vraie

M. JouFFROY théorie du bien en

soi, qui dans la philosophie païenne avait été entrevue

déjà par Aristole et par les stoïciens.

évidentes suivant celle doctrine

seconde, que

fin, la

de chaque être est

la fin

la

:

Deux choses

d'un être est son bien. Cela posé,

liée à

celle

de tous

les

de

la fin

fin

universelle de tous les êtres; de l'idée

versel.

Ordre universel,

loi

d'un certain être à

des êtres, ce sont

l'idée

du bien absolu, du bien en

les

la

loi et

soi et

par

comme

la

soi.

Maintenant

base suprême et

la

même comme

idée, la fin

nature des êtres est l'ouvrage

volonté de Dieu éclairée par sa raison, et

comme

la

raison de Dieu sont elles-mêmes fondées sur son essence, la

de l'ordre

universelle, de l'ordre uni-

traductions diverses d'une

d'un être est fondée sur sa nature,

de

la loi

universelle, accomplissement de la fin univer-

selle



la fin

du bien d'une nature

donnée, àl'idéedubien général des choses; de l'idée de la d'une destinée particulière, à l'idée de

comme

autres êtres de la nature, la

raison ne peut pas ne pas s'élever de l'idée de la celle

sont immédiatement

première, c'est que tout être a une

substance du bien, c'est Dieu

il

même

volonté et la est clair

dont

la

que

volonté

a produit tous les êtres, dont la raison Jes avait conçus d'avance, pour ainsi dire, et en leur assignant leur nature, ava\^ loi.

C'est en

ce sens qu'Aristote définissait

monde... (Voir

h Manuel de philosophie, fAV Axn.

Emile Saisset, 2«

Quant

à

qu'elle naît

la

leur fin et leur

cause finale du

Jacques, Jules Simon,

édit., p. 347).

l'obligation morale, la

de

marqué

Dieu

la liberté

philosophie

de l'agcnl, cl qu'elle

la

moderne enseigne

aussi

suppose. Kant a présenté

8Ôfie

.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

de justes des choses exemptes d'injustice. Quelquefois

on rapporte par abus au droit naturel des choses regarder comme honnêtes, ou comme meilleures que celles qui leur sont opposées, quoiqu'elles ne soient pas d'obligation. 4. 11 faut savoir de i)lus que le droit naturel ne regarde pas seulement les choses qui sont en dehors de la volonté des hommes, mais qu'il a aussi pour objet beaucoup de choses qui sont une suite de quelque acte do cette volonté. C'est ainsi que la propriété, telle qu'elle

aussi

que

la raison fait

en usage, a été introduite par

est à présent

volonté

la

humaine; mais du moment où elle est introduite, c'est le droit naturel lui-même qui m'apprend que c'est un crime pour moi de m'emparcr, contre ton gré, de ce qui est l'objet de ta propriété. Aussi le jurisconsulte Paul a-t-il dit

que

par

le vol est interdit

le droit naturel

(*)

Ulpien, que c'est une action naturellement déshonnête Euripide, dans

vers d'Hélène, que c'est

.ces

une admirable analyse de ces deux notions d'obligation

un

acte qui

et de liberté, et

parfaitement indiqué leurs rapports essentiels. L'obligation morale n'est point une impulsion de tante

;

c'est

la sensibilité,

ou une force étrangère et nécessi-

un» Idée, un concept qui s'impose nécessairement

mais sans maîtriser

l'activité.

libre ne peut raisonnablement

à la raison,

Cette idée, ce concept, c'est qu'un être se proposer

pour

que d'accomplir sa

fin

destinée, de concourir à l'ordre, de faire le bien. Mais ce principe qui est

d'une évidence irrésistible, n'encbaîne que notre jugement et nous laisse

maîtres d'y conformer ou non notre conduite. Voir la raison

pure pratique,

turel, leçon

XXVI;

liv. I, cliap.

i

;

Manuel de Philosophie,

le

:

Kam,

Critique de

Jouffrov, Cours de Droit naetc., p.

349 et suiv.

P. P. F. « Après la loi, dit l'empereur Julien, qui regarde la connaissance

{*)

et le culte de Dieu,

il

y a uneautre

loi

sacrée et divine de sa nature,

qui ordonne de s'abstenir toujours et partout du bien d'autrui, et de n'y attenter ni par ses discours, ni par ses actions, ni par ses pensées secrètes. »

Cicéron, dans

le livre

III

du Traité des devoirs,

dit d'après

Chrysippe, que « chacun peut, sans injustice, chercher son propre avantage

;

mais

qu'il est

appartiennent. »

contre

le

droit d'Oter

aux autres

les biens qui leur

Grotius.

LIVRE déplaît à Dieu

CHAPITRE

I,

i.

3J

Dieu ne peut souffrir la violence il ne veut point que nous soyons riches par le vol, mais par «

:

;

(les

acquisitions honnêtes.

elle

Il faut mépriser la fortune si ne vient pas d'une manière légitime. L'air est com-

mun à

tous les

hommes

chacun d'y étendre

sa

la terre aussi. Il est permis à demeure, mais en s'abstenant ;

d'empiéter sur ce qui appartient à autrui. »

Le droif naturel est tellement immuable, qu'il ne même être changé par Dieu. Quelque immense,

5.

peut pas

en effet, quesoit la puissance divine, on peut dire cependant qu'il y a des choses sur lesquelles elle ne s'étend pas; parce que celles auxquelles nous faisons allusion ne peuvent être qu'énoncées, mais n'ont aucun sens qui

exprime une

réalité, et sont contradictoires entre elles.

De même donc que Dieu ne

pourrait pas faire que deux deux ne soient pas quatre, de même il ne peut empêcher que ce qui »cst essentiellement mauvais ne soit mauvais '. C'est là ce qu'Aristote donne à et

entendre

'

Le bien

et lemaldiffèreut-ils

par des caractères nécessaires, ou seu-

lement par

la volonté de Dieu ? Grotius croyait que Dieu lui-même n'aurait pas pu faire que ce qui est bien fût mai, et réciproquement.

PuFFE^DORF soutenait au contraire que, si Dieu nous parait criminel aurait pu être vertueux (liv. a, dit à ce sujet, fort à

propos, Délime, de

la

l'avait I,

chap.

voulu, ce qui n" G).

i,

11

y

présomption à vouloir dis-

serter sur ce que Dieu aurait pu faire. Ce sont, d'ailleurs, des discussions dont l'utilité, fort contestable en tout état de cause, le serait surtout au point de vue de la législation » {Philosophie du Droit, t. f, p. 70j. Ces questions oiseuses étaient un reste de la scolastique des théologiens. On sait combien de questions bizarres étaient traitées au moyen âge dans les écoles (Voir notamment: D. Thomae,

Quœstiones dispu-

tata;,

t.

XII, p. 289, 350,

L'opinion de Grotius ^

l'obligation

morale et

est,

683;

Id.,

Summ.

Tlieol,

t.

XXII,

p.

80,

au surplus, conforme à ses principes sur

bien en

soi. Les partisans de la tbéorie qui réduit ridée du bien à l'idée de la volonté divine, Okkam au moyen âge,

Cnusius dans Dieu, en daient de

les

elTct, la '•

le

temps modernes, aboutissent

ne peut pas vouloir

le

mal. Or,

à l'opinion si le

de Puffe.-vdorf.

bien et

seule volonté de Dieu, conçue dès lors

comme

le

mal dépen-

parfaitement

6

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE

82

quand

il

pas

sitôt

ses.

Car

dit qu'il

PAIX.

LA.

y a certaines choses dont le

nom

n'est

prononcé, que l'on conçoit qu'elles sont vicieu-

comme

l'essence des choses, dès qu'elles exis-

manière qu'elles existent, ne dépend tent, et de il en est de même des qualités qui d'ailleurs, plus sont la conséquence nécessaire de cette essence or, telle est la malignité de certaines actions comparées avec une nature douée d'une saine raison. Aussi Dieu lui-même souffre-t-il que l'on juge de lui d'après cette règle, ainsi qu'on le voit dans la Genèse (xviii, 25), Ésaïe (v, 3), Ézéchiel (xvni, 25), Jérémie (n, 9), Mich. (vi, 2), Rom. la

;

(III,

G).

6. 11 arrive

cependant parfois, dans

les actes h

propos

desquels le droit naturel a prescrit quelque chose, une

espèce de changement qui trompe les

qu'en

effet

inattentil's, puis-

ce n'est pas le droit naturel qui change, lui

qui est immuable, mais c'est la chose à l'égard de

la-

quelle le droit naturel a statué, qui subit le change-

ment. Prenons un exemple

:

si

mon

créancier

me

tient

que je lui dois, je ne suis plus tenu de lui rien payer, non pas parce que le droit naturel aurait cessé de me prescrire de payer ce que je dois, mais parce que l'objet de ma dette a cessé d'être dû. C'est

quitte de ce

indiiïércnte et arbitraire en soi,

rendre bonne. Ainsi

il

suffirait à

Dieu de vouloir une chose

vice deviendrait vertu,

pour

la

de

vouloir. Pourquoi ne Jirîiit-on pas alors qu'il

le

faire

que

être? vient,

On

le

l^ cercle soit carré,

que

le

s'il

plaisait à

Dieu

dépend de Dieu de

vrai soit faux, que l'être soit le non-

Voit combien cette doctrine, spécieuse au premier abord, de-

quand on

presse, extravagante et pernicieuse.

la

e vrai sont fondés sur

Faire dépendre

le

la

bien de

la

volonté de Dieu, c'est faire dépendre l'être

de Dieu de son action, c'est dire que Dieu est selon ce de dire que Dieu veut selon ce qu'il est; et celui des choses.

Voir

Manuel de Philosophie, et soutenu cette vérité.

:

Le bien commô

nature de Dieu, ou plutôt sont Dieu même.

c'est

qu'il veut,

au

lieu

remonter l'ordre des idées

Am. Jacques, Jules Simon, Emile Saisset, Il faut louer GnoTius d'avoir compris

p. 313.

l'-

!*•

F-

LIVRE

I,

CHAPITRE

83

1.

ainsi

qu'Arrien dit avec raison dans Épiclète, qu'il ne

suflit

pas pour qu'une

été

donnée en

prêt,

somme d'argent soit due

mais

qu'il faut

que

qu'elle ait

la dette subsiste

De même, si Dieu d'immoler quelqu'un, de le dépouiller de ses biens, non-seulement il n'y aura pas là un homicide ou un vol licites termes qui impliquent l'idée de crime, mais il ji'y aura même ni homicide ni vol, parce queces actes auront eu lieu sur le commandement de Dieu, maître suprême de la vie et des biens.

encore, qu'elle n'ait pas été éteinte. prescrit





du

7. Il y a aussi des choses qui sont

non purement

et

droit naturel,

simplement, mais à raison d'une

tion déterminée. C'est ainsi (juc tant

que

situa-

la propriété

n'avait pas été introduite, l'usage des choses

en

commun

a été de droit naturel, et qu'on a eu le droit de poursuivre son bien par la force avant que les lois aient été

promulguées'. *

Grotius (lisUngue entre

gens fositif ou volontaire.

gentium de

la

le

droit des gens naturel et fait

Il

dériver

le

droit des

premier élément du jus

le

hommes

supposition d'une sagiété où les

vivent ensemble

dans ce qu'on appelle Yélat de nature. Cette société naturelle n'a d'autre supérieur que Dieu, d'autre droit que

de l'homme,

et

annoncée par

la

la loi

voix de

la

divine gravée dans

le

cœur

conscience. Les nations, vivant

ensemble dans un pareil état d'i^épendance mutuelle, doivent nécessai-

rement être régies par ou volontaire,

il

lui

cette

même

loi.

donne pour base

le

Quant au

droit des gens positif

consentement de toutes

les

nd-

tions, ou de la plupart d'entre elles, à observer certaines règles de con-

duite dans leurs relations réciproques. Mais

il

est évident

que sou pré-

tendu état de nature n'a jamais existé; son consentement général des nations est tout au plus un consentement tacite,

tum quod consensus

fecit des jurisconsultes

peut être démontré que par

la

tel

que

le

jiw non scrip-

romains. Ce consentement ne

disposition plus ou

moins constante

et

générale des nations à observer, les unes envers les autres, ces règles de justice internationale reconnues par les publicistes.

« Grotius, dit

Wiieaton, aurait mieux

base du droit naturel des gens dans

le

fait

sans doute de chercher la

principe du bonheur général,

vaguement indique par Leibnitz, plus clairement exprime par Cumberland, cl reconnu par la plupart des écrivains

modernes comme

la

pierre

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

84 XI. —

1

La

.

distinction qui existe dans les livres de

un droit immuable commun aux animaux et à l'homme, que dans un sens plus étroit les et un jurisconsultes de Rome appellent droit de nature, droit romain, entre



droit propre à l'humanité,

désignent par

le

d'aucun usage

;

nom car



—quelcsmémesjurisconsultes — presque

de droit des

il

n'est

(jens,

n'y a d'être à proprement parler

susceptible de droit, que celui qui se dirige d'après des

principes généraux'. C'est ce que de touche de

la

remarque

parfaite-

morale internationale. Le principe fondamcntar(iue toutes

règles de la morale publique et privée ont pour objet le bonheur

les

général des hommes, n'était pas reconnu du temps de Guotius. Ce principe a contribué à dissiper en grande partie les erreurs introduites dans la

science du droit international par Grotius et ses successeurs

immé-

qu'en méditant sur l'expérience de tant de siècles pasportion la plus éclairée des nations civilisées a fini par se con-

diats. C'est ainsi sés, la

vaincre des calamités immenses qui sont les suites de

qu'on est parvenu à modifier

ainsi

nations, en s'abslcnaut de

combattants sur terre

;

et

ments marchands en mer 3* édit., '

La

saisie des

la

t. I,

p.

60

usages de

»

la

guerre. C'est

guerre entre

la

les

personnes et des biens des non

on apprendra avec

de s'abstenir également de

l'utilité

les

la saisie et

le

de

temps,

il

faut l'espérer,

confiscation des bâti-

la

(Uistoite des Proyrès

du

droit des gens,

P. P. F.

et suiv.).

du droit en droit naturel, droit des gens et Ulpien {Dig., I. I, § 3, de just. et Jur.), et non

division triparti te

droit civil, a|)partient à

aux juriscotisuUes roinains. Les

Institetes l'ont reproduite

(I.

I, tit. 11,

Frinc), mais sans y tenir beaucoup, comme on peut le voir d'après le g 41 du titre I" du livre II. Ulpien ne reconnaissait cependant dans les brutes aucun sentiment du droit, et par conséquent aucune idée du devoir.

Le

comme

droit, suivant ce jurisconsulte,

transgressé par un animal,

pauper.; Ulp.,

fr. I, g

telle n'a

(l'rinc, si quadr.

3,cod.). Pourquoi donc attribuer aux animaux la

connaissance d'un droit qui leur serait

prétend que

ne peut jamais être considéré

quod sensu caret

commun

avec l'homme? Cujas

point été l'idée d'Ulpien; mais

est difficile d'ex-

il

pliquer autrement les termes que ce jurisconsulte emploie (voir

Not. ad

Instit.;

Du Ckvwroy

quées, ?• édit., 1848,

cru que

la

t. I,

distinction

p.

,

:

Cujas,

Inslitules de Juslinien, traduites et expli-

1 1

et 12).

Quelques interprètes modernes ont

tripartite d'UI|)ien servait à déterminer les lots

divers et inégauxdes trois grandes classes entre lesriuelles se partageaient, à

une certaine époque,

les sujets

de l'empire romain

:

les esclaves, les

LIVRE

ment Hésiode.

CHAPITRE

I,

85

I.

La loi, dit-il, est donnée par Jupiter au genre humain les bêtes sauvages, «

;

le

giuud

les pois-

sons, les oiseaux au vol élevé, deviennent la pâture les

uns des autres

:

le droit n'a

chose

justice, qui est la

pas lieu entre eux. Mais la

la plus excellente,

«Nous ne disons pas

a été notre

une justice pour les chevaux, pour les lions », écrit Gicéron dans le livre I" de son Traité des Devoirs. Plutarque, dans la vie de Gaton l'ancien, dit aussi que « nous ne nous servons partage

(*)

».

naturellement des

hommes». «Nous

lois et

qu'il existe

de la justice qu'à l'égard des effet, dit Lactance (liv. V),

voyons, en

que dans tous les êtres animés dépourvus de raison, il y a une nature qui prend soin d'elle-même. Ils nuisent aux autres pour se faire du bien ils ne savent pas que nuire ce soit un mal. Mais l'homme, qui possède la science du bien et du mal, s'abstient de nuire à autrui, ;

même

à ses propres dépens.

»

Polybe, après avoir ra-

conté l'origine des premières associations humaines, ajoute que

si

quelque individu avait commis une injustice

étrangers et les citoyens romains. Mais cette explication est plus ingénieuse que concordante avec les documents historiques. Voir sion de cette opinion dans la

duction, p. Lxvi et suiv.

la

discus-

Chrestomathie deU. Blo.ndeau, 1843, intro-

— On a voulu apercevoir enfin dans cette division

une trace des stoïciens, qui étudiaient l'homme

comme membre

de

création, de l'humanité et de la cité. Voir V Introduction hislorique

Droit romain de M. Ch. Giraud, 1835,

p. 186.

Ce dernier point de vue

parait cire le pl/is voisin de la réalité {•)

Juvénal dit dans sa quinzième satire:

nous avons reçu du

la

au

P. P. F. «

C'est

ciel cette intelligence qu'il faut

pour cela que

seuls,

respecter, cette rai-

son capable de s'élever aux choses divines, de comprendre et de prati-

quer

les arts, cet instinct

sublime qui nous vient d'en haut,-et qui

à la brute courbée vers cette terre

manque

où s'attache son regard. Aux premiers

jours du monde. Dieu, noire créateur à tous, accorda aux animaux vie seulement, à les

hommes

l'homme une âme, pour qu'une mutuelle

à s'entr'aider,

pour que, dispersés d'abord,

ils

la

affection portât

en vinssent à se

réunir en société... » Chrysoslôme dit qu'on ne doit jamais s'écarter des règles du juste et de l'injuste, pas et qui n'ont point

même quand

il

s'agit des êtres sans

de sentiment. Épit. au» Romains, ch. vu.

âme

Grotius.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

86

contre ses père et mère

ou ses bienfaiteurs, il n'aupas conçu de l'indignation, et il en donne pour motif que « le genre humain différant des autres animaux en ce qu'il est doué d'esprit et de raison, il n'est imllement croyable rait

pu

arriver

que

(*)

les autres n'en eussent

qu'un acte si éloigné de la nature de l'iiomme ait passé inaperçu pour ce dernier, comme cela arrive chez les brutes mais qu'une pareille action devait avoir frappé son esprit, en prenant la couleur d'une offense (**). » 2. Que si quehjuefois on attribue aux brutes une notion de justice ("*), c'est improprement, et parce (ju'on remarque en elles (luelque ombre et (jucl(|uc vestige de raison (****). Que, d'ailleurs, une action sur laquelle le droit naturel s'est prononcé, nous soit commune avec ;

animaux, telle que l'éducation des enfants; ou qu'elle nous soit propre à nous, tel ([ue le culte de la divinité, cela n'importe en rien à la nature même du les autres

droit.

(*)

On en

22), où (*•)

la

peut voir un exemple dans la personne de

punition suit

Chrysostôme

le

Cham

(Xlll, de Statuis)

{Genèse, i\,

GnoTius.

crime.

remarque que

portés naturellement à entrer dans les

«

nous sommes tous

mêmes sentiments

d'in(liî,'nation

que conçoivent ceux qui ont été maltraités. Nous sentons aussitôt que nous devenons ennemis des oITcnseurs, quoique nous n'ayons aucune pari à l'injure. »

Le

scholiaste d'Horace (satire IH,

liv. I) dit

que « notre sen-

timent et notre esprit s'indignent autrement lorsque nous apprenons un

Grotius. homicide que lorsque nous apprenons un vol. » (***) Pline (liv. VllI, cli. v) dit qu'on a remarqué dans les éléphants

une sorte de pressentiment de justice, il raconte (liv. X) qu'un aspic avait mis à mort son propre petit, parce qu'il avait tué l'enfant d'un

homme

Grotiu.s.

qui le nourrissait.

(•*") Sénèque {De ira, v, 3) dit que les bêles la colère,

ne sont pas sujettes à

mais qu'elles ont seulement une impétuosité aveugle

([ui

res-

semble à cette passion. Origène remarque aussi que les bêles ne sont pas susceptibles de vice, mais seulement de quelque ombre de vice {Conlrà

Celsum)

;

« le lion semble

d'après Porphyre

(III,

cire en colère, » disaient les péripaléticiens,

de non

au animant.)

Grotios.

LIVRE XII.



On

1.

CHAPITRE

1,

87

I.

a coutume de prouver de deux ma-

nières qu'une chose est de droit naturel

à priori et à deux façons d'argumenter, celle-là est plus abstraite, celle-ci plus populaire. On prouve à priori, en démontrant la convenance ou la disconvenance né-

posteriori.

De

:

ces

cessaire d'une chose avec la nature raisonnable et sociale;

à posteriori, en concluant, sinon avec une

certi-

du moins avec beaucoup de probabilité, qu'une chose est du droit naturel, parce qu'elle est crue comme telle chez toutes les nations, ou parmi celles qui sont le plus civilisées. Car un effet universel exige une cause universelle, et la cause d'une semblable opinion ne peut guère être autre chose que le sens même tude

infaillible,

qu'on appelle sens commun. 2. Il y a dans Hésiode un mot que beaucoup de personnes ont loué « Ce n'est pas une manière de voir :

entièrement vaine, celle que plusieurs peuples consa-

Ce qui communément paraît tel est assuré, » que la voix commune est le meilleur critérium de la vérité {*). Suivant Aristote, « la crent. » «

disait Heraclite, qui estimait

(')

Aristote (iVicom., X, 11) soutient que ce que tout le inonde con-

manière, est véritablement

çoit d'une certaine

tel

qu'il parait,

et

que

quiconque voudrait renverser cette croyance n'avancerait rien de plus croyable. Scnèque s'exprime ainsi sité d'opinions, les

hommes

:

«

Au

milieu d'une aussi grande diver-

sont unanimes à affirmer qu'il faut être re-

connaissant pour un bienfaiteur, n Quintilien dit que l'usage des savants fait la

coutume, en matière de langage, de

même

conduite des gens de bien doit être regardée

mune en matière

de morale. «

11

lice

la

conformité de la

mêmes coutumes. Chaque

souvent des coutumes différentes de celles des autres. Mais

convient également à tous les

qu'aux Grecs. Nos sorte que

si

nous

lois suivent

les

la

pratique com-

n'est pas de nation, dit Josèphe {Ilisl.

antiq,, XYI), qui ait dans toute son étendue les ville a

que

comme

hommes

;

exactement

elle est utile tant les règles

observons religieusement,

elles

la jus-

aux barbares

de cette justice

;

de

peuvent nous ins-

pirer des sentiments bienveillants et affectueux pour tous les

hommes.

C'est tout ce qu'on peut leur demander. Les autres peuples ne doivent

pas les considérer

comme

leur étant contraires, à cause de la diversité

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

88

plus forte

tics

preuves est lorsque tout

vieut de ce que nous disons.

»

le

monde

D'après Gicéron

« le

cou-

con-

un objet doit être considéré comme une loi de nature. » « La preuve de la vérité, dit Sénèque, se trouve dans le lait que tous aient sur la même chose le même sentiment. » «Tenons pour

cert de toutes les nations sur

certain, dit Quintilien, ce qui est reçu dans la

commune

opinion du monde.

que que le

Ce

»

n'est pas sans raison

dit les nations le plus civilisées;

car, ainsi

marque justement Porphyre

«

(*),

il

j'ai

re-

y a des peujiles

farouches et devenus inhumains, au sujet desquels des juges éfjuitablcs ne doivent pas tirer des conséquences pour s'élever de là contre la nature humaine. » Andronic de

Rhodes

dit

que

pour

«

les

hommes qui

sont doués

d'un esprit juste et sain, le droit qu'on appelle droit

de immuable. Que si les individus dont l'esest,malade et bizarre pensent autrement, cela n'ini-

la nature est

prit

qui existe entre leurs coutumes et nos lois

tendent à la vertu et à

la

probité

;

;

mais plutôt voir

aussi est suffisant pour proléger

intéressés, et ce qui seul

hommes. »TertuUien(Dcpr«Acrtp(. advers.

si

ces lois

hommes

car c'est à quoi tous les

la

sont

vie des

/ia;re(ic.)ditque «lorsqu'une

chose se trouve également reçue par un grand nombre de gens, ce n'est pas une erreur, mais une tradition (*)

Justin fait l'exception

Grotius.

(a).

suivante

:

«

Hormis ceux

qui, possédés par

des esprits impurs, et corrompus par une mauvaise éducation, de mauvaises

mœurs et des cum Tryph].

(Colloq. telles

lois

«

injustes,

On

ont

personnes soient tellement aveugles

certaines propriétés des choses d'une esse).

étoufTé les

idées

naturelles »

peut s'étonner avec raison, dit Pliilon, que

si

qu'elles

n'aperçoivent

Chrysostômc recommande, dans son discours sur

Christ, de ne pas recourir au

pas

grande clarté » (Omn. homin.

jugement de ceux qui ont

la

divinité

du

l'esprit gâté.

Grotius. (o) Barbeyrac fait observer que de tous ces passages, il n'y a guère que les deux premiers qui soient à propos. l\ eut mieux fait de reconnaître qu'ils sont tous d'une inutilité évidente. On ne peut que regretter c^ttc al)ondance indi-

geste de citations, cuttc érudition exagérée, qui rend la lecture fastidieuse, sans profil

pour

le lecteur.

?.

P. F.

LIVUE

porte pas. Celui-là, en

CHAPITRE

I,

effet,

89

1.

qui affirme que le miel est

doux, ne ment pas parce que les malades ne

le trouvent

Le passage suivant de PJutarque, dans la vie de Pompée, ne s'éloigne pas de ces principes « Aucun homme n'est ou n'a été de sa nature un animal sauvage pas

ainsi. »

:

et insociable

;

mais

il

devient cruel dès qu'il a pris de

mauvaises habitudes contre

les règles

de

la nature.

Par

des habitudes contraires, par un changement de vie et de lieu, il revient de nouveau à la douceur. » Aristote lait la

lités

description suivante de

qui lui sonf propres

:

«

l'homme d'après les quaL'homme est un animal

doux de sa nature (*). » Le même philosophe dit ailleurs « Pour juger de ce qui est naturel, il faut examiner les :

choses qui se comportent convenablement selon la nature, et non celles qui sont corrompues. » XIII.



Nous avons

dit

que

l'autre espèce

est le droit volontaire qui tire son origine

de

de droit

la volonté.

est ou humain, ou divin '. XIV. 1. Nous commencerons par le droit humain, parce que c'est celui qui a été connu du plus grand nombre d'individus. Ce droit est donc ou civil, ou plus étendu que le civil, ou plus restreint que le civil. Le

Il



droit civil est celui qui (*)

Chrysostômc

plus au long

maux

qui est

semblables; le

«

:

le

dit la

émane de

même

la

puissance

civile.

La

chose (De statuts, XI). Philon l'explique

La nature en produisant l'homme,

celui de tous les ani-

plus doux, l'a rendu propre et disposé à vivre avec ses

elle l'a invité à la

langage qui sert

à

concorde

et à la société, lui

former l'union des

esprits

et

donnant aussi

l'harmonie des

mœurs » (In Decalng.) « L'homme est le plus doux des animaux; dit le même philosophe (De mond. immort.), parce que la nature lui a donné en présent

la faculté

de parler, à

la

faveur de laquelle les transports les

comme par enchantement, » Grotius. nomme ordinairement droit positif. Il roule

plus effrénés sont apaisés *. C'est

ce qu'on

sur

des choses indifférentes en elles-mêmes, ou qui ne sont pai. fondées sur la constitution

remment

de notre nature, et qui, par conséquent, peuvent être diffé-

réglées selon les temps, les lieux et les autres circonstances.

(Barbetrac.)

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

90

puissance civile est celle qui est à la tète de L'État est une réunion parfaite

pour jouir de

ciés

l'État.

libres asso-

des lois et pour leur

la protection

commune^. Le

utilité

d'hommes

'

droit plus restreint

que

le civil,

ne découle pas de la puissance civile, quoiqu'il il comprend soit soumis, est de différentes sortes ordi'es d'un père, ceux d'un maître, et autres seni-

et qui lui

:

les

«

Grotius en ajoutant

'

ristotc,

regardait

qui

cette cpithcte de parfaite,

société

la

suit les idées

comme une

civile

société

d'A-

parfaite,

aÙTotpxYiç, dans laciuelle on trouve tout ce qui est nécessaire pour vivre

commodément

et

heureusement. (ItARBETRAC.)

2

La plupart des

publicistes ne voient avec

qu'un moyen de protéger

cial,

les droits

lences de leurs semblables. «

Avant

organisé pour

garantie des

théorique

et

la

une des

c'est là

fins

des individus contre les vio-

tout, dit

pratique de droit public,

M. Serrigny, mais ce

procurer

de

t.

Grotius, dans l'ordre so-

M.

Balbie, l'Étal est créé et

;

ils

hommes en

réunion des

la

(Traité

277). « Sans doute, dit

Il, p.

société,

Les Ëtats forment aussi

n'est pas la seule, ni la plus importante.

des centres d'activité

individuels »

droits

représentent des personnalités qui ont une vo-

lonté et une force considérajjlcs, et qui contribuent à faire avancer l'hu-

manité vers

progrès auquel

le

elle est destinée,

progrès que

les

hommes

isolés

ne pourraient jamais atteindre. » (Traité du droit public des Fran-

çais,

t.

I,

p.

14

;

voir aussi Vattel, cdit.

note 2, et les auteurs qui s'y trouvent

Guillaumin,

t.

I,

n'y a, dit Aristote, de gouvernements justes et bien constitués, que

Il

commun. Toute

ceux qui tendent au bien

question de droit public,

quelle qu'elle soit, a, en effet, pour base nécessaire, l'utilité générale,

de tous,

et

le

bonheur de tous

sont formées. Machiavel lui-même s'exprime ainsi ton ministre pense plus à lui profil, tu

ne dois jamais

qu'.n loi, cl t'y fier,

État, ne doit jamais songer définition

le

bien

aucune autre considération ne peut être invoquée, puisque

but unique des sociétés, c'est

son

138,

p.

cités.)

donnée par Grotius

dans

l'article

3-14

sept.

2 de

1791

:

la

le

membres dont elles « Quand lu vois que

les :

que toutes ses actions tendent à

car celui qui

aux siennes

mène

les affaires

d'un

(Lel'rincc, cliap. xxi). » La

a reçu sa consécration et son coinmenlairc

déclaration des droits de l'homme et du citoyen, du

«Le

but de toute association politique est

la

conserva-

tion des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la

liberté,

la

propriété, la sûreté et

|la

résistance

à l'oppression. »

P. P. F.

'

LIVRE

^ Le

blables

I,

CHAPITRE

91

I.

dioil plus étendu est le droit des gens,

c'est-à-dire celui qui a

reçu sa force obligatoire de la

volonté de toutes les nations*, ou d'un grand J'ai ajouté

nombre

(*).

d'un grand nombre, parce qu'à ^exception

du droit naturel, qu'on a coutume d'appeler aussi droit des gens, on ne trouve presque pas de droit qui soit

commun

à toutes les nations 3.. Bien plus, souvent sur

I *

Car

avant

y avait des pères et des enfants, des maîtres et des serviteurs,

il

y eût des souverains et des sujets. L'autorité d'un père sur son

qu'il

enfant, d'un maître sur son serviteur, n'est nullement fondée sur la volonté des puissances

souverain peut

civiles;... elle vient

c'est de restreindre

ici,

d'ailleurs, et

nécessaire pour le bien public. ^

remarquer que Grotius

faut

11

qu'il est

(Barbeyrac.)

usage du terme de Jus volunta-

fait

comme renfermant

riutn gentium, dans un sens étendu,

du droit

tout ce que le

cette autorité, autant

toutes les bases

international, qu'on ne peut pas référer au droit naturel,

mais

qui dépend du consentement volontaire de toutes les nations ou de plu• sieurs. P. P. F.

Vasquez,

(*)

'

Il

II,

n'y a pas

Controvers., L. IV,

Grotius.

4.

de droit des gens universel,

Gicéron dans son traité de

la

tel

par

qu'il est décrit

République. Le droit public a toujours été,

aux peuples

et est encore, à quelques exceptions près, limité

civilisés

de

l'Europe, ou à ceux d'origine européenne. Grotius distinguait donc, lui' aussi, entre le droit des gens

européen

et celui

des autres races d'hommes.

DvNKERSHOEK dit de même que le droit des gens formément aux lumières de la raison, entre les moins

la

Leib^tz

plupart et

les

comme

parle du droit des gens volontaire,

la loi

péens et

de toutes

les

du

m),

étant établi par le

dit-il, qu'il soit nécessaire-

nations et de tous les siècles, puisque les Euro-

Indiens dilTèrenl souvent entre eux au sujet des notions qu'ils

se sont faites

changé par

les

con-

nations, sinon toutes,

plus civilisées {De foro legatorum, cap.

consentement tacite des nations; a non pas,

ment

est ce qui s'observe,

du droit international,

le laps

et

que

même parmi

nous

il

'peut être

des temps » {Codex juris gentium diplomaticus,

prœfat.). Mostesquieu, enfin, dit dans l'Esprit des lois: a Toutes les nations ont un droit des gens, et les Iroquois

même,

qui

mangent

leurs

prisonniers, en ont un. Ils envoient et reçoivent des ambassadeurs,

connaissent des droits de

la

guerre et de

la

paix

;

le

malheur

droit des gens n'est pas fondé sur de vrais principes » (liv.

Voir Wheaton, Éléments du droit international,

t. I,

p.

I,

20

est

ils

que ce

chap. ni).

et suiv.

Des indices favorables semblent cependant promettre pour

l'avenir

un

02

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA FAIX.

un point de

l'univers il y a tel droit des gens, qui n'existe pas ailleurs, ainsi que nous le dirons en son lieu, a pro-

pos de la captivité et du droit de postliniinie.

Ce droit des gens se prouve de la même manière non écrit, par un usage continuel et par le témoignage de ceux qui s'y connaissent. Il est, en effet, ainsi que le remarque très-bien Dion Chrysostôme, « l'ouyrage du temps et de l'usage. » Aussi les auteurs illustres qui ont écrit des annales nous sont-ils pour cela 2.

que

le droit civil

d'une très-grande

utilité

*.



droit des gens humanilaire et cosmopolilc, fondé sur la solidarité des dilTé-

renies nations du monde. Déjà

l'iiisloirc

des relations iiolitiqucs des États des tendances humani-

européens depuis 185G,

s'est plusieurs fois ressentie

taires et progressives

du congrès de Paris. Non-seulement

de

les chefs

puissants États ont paru, à de certains moments, animes de sentiments d'es-

time réciproque qui

les

ont amenés à de personnelles et d'intimes entre-

vues, mais encore, grâce à d'opportunes entremises, les questions internationales les plus diverses ont été résolues avec facilité, sur les points les plus éloignés et

dans un sens pacifique. La grandiose initiative d'un

congrès européen, due à et accueillie

pu traiter de chimère,

reront un jour la

pensée généreuse de l'empereur Napoléon la

les bienfaits.

La

dont

et

les

les politiques

diffusion des lumières,

et des voies ferrées, les relations la

moment

encore plus rapides de

la

pensée, l'avé-

le

morcellement

infini et

arbi-

n'est pas éloigné, sans doute, oii les intérêts croisés des peuples

modifieront d'une manière radicale ;

monde

et jjuisquc le

ont séparé les continents,

il

les

parties de l'univers.

derniers vestiges de l'égoisme na-

entier tend à s'unir malgré les océans qui n'est pas téméraire d'espérer que le nouvel

équilibre humanilaire s'étendra avec

— Voir notre

la civilisation

chrétienne à toutes les

préface à l'ouvrage de M. Calvo, Une

P. P. F.

page de droit international. Grotius considère

le

droit des gens

empruntant son autorité du consentement la

développement

sur différents points du globe, des intérêts internationaux. Le

traire,

de

le

souveraineté des peuples, l'essor de l'opinion, ne

pourront plus s'accorder longtemps avec

'

d'au-

générations à venir savou-

richesse sociale, la multiplicité des communications télégraphiques

nement du dogme de

tional

111,

plupart des gouvernements éclai-

préparé l'aurore de cette paix universelle, que

rés, a

trefois ont

de

la

avec empressement par

plupart des nations.

comme un système

de règles

positif de toutes les nations

A cela Ruthehforth

répond

([ue « là



il

ou

n'y a


J ^t^

LIVRE



XV.

I,

GUAflTRE

9^

i.

Nous comprenons suffisamment par les qui l'expriment, ce que c'est que le droit

I.

mômes

termes

volontaire divin. C'est celui qui tire son origine de la vocommun,

point de supérieur

de

à chacun des

des

membres

pris séparément, et ce corps a l'autorité

de donner

chacun. Cette autorité, dans une société d'égaux, dérive de

lois à

leur union sociale, c'est-à-dire de la convention par laquelle

commun, sous

obligés d'agir ensemble dans un but

commune. Mais

lonté

membres

investi d'une autorité sur tous les

corps général de cette société pris ensemble est supérieur

la société, le

se sont

ils

direction de la vo-

n'y a pas d'union volontaire semblable entre les

il

diverses nations de l'univers, et par conséquent gislatif entre elles

capable d'établir des

lural law,

ch. v, g

liv. Il,

la

1,

il

n'y a pas de pouvoir lé-

lois positives n {Instilules

London, 1754). Uutiikrforth

ofna-

insiste, à tort,

sur ce qu'aucune preuve d'un droit des gens positif ne peut être fournie

par l'usage, parce qu'il n'y a pas d'usage uniforme et constant entre les nations, constituant un

des progrès u

En

du

créant

tel

droit.

droit des gens, le



Voir à ce sujet Wueaton, Z/wtotre

1. 1,

p.

231 et suiv.

droit des gens, dit Laferrière, Grotius l'a distingué

du droit naturel pur,

et

il

formé non-seulement par

a établi qu'il était

les

principes du droit naturel, mais aussi par le consentement général des

nations,

par leurs

lequel est constaté

était ainsi,

usages. Le droit international

dès son origine, enlevé au danger des abstractions ou des

vaines généralités. L'idée et

le fait

marchaient d'accord,

et le droit pre-

nait de suite le caractère d'un droit naturel et positif. C'était faire à

branche nouvelle de la

jurisprudence romaine, qui associait toujours

(Cours de droit public

et'

administratif, 5'

la

théorie à la pratique »

édit., 1. 1, p.

PuFFENDORF, Croyant imiter Grotius, confondit

Si

dans une sorte de morale universelle, et essentiels, en disant

purement

droit naturel des États

une

science du droit une grande et belle application de

la

et

la

et gent.,

et suiv.).

des gens

enleva un de ses caractères

simplement que

{De jure nat.

tius n'abandonna point

lui

290

le droit

le droit

des gens est

le

inprincip.), l'école de Gro-

trace du fondateur, et enseigna qu'une grande

partie du droit des gens est fondée sur l'usage et la pratique des nations. Leibnitz, dans son introduction au disait

«

:

La base du droit

Code diplomatique, en 169J,

international, c'est la loi- naturelle, à laquelle

on a apporté diverses modifications, selon lieux,

n

WoLF, en

gneusement

le

les

temps

et

selon

les

1740, et Vattel, en 1758, séparèrent aussi très-soi-

droit des gens de l'ensemble de la jurisprudence univer-

(Laferrière (Libr.

cit., t. I, p. 290 et suiv.). Les principes généraux du droit naturel doivent donc servir de guide ; mais le droit des

selle

gens, selon

la

juste observation de

Wueatom, conforme

à

la

pensée de

94

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

lonté de Dieu

C'est H propos

dit.

du droit naturel, nous avons

ce qui le distingue

:

qu'on peut appeler aussi droit divin,

comme

de ce droit (pi'on peut placer ce

qu'Aiiaxarque disait d'une manière trop générale, dans la vie d'Alexandre de Plularque, que Dieu n'ordonne pas telle chose parce qu'elle est juste, mais

cju'elle est

que Dieu l'a voulu. 2. Ce droit a été donné ou au genre Immain, ou à un seul peuple. Nous trouvons qu'il a été donné trois fois par Dieu au genre humain aussitôt après la création de l'homme *; une seconde lois, lors du renouvellement de l'espèce humaine après le déluge en dernier lieu, lors de

juste, c'est-à-dire obligatoire, parce

:

;

la réparation plus grandiose (jui a été réalisée

Ces

trois sortes

de

par le Christ.

obligent sans aucun doute

lois divines

hommes, du moment où elles sont sulïisamment parvenues à leur connaissance. 1 De tous les peuples, il n'y en a qu'un seul XVI.

tous les



.

auquel Dieu

ait

daigné donner des

lois

en particulier

:

Grotius, ne marche avec ces principes que jusqu'à un certain point, une

grande partie du droit des gens étant fondée sur l'usage des nations

et la

(Wheatom, Histoire des progrès du 227 et suiv.; Hkffter, Droit international

pratique de leurs devoirs mutuels

droit des gens, etc.,

t.

1,

p.

public, ProUg.; Laferrière, Lih. '

cit., 1. 1, p.

P. P. F.

universelles Grotius veut parler, que Dieu ait publiées

au commence-

ment du monde,

les

moment

et qui obligent encore

d'incestes en ligne collatérale, qui se

préceptes qu'il suppose, avec

Noé

aujourd'hui tous

qu'elles sont suffisamment venues à

apparence, ajoute-l-il, qu'il entend par

.

293, 294).

Je ne sais pas trop bien, dit Barbeyrac, de quelles lois positives

les

là les

hommes, du

leur connaissance. «

y a

Il

défenses des diverses sortes

rapportaient au (|uatricme des six

rabbins, avoir été donnés à

Adam

et à

.Mais tout cela n'est fondé que sur une tradition fort incertaine,

qui ne saurait avoir force de

Toute

celte

loi

générale dûment notifiée... »

partie de la thèse de

commentateurs,

est

Grotius

et des

complètement dénuée d'intérêt

annotations de ses

et d'utilité, la philoso-

phie contemporaine ne pouvant admettre d'autres lois divines que celles qui

fond

sont gravées

commun

édifiées.

sur

dans

la

lequel

conscience de tout les

homme,

sont

et qui

diverses législations positives P. P.

se

F.

le

sont

LIVRE

termes (Deutér. ait

iv, 7)

:

«

Y

Y

a-t-il

une nation

a-t-il

une nation

les

que

vœux que nous

l'est le Sei-

élevons vers

puissante, qui ait des institu-

si

tions et des lois équitables cette loi

puissante,

si

eu des dieux aussi favorables que ne

gneur notre Dieu à tous lui?

9,S

I.

peuple hébreu, auquel Moïse s'adresse en ces

c'est le

qui

CHAPITRE

I,

comme

dans son entier

l'est

promulgue aujourd'hui devant vous?

je

»

« Dieu, dit le Psalmiste (Ps. gxlvii), fait connaître sa pa-

role à Jacob, ses institutions et ses lois à Israël.

de

la sorte

Il

n'a agi

en faveur d'aucune autre nation; aussi n'ont-

connu ces lois. » ne faut pas douter de l'erreur où se trouvent ceux d'entre les Juifs (parmi lesquels Ti7phon dans sa dispute avec Justin) qui pensent que même les étrangers, elles pas 2. Il

,

s'ils

voulaient être sauvés, devaient subir le joug de la

hébraïque.

loi

auxquels

Une

elle n'a

elle-même à qui

loi

ne peut, en

effet,

obliger ceux

pas été donnée. Or cette

elle a été

loi

donnée, en disant (*)

exprime

«Écoute y est déclaré que c'est avec les Hébreux que l'alliance a été contractée, que Dieu les a choisis pour être son peuple à lui. La vérité de ce point est reconnue par le fils de Maimon, qui le prouve d'après

Israël ; » et partout

il

un passage du Deutéronome Bien plus,

3.

certains

(xxxiii, 4).

a toujours vécu parmi les Hébreux

il

hommes

gnant Dieu,

:

d'origine étrangère,

» tels

que

la

« pieux et craiSyrophénicienne (Math, xv,

22) et ce Corneille (Act. x, 2) » « qui était au rang des

Grecs religieux,

qu'on appelait lit

au

titre

du

» ou, selon l'Hébreu,

« les

Roi, dans le

sont appelés dans la Loi «

(*)

Telle est l'opinion de Moïse,

Thalmud fils

fils

Deutérononne, XXXIII, 4. (") Et titre de

au rang de ceux » comme on Ce sont eux qui

vertueux des nations,

Synedrio, chap.

(**).

de l'étranger

de Maimon, et

il

» (Lévit. xxii.

la

prouve par

Grotius. xi.

Grotius.

le

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA

96

25), «étrangers incirconcis » le

paraphraste chaldéen,

«

comme

Ils étaient tenus,

(Lévit. xxv, 47), et suivant

un

le

t»AlX.

liabitant incirconcis

(*).

»

rapportent les docteurs hé-

breux eux-mêmes, d'observer les lois données à Adam et à Noé; ils devaient s'abstenir des idoles, du sang, et d'autres choses que nous rappellerons plus loin en leur lieu. Mais leur devoir n'était pas le même, quant aux lois particulières aux Israélites. Aussi, tandis qu'il était interdit aux Hébreux de se nourrir de la chair d'une bête morte de mort naturelle, cela était cependant licite pour les étrangers qui vivaient au milieu d'eux (Dcutér. xiv, 21). Il n'y avait d'exceptions que pour les cas où certaines lois avaient spécialement disposé, ([uc les habi-

non moins

tants étrangers les observeraient

([ue les in-

digènes, (*)

individus dans l'Exode (XII, 45).

de ces

s'agit aussi

li

étranger est distingué des prosélytes, c'est-à-dire des

comme

s'étaient fait circoncire, 14).

Le

fils

livre sur

de

Maimon

l'Idolâtrie,

l'indique

Nombres

passage des

le

Un

tel

étrangers qui (IX,

parle beaucoup de ces pieux incirconcis dans x, g G.

cli.

pose en

Il

fait ailleurs

le

[Comment, ad

Jfwnojo(/i), queces personnes pieuses, quoique païennes, auront part aux

biens du siècle à venir. Chrysoslôme dit à propos du cliap.

aux Uomains

De ceux n'est pas

:

a

De quel

II

de l'Épitre

Juif et de quels Grcs croyez-vous qu'il s'agit

qui vivaient avant

venue du Christ, car

la

encore arrivé aux temps de

le

ici ?

discours de l'apôtre

grâce. » « Les Grecs, ajoute-t-il,

la

dont parle l'apôtre, ne sont pas des idolâtres, mais des gens qui craignaient Dieu, des gens qui suivaient qu'ils n'observaient pas les

demande

la piétié. » Il

en donne pour exemple Melchisédech, Job,

vites etCorneille.il répète

non pas un n'est pas

homme

:

moi-même sans

«

les rites judaïques,

de purifications; et

la

loi. Il

Envers ceux qui sont sans »

loi.

ici

par

le

seul Dieu, sans être

comme

le

il

les Nini-

faut.entendre

suit les loi, j'ai

mot de

mêmes idées comme si

agi

f*es

Statues

:

grec, un idolâtre, mais

néanmoins astreint à observer

sabbat, la circoncision, les diverses sortes

(jui d'ailleurs,

à l'étude de la sagesse et de

Grec,

Dans sa xir* harangue

« L'apôtre, dit-il, n'entend point

un homme qui adore un

le

pieux, vertueux, et qui seulement

soumis au joug des cérémonies de

un expliquant ce mot j'étais

encore plus basque, par

mais un

idolâtre,

raison naturelle, et qui à cela près

la

cérémonies judaïques, pratiquaient tout ce que

dans toute sa conduite,

la piété.

»

.se

montreatlaché

Grotius.

LIVRE lut

4. Il

1,

CHAPITRE

97

I.

permis aussi aux étrangers qui venaient du

dehors, et qui n'étaient pas soumis aux institutions hébraïques, d'adorer Dieu et de lui offrir des victimes dans

temple de Jérusalem, en se tenant toutefois dans un de l'enceinte consacrée aux Israélites (*) (Reg. m, vni, 41, H Macc. m, 35; Johan.

le

lieu particulier et séparé

;

20; Act. vin, 27). Elysée

XII,

(**)

n'a jamais fait entendre

Naaman de Syrie, ni Jonas aux Ninivites, ni Daniel à Nabuchodonosor, ni les autres prophètes en écrivant aux Tyriens, aux Moabites, aux Égyptiens, qu'il fût nécessaire pour se sauver de recevoir la loi de Moïse. 5. Ce que j'ai dit sur la législation de Moïse en général, je l'entends aussi de la circoncision, qui servait comme d'introduction à la loi. Il n'y a qu'une seule différence c'est que les Israélites seuls étaient soumis à la loi de Moïse, tandis que l'obligation de la circoncision était imposée à toute la postérité d'Abraham. Voilà pourquoi nous lisons dans les histoires des Hébreux et des Grecs, que les Iduméens avaient été contraints par les Juifs à k

:

recevoir la circoncision. Aussi les

est-il

vraisemblable que

peuples qui, en dehors des Israélites, ont été circon-

il y en eut plusieurs, que mentionnent Hérodote, Strabon, Philon, Justin, Origène, Clément d'Alexan-

cis (et

Épiphane, Jérôme)

drie,

ou de

d'Ésaii

la postérité

sont descendus d'Ismaël,

(***),

de Géthura

(****).

6. Au reste, quant aux autres, il y avait à leur appliquer ce passage de sahit Paul (Rom. ii, 14) «Lorsque :

(*)

Voir Josèphe, dans l'endroil où

il

lomon. ('*)

fait l'histoire

du temple de SaGrotius.

On

trouve une réflexion semblable dans Hilaire, sur Mathieu,

xii.

Grotius. (**•)

(*"*)

On

peut ajouter Tliéodoret.

Ceux d'entre

les

Grotius.

Éthiopiens qu'Hérodote met au rang des peuples

circoncis, semblent être venus de quelques-uns des descendants de

thura. Épiphane les appelle Homérites. I.

Grotius.

7

Gé-

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

98

qui n'ont pas la

les nations

ture



(*)

c'est-à-dire

foi font

par leur propre na-

mœurs

qu'elles ont puisées

par les

dans cette source originelle, à moins qu'on n'aime mieux rapporter ce mot de nature à ce qui précède, afin d'opposer les gentils aux Juifs, à qui dès leur naissance on lorsqu'elles font natureldonnait une notion de la loi,



lement

choses que la

les

loi

commande,

membres

les

de ces nations n'ayant pas la Loi s'en tiennent eux-mêmes puisqu'ils montrent ainsi que ce qui

lieu à fait la

;

matière de la Loi est écrit dans leur esprit, leur consmôme temps témoignage, et

cience leur rendant en leurs pensées

s'

accusant ou se défendant tour à tour.

Voici un autre passage du le

prépuce



c'est-à-dire

même

apôtre (Ibid., 2G)

l'homme

incirconcis

»

« Si

:

— observe

ce que commande la loi, son prépuce ne sera-tril pas regardé comme une circoncision? » C'est donc avec raison que dans l'histoire de Josèphe (Antiq., libr. xx, c. 2), le appelé juif Ananias enseignait à Izate Adiabénien que même sans circoncision on pouEzate par Tacite, vait dignement servir Dieu et se le rendre propice (**). Que si beaucoup d'étrangers se firent circoncire, et par ainsi que l'exla circoncision se soumirent à la loi





plique saint Paul (Galat. v,

pour acquérir {*)

Chrysostôme

le droit

dit

:

«

de

Par

3),

cité,





ils le firent

en partie

car les prosélytes que les

des raisonnements naturels. » Ce qu'il

y a d'admirable, ajoute-t-il plus bas, c'est qu'ils n'ont pas besoin de

conscience

et

assure qu'avant

une

loi

non

loi

:

la

l'usage de la raison leur suffit. » Terluilien {advers Jud.) la loi

écrite,

de Moïse tracée sur des tables de pierre,

que

y avait

il

l'on pouvait connaître naturellement, et

patriarches observaient.

On

peut rapporter

ici

que

les

cette pensée d'Isocrate

:

Ceux qui veulent avoir une bonne république, ne doivent pas remplir les portiques de lois écrites, mais doivent plutôt graver les maximes de la «

Grotius.

justice dans les esprits. » (**)

Tryphou

se relâchant de sa rigueur, s'adresse ainsi à Justin

tu avais persévéré dans cette philosophie, tu pouvais conserver

d'espérance d'un état meilleur,

n



:

« Si

un reste

Grotius.

.

LIVRE

I,

CHAriTRE

.99

1.

Hébreux appelaient « les hôtes de la justice, » jouissaient de droits égaux à ceux des Israélites (*) (Num. xv); en partie pour participer aux promesses qui n'étaient pas communes au genre humain, mais particulières au peuple hébreu (**). Je ne nie pas cependant que dans les siècles suivants, quelques-uns n'aient aussi été

envahis

par la fausse opinion qu'en dehors du judaïsme

de salut Nous en concluons qu'aucune partie de

avait pas 7.

Le

(•)

prosélyte, dit Justin [Colloq.

mêlé au peuple, est

l'égal

Et voilà pourquoi

(**)

la

de

ils

cum

hé-

étaient

admis

aux cérémonies de

à participer

de savoir

les païens

si

obligeait ou n'obligeait pas les païens. lois

avaient pu, ou non, être

d'Égijple.

la tête,

;

et si

la loi

les

hommes, quoique

Barbeyrag répondait qu'outre que

le

quatrième comman-

dans sur

toute la teneur des paroles dans lesquelles

si

;

le la

les

la petite

s'adresse à l'Israël que Dieu avait fait sortir

dement, qui regarde l'observation du sabbat, n'était que pour

voir

de Moïse

Gronovius, par exemple, objectait

du Décalogue obligent tous

préface qu'on voit à

dernier, ont beaucoup

le siècle

sauvés, sans quoique connaissance de Jésus-Christ

comme

s'est

Grotius.

discuté sur la question

les

la loi

Grotius.

Les commentateurs de Grotius, dans

que

n'y

Tryph.) qui, circoncis,

l'Israélite.

Pâque. '

il



les juifs,

conçu

est

il

le

fait

païens étaient obligés de pratiquer ce qu'il y a de moral

Décalogue, ce

montagne de

n'était

pas

comme

Sinaï, mais parce

autant de lois publiées du ciel

que c'étaient des choses que

raison naturelle peut apprendre à tous les

hommes. Ces

d'un autre âge ne sont plus d'aucun intérêt de nos jours, où

la

dissertations la

philosophie

a réduit à leur juste valeur la fable des lois dictées matériellement aux

hommes par

la

Divinité; où tous les

membres de

l'humanité sont, quelles

que soient leurs croyances, enveloppés dans une le

christianisme pur; où sur toute

la

même

loi

d'amour par

surface du globe on ne distingue

plus entre les païens et les élus de Dieu, mais entre les peuples ouverts à la civilisation moderne, et ceux qui sont fermés à toute idée de pro-

grès. Reconnaissons

toutefois

qu'à l'époque où

avait quelque courage à émettre, fût-ce l'idée qu'il pouvait y avoir

un

salut

pour

même

écrivait

à propos

les dissidents,

croyance commune. Richelieu n'était pas de cet avis Galilée subissait

comme

la

;

Grotius,

du peuple

il

en dehors de

c'était le

y

juif, la

temps où

torture, et le bûcher de Ces. Vanini brûlé à Toulouse

athée, n'était pas encore éteint.

P.

P F.

100

I.E

DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

braïquc, en tant qu'elle est proprement une

parce que toute

lie,

di'oit

naturel,

oblijjçation,

émane de

la

loi,

ne nous

hors celle qu'ini^jose

volonté de celui qui

le

lait la

Or on ne peut surprendre par aucun indice que Dieu ait voulu que d'autres (juc les Israélites lussent soumis à cette loi. Il n'y a donc nullement à prouver, en ce qui

loi.

nous concerne, qu'elle ait jamais été abrogée, car n'a pu l'être à l'égard d'individus qu'elle n'a jamais

elle liés.

Mais pour ce qui est des Israélites, ils n'y turent plus soumis, quant au rite, il est vrai, aussitôt après la promulgation de la loi de l'Évangile ce (jui l'ut clairement révélé au prince des apôtres (Act. x, 15). Elle l'ut abrogée pour le reste après que le peuple juif, j)ar la ruine et la destruction complète de sa ville, a cessé de former :

un peuple, sans espérance

d'être reconstitué à l'état de

nation.

Pour nous, qui sommes étrangers à

8.

la

nation juive,

ce que no js avons gagné à la venue du Christ, ce n'est loi de Moïse, mais de nous appuyer sur une alliance formelle, tandis que nous n'avions auparavant ([u'uue es-

point d'avoir été ailVanchis de la pouvoir, d'une part,

pérance confuse en patriarches, depuis

comme H).

la

même

de former une

bonté de Dieu,

et,

d'autre part,

Église avec les Hébreux,

que leur

loi

fils

des

qui nous séparait d'eux

par un retranchement, a été abolie (Éphés. .

XVII.



1

.

Puisque

la loi

ii,

donnée par Moïse ne peut

créer pour nous d'obligation directe, ainsi <[ue nous l'avons

démontré

déjà,

voyons

si

elle n'est

d'aucune

uti-

que pour d'autres questions semblables. Il importe beaucoup, en effet, de le savoir '.

lité

'

tant au sujet de ce traité

Nous avons

fait

du

droit de la guerre

remarquer déjà que ces emprunts à

la législation

des Hébreux ne sont d'aucun intérêt. GnoTius subit l'inilucnce de son

temps.

Il

était naturel,

en

cITet,

d'invoquer

la loi

de Moïse, du

moment

LIVRE

GHAriTRE

I,

101

1.

La loi hébraïque nous fait voir d'abord que ce qui trouve prescrit n'est pas contraire au droit naturel.

2.

s'y

Car

le droit

comme

nous l'avons dit aupaimmuable, il n'est pas posjamais injuste, ait pu comman-

de nature,

ravant, étant perpétuel et

que Dieu, qui

sible

n'est

der quelque chose de contraire à ce droit. Ajoutez à cela que la loi de Moïse est appelée sans tache et tb^oitc (Psalm. XIX Vulg., xviii, 8), et que l'apôtre Paul la qua;

de

bonne (Rom. vu, 12). Je parle des choses qu'elle ordonne, car pour celles qu'elle permet il faut y apporter plus de distinction. La permission qu'accorde la loi, il ne s'agit pas ici de lifie

sainte, juste,



purement de

celle qui est



exemption d'obstacle ([u'elle

confère

le droit

fait, et

de

qui emporte seule une

elfet, ou pleine, lorsquelque chose avec une

en

est,

faire

ou moins pleine, quand elle accorde simplement l'impunité devant les hommes, et la faculté d'agir sans qu'il soit permis à personne d'y mettre empêchement. Il résulte de la première espèce de permission non moins que des dispositions impératives, que ce sur quoi la loi se prononce n'est pas contraire au droit entière liberté;



l'on croyait qu'elle

même

sur

(le libre

dans

le

mont

examen

l'histoire

avait été dictée à ce

Sinaï.

Mais

la criti(iue

Dieu

législateur par

moderne, développée par

lui-

l'esprit

qui fera du xix' siècle l'une des cpoijues les plus {.'lorieuses

de

la

pensée humaine, a relépué cette croyance au nombre

des erreurs acceptées par

la superstition.

Moïse n'est

pour nous qu'un

])lus

esprit sublime, orné de toutes les connaissances de la vieille l'^^iyptc, lisant

admirablement dans

le livre

science du pouverncment.

homme

de

la

nature, et profondément versé dans la

l*oliti(pie

consommé, son œuvre

culée au fond

tles

Apcs

;

le petit jieuitle

auquel

elle s'adressait était le plus

brutal, le plus féroce, le |ilus iniiiue de tous les peuples

Le droit des gens dont •les

est celle d'un

de pénie, et rien de plus. Sa législation est celle d'une époipie re-

les rèples

reposent sur

le resi»ect

du monde ancien. de l'individualité

nations, n'a (|ue faire de celte lépislalion mosaïque, dont les principes

ne répondent plus aux asjtiratious du monde nouveau. sible,

breux.

n'est jilus pos-

11

depuis Voltaire, de cilcr avec autorité les textes de

la loi

1'.

1'.

des Hé-

i'\

102

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

naturel.

Il

en

mission de

est

autrement en ce qui concerne

seconde espèce

la

(*).

Mais

il

la per-

arrive rarement

qu'on ait lieu de tirer cette conséquence, car les termes qui expriment la permission étant équivoques, il est plus à propos d'avoir recours aux principes du droit naturel pour découvrir de quelle sorte de permission il s'agit, que de raisonner de la qualité de la permission

aux principes du droit de nature.

Une

3.

autre observation qui se rapproche de la pre-

mière,' c'est qu'il est permis maintenant à ceux qui pos-

sèdent

le

souverain pouvoir parmi les chrétiens, de

mulguer des

même

de

lois

par Moïse; à l'exception des lois dont la matière se porterait

i)ro-

teneur que celles données

aux temps pendant lesquels

rai>-

le Christ était at-

tendu et l'Évangile n'était pas encore révélé, ou de celles

sur lesquelles Jésus-Christ lui-môme aurait or-

donné

le contraire, soit

En dehors de

en général,

ces trois cas

cause pour laquelle

il

ne

serait plus

de prescrire ce qu'autrefois

Une

4.

tions

de

soit

en particulier.

on ne peut imaginer d'autre la loi

permis maintenant

de Moïse a

établi.

troisième remarque est que toutes les disposila

loi

de Moïse relatives aux vertus que

Christ exige de ses disciples, sont aussi maintenant plicables être

aux chrétiens,

ne doivent

s'ils

soumis à quelque chose de plus

(**)

.

même

le ai>-

pas

Cette observa-

que les vertus exigées des chrétiens, que l'humilité, la patience, la charité, leur sont imposées dans un plus haut degré qu'elles ne l'étaieut par la loi hébraïque (***); et cela, avec raison, puisque tion repose sur ce telles

(*)

Voir Chrysostômc, sur

la

fin

du chapitre va de

l'épitre

aux Ro-

Grotil's.

mains.

(") La liberté chrétienne, dit TertuUien {de pudicit.) n'a donné aucune atteinte à l'innocence. la vérité,

de

la

de

la fidélité,

La de

loi

la

de

la piété,

bienveillance, de la p\idcur,

(**•)



de

la sainteté,

de l'humanité, de

chasteté, de la justice, de la commisération,

demeure

entière.

U'faul, dit Chrjsostôme (De Virginil.,

Grotius.

XCIV), montrer mainte-

LIVRE les

I,

CHAPITRE

103

I.

promesses célestes sont beaucoup plus clairement

exprimées dans l'Évangile. C'est de là qu'on dit de l'ancienne loi comparée avec l'Évangile, qu'elle était wvparfaite, qu'elle n'était pas exempte de défaut (Héb. vu,

19; VIII, 7)

de la

c'est

;

(Rom.

loi

de

x,



qu'on dit du Christ qu'il est la fui de la loi qu'elle est un guide

4), et

conduisantpav la main à Jésus-Christ (Galat.

m,

24). Ainsi

l'ancienne loi du Sabbat et celles des dîmes

font

(*),

que les chrétiens sont obligés de ne pas donner mohis (jue la septième partie de leur temps au culte divin, ni moins ([ue la dixième partie de leurs fruits pour l'entretien de ceux qui vaquent aux choses sacrées, ou pour d'autres semblables usages pieux. voir

nant plus de vertu, puisque l'esprit, et (pie la

l'on a

reçu une grande effusion de

venue de Jésus-Christ

est

même

père reproduit des pensées semblables ilans

que «

les vices

aux Romains

tiennent de la négligence (vi,

14

parmi

les

œuvres d'Athanase,

« le Christ y

»

et vu, 5). Ajoutez

cap. xxvi). L'auteur de la

;

sur ce

le

le

discours où

grâce de

il

jeûne (m), sur

que

dit

Irénée

Synopsis sacrœ scriptura:, qui dit

la

une riche source de dons.

l'épitre

(lib.

se

Le

»

montre IV,

trouve

en parlant du chapitre v de Mathieu, que

rend plus énergiques

les

commandements de

la loi. »

Grotius. (*)

Irénée

(lib.

IV, cap. xxxiv) et Chrysostôme (sur la fin

première

chapitre de

la

10), font le

même

épit.

aux Corinthiens,

usage de cette

loi

et

du dernier

sur les Éphésiens, ch.

par rapport aux chrétiens.

Grotius.

ii,

CHAPITRE SI

I.

LA GUERRE PEUT ETRE QUELQUEFOIS JUSTE.

On prouve par contraire a

plusieurs raisons (pic



guerre.

la

Par

II.

— lY. On prouve guerre. — V. On démontre ment.

droit

le

(pic le droit des

que

le



— VIII. —

droit

divin

à la guerre, cl

négative,

consente-

le

volontaire,

la

avant

on résout

les

préliminaires pour ser-

guerre est contraire à

la

Par

tirées

la loi

de l'Évan-

des lettres

sacrées.

Solution des arguments puisés dans les lettres sacrées pour

raffirmative. sujet.

si la

VU. Raisons pour

de nature n'est pas III.

yens ne s'oppose pas à

— VI. Remarques

objections faites à ce sujet. vir à décider la question



l'histoire.

rcpoque de l'Évangile, ne répugne pas

gile.

11.

— IX. Examen du sentiment des anciens chrétiens sur ce

Les adversaires de

la

guerre sont de simples particuliers qui

l'attaquent en forme de conseil, plutôt qu'ils n'ont fait un précepte de leur manière de voir.

Leur opinion

est repoussée.

— X.

traire est confirmée par l'autorité publique de l'Église, le

L'opinion con-

consentement

général et l'usage des temps.

Après avoir vu quelles sont les sources du droit, venons à la première et la plus générale question celle de savoir s'il est quelque guerre qui soit juste, ou s'il :

1

est quelquefois

'

permis de

guerre

l'aire la

Grotius, dans ce chapitre, recherchera

soit juste.

Suivant

Il

examinera cette question au

lui, les

s'il

jioint

*.

est quelque

guerre

«[ui

de vue du droil naturel.

principes naturels primitifs sont plutôt favorables (pic con-

traires à la guerre, puis(iuc le but de la guerre est la conservation (k vie, la

défense du corps, l'acquisition et

l'existence. Dira-t-on

que

la

ils

la

la

protection des choses utiles à

guerre est un état de violence

animaux sont pourvus d'armes que aux attaques dont

la

'l

Mais tous

les

nature leur a données pour résister

sont l'objet, ou pour se procurer violemment ce qui

est nécessaire à leur vie.

La

droite raison et la nature de la société n'inler-

LIVRE I.



I,

CHAriTRE

105

II.

Cette question elle-même,

1.

comme

les autres

qui se présenteront dans la suite, doit être examinée

d'abord au point de vue du droit naturel. lius Gicéron, tant

dans

—Marcus Tul-

le troisième livre

de son traité De fmibus que dans d'autres passages, dit avec érudition, d'après les ouvrages des stoïciens, qu'il y a certains principes naturels primitifs les Grecs,



— premiers par nature, selon mais qu'on

et certains autres, secondaires,

doit préférer aux principes primitifs.

Il

appelle jM"tnc/pc5

primitifs ceux d'après lesquels tout animal, dès le

ment do

mo-

sa naissance devient cher à lui-même, est porté

à se conserver, à aimer son état et tout ce qui tend à le maintenir, a horreur de la destruction et des choses qui paraissent capables de l'amener. D'où

emploi de

«lisent jias tout

la force,

mais seulement

arrive, dit-il.

il

les voies

de

fait

en op-

position avec la vie sociale, c'est-à-dire portant atteinte au droit d'autrui.

Le but de

la société est,

en

effet, cpie

tous. L'emploi de la force, lorsqu'il

donc pas

injuste.

cliacun soit maintenu dans ce qui

commun

appartient, par reflet d'un concours

et la réunion des forces

ne viole pas

le

lui

de

droit des autres, n'est

Toute guerre n'est donc pas contraire au droit naturel.

Cette proposition est démontrée par des exemples puisés dans l'histoire sa-

crée

;

prouvée par l'accord unanime de toutes

elle est

les

nations et de

tous les sapes. Si le droit des le

gens naturel ne désapprouve pas toute espèce de guerres,

droit des gens volontaire ne les

droit divin volontaire,

la

condamne

i)as

davantage. Quant au

question peut être posée, car

le

droit n'est im-

puissant (pie pour interdire ce qui est .établi jiar le droit] naturel; or la

guerre n'est que permise, que tolérée

quemment

i>ar le

droit divin volontaire pourrait

le

objections tirées de l'Kcriturc sainte, contre

autorisée par

le

la

droit la

naturel, et consé-

prohiber. D'où plusieurs

guerre considérée

comme

droit divin volontaire. Grotius réfute ces objections di-

verses, et proclame qu'il n'est jias naturellement injuste que chacmi souiïre

autant de mal tifier

qu'il

en a

fait.

Cette jtroposition conduit notre auteur à jus-

l'usage des peines capitales, avec force citations puisées dans l'his-

toire et

dans

Comme

la loi

des Hébreux.

l'Ancien Testament, l'Évangile n'est contraire ni àia guerre, ni

au droit de glaive, et Grotius

le

prouve par d'abondantes citations. i\ r. F.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

106

personne qui n'aimât mieux, si on lui donnait de son corps bien dis-

qu'il n'y a

le choix, avoir toutes les parties

posées et entières, que de les avoir mutilées oudilformes. est donc do se conserver en l'état où vous a mis, de retenir ce qui est conlorme à la de repousser les choses qui y sont contraires.

Le premier devoir la nature

nature et

Gicéron

2.

lait

venir en second lieu la notion de

convenance des choses avec

la raison, ([ui est

ture plus excellcnlc (|ue le corps

(*).

la

d'une na-

Cette convenance

en laquelle consiste l'honnête, doit être estimée davantage que les choses où se portait d'abord le seul désir de l'appétit naturel, parce ([ue bicnciue les prcinièies impressions de la nature nous renvoient à la droite raison,

nous être plus chère que

la droite raison doit

les

choses

par lesquelles nous y allons ("). Cette vérité étant constante, et ayant pour elle le sentiment de tous ceux qui' ont le jugement sain, sans qu'il soit besoin d'aucune

démonstration,

autre

d'examiner ce qui

est

bord ce qui convient

s'ensuit

il

que

de droit naturel,

à ces

s'agit

lorscju'il l'aut

il

voir d'a-

premières inq)ressioiis de

la

nature, et passer ensuite à ce qui, bien ([ue n'ayant pris

naissance qu'après, est cependant plus excellent et doit

non-seulement être embrassé, recherché de toute manière. Selon

3.

(*)

«

ce qui lui

la diversité

De même, fait

dit

son bien,

convient

;

de

Scnèque

de

si

on

la matière, ce

(Épist. cxxiv),

le

bien de

l'bomme ne

au point

se trouve '

quand (•*)

la

«

raison est parfaite en

Ce

qu'il

y

a

ilc

lui. »

meilleur dans

(Épist. Lxxvi), c'est ce à quoi

son excellence |iroprc. Or qu'y raison. » Voir l'Épit.

il

que nous appe-

que toute nature ne montre

(lue lorsqu'elle est i)arvcnuc

même

mais encore être

l'a,

chaque

«le

|tcrfcction qui

dans l'homme que GnoTii;s.

cire,

dit

Scnc(pie

est destine jiar la nature, et ce

a-t-il

([ui

soit Ici

cxxi et cxxiv. Juvcnal a

dans l'iiommc dit,

«pii fait

ï C'est la

dans sa satyre xv

:

Zenon nous donne des leçons meilleures; il ne nous iicrmel jiasd'cmpiovcr sans distinction tous les moyens pour conserver notre vie. »

«

CnoTii's.

LIVRE

I,

GIIAriTRE

107

II.

un point pour ainsi que pour peu que vous vous en éloigniez, vous inclinez vers le vice tantôt embrasse un rayon plus étendu, de manière que si on s'y conforme, on t'ait quelque chose de louable, et qu'on peut sans rien commettre de déshonnète ne pas s'y conformer, ou agir même tout autrement '.Il en est à peu près de même qu'entre l'être et le non être, qui comportent une brusque transition, tandis qu'entre les choses qui sont opposées entre elles d'une autre manière, telles que le blanc et le noir, on trouve un milieu qui tient des deux extrêmes, ou qui en est également éloigné. C'est ce dernier point de vue de l'honnête qui

Ions l'honnête consiste, tantôt dans dire indivisible, de sorte

;

de

est surtout l'objet

préoccupation des

la

lois tant^di-

vines qu'humaines, dont l'œuvre est de rendre

même

obligatoires les choses qui, de leur nature, n'étaient seu-

lement que louables. Mais nous avons dit plus haut que lorsqu'on examine ce qui est de droit naturel, on recherche et qu'on

si

telle

ou

telle

chose peut se

entend par injuste ce qui

faire sans injustice;

est

en opposition ab-

solue avec la nature raisonnable et sociable. 4.

Parmi

les principes naturels primitifs

pas un qui soit contraire à la guerre

;

il

n'en est

bien plus,

ils lui

sont tous plutôt favorables, car le but de la guerre étant d'assurer la conservation de sa vie et de son corps, de

conserver ou d'acquérir les choses utdes à l'existence, ce but est en parfaite harmonie avec les principes pre-

*

et

Il

du

ne

s'agit pas

ici

tateurs de cet ouvrage néral. Ainsi, il

est

de l'apiilication des maximes générales de l'honnête

droit naturel aux cas particuliers,

Mais

il

indépendamment des

comme

l'entendent les

commen-

s'agit de la nature des actions lois positives

en gé-

qui défendent la polygamie,

beau et honnête, selon notre auteur, de se contenter d'une femme

mais cependant on ne point contraire à droit de nature,

la

fait i)as

première sorte de l'honnête, auquel se rapporte

proprement

;

de mal, lorsqu'on en prend deux. Cela n'est

ainsi

nommé.

(Barbeykac.)

le

GUERRE ET DE LA PAIX.

LE DROIT DE LA

108 niiers

de

nature.

la

Que

s'il

besoin d'employer la

est

violence en vue de ces résultats, cela n'a rien d'opposé à ces principes primitifs, puisque la nature a doté chaque

animal de forces physiques qui puissent lui suffire pour se défendre, et se procurer ce dont il a besoin. « Toutes les espèces d'animaux, dit Xénophon, savent quelque

manière de combattre, qu'ils n'ont apprise que de la nature. » On lit dans un fraj^mcnt du poëme de la Pèche :

«

Tous

animaux pressentent leur ennemi

les

sources qu'ils ont pour

résister;

lui

force et la manière dé se servir des

pourvus.

Horace avait

»

dit

:

«

il

et les res-

connaissent la

armes dont

Le loup

ils

sont

attaijue avec la

dent, le taureau avec la corne; qui le leur a enseigné,

ce n'est l'instuict?

mal,

a

dit-il,

battre dont

»

Lucrèce va plus loin

:

«

si

Tout ani-

un pressentiment des moyens de comservir. Le jeune taureau sent ses

pourra se

il

cornes avant qu'elles n'aient apparu sur son front, frappe dans sa colère, et s'élance

le

en

il

front en avant lors-

(*). » La même pensée est exprimée ainsi «Nous voyons tout animal user pour sa dé-

qu'il est irrité

par Galien

:

Le veau dont les cornes menace de la tète, le poulain

fense de ce qu'il a de plus fort.

n'ont pas percé encore, Le jeune veau,

(*)

De non csu animant.)

la |)artie

cautionne pour

la |treniière, et qu'il

usape des dents,

le lion

cornes.

»

qui en

lui

I>icu

des prilfes et des dents,

le

armes en

est

pré-

armes dans leur

les

le

animaux

projire corps.

Le

sanglier ses dénis, le lion ses onplcs. Mais pour moi, qu'il a

mises hors de

un animal sociable, et

tout tcm|ps.

qu'il se

pantlière fait

cbeval du sabot, et

le

Suivant Ghrys'slome (XI, de Staluis.) o

m'a donné des armes

que l'homme

La

se sert de la seconile.

prives de raison portent avec eux leurs

breuf a ses cornes,

dit ([ue « cha(|uc

se trouve faible ou forte,

animal connaît

bœuf des

de combattre avec son

dit Martial, brûle d'envie

front inolTensif. » Poqibyre (111,

Car tantôt

<|uc

je prends

je,

mon

corps, montrant par là

ne dois

mon danl

i)as

me

.servir

de ces

et tantôt je le (piittn.

Afin donc que je sois plus libre, plus dépapé, et (|ue je ne sois pas toujours forcé de jiorter jiarces

avec

de

ma

le passa^'e

mes armes avec moi,

il

a

fait

en sorte qu'elles soient sé-

nature. » Ces dernières |tnrolcs s'accordent parfaitement

de Galien

cité

dans

le texte.

Guotius.

LIVRE

dont

le

I,

CIIAPITIIE

109

II.

sabot n'est pas encore raffermi lance des ruades,

et le petit cliien essaie

de mordre avec ses dents qui

L'homme, dit encore Gaun animal né pour la paix et

n'ont pas encore de dureté. » lien (De us,

pour mais

part,

est

i),

il n'est pas pourvu d'armes naturelles, mains aptes à s'en procurer et à s'en servir (*). Nous voyons que spontanément, et sans l'avoir appris de personne, les enfants se servent de leurs mains en guise d'armes. Aristote dit de même [De part, anim., IV, c. 10) que la main tient lieu à l'homme de pique, d'épée, de toute arme quelconque, parce qu'il peut tout

la il

guerre;

a des

saisir et tenir

avec la main.

Quant à

5.

la droite raison et à la

nature de la so-

ciété, qui

doivent être étudiées en second lieu et avec préférence, elles n'interdisent point tout emploi de la

mais seulement

force,

les voies

de

fait

qui sont en op-

position avec la vie sociale, c'est-à-dire qui portent attehite au droit d'autrui. Car le but de la société est que chacun soit maintenu dans ce qui lui appartient, par l'effet d'un concours commun et la réunion des forces de tous. Il est aisé de comprendi-e qu'il en aurait été

ainsi,

nant

quand

même

que nous appelons mainte-

le droit

« la propriété, »

n'aurait pas été créé, car la vie,

le corps, la liberté, auraient toujours été des biens propres à chacun, auxquels on n'aurait pu attenter sans in-

justice. C'est ainsi

que

le

.premier occupant aurait eu

droit de se servir des choses

de ses besoins, droit, se serait

manière

qu'il n'a point

dit

la

nature

repousser de

comme

la

lui

l'aurait dépouillé

de ce

Cassiodore {de

Animd)

la fuite,

comme

étant

qu'il

les

fait

ne peut

de ni

autres ani-

a donné une poitrine forte et des bras, afin qu'il pût

main l'attaque dont

un bouclier.

le

la limite

d'injustice à son égard.

de corne pour se défendre, et

avec ses dents, ni se soustraire par

le faire

maux,

que celui qui rendu coupable

et

Le corps de l'Iiomme,

«

(*)

telle

communes dans

»

il

serait l'objet, et opposer son corps .

Ghotius.

LE DROIT UE LA GUERRE ET DE LA PALK.

110

Mais aujourd'hui que la propriété a reçu de la loi ou de l'usage une existence propre et distincte, la chose est devenue beaucoup plus facile à comprendre. J'exprimerai cette idée en me servant des termes de Gicéron « De même, dit-il, que si chacun de nos membres avait :

la faculté

ter

de penser, et

en tirant à

lui la

croyait pouvoir se bien por-

s'il

santé du

membre

voisin, tout le

corps s'affaiblirait et périrait nécessairement; de

même

chacun de nous s'emparait du bien des autres, et enlevait à chacun ce (^u'il pourrait pour son avantage particulier, la société des honnncs, la vie en coimnun seraient nécessairement renversées; 11 est certes permis d'aimer mieux avoir pour soi-même les choses qui concernent l'entretien de la vie, que de les voir ac([uérir par d'autres, lorsciue la nature ne s'y oppose pas; mais ce qu'elle ne peut soufïrir, c'est que nous augmentions

si

nos moyens d'existence, notre patrimoine, nos richesses des dépouilles des autres.

»

Ce n'est donc pas agir contre la nature de la société, que de veiller et de pourvoir à ses propres intéG.

rêts, à la

aucune

condition (juc le droit d'autrui n'en reçoive

atteinte; et par

conséquent l'emploi de

la force,

ne viole pas le droit des autres, n'est pas in« Gonune il juste. Gicéron a formulé ainsi cette pensée y a deux manières de vider un différend, l'une i)ar un échange d'arguments, l'autre par les voies de fait, et comme celle-là est particulière à l'homme, celle-ci aux brutes, il faut ne recourir à la seconde que lorsqu'on ne peut faire usage de la première. » Le même lorsqu'il

:

auteur

dit

contre la

dans un autre endroit force sans la

que, suivant Gassius,

il

force? »

est

:

« Que peut-on faire Ou lit dans Ulpien

permis de repousser

la vio-

lence par la violence, que c'est la nature qui donne ce droit,

et qu'ainsi

aux armes. Ovide

il

est

loisible

d'opposer

les

armes

avait dit (jue « les lois permettent

LIVRE

I,

CHAPITRE

lH

II.

les armes contre ceux qui sont armés. » La proposition que toute guerre n'est pas contraire au droit naturel, se prouve encore mieux par l'autorité de l'histoire sacrée. Abraham, en effet, ayant pris les armes avec ses. serviteurs et ses alliés, et ayant

prendre

(le

II.



1

remporté

.

la victoire sur les

quatre rois qui avaient pillé

Sodoinc, Dieu approuva cette conduite par l'organe de son prêtre Melchisédec, qui s'adressa à

lui

en ces termes

:

Louange soit au Dieu Très-Haut, qui a fait tomber tes ennemis entre tes mains» (Gen. xiv, 20). Et cependant «

Abraham

un ordre

donc cru fondé à

homme

comme

avait pris les armes,

l'histoire, sans

cela ressort de

particulier de Dieu;

il

s'était

agir ainsi d'après le droit naturel, cet

qui n'était pas seulement très-saint, mais encore

au témoignage même des étrangers tels que Orphée. Je n'invoquerai pas l'histoire des sept peuples que Dieu livra aux Israélites pour les détruire, car très-éclairé,

Bérose

et

y eut là un ordre spécial d'exécuter un arrêt prononcé par Dieu contre des peuples qui s'étaient rendus coupables

il

des plus grands crimes. Aussi ces guerres sont-elles particulièrement appelées dans les Écritures sacrées Guerres

commandement de hommes. La guerre que

de Dieu, ayant été entreprises par le

Dieu et non par

la

volonté des

Hébreux firent sous la conduite de Moïse et de Jopour repousser les violences dirigées contre eux par les Amalécites (Exod. xvii), se rapporte mieux à notre sujet. Dieu ne l'avait point ordonnée avant qu'elle lut engagée, mais une fois faite, il l'approuva. 2. Mais il y a plus; Dieu dicta à son peuple des règles les

sué,

générales et perpétuelles sur la manière de faire

guerre (Deuter. xx,

10,

15),

montrant par



la

qu'une

guerre peut être juste sans avoir été spécialement or-

donnée par

lui. Il distingue,

en

effet,

visiblement dans

ces passages la cause des sept peuples de celle des autres nations; or,

comme

il

n'y formule

aucun principe

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

112

sur les causes légitimes de

même

On

nues.

guerre,

la

il

indique par cela

qu'elles sont naturellement sulTisamment con-

peut citer pour exemples de motil's légitimes,

défense des frontières, connue dans la guerre de

la

Jephté contre

les

Ammonites

ambassadeurs, dans peuple

que

Sam.

(Il

la

(Jud. xi), la violation des

guerre de David contre

même

le

Uemanjuons en même temps

x).

dit l'auteur divin

de

ce

aux Hébreux, que Gé-

l'épître

déon, Barack, Samson, Jephté, David, Samuel et d'autres,

ont par la

la guerre, et

gères

33, 34).

(xi,

comme

renversé des royaumes, brillé dans

foi

mis en Il

fuite les armées» des nations étran-

comprend

ici

sous le

cela parait par la suite

femme

(I

Sam. xxv,



la per-

distinguée par sa sa-

c'est-à-dire

28),

foi

agréable à

fait est

gesse, disait de David qu'il combattait les

Dieu

de

du discours, —

suasion où l'on est que ce que l'on Dieu. C'est ainsi qu'une

nom

combats de

(jue ses guerres

étaient pieuses et justes. III.



nime de sages.

1.

Notre thèse

est

prouvée par l'accord una-

toutes les nations et principalement de lous les

On

connaît ce passage de Gicéron, où traitant du

droit d'employer la force pour défendre sa vie,

témoignage à

la

nature elle-même: «C'est,

il

dit-il,

rend

une

qui n'est point écrite, mais qui est née avec nous;

loi

nous n'avons ni apprise, ni reçue, ni lue, mais ([ue tirée, puisée, extraite de la nature même, à laquelle nous n'avons pas été formés, mais pour laquelle


nous avons

nous sommes faits, dont nous n'avons pas été instruits, mais dont nous sommes imbus, que si l'on attente à notre vie soit par trahison, soit par

la force

ouverte, ([ue

nous tombons entre les mains ou des brigands, ou des ennemis, tout moyen de salut est honnête (*). ««C'est, si

(*) «le

Sénèque

chacun

;

dit (jue « le

cliaciiii

est

moyen

cliartié

le |)lus

sur de se défemlrc est tout près

du soin de

sa

inoiire défense. » Suivant

LIVRE dit

encore

aux

le

même

CUATITRE

1,

auteur, une

esprits cultivés, ([ue

lui

113

II.

que

lu raison a dictée

la nécessité a

elle-inènic

aux

prescrite

personnes incultes, l'habitude aux nations,

la

nature

aux bêtes sauvages, de repousser toujours de

leur corps, de leur tête, de leur vie, et par quelque

moyen

qui soit en leur pouvoir, toute violence qui les

menace.

Le jurisconsulte Gains

disait que «la raison de se détendre contre le danger. » C'est une règle de droit, dit le jurisconsulte Florenti»

naturelle permet «

nus, que tout ce que l'on

l'ait

pour

la

défense de son

corps, soit ceiisé acconqtli légitimement. »« C'est, en

une

ellet, dit Josèplie,

loi

de

la nature, (|ui

règne au

sein de tous les êtres animés,

que tous veulent vivre; et voilà pourquoi nous considérons connne ennemis, ceux qui cherchent ouvertement à nous dépouiller de la vie

'.

»

(VU,

Quintilicn

parce (jue

la

2), la

défense doit toujours occuper

la

première place,

conservation de soi-même passe naturellement avant

soin

le

de perdre son adversaire. » C'est donc avec raison que Sophocle {in Trachin...)

exprime

la

pensée

tpie « si

Hercule n'avait songé qu'à se défendre

ouvertement, Jupiter

lui

aurait pardonné, car

battu. » Voir aussi la

loi

des Wisigotlis,

'

Les

iiliilosoplies cpji se

du principe

«

liv.

il

VI,

com-

aurait légitimement tit.

GuoTius.

I, c. vi.

sont occupés du droit naturel, ont, à propos

ne léser personne,

»

discuté

le

point de

savoir

est

s'il

permis de blesser on de tuer autrui pour se défendre. L'instinct de conservation a, depuis

ment

le

commencement

la

des siècles, résolu aflirmative-

ce doute de conscience. Mais la solution contraire a été soutenue par

des pères de l'Lglise, et broise, le chrétien,

dépens de

la vie d'autrui.

pas frapper

le

même

par des jurisconsultes. Suivant samt

l'homme sage

Le voyageur

brigand qui

le

Am-

et juste, ne doit pas défendre sa vie

aux

surpris dans un guet-apens, ne doit

frappe, de peur de nuire à la charité en dé-

fendant sa propre existence (Ambroise,

De

offic,

iv). C'était

lib. 111, c.

aussi la doctrine de saint Cyprien (lib. VI, c. xviii et xx), et, de nos jours, elle a été

partagée par Ahrens qui, toutefois, reconnaît que

gitime défense n'est |).

|)as

le fait

de

criminellement i)unissablc {Droit naturel,

15b). Cette application exagérée

du principe de

la charité

la lét.

I,

chrétienne est

en contradiction, non-seulement avec

la

avec renseignement donné par tous

philosophes et tous les législateurs.

1.

les

nature de l'homme, mais encore

8

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

114

Ce principe

2.

dans

é([uitiible, (|uc

niaiiireslciiu'iil

si

qni ne sont pas susceptibles du

comme nous l'avons dit, mais (|ui en ont comme l'apparence, nous distinjiçuons

droit,

que

est

même

les bètcs

en quelentre la

sorte

voie de

fait

qui attacjue et celle qui repousse. Car Ulpien

après avoir dit que l'animal, dépourvu de sens,

Les

des XII Tables,

lois

le Di}.'csle

jiar

exemple, permcUaient

Uanuale juris synoplicum,

nuit (Tab. viii, g 5,

et dans le code


Dipesle, ])e justil.

XVI Ad Legcm ;

nel. de Sicar.,

Grotius, nous civ. et pén.,

lib.

t.

cl jur.,

lil».

Aquil.,

\\h.

IX,

H,

tit.

p. 51),

le

On

voleur de

trouve dans lét-'i-

défense du corps (Voir nolannnent, au

la

t.

1,

IX,

1

;

De

vi et vi armai.,

XII

tit.

et au code

;

XVI; De rap.

voyons, PiiFFEM)onF

le

tuer


785).

.luslinicn différents textes (pii répulaient

timcs tous actes accomplis pour

lit.

p.

c'est-à-

virgin.,

H,

(iiv.

cli.

lépilime défense exclut rim|iutabililé

(Voir: Farinacius, Quœst. 125;

la

XIll).

tit.

Bkntmam

{Ufiisl.

romaine. Les

loi

comme maxime

XLV,

lil).

Lct/em Cor-

1\,

iib.

v),

adoptent cette théorie de

anciens criminalistcs admettaient aussi,

Ad

que

inviolable,

de toute violence,

même

Muyart de Vougi.ans,

la

extrême

Uous-

p. 3'2;

SEAUD DE LA CoMitE, art. I, cli. \i, ]). 97 JoussE, t. III, p. 500etsuiv.). L'article G du Code pénal de 1791 (2' part., tit. I, scct. I), portait (pie, M l'homicide est commis légalement, lorsqu'il indispensablemcnt est ;

commandé

par

nécessité actuelle de

la

la

légitime défense de

soi-même

328 du Code pénal français de 1810, déclare

d'autrui. » L'article

et

« (|u'il

n'y a ni crime, ni délit, lorscpie l'homicide, les blessures et les coups étaient

commandés par d'a\itrui. » «

la

nécessité actuelle de la lépitime défense de soi-même, ou

Après avoir vu

défendre d'exercer Elle veut (pie les

merce

la

loi,

les violences,

hommes

dit

on

permettre de

les

mais

contre eux des actes hostiles

;

clic

elle

iiénal,

repousser.

écoutent et respectent cette défense dans

paisible qu'ils ont entre eux,

commet

rexjwsé des motifs du Code

la voit ici

le

com-

en dispense lors(iue l'on

commande

ne leur

tendre alors sa protection et son secours, et de se reposer sur

pas d'at-

elle

du soin

de leur venpeance, parce que l'innocent souffrirait une mort injuste avaul qu'il

eut pu faire subir au coupable

{Exposé des motifs par droit criminel

il.

le

juste iliàliinent

Faurv ; Locré,

moderne cxipe pour

(pie

t.

XXX,

p.

(ju'il

aurait mérité »

513).

les violences

La science du

enqiloyécs

comme

moyen de défense soient lépitimes, le concours des (piatre conditions sui1° Que les violences aient été déterminées par une apression invantes :

juste; ait

eu

tuelle

2° que lieu

l'apression ait eu lieu par voies de fait; 3° (juc l'attaque

contre

la

sûreté d'une personne

de tuer ou de blesser.

;



(|u'il

y

ait

eu nécessité acP. P. ¥.

LIVRE

I,

CHAPITRE

II.

115

dire de l'usage de la raison (*j, ne peut se rendre coupable d'aucun manquement au droit, ajoute cependant aussitôt que, dans une espèce où des béliers, ou des bœufs, avaient lutté, et où l'un avait tué l'autre. Q. Mutins faisait à ce sujet une distinction. Celui qui avait péri étaitil l'agresseur, il n'y avait lieu, suivant lui, à accorder

aucune action;

était-ce celui

qui n'avait pas attaqué,

dans ce cas, devait être donnée '. Le passage suivant de Pline servira à l'explication de ce qui vient l'action,

d'être dit

:

«

La

férocité des lions

cond)ats entre

(les

eux;

les

ne s'exerce pas dans

pi(iùres dcg

serpents ne s'adressent point aux serpents; mais il n'y a point de bête, si on l'attaque, qui ne soit accessible à la colère,

impatiente de l'injure, et prompte,

si

vous

lui nuisez, à

se défendre vigoureusement. »

I^-~ldroit

Il

est

donc suffisamment constant que

le.

naturel, qui

peut encore être appelé droit des gens, ne désapprouve pas toute espèce de guerres. 2. Quant au droit des gens volontaire, les histoires, les lois et les

gnent assez

mœurs de

qu'il

ne

les

tous les peuples nous ensei-

condamne pas davantage. Bien

plus, Hermogénien a dit que la guerre avait été introduite par le droit des gens ("). Mais je pense que cette

(*) Scnèque dit de même au sujet des bêtes sauvages, «qu'encore qu'elles ne sachent pas ce que c'est qu'un bienfait, et quelle en est la valeur,

elles

sont néanmoins sensibles au bien qu'on leur

fait,

à force

de

le

recevoir

pendant lonptcmps.

« Voyez tout le passape dans le livre I, chap. m, De Benef., et comparez-le à celui de Pbilon que nous avons reproduit dans notre préface.

Grotius.

'

Le

texte

IX,

liv.

l'action

qui elle nait.

tit.

auquehl I,

est fait allusion par

Grotius se trouve au Digeste, Si quadrupes pauperiem, etc., I. I, g U. Il s'agit dé

de pauperie, action indirecte i)rovenant non du fait de celui contre était donnée, mais du dommage causé par l'animal qui lai apparte-

La

distniction que signale Grotr-s se rattache à diiïercnt de celui qu'il veut bien constater. (**)

L'auteur des Vies des

hommes

un ordre d'idées tout p. p. p.

illustres dit au sujet de

Tbémis-

LE DUOIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

116

un sens un peu

proposilioii doit être inlorpréléc dans

que

différent de celui

entendre par



que

donne

lui

le vulgaire, et qu'il iaut

des gens a établi certaines

le droit

Ibrmalités pour mettre en usage la voie des armes,

({ui

attribuent aux guerres dans lescpiellcs on s'y conforme

des effets particuliers en vertu du droit des nations. De là naît la distinction dont nous aurons plus loin à nous servir, entre la guerre solennelle

du

droit des gens, qui

est encore dite guerre légitime, c'est-à-dire complète, et la

guerre non solennelle,

n'en est pas moins j)our


une guerre légitime, c'esl-à-ilirc conlornie au droit. Car pour les autres guerres, pourvu qucla cause en soit juste, le droit des gens ne les appuie pas, mais il ne leur cela

comme

est pas contraire,

ce sera ultérieurement expli-

qué avec plus de développement. locle

«

:

Il

iniiraillos leurs tem|»!es et leurs

de re|)ousser plus aisémcul l'ennenii,

De Juslitia

en disant qu'il

et

s'a^'il

dont se compose

a

maisons, [tour être en étal

ils le

pouvaient

le

trouve au Dipesle.

se

droit

C'est

raison naturelle.

droit naturel,

la

5 du

loi

Les commentateurs l'expliquent

d'un droit naturel secondaire, dont l.i

le

jiar

Gbotius.

(liv. l„r, lit. I).

les

principes

Indépendamment des précepte»

l'homme instruit par la nature, .sait et mère ainsi que sa patrie, et

aimer ses père

adorer Dieu,

qu'il doit qu'il

jure

parfois de

s'écartent

comme

les nations. »

de toutes

Le passape d'Ilermofjcnien litre

une maxime

déclara ([uc c'clail par son conseil que les Atliéniens avaient

environné de

commun

« C'est

droit de se défendre contre une injuste aj;ression. Cette partie

du droit des gens, ou naturel, gens primaire, parce

a été

qu'elle est

nommée

forment un droit des yens secondaire. En

commencé

à vivre

rapports

de

:



sont nés

est appelé

sens llermogénien

des gens,

dès ([ue

les

distinction des iiropriélés, le

la

les contrats.

(|ui

hommes

(jui

par

ont

commerce,

les

hommes

ont

les

de

la

en sont des consé(iucnccs indirectes, puis(|ue la

nature à vivre en

a dit (pie

qui se trouve

C'est' ainsi (|ue

qui ne dérivent pas immédiatement

institutions

raison naturelle, mais

l'homme

effet,

en société, de nouveaux hcsoins ont créé de nouveaux

échanges, presque tous établi certaines

parles inteiprctes droit des

antérieure à d'autres préceptes

la

société.

Voilà dans quel

guerre avait été introduite par

synonyme

ici

le

de droit naturel secondaire. P.

I'.

F.

droit

.

LIVRE

du

CHAriTRë

I,

de rei)Ousser

droit des gens, dit Tite-Livc,

par les armes.

armes

les

même

que ce

Florentiiius ajoute

»

117

II.

droit

autorise à écarter la violence, l'injure, à protéger son

corps

V.

'



cerne

que

ici

1

La

.

plus grande en ce qui con-

dit'liculté est

le droit divin volontaire. le droit

Que personne

n'objecte

naturel est immuable, et que par consé-

(|uent Dieu n'a rien

pu

établir qui lui soit contraire.

Gela n'est vrai que pour les choses que le droit de na-

non pour

ture délend ou ordonne, mais

ne

celles qui

sont que permises en vertu de ce droit. Les choses de cette espèce

du

ne faisant pas à proprement parler partie

droit de nature, mais étant en dehors de ce droit,

peuvent être interdites

et ordonnées. Quelques personnes ont coutume d'alléguer, en premier lieu, contre la guerre, la loi donnée à Noé et à 2.

sa postérité,

'

où Dieu parle

ainsi (Gen. ix, 5, G)

Le droit de oonservalion de soi-même,

dêlcnsc, ou prcniicr de autres.

Ce

le

droit de

repousser

In

par suite,

et,

droit de

le

le

tous les droits absolus, celui qui sert de base à tous, les droit doit

donc appartenir

à

toute personne morale, à toute

comme

appartient à toute per-

il

sonne individuelle. En vertu du droit de conservation

les

re-

force par la force, est en eiïet

société humaine, à tout État souverain,

fense,

«Je

:

et

chaque Ktat peut donc se procurer, tenir prêts

moyens de sùrelé légitimes

qu'il

de légitime dé-

et

employer tous

jupe nécessaires non-seulement

à sa ]

défense, mais aussi pour prévenir des lésions possibles, et obtenir réparation pour celles

(|u'il

mements, rassembler toute esitcce, fications

éprouvées.

a déjà

et organiser des

préparer de

dans l'intérieur

peut faire toute sorte d'ar-

Il

armées, des Hottes, des troupes.de

armes, faire des

l'artillerie et d'autres

et

aux

des traités de subside et d'alliance

Sur

légitime défense

la

nalinns, cl sur les restrictions à ce droit absolu, voir

du Droit des

ijcns

savanmicnt annotée derne de l'Europe,

modurnc de jiar 'f,

M

3G

forti-

fornur des camps, conclure

frontières,

l'I'urope.i.

I,

g

1

:

entre

17 et 118,

édition,

'i»

Ch. Vtriié; Kliicer, Droit des gens à

WuEATON, Éléments du droit

/i

!,

|i.

57

et

suiv

international,

tolan, Hèijles internationales

I.

et diploinatie

,

I,

édition p.

les

Martens, Précis

7G

et 77.;

de la mer,

mo-

Guillaumin

t.

;

Tn. Orl,

P. P. F.

p.

55.

LE DROIT UE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

118

demanderai votre sang, c'est-à-dire le sang de vos âmes redemanderai à toute bête; je redemanderai aussi l'âme d'un homme de la main d'un autre homme, comme étant son frère. Quiconque aura répandu le sang de l'homme, qui est dans l'homme, son sang sera ré;

je le

pandu; parce que Dieu a l'ait l'homme à son image.» Quelques-uns entendent d'une manière très-générale le premier membre de i)hrase où il est dit que « le sang sera redemandé, » et ils veident que le second membre (jui porte que « le sang sera réciproquement répandu, » ne soit qu'une menace et non une approbation. Ni l'une ni l'aiitrc de ces deux manières do voir ne me convainc. Car la dél'ense de répandre le sang n'a jkis plus d'él(;ndue que la règle de la Loi « Tu ne tueras pas; » or, il est manifeste que cette règle n'a jamais enq)èclié ni les :

peines capitales, ni les guerres. L'une et l'autre

donc pas eu

n'ont

loi

pour objet d'établir «iuel([ue prescription nouvelle, que de i)roclamer et de rappeler les principes du droit de nature elfacés par une pratique vicieuse. D'où il résulte ([ue le premier mendjre de phrase doit être entendu dans le sens {[ui comporte l'idée de crime c'est ainsi ([ue nous comprenons par la ([ualilication d'homicide, non toute espèce de meurtre, mais Celui qui a été prémédité, et dont la victime est un intant

:

nocent. Quant à ce qui

suit, (jue « le

quement répandu,

» cela

claration d'un fait

pur

me

sang sera récipro-

paraît être,

et simple,

mais

la

non pas

la

dé-

reconnaissance

d'un droit. 3.

Je m'explique.

Il

n'est pas naturellement injuste

que chacun souiîre autant de mal


en a

fait,

suivant

ce principe qu'on appelle le droit de Ilhadamanlhe « Si

(*)

qu'un

chacun subit ce On

trouve dans Apollodorc

s'est

impuni. »

qu'il a

vcnpc de

i

l'ait

liv.

celui qui lui

a

U)

la loi

fait

(*)

:

subir aux autres, ce sera

le

de Illiadamanthc |iiemicr violence,

:

« Si (|u'il

Grutius.


soit

LIVRE

œuvre de

CILU'ITUE

1,

119

II.

justice et d'équité. » Séiièque le père repro-

maxime «C'est par un très-juste retour, chacun paie par son supplice le mal qu'il a fait souil'rir à autrui. » C'est au point de vue de cette équité naturelle que Cain, ayant conscience de son cinme, avait dit duit ainsi cette

:

([ue

(Gcn. IV, 14)

M. Tissota



ouvrage

— la

11

le

clia|iitre Irés-intéressani

sur

vcn};cance |icrsonnelle est

si la

talion est

la

seconde, car

la

vengeance déjà limitée,

établir,

pour

;

mais

il

lui

il

de

loi,

|)lait.

Le

doublement; c'est-à-

et limitée

Le

pour que

même

est en

18G0.

etc.,

première forme de

la

dire quant à la nature de la peine et cpiant à sa mesure.

ne l'adoptent pas

»

dans son

le talion,

dépasser (piaud

le

à la fois trop juste, trop naturel, trop simple, siers

tuera'.

est déjà l'effet d'une sorte

il

vengeance personnelle peut

talion est donc

me

rencontrera

Le Droit pénal étudié dans ses principes,

ilcnionirc tiue

peine,

un

écrit

intitulé:

|inis(pie la

me

«Celui qui

:

talion est tout

gros-

les jieuples

temps trop

à bien

difficile

convenablement.

qu'ils l'applicpient

Le système des jicines expressives ou analogues au crime, semble avoir généralement dominé la législation égyiilienne. La loi mosaùiuc passe aussi pour avoir admis

même,

le

remarque

lion n'était pas littéralement

Rhadamantbe,

comme

à

du principe du

talion, (|uc sur celui

de

Locriens et

défaut de

Gclle, XX, lion

I).

la

Dracon

le talion

Vie de Solon, les

était

l'appelait il

dans

g 9).

le

Le

la

couqiensation

ou

d'une fut

la

la

le

loi

de

Grèce

La

légis-

principe du

le

liberté, étaient punis



peine cbez les Cre-

Les Cretois

le talion.

des XII Tables

loi

Ce genre de peine ne

IV,

le ta-

sens de l'égalité proportionnelle

principe de

pécuniaire {Aulu-

transaction

conservé que pour

talion était en

le

délits

talion par la loi des

Le

l'attri-

consacra, mais seulement

calomnieuse (Liv. X, Code, de Calumniat). Les

sonne,

même

est à croire qu'en

moins fondée sur

ïburicns était aussi

buaient à Ubadamanhe. La à

on

;

prouve que

(|ui

Les législateurs grecs

terreur à inspirer parla sévérité du châtiment.

la

Solon parait avoir entendu

tois, les

ce

ce principe fut très-restrcint dans l'application.

lation criminelle établie par

{Dioff. Laërte,

talion

;

les Juifs.

cause de sa sévérité. Mais

à

Rome,

entendu par

lui-

cette rigueur était (pielquefoi^

([ue si

excessive, elle était aussi parfois trop indulgente

étaient aussi partis

Mais Grotius

talion avec la dernière rigueur.

fera jilus lard la

cas d'accusa-

contre

la

Wisigotbs

usage cbez

per-

(tegfis.

Ger-

Wisiçi.,\\\. \],

tit.

mains, et on

trouvé cbez presque tous les peuples de l'Amérique. Kant,

Rcntbam,

l'a

liv.

Filangieri, l'ont

fractions particulières. vilège. C'est ainsi

que

Il

III).

recommandé comme convenant

a été conservé-

les lois

à quelques in-

dans certains pays à

hongroises ont permis

les

le talion

titre

de pri-

à un clerc

LE ItROIT DE

120

GUERRE ET DE LA TALX.

L.V

Mais Dieu, dans ces premiers temps, rareté des

hommes,

soit

parce ([uc

le

cause de la

soit à

nombre des

crimi-

moins besoin de l'aire des exemples. Dieu réprima par un commandement exnels étant restreint encore,

était

il

près ce qui, d'après le droit de nature, paraissait

licite.

voulut, à la vérité, (pi'on évitât le contact et le

Il

merce de l'homicide, mais non Platon a

vie.

ripide

lait

passer cette rèylc dans ses

nous a])prend dans de

tel avait été l'usage

la

com-

([u'on lui arrachât la

Eu-

lois, et

les vers suivants, qu'autrefois

Grèce

Avec

«

:

(juellc raison le

prévoyant de nos ancêtres, n'avait-il pas établi, (jue celui (pii s'était rendu coupable d'un meurtre fût i'orcé d'éviter la rencontre et le regard des autres lionnnes, et siècle

d'expier son crime par un triste exil, nuiis non par

mort!

»

dide

«

:

A

est

Il

croyable (jue dans ranticpiité les peines

même

ont été légères

injustement accusé par un

dont

trats

les arrêtés

ou

laïc,

les

pour

le délit

grands crimes

les

qu'aux fonctionnaires et aux niapis-

ainsi

de calomnie

lY,p.

t.

qu'il a été

xvii° siècle, le talion était encore assez réiiandu il

y était appliqué d'une

commis par

que

rencontre surtout dans

le talion se

et

Il

une

le

jj

les lenqis moAu commencement du en Europe. A Lucernc,

suite de lépitimc défense.

deux raisons

prompte

— Voir sur

note sur (*)


.simplicité

p. 229). la

y en a,

:

le

de

la pénalité,

la

le

premier

livre

pour

dans

{Libr.

les temjis 1'.

de l'Lnéidc

:

«

cil.,

t.

"

le

mot expendere

est tire

épalcment de

la

le

livre

I,

modernes,

P. F.

Les mots luelis,

pcrsolvrlis (s'acquitter, pmjcr), viennent de l'idée d'arpent. Toutes peines des anciens ont été pécuniaires. » Dans

le

hommes,

justice et des

vu, n" 2 ci-dessous.

Servius dit sur

même

M. Tissot observe

constituées despotique-

les sociétés

mépris de

et facile dans l'apiilication »

les principes

C'est |)rinci|)alc-

manière impitoyable,

cas d'homicide

ment.

iTt»).

maintenu dans

dernes en Lilliuanie, en Russie et en l'olopnc.

par exemple,

mais

(*),

sentences auraient été attaqués sans raison

suflisante (Macikiowski, Slawisclic, etc.,

ment pour

la

Thucy-

cela se rapporte le passage suivant de

second

notion d'arpent

,

;

il

dit

car

il

les

que est

certain que chez les anciens les peines étaient iiécuniaircs, à une époque oji les

mœurs

On en

vint ensuite à appli
marques sur

étaient encore assez prossièrcs jiour tpjc l'arpent fut itesé.

le

la jieine

capitale. »

Dans ses re-

sixième livre, Servius répète que l'expression « Pendere

LIVRE

comme

que,

avec

CHAPITRE

I,

121

II.

progrès des temps on avait fait peu de cas de ces châtiments minimes, on en vint à la peine de mort. ««Jusque-là, dit Lactance, il paraissEut crimile

nel d'iniliger le dernier supplice à des êtres qui, bien

que pervers, sont cependant des hommes. » 4. D'un fait unique on tira ainsi la conclusion que telle

volonté divine, et cette conjecture passa

était la

même

tellement à

l'état de loi, que Lamech coupable d'un crime semblable à celui de Gain, put se promettre rimi)unité en se fondant sur cet exemple (Gen iv 1

24) r). _

Mais

5.

comme

y avait eu sur

^

.

avant le déluge, du temps des géants,

une grande débauche de meurgenre humain fut rétabli après le déluge. Dieu jugea qu'il fallait pourvoir d'une manière il

lorsque

tres,

la terre

le

plus sévère à ce que de pareilles

cours dent,

mœurs ne prissent plus mansuétude du siècle précépermit lui-même ce que la nature montrait

et faisant cesser la

;

il



comme

déjà

n'étant pas injuste,

—que

cent qui aurait tué un assassin

dans

(").

celui-là fût inno-

Cette permission,

lorsque les tribunaux eurent été établis^ très importantes réservée aux juges seuls; non sans cependant qu'il ne restât une trace la suite,

pour des raisons

fut

l'ancien usage dans le droit attribué au plus rent de la victime ce qui s'observa :

de Moïse,

comme

nous

le

de proche pa-

même après la loi dirons ultérieurement avec

plus de détails.

vient de l'usage de

1

condamner pccuniaircinent.

Aréo|)a£:e. '

(

» Pline (tlùt. yat., liv. VU première sentence capitale a été rendue dans r Grotius. venait à commeltre quelque crime semblable, car tel

Lvi) rappelle ^pie la

caj).

}

*^

Ou

plutôt

s'il

est le sens des paroles qui sont

dans Moïse. Grotius. (") « Je veux, trouve-t-on dans Joscphe, que les mains soient pures du m. urtre des hommes. Que si quelqu'un commet un meurtre, il en porte la peine. Grotius. ..

LE DROIT DE LA GUERUE ET DE LA PAIX.

122

G. Nous avons en laveur de notre explication une grande autorité dans Abraliani, (jui n'ij^norant pas la loi

donnée à Noé,

armes contre

prit les

les

quatre

rois, et

crut sans doute ne rien faire en cela de contraire k cette C'est ainsi

loi.

que Moïse ordonna d'opposer

la résis-

tance armée aux Amalécitcs {\m aUa([uaient son peu-

ple

:

usant à cet égard du droit de nature, car

rait point

que Dieu

ait été

n'api)a-

il

spécialement consulté sur ce

0). Ajoutez à cela que la peine capidevenue en usage, non pas exclusivement contre les meurtrici-s, mais contre les autres criminels, non-seulement cliez les i)cuples étrangers, mais ciiez ceux mêmes ([ui avaient été élevés dans les prin-

point (Exod. xvn,

tale paraît être

cipes d'une sainte doctrine (Gen. xxxviu, 7.

vine

2'i).

Inévitablement cette présomption de s'était,

avec l'aide de

la

la raison naturelle,

volonté

ili-

étendue


cas semblables aux cas analogues, de sorte (|ue ce

(jui avait

été établi contre le meurtrier, avait paru ne pas devoir

être injuste contre les autres grands criminels.

en

ellet,

que

des choses

<[ui

la considération,

mariage;

il

vont de pair avec

l'honneur des vierges,

en est sans les([uelles

de sécurité,

telles

que

le

8.

les lils

moins coupables

Rappelons

ici

la

loi

([ui les

du

vie n'aurait point

la

respect pour l'autorité

maintient le lien social. Ceux être estimés

y a,

11

la vie, telles

«pii

violent ne peuvent

(jue les assassins.

l'ancienne tradition qui existe chez

Hébreux, et suivant laquelle Dieu aurait donné aux de Noé plusieurs lois cpie Moïse n'a pas tontes re-

produites, p.irce qu'il

sul'lisait

pour son dessein

(pi'elles

lussent postérieurement comprises dans la législation particulière des Israélites.

C'est ainsi

(pi'il

ressort

du

Léviti(jue (xvui) ([u'une loi ancienne avait existé contre les

unions incestueuses, bien (pie Moïse ne lieu. On dit aussi cpie parmi

mentionnée en son

mandements

dictés par Dieu

aux

enl'anls

l'ait

les

pas

com-

de Noé, se

LlVllE

CHAPITRE

I,

frouvait celui de punir de cide, Itoiiit

9.

123

II.

mort non-seulement l'homi-

mais l'adultère, l'inceste, le vol avec violence. Ce est confirmé par les paroles de Job (xxxi, ii). La loi donnée par Moïse justifie d'ailleurs les peines

capitales, par des raisons qui n'ont pas

chez

les autres

peuples que chez

en trouve des exemples dans 27, 28), le

Psaume

le

ci, 5, le livre

le

moins de poids peuple hébreu. On

Lévitique

(xviii, 24,

des Proverbes (xx,

25,

8). Il

est dit particulièrement dans les Nombres (x.yxv, 31, 33), au sujet du meurtre, que la terre ne peut être purifiée que par l'elFusion du sang de l'assassin. C'est, de plus, une absurdité de penser (pi'il ait été i)erinis au peuple iiébreu de protéger par des supplices sa moralité, sa

sécurité publique et privée, et de se déleiidre par la guerre, tandis que la même permission n'aurait pas été

même

en

nations;

il

temps accordée aux autres rois et aux autres est absurde de penser que ces rois et ces na-

tions n'aient jamais été avertis par les prophètes

que Dieu

désapi)rouvait l'usage des peines capitales, et tout genre de guerre, de la môme manière qu'ils ont souvent été avertis pour d'autres fautes. 10. Qui ne croira, tout au contraire, que la loi de Moïse sur les jugements étant l'expression fidèle de la

volonté divine, les nations ont agi sagement et pieuse-

ment en

se les proposant

pour modèles.

blable (lue c'est ce qu'ont surtout

:

tique, et

d'où vient

dans

(ju'il

'

On désigne

Il

est

vraisem-

Grecs, les Athéniens

y a dans l'ancien droit de l'Atqu'y a puisées le droit ro-

les dispositions

main des Douze Tables, hébraïques '. Ce qui

lois

fait les

tant de ressemblance avec les

vient d'être dit parait suflisant,

par ilosa'icarum

et

romanarum legum

collatio,

une

compilation de fragments des livres du droit romain et de l'Écriture suinte, dans le but de démontrer que le droit romain émane el tire son orinnie dn droit mosaniue. « Cet ouvrasse, fort insignifiant j.ar lui-même, M. Ch. Giraud, n'a actjuis (|ueli|uc intérêt que par la perte des

dit

livres

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA

124

pour déiuoiilicr

la loi

(j[ue

TAIS..

donnée à Noé n'a pas

la signi-

que veulent lui prêter ceux qui s.e servent de cet argument pour condamner toutes les guerres. Les raisons que l'on tire de l'Évangile contre VI. la guerre ont plus de prestige. Je ne me prévaudrai pas, en les examinant, de l'opinion de ceux (|ui supposent qu'en iication



1 .

dehors des vérités proposées à notre relatif

ne

aux sacrements,

soit

de ce

loi, et

(jui est

n'y a rien dans l'Évangile ([ui

de droit naturel. Je n'estime pas, en

proposition vraie au

elfet, cette

sens (jue la plupart la preiment.

Je reconnais volontiers i\ue rien ne nous est ]nes-

2. crit

il

dans l'Evangile,

(pii n'ait le

caractère de riioiinêtelé

naturelle; mais je ne vois aucune raison de concéder

que

les lois

du Christ ne nous ohligent

à rien davantage

qu'à ce que le droit de nature nous oblige par lui-

même.

Il

étonnant de voir combien ceux qui

est

i)en-

sent autrement s'épuisent en efforts, pour i>rouver (|ue ce

qui est interdit

l'Évangile est

i)ar

lui-même

naturel

:

illicite

concubinage

le

(*),

d'après le droit

par exemple,

le

divorce, le mariage avec plusieurs femmes. Ces clioses,

à la vérité, sont de telle nature, que la raison elle-nuMne

nous enseigne originaux

doiil

parallèle était

il

donne

moine

et

tics

est

l'an b'ib

extraits. »

a |ircsuiné

L'ijintiue

la

sous

placeiil

(>e recueil est (|uel(|uerois

le

désigné jmr

rè{,M)e

les

les

maniirum

et niêiBc de lei

P. Pithou,

(|ui la

romann.

publia pour

n clé rédif^é est

il

la

II

;

daulies,

de Justin

II,

mpsaicnrum

pieniiere fois en 157,5, à Paris.

raud, 1835, p. 400 el suiv.

lois

V.

Le passage suivant de Jérôme se rapporle

de Cé.sar, autres

les lois

du

Clirist

pinien, autres sont ceux de Paul. »

(a) Saint Paul

(<;)

vt

ro-

découverte en est due an savant

l^a



rintroduction lnslori(|ue aux éléments de droit romain, par M.

(*•)

el

vers

écrivains du Moyen-

lex Dei, de potialor /pf/Jtm

Age, sous

l'auteur de re

tiiie



reculent jusqu'à Tliéodose

la

de ce nombre,

noms de

On

non jurisconsulte.

inconnue. Quelques auteurs

Haubold

honnête de s'en abstenir;

qu'il est plus

;

à cela

aulrcs sont

:

«

Voir

Cli. tii-

P. K.

Autres sont

les précc|)les

(iKOTius.

P. P. F.

les

de Pa-

LIVRE

CHAPITRE

I,

125

II.

de la loi Quant à ce précepte de la loi chrétienne que nous nous exposions au danger de la mort les uns pour les autres (John, m, IG), qui prétendra que nous y soyons obligés par le droit de nature (*)? Il y a un mot de Justin, qui dit que « vivre selon la nature, c'est le propre de celui mais

elles

ne sont pas

telles qu'abstraction faite

un

divine, elles constitueraient

qui n'a pas encore la Foi. .'}.

(|ui,

acte criminel.

»

Je ne suivrai pas non plus le sentiment de ceux faisant une autre supposition d'une portée non mé-

diocre, prétendent

que

le Christ

en formulant

les pré-

que donnée par Moïse. Le contraire est, en effet, exprimé dans ces paroles tant de fois répétées « Vous avez entendu ce qui a été dit

ceptes consignés dans Mathieu (v et suiv.), n'a se

rendre l'inlerprètc de

fait

la loi

:

aux anciens; mais moi, je vous dis à vous. dans

sition

les

et les autres versions, lont voir ciens, se

ciens;

de

oppo-

» Cette

termes, aussi bien que la version syriaque

que

les paroles

:

aux an-

doivent traduire ainsi, et non pas par

même que

les

an-

vous est entendu à vous, et non pas

par vous. Or, ces anciens n'ont été autres que ceux qui vivaient du temps de Moïse, car les choses qui sont alléguées comme ayant été dites aux anciens, ne sont pas

même, ou mot pour mot, ou en substance. Ces préceptes sont « Tu ne tueras pas n (Exod. xx, 30) « Quicoiufue aura tué sera coupable en justice» (Lévit. xxi, 21 Nura. xxxv, 10, 17, des docteurs de la Loi, mais de Moïse

:

;

;

3U); «

«Tu ne commettras

Que

pas d'adultère» (Exod. xx, 30); ([uiconque aura renvoyé son épouse, lui donne

un acte de divorce» (Deuter.

xxiv, 1);

«Tu ne

seras pas

parjure, mais tu t'acquitteras envers le Seigneur de ce

(*)

même

Le passnge de Justin

est d'une épilre

pensée dans Origène, dans

le

que

ad Zenam. On "trouve

recueil intitulé Philocalia.

Grotius.

la



LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA

126

l'ALK.

x.\, 7; Nomb. xxx, 2); «OEil pour pour dent» (complétez cette phrase par les qu'il soit permis de les demander en justice. Lévit.

juré» (Exod.

lu auras

œil, (lent

mots

:

XXIV, 20; Deuter. xix, 21); c'est-à-dire l'Israélite

ton ennemi » ([uels



«Tu aimeras

(Lévit. xix,

— c'est-à-dire

ton prochain»

peuples avec les-

était interdit d'entretenir amitié

il

«et tu haïras

18),

les sept

et

(*),

xxxiv, 11; Deuter. vu,

1).

11

pour

les-

— (Exod.

quels on ne devait pas avoir de compassion

faut ajouter à ces peuples

il est ordonné aux Héune guerre implacable (Exod. xxvii, 11);

Amalécites, contre les(juels

les

breux de

faire

Deuter. xxv, 4.

doit

19).

Mais, pour l'intelligence des paroles du Christ, on

remaniuer

([ue la loi

donnée par Moïse peut être ou bien en l'envisa-

considérée sous deux points de vue

geant suivant ce lois établies

les plus

([u'clle a

par

les

II,

:

commun

hommes, en

grands crimes par

sibles (llébr.

de

la terreur

2), et qu'elle

avec les autres

tant (ju'elle réprime

de châtiments sen-

moyen

maintient par ce

peuple hébreu en état de société

civile

:

le

point de vue

sous lequel on la désigne par la qualification de Loi des

commandements charnels (Hébr. vu, IG), et Loi des œuvres (Rom. m, 27); ou bien en la considérant suivant ce qui est particulier à la loi divine,

en tant qu'elle exige aussi

pureté de l'âme, et certaines actions que l'on peut

la

omettre sans encourir de peine teiiqiorelle

vue sous lequel on l'appelle Loi 14), Loi D).

spirituelle

:

qui réjouit l'dme (Psalm. xix, selon les

Les docteurs de

la loi et les pharisiens, se

du premier point de vue, négligeaient

le

point de

(Rom. vu, lat. xviii,

contentant

second, qui est

plus important, et n'en instruisaient point le peuple. La vérité

{•)

loi

Le

de cette allégation peut être démontrée non-seu-

Ircs-illuslre

Abarbanci (sur

pennetlait de haïr ces peuples.

le

Deuteron., xxiii,

"21)

dit

(îRurius.

que

la

LIVRE

I,

niIAriTRK

127

11.

iemciît par nos propres livres, mais encore par le témoi-

gnage

(le

Josèphe

des maîtres des Hébreux.

et

Pom' ce cjui concerne ce second point de vue, il faut savoir que les vertus qui sont exigées des chrétiens, sont aussi recommandées et prescrites aux Hébreux, mais non point au même degré et avec la môme étendue (*). Or, c'est à l'un et à l'autre de ces égards que le Christ oppose ses préceptes aux anciens d'où il ressort visiblement que ses paroles ne contiennent pas une simple interprétation. Il importe que cela soit connu, nonseulement pour la matière ((ue nous avons en ce moment sous la main, mais pour beaucoup d'autres questions, 5.

:

nous ne lassions pas usage de

alin (jue loi

de

l'autorité

la

hébraiVjue au delà de ce qui convient.

Vn.



1

.

Laissant donc de côté les arguments qui ne

nous satisfont pas, (|ui i)uisse

le

premier

et le principal

nous servir à prouver que

témoignage

le droit

de guerre

absolument aboli par la loi du Christ, se trouve dans ce passage de Paul à Timothée (I, ii, 1, «Je vous exhorte donc avant toutes choses, pour 2, 3) n'a pas été

:

Voyez là-dessus

(')

premier.

pitre ginit.,

(leRrc

vertu. Mais

reçu quelque injure

de crever

l'urfient

en colère, la loi

;

;

il

était

ni

nous en avait crevé un

si

haut

de chercher à

;

de répudier sa

femme pour

;

de haïr un ennemi.

les délices, ni

de se mettre

en prendre une autre. Bien plus,

femmes en même temps.

A

ces égards et à

l'indulgence était grande alors. Mais depuis la venue du

chemin

est

devenu beaucoup plus

étroit. »

(cap.

Lxxxiu), Chrysostôme dit que l'on n'exige pas

vei tu

de

la

de nous un

de rendre outrage pour outrage

permettait d'avoir deux

Ohrist, le

du cha-

permis de se venger de ceux dont on avait

non plus défendu de vivre dans

les autres,

la Pin

de jurer, pourvu que ce fut en bonne conscience;

l'œil à celui qui

n'était pas

tous

observations faites plus haut à

un excellent passage de Chrysostôme (De Vir-

cap. xliv). «Autrefois Dieu n'exi{,'eait pas (le

amasser de

Il

les

Voici

part des anciens Juifs, que des chrétiens.

discours: fUnimpatri xqualein,

t.

VI) déclare qu'il y a dans l'Évangile

un plus grand nombre de préceptes, haut point de perfection.

le même livre même mesure de Le même (dans le

Dans -la

et des

préceptes portés à un plus

Grotius.

128

LE DROIT

LA GUERRE ET DE LA PAIX.

1»E

que l'on fasse des supplications, dos prières, des demandes, des actions de grâces pour tous les hommes pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité; afin que nous passions une vie tranquille et pai:

de piété

sible avec toute sorte

et

d'honnêteté

Car cela

(*).

bon et agréable devant Dieu notre sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité, » Dans ces paroles' nous apprenons trois choses qu'il est agréable à Dieu que les rois deviennent chrétiens; que devenus chrétiens, ils restent rois. Cette pensée a été ainsi exprimée par Justin le Martyr « Nou^ demandons à Dieu (jue les rois et que

est

:

:

les princes aient la santé

de l'âme jointe à

royale; » et dans le livre intitulé

Clément, » l'Église

demande des

la \)uissance

« Les Conslilutiuiis

:

de

chrétiennes, »

« fins

(**). Nous apprenons que les rois chrétiens procurent aux autres chrétiens une vie Ifanciuille. 2. Mais comment la leur procurer? Paul l'exjjlique «11 est le ministre de Dieu, pour ailleurs (Rom. xni, 4) ton bien. Que si tu tais ce (|ui est mal, trend)le. Ce Ji'est

c'est-à-dire des magistrats chrétiens

ensuite qu'il est agréable à Dieu

:

pas en vain qu'il porte

le glaive,

car

est le ministre

il

de Dieu, pour exécuter sa vengeance contre celui qui a ce qui est mal

l'ait

Sénèquc

(')

ceux

([ui

»

'.

On entend figurément par

(Épisl. lxxiii) dil

que

tout sincèremcnl dévoues ù

des ma{;istrals et des rois. «

leurs

sujets plus fidèles qu'eux

sonne à

(jui ils

et

;

doivent plus

c'est

fausscmenl que

la

philosopiiic

Au

coiilrairc,

l'on cunsidére

comme dil-il,

ceux

i)ar lesquels ils

des conlempn'y a pas de

il

ce n'est pas sans raison, car

(ju'à

droit

il

n'y

a per-

jouissent d'un tran-

quille loisir. » L'épilre où l'on trouve aussi ce passage, mérite d'être lue: a

Le

bienfait de la paix, qui intéresse tout le muiide, touche de plus |irès

encore ceux qui en font un bon usaj^e. » (**)

A moins que vous ne

Giiotius.

préfériez entendre par



une

fin

chrétienne.

Grotils. '

On

a dit que

lation pénale

la

vengeance publique

du xvi»

siècle à 1789.

Mais

était l'àme et le fond l'idée

de

la légis-

de vengeance publique n'a

LIVRE

GIIAI'ITRE II. 1, 1 29 de glaive, toute espèce de répression, et c'est ainsi que ce mot est pris de temps à autre chez les jurisconsultesmais de manière toutefois à ne pas exclure

la fonction

pas été exclusive. Deux autres idées sont venues s'y joindre 1° l'idée de l'idée que lu peine est un i,^lrument cfintimidalion socude. Lonm^c c'est Dieu n.éme, disait Don.at, ,,ue les princes leprcsenlent dans le rang qui les élève au-dessus des autres, ,1 veut qu'ils soient considéiés comme tenant sa place'dans leurs fondions, et c'est par cette raison qu'il appelle lui-même des dieux, ceux à qui il communique le .Iro.t de b'onverncr les l.onnnes et de le, juger, parce :

renueance divine, et 2°

que

qu. n est naturel qu'à

Dieu met dans

gouvernemeni tenir

1

les

qu

,1

souveraine

la société,

eur donne

c'est

un droit

C'est pour l'exercice de cette puissance

mains de ceux qui tiennent

l'autorité

ordre dans

cet ordre

lui.

le

la

que

première place dans

et les divers accessoires

le

pour main-

suivant les lois qu'il y a établies. C'est pour droit de faire les lois et les règlements néces-

saires pour le bien public, selon les temps et selon les lieux, et la puis-

sance d imposer des peines aux crimes. ., [Traité des lois, ch. ix n 7 « La vengeance est défendue aux hommes, a dit Argon, et il n'y a'que le .0. qui la puisse exercer par ses officiers, en vertu du pouvoir qu'il tient (Je Dieu. » {Institution aie Droit français, liv. III. ch. xxxvin ) «Ce pouvoir .pie l'on appelle droit de glaive, lit-on dans Muyart de Vouglans parce qu il s'étend sur la vie des hommes, ne pouvait appartenir qu'à celte autorité sopréme que la divine Providence communique au souverain. » (Traité des Lois criminelles, liv. Il, tit I" g 5 ) 1/idéeque la royauté est chargée de la vengeance divine^ el est déposiaire du droit de glaive, explique les usurpations du pouvoir humain sur la justice de Dieu, dont l'histoire de ces époques fanatiques n'a donné qne de trop nombreux exemples elle explique comment la loi sociale a ; atteint directement et en son nom de purs faits de conscience, et entrepris de son chef, avec la pénalité pour instrument, une œuvre de prosélytisme y oir LEtnAVLD, Cours de Code pénal, I8i)9 p 77 La révolution de 1789 fit table rase de ces idées," et donna pour base à a penaite le principe du Contrat social, que Rousseau, Beccaria, Voltaire, Mably, avaient accrédité dans la

)

philosophie, et que Servan et

comme magistrats, Linguet, Élie de Beaumont. Target et comme avocats, av..,«nt transporté dans le paty.

fut des lors plus

que

ment de défense. Sous le Consulat jour

Jonda

le

prix de

la

le

monde judiciaire. La peine ne protection stipulée, ou qu'un instru-

et sous l'Empire, de nouvelles

Bentham. sans s'occuper de droit de punir sur lutiliié

Du-

Lacretelle

la

question

idées encore se firent

d'origine de la société.

du plus grand nombre, en dehors

'•

9

GUERRE ET DE

LE DROIT DE LA

130

LA PAIX.

du droit de punir, c'est-à-dire le vrai usage de Le psaume ii ne sert pas peu à éclaircir ce passage; lequel psaume, bien qu'il se soit vérifié en la per-

principale l'épée.

cl inilé|»endainnienl de loulo idée supérieure de raison et de justice. Kanl,

de son coté, en Allemagne, donna

pour

une idée de

pénalité

à la

i)a&e

justice absolue, en deiiors cl indépendamment de toute idée d'utilité sociale

;

de

c'était le contre-pied

la

théorie de Bentham. Le mal devait être

mal, et non parce qu'il était nuisible à

expié, parce que c'était

le

ciété. Puis

théorie du droit de défense, qui s'amendait et se

il

y avait

la

tempérait par une idée morale. Celte théorie, dont

le

so-

la

plus célèbre repré-

sentant fut M. de l'asloret, ne reculait devant l'idée d'intimidation, qu'autant ([u'elle n'était pas nécessaire.

Le Code pénal de 1810 ne

fut pas l'expression d'un principe

phique déterminé, mais cependant

du contrat social

ration prédominante de la lliéorie

Bentham t.

XXiX,

parait avoir clé

il

(Voir les observations de Target sur p.

8).

établissant pour chaque peine un

La Restauration lit le

s'effor^-a

la

part de

maximum

illustres

minimum.

un

et

MM.

:

«

Que

ce

maximum,

si

la

loi

que

;

la

la

Les idées de Bentham et de Kanl se limitant formaient

M. Rossi

a été le brillant vulgarisateur.

criminalisle justement célèbre,

par l'idée de justice absolue, ;

et

M. Ortolan,

(jui

par l'idée du droit

i|e

la

et

intitulé

:

le

fonds de cette

De nos jours, un

coupable mérite

le

châti-

conservation, qui autorise à infliger ce

siècle.

Philosopliie

M. Ad. Franck prouve que

p.

8tJ à

\)^).

le

Dans un

du

Droit

Le principe que

livre excellent,

la

ciel,

récemment

pénal (18G4),

le

savant

droit de punir ne dérive pas de l'intérêt

public, qu'il n'est pas le droit de légitime défense

directement émané du

ces conditions,

justice de Dieu.

justice morale, limitée par l'utilité sociale, est

donc une conquête de notre paru

A

a expli(|ué le droit de punir

établit ([ue le

châtiment [Llémenls de droit pénal, pénalité est fondée sur

mo-

morale; qu'elle n'atteignit pas

ne l'exigeait pas.

l'intérêt social

la loi

peine ne dépassât jamais

le pouvoir social était dépositaire et mandataire de

théorie, dont

de Broglie,

droit de jiunir aux <|uatre

le

incriminé fut contraire à

le fait

degré d'expiation qu'exigeait

Guizot,

Royer-Collard,

rale; qu'il fut contraire à l'ordre social

ment

Code de

le

moralité de l'agent, en

une école pliilosoj)hique nouvelle, qui eut

et s'accrédita

représentants

conditions suivantes

même

la

de

Locré,

;

de rcstiluer à l'idée morale sa légitime place,

Cousin, de Rémusat. Cette école subordonna

le

la tliéorie

jténal

premier essai des circonstances atténuantes. C'est à cette époque

que se développa pour

de

Toutefois, par une heureuse inconséquence,

l'Empire permit aux juges de faire

et

el

Code

le

|ihiloso-

sous l'inspi-

réili^îé

;

ni

ou une délégation de

la

un droit mystique divinité

,

qu'il

ne

LIVRE

1,

GllAriTRE

131

II.

sonne de David, est cependant applicable au jClirist, d'une manière plus pleine et plus parfaite, ainsi que

nous l'apprenons des Actes des apôtres (iv, 25; xiii, 33), et de l'Épître aux Hébreux (v, 5). Ce psaume exhorte tous les rois à recevoir le lils de Dieu avec respect, c'est-à-dire à se montrer ses ministres en tant que rois,

comme

rexplicjue

bien

Augustin, dont je citerai les

termes qui se rapportent à ce

sujet.

vent Dieu en qualité de rois,

suivant les

ments et la

si

Les rois ser-

«

commande-

ordonnent le bien dans leur royaume défendent le mal, non-seulement pour ce qui regarde société humaine, mais aussi pour ce qui concerne la Dieu,

(le

ils

divine religion.

Et ailleurs

»

:

«

Gomment donc

servent-ils le Seigneur avec crainte,

les rois

ce n'est en dé-

si

fendant et en punissant avec une sévérité religieuse les

choses qui se font contre les

commandements du

Sei-

manière de servir Dieu comme honmie, autre la manière de le servir comme roi. » « Les rois, dit-il plus bas, servent donc Dieu comme rois, lorsqu'ils font pour son service des choses qu'ils ne peuvent faire que comme rois. »

gneur. Car autre est

la

rentre pas dans l'art de guérir (système du docteur Gall)

nun plus •

la

ne sont légitimes, ne sont d'acconl avec

sont justes,

pour base, non

elles ont

tionnelle l'rance,

société

;

qu'il n'est pas

rétribution du mal pour le mal. « Les lois pénales, dit

du mal par

mais

le

comme

Appuyé sur

le

le

principe d'expiation,

il,

raison, que

la

pour

elle

si

souF-

de soi-même, qui appartient à

à l'individu, et qui résulte

ne

rétribution propor-

mal, ou l'cciuilibre du mal moral et de

droit de conservation

la loi

la

la

du

même

morale, ce droit est limité et réglé par

la

principe...

elle,

il

ne peut

être invoqué à juste titre qu'autant que les lois et les institutions de la société sont

un moyen direct ou indirect de défendre

riser le dévelojipement des facultés naturelles de cliap. VII, p.

la liberté et

l'homme»

de favo-

{Libr. cit.,

116 et suiv.). Voir aussi les six premières leçons du

de Code pénal, de M.

Bertauld,

2» édit.,

1859.

Cours Ce rapide exposé des

théories diverses imaginées par les criminalistcs, montrera quelle a été la

marche des idées en matière de

pénalité, depuis

Grotius. P. P. F.

132

DROIT DE LA GUERRE ET DE

l.E

Un second argument nous

3.

même

sage

est fourni par ce pas-

de Paul, dont nous avons

aux Rom.

(Épît.



xiii),

souveraine, telle qu'est

est dit

il

la

PAIX.

LiV

une partie

cité

que

la

puissance

puissance royale, vient de

Dieu, et où elle est appelée un arrangement divin.

en infère

qu'il faut,



lui porter respect, et

et cela,

que

en conscience,



On

lui obéir,

celui qui lui résiste, résiste à

Dieu. Si par ce terme û'arrangcmcnl divin on entendait

une chose que Dieu se bornerait chcr, ainsi il

ne pas vouloir enqtè-

à

en use à l'égard des actions vicieuses,

((u'il

ne s'ensuivrait aucune obligation de

resi)cct, d'obéis-

sance, et surtout aucun devoir de conscience. L'apôtre

en exaltant, en rehaussant rien dit qui

si

fort ce pouvoir, n'aurait

ne convint aux brigandages et aux vols. La

conséquence de

cela, c'est

donc

([ue

l'arrangement d'une

autorité souveraine doit être considéré

dant de

la

volonté expresse de Dieu

que Dieu ne voulant pas ce qui

:

comme

procé-

d'où la conséquence

lui est contraire, ce

voir n'est pas en opposition avec la volonté divine,

nous a été révélée par l'Évangile,

pou(jui

et (jui oblige tous les

hommes. Cet argument n'est pas détruit par l'objection que

4.

ceux qui exerçaient Paul, fait

étaient

le

pouvoir à l'époque où écrivait

étrangers à la religion chrétienne.

allégué n'est d'abord pas absolument

le

christianisme (Act. xih,

pour ne rien dire de l'ancienne

Le car

Chypre, avait depuis

Sergius Paulus, propréteur de

longtemps embrassé

vrai,

12);

au roi d'Édesse (*), tradition qui bien qu'altérée par quelque mensonge, paraît cependant tirer son origine d'un fait vrai. Il (")

ne

s'agit pas,

Edcsse est une

comme

ville

cela parait par

les

tradition relative

en second

lieu,

d'Osroène. Le

nom

de savoir

si

,(l'Abgare y est

les in-

commun,

médailles, par Tacite, Appien, par les frag-

ments de Dion, tant ceux qu'on possédait depuis longtemjis, que ceux qui ont été publiés depuis peu, et par Capiloiin.

Gbotius.

LIVRE

dividus

ont été

I,

CHAPITRE

impies, mais

fonction dont

la

si

133

II.

ils

étaient revêtus a été entachée d'impiété. Or, nous sou-

tenons que cela est nié par l'apôtre, puisqu'il dit que le pouvoir est établi par Dieu ', même en se rapportant au

temps où

parlait, et que pour cette raison le respect dû est un devoir imposé même par la conscience qui, à proprement parler, ne relève que de l'eml)ire de Dieu. Néron et ce roi Agrippa que Paul invite si sérieusement à embrasser la religion du Christ (Act.xxvi),

qui

il

lui est

Tout pouvoir vient de Dieu, a dit saint Paul, et les partisans du droit emparés de celte parole pour appuyer sur elle leur étrange doctrine. Mais telle n'est pas l'interprétation sérieuse de la pensée de '

divin se sont

Tout pouvoir vient de Dieu

l'apôtre.

pas un

fait

comme

tout ce

qui est

la

comment

voici

est essentiellement nécessaire à

raison première et

la

muniqué

«jui

une institution divine,

ciété, est

;

:

la

société n'étant

humain, mais un arrangement divin, l'existence d'un iiouvoir,

la

comme

la

l'existence d'une so-

société elle-même. Mais Dieu,

source originelle de tout pouvoir, n'a com-

souveraineté, d'une manière permanente, ni

à une personne, une caste. Chaque nation trouve en elle-même le droit de s'organiser de la manière la plus convenable pour atteindre ses ni à

une famille,

fins légitimes.

ni à

La souveraineté

vit

au sein de

sellement

recomm qu'en morale,

en justice,

et

peujiles est la base légitime et raisonnable des

mité ne consiste que dans

qui se forme

la société

Au

est la condition essentielle de son existence.

xix» siècle, le

il

elle

;

est univer-

consentement libre des

gouvernements. La

légiti-

volonté persévérante d'une nation. C'est

le

droit d'une société politique de rester dans les conditions d'ordre et de

li-

la

berté qui l'ont constituée. Toute société ayant sa

légitimité

quelle que soit sa forme de constitution fondamentale, timité d^ns la république,

crime

cipes, toute

que

la

comme

il

y en a une dans

est égal de renverser l'une ou l'autre.

Dans

forme de gouvernement commande

démocratie, l'oligarchie,

approuve toutes ture, à la

les

et

le

"

le respect, et l'on

peut dire

le

seul mobile ne peut

Voilà des

principes

(jui

la

na-

n'avaient pas

Pkadier-Fodéké, Éléments de Droit Économie politique, 1805, p. 38, 45, 01 Le Droit des Gens :

;

de Vattel,

et

de ces prin-

formes de gouvernement qui sont conformes à

justice et à la raison.

(i

monarchie,

les limites

chose publique est quelque chose. Dieu

la

cours à l'époque de Grolius Voir

public et

la

naturelle,

y a donc une légi-

monarchie sont république, car sous

la

nn gouvernement qui émane du suffrage populaire, être que l'intérêt public,

il

édit.

Guillaumin,

t.

I,

p. '218,

224

et suiv.

P. P. F.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

134

ont donc pu se soumettre à Jésus-Clirist et conserver, celui-ci la puissance royale, celui-là le pouvoir impérial, qui ne se conçoivent pas sans le droit de glaive et celui

des armes.

De même donc que

qu'autrefois les sacrifices ne loi,

quoi-

qu'ayant été célébrés par des prêtres impies, de

même

laissaient point

d'être saints,

selon la

une chose sainte, quoique ce mains (*). Un troisième argument se tire des paroles de Jean-

la souveraine puissance est

un impie qui

soit 5.

la tienne entre les

Baptiste qui, sérieusement interrogé par des soldats

— dont

il

juil's

y avait plusieurs milliers dans les armées ro-

maines, ainsi que

le

prouvent manifestement Josèplie

et

— sur ce auraient à pour leur ordonna pas de quitter Dieu, ne colère de — ce devait leur prescrire service volonté de Dieu, — mais de s'abstenir d'exqu'ils

d'autres écrivains,

faire

éviter la

qu'il

militaire,

le

si

telle était la

torsions,

de fraudes

et

de se contenter de leur solde (Luc.

Sur ces paroles de Jean-Baptiste, qui contiennent une approbation assez claire de l'exercice des armes, plusieurs répondent que ce que Baptiste a prescrit diffère tellement des préceptes du Christ, que Jean-Baptiste a bien pu enseigner une chose, et JésusChrist une autre. Voici les raisons qui m'empêchent

III,

14).

d'admettre cette opinion. Jean et Jésus-Christ ont indiqué par le même exorde le programme de la doctrine qu'ils apportaient

au monde

:

«

Faites pénitence, car le

royaume du ciel s'est approché» (Math, m, 2; Le Christ lui-même dit que le royaume céleste à-dire la Loi nouvelle, car c'est

Hébreux de désigner



a

commencé

une habitude pour

conquis depuis les

xi, 12).

C'esl ce que Clirysoslômc

rËpilrc aux Romains.

17).

c'est-

les

Loi par l'expression de royaume,

à être

Jean-Baptiste (Matth.

(•)

la

iv,



Jean

lenq)S

est présenté

tle

comme

montre paifaitemcrit sur ce passage de Grotius.

LIVRE

ayant prêché

baptême de

le

sion des péchés (Marc,

en ont

fait

autant, au

Jean exige des

GllATITRE

I,

fruits

i,

la

135

II.

pénitence pour la rémis-

que

4). Il est dit

de Jésus-Christ (Act. ii, 38)^ dignes de pénitence, et il menace

do perdition ceux qui ne produisent pas

m, 8

(Matth.

les apôtres

nom

et 10). Il

au delà de la Loi (Luc. a duré jus([u'ù Jean,

de. tels fruits

demande des œuvres de ni,

ii). Il

est dit

de

la

charité

Loi qu'elle

c'est-à-dire qu'à partir

de

lui

a

commencé une doctrine plus parfaite (Matth. xj, On fait remonter à Jean le commencement de

l'É-

vangile (Marc,

est,

à ce

titre,

i,

Luc.

1;

considéré

i,

comme

77).

Jean lui-même

13).

plus grand. que les pro-

phètes (Matth. XI, 9; Luc. vu, 26), puisqu'il a été envoyé pour donner au peuple la connaissance du salut (Luc XI, 77), pour annoncer l'Évangile (Luc. m, 18). Nulle part Jean ne se distingue de Jésus par la divergence des



préceptes, quoi([uc les mômes choses qu'il a indiquées d'une manière plus générale et plus vague, en forme de simj)les éléments, aient été enseignées plus clairement

par le Christ qui

était la vraie

lumière;



il

n'y a de dif-

férence entre eux qu'en ce que Jésus était le Messie pro-

mis (Act.

XIX,

royaume

céleste,

4; Jaan.

i,

29),

devant donner

c'est-à-dire le roi la force

du

à ceux qui se confieraient en lui (Matth. III, 8; Luc.

m,

du

Saint-Esprit ii;

Marc,

i,

10).

Voici un quatrième argument qui ne me paraît pas de peu de poids. Si l'on supprime les peines capitales et le droit de protéger par les armes les citoyens 0.

être

contre les attaques des brigands et des pirates,

il

s'ensui-

immense licence de crimes et comme un déluge de maux; puisque aujourd'hui même que les tribunaux vra une

sont constitués, on a bieji de la peine à réprimer la perversité

(')

(*).

C'est

Chrjsoslome

pourquoi

dit

que

c'est

si

l'intention

pour reprimer

les

du Christ

avait

méclianls, qu'ont été

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

136

été d'introduire

un

en termes les plus

de choses, dont on n'avait ja-

tel état

mais entendu parler,

il

aurait

dû sans doute exprimer que personne

clairs et les plus exprès,

n'eût à prononcer de sentence de mort, ni à prendre les

armes. Mais on ne

lit

en aucun endroit

qu'il ait lait cela;

car ce que l'on allègue sur ce sujet est ou très-général, ou fort obscur. Or, l'équité elle-même et le sens com-

mun

nous enseignent, que non-seulement

il

faut resser-

rer les termes généraux et interpréter favorablement les

expressions ambiguës, mais qu'on doit savoir s'écarter

de la propre signiiicalion et de l'usage reçu des mots, pour éviter un sens qui entraînerait les plus grands inconvénients. 7. Un cinquième argument, c'est que l'on ne peut démontrer par aucune preuve que la loi de Moïse qui concernait les jugements ait été abolie avant que Jérusalem ait été détruite, et avec elle la forme de cet État, et l'espérance de son rétablissement. Car dans la loi de Moïse il n'y a aucun terme prescrit à cette loi, et le Christ ou les apôtres ne parlent nulle part de son abolition, si ce n'est en tant que cela peut être compris dons la destruction de cet État, comme nous l'avons dit. Bien plus, et tout au contraire, Paul dit que le souverain Pontife était établi pour juger suivant la loi de Moïse (Act. xxiii, 3).

Le

Christ lui-même déclare dans le début de ses précep-

tes, qu'il n'est

pas venu pour abolir la

l'accomplir (Math, v,

17)

:

loi,

mais pour

paroles dont le sens n'est pas

obscur pour ce qui concerne les cérémonies de la loi; car les traits dont on marque une ébauche, se perfectionnent et s'accomplissent quand

la ligure que l'on veut Mais comment cela peut-il cire qui regardent les tribunaux de la justice, si

représenter est achevée. vrai des lois

établis les tribunaux, les lois, les supplices, et l»nl

de peines (Serm. ad pair.

(idel.).

ilc

(lifTcrenles

Grotius.

sortes

LIVRE

I,

CHAPITRE

137

II.

connue quelques-uns le pensent, les a abolies par sa venue? Si la Loi est demeurée obligatoire tant qu'a subsisté la nation des Hébreux, il s'ensuit que les Juifs même convertis au christianisme, n'ont pu se soustraire à la magistrature dans le cas où ils y étaient appelés, et qu'ils n'ont dû juger que suivant ce que Moïse

Jésus-Christ,

avait ordonné.

Pour moi, tout bien considéré,

8.

je

ne trouve pas

la

plus légère raison qui soit capable d'inspirer un senti-

ment

contraire

à

toute

personne

pieuse

entendant

ces paroles de Jésus-Christ. Je reconnais qu'avant

le

temps du Christ il y avait certaines choses permises, soit quant à l'impunité extérieure, soit même quant à la pureté du cœur, question sur laquelle nous n'avons en



ce

moment

ni le besoin, ni le loisir d'insister,

le Christ n'a



et

que

pas voulu permettre aux sectateurs de sa

comme, par exemple, de répudier sa femme pour n'importe quelle faute, de tirer vengeance en justice du tort qui vous a été causé. Mais entre les' préceptes de Jésus-Christ et ces sortes de permissions, il n'y a qu'une certaine diversité et non pas une opposition. Celui, en effet, qui consene auprès de lui son épouse, celui qui renonce au droit de tirer vengeance, n'agit point contre la Loi il fait môme ce qui est surtout dans les intentions de la Loi. Le cas est bien différent pour le juge à qui la Loi ne permet pas, mais ordonne de punir de mort l'homicide, sous peine de devenir responsable de son omission devant Dieu. Si le Christ interdisait à ce juge de punir de mort le meurtrier, il commanderait une chose complètement contraire à la Loi, il abolirait la doctrine

:

;

Loi. 9.

Un sixième argumentdécoule de l'exemple du

centu-

rion Cornélius qui reçut de Jésus-Christ l'Esprit-Saint, si-

gne

infaillible

du Christ par

de

la justification, et qui fut baptisé

l'apôtre Pierre. Or,

on ne

lit

au

nom

point qu'il

.

138

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

du

se soit retiré

service militaire,

ou que Pierre

en-

l'ait

gagé à y renoncer. On me répondra (ju'ayautété instruit par Pierre dans la religion chrétienne, il devait être

comme

considéré

ayant

de son devoir de quitter

observation aurait quelque portée,

hors de doute que

la

même

été averti, en la )>rofession

temi)s,

des armes. Celte

s'il

était certain

et

défense de taire la guerre fût con-

tenue dans les préceptes de Jésus-Christ. Mais conimy rien de précis n'a été formulé nulle part sur ce point,

il

du moins en dire quelque chose, particulièrement en cet endroit où la matière le reciuérait si fort, alin que l'âge futur n'ignorât pas les règles de son devoir. Ce fallait

même

n'est

pas l'habitude de Luc, lorscjuc

la

(jualité

des personnes exige quel([ue changement particulier

de

de

vie,

le

passer sous silence, ainsi ([u'on peut l'obser-

ver dans les Actes

Un

10.

(xix, 19) et ailleurs.

septième argument, semblable au précédent,

de l'exemple de Serge-Paul, dunl nous avons

se tire

parlé déjà. L'histoire de sa conversion ne contient aucun indice

ait

((u'il

renoncé à son emploi ou (ju'on

exhorté à s'en démettre. Or, ce (|ue l'on ne



ainsi que nous l'avons fait remaniuer solument de le dire, doit être considéré



l'ait

dit pas, ([uand il

inqjorte ab-

comme

n'ayant

point existé.

lui

(*)

;

et ([ui, le tribun

Le Concile

comme

(l'Afri(|ue

invu)|iier,

ne sonl pas

dil-il,

lui

que

les Juifs

la

les lidèles

dans sa

de ce passage.

« iN'ous

fineur des i'uclieux, des secours

aux Écritures,

puist|iie l'apotre

(|ui

Paul,

l'apprennent par les Actes des apôtres, a empêché par

armée une conspiration de

souvent aussi de cet exemple, dans sa

face, et

tri-

ayant donné des soldats

se seil de l'auloiilc

contre

insolites, ni contraires

l'assisUince de la force t

huitième argument ce

tendaient des embûches, voulut en informer le

pouvons

sei

comme un

citer

l'apôtre Paul qui, ayant compris

lit

bun (')

On peut

1

1

que

lettre cLiv à Publicola,



factieux. » Augustin se

lettre l, jiar il

dit

que

si

exemple,

à iJoni-

ces lioinmes pcr-

LIVRE

pour ne

le

s'y

I,

CHAPITRE

139

II.

protéger dans son trajet contre toute violence,

opposa pas.

ou

n'avertit pas inêiiie le tribun

Il

les

gardes que Dieu n'avait pas pour agréable qu'on repous-

par

sât la force

Et cependant

la force.

Paul,

c'était \h ce

qui ne négligeait jamais, lui-même, aucune occasion d'enseigner à autrui son devoir, et qui ne souffrait pas que

en négligeassent aucune (II Timoth., iv, 2). Le neuvième argument consiste dans cette considération, que le but propre de toute chose honnête et

les autres

12.

d'obligation ne peut être qu'honnête et obligatoire. Payer les la

impôts

est

conscience,

une chose honnête, un précepte qui oblige

comme

l'explique l'apôtre Paul

or, le

;

but des impôts est de donner aux autorités publiques les moyens de pourvoir à la dépense que nécessitent la protection des gens

(Rom.

XIII,

.3,

(jue « la paix

de bien

et la répression

des méchants

Tacite dit fort à propos, à ce sujet,

4, G).

des nations ne peut se maintenir sans

armes, ni les armes subsister sans solde, ni payer sans impôts.

payons

»

pour fournir

tributs

les

Augustin a

guerre, qui sont nécessaires. 13.

dit la

de

solde se

la

même

:

«

Nous

solde aux gens de

»

Un. dixième argument

est offert

par

passage

le

suivant des actes des apôtres (xxv, 11), où Paul s'ex-

prime en ces termes « Si j'ai fait du tort à quelqu'un, et commis quelque chose qui mérite la mort, je ne refuse pas de mourir (*). » J'en conclus que, suivant :

si j'ai

Paul,

même

depuis la publication de la

vers étaient tombés so\is

gardé

comme

(*)

sa lettre olxiv,

même

que « Paul Ht en sorte qu'on

les

lui

Il

duunàl

Grotius.

de gens armés. »

De même, dans

fait, dit-il

coups des soldats, Paul ne se serait pas re-

complice d'un crime commis par celle effusion de sang.

remarque dans une escorte

les

évangé-

loi

Actes des apôtres (xxviii, 18), « Je

n'ai

rien

Nous souhaitons, dit Justin [Avolog. ii), ne vivent pas conformément aux principes de l'Évangile,

qui mérite la mort, n «

que ceux qui

et (|ui ne sont chrétiens

que de nom, soient punis,

et

par vous-mêmes. »

Grotius.

140

l.E



y a certains crimes (juc la justice tolère ou exige qu'on punisse de mort. C'est ce que Pierre

lique,

il

même nous

DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

enseigne

aussi

n,

Épit., cli.

(I

de Dieu, que

telle avait été la volonté

19,

20).

Que

si

l'on dût s'abste-

nir de sentences capitales, Paul aurait pu, à la véiité, se

mais

justilier,

il



n'aurait pas

laisser

dans

l'esprit

des

hommes cette oj)inion, qu'il n'est pas moins permis actuellement

de punir de mort

qu'il l'était autrefois,

nels. Or,

du moment où

supplices, depuis la venue

mement infligés,

les crimi-

est

démontré que

du

Christ, peuvent être légiti-

il

les derniers

même

temps établi exemple (jui est entreprise contre des coupables réunis en grand nombre et armés, qu'on ne peut traduire en justice qu'après les avoir vaincus sur le champ de bataille. Que les forces des criminels et que leur résistance soient de nature à être prises en considération dans une délibération je

pense

«{u'il est

que certaine espèce de guerre

en

est licite, celle par

diminue en rien le fond (Ui droit. 14. Un onzième argument se trouve dans la prophétie de l'Apocalypse, où certaines guerres de personnes pieuses sont prédites en termes manifestement approbateurs prudente, cela

Jie

(xviii, 6), et ailleurs

'.

un douzième argument de ce (juc la loi du Christ n'a détruit dans celle de Moïse (|ue ce (pii séparait les gentils des Hébreux (Éphés. n, 14). Quant aux 15

On peut

tirer

choses qui sont naturellement honnêtes et recoimues telles par le consentement des nations bien disciplinées,

'

Ce onzième

clief

s-c

trouve cl

prcriiicru édition, et

il;\iis la

(l.ms celle

de IG32, que l'auteur témoi^'no ;ivoir revue avec soin. Je remaniue cela parce qu'il manque dans plusieurs éditions, ii|q»areunncnt par la Taute des imprimeurs, qui .sautèrent deux

mots Undecimum tion de lG'i-\ édition, l'a

il

la

et

dernière avant

avait été remis,

t'.el

cause de

il

la

ressenildance des

dans

l'édi-

l'auteur. Mais, avant

mon

article inancpiait déjà

mort de

la

comme

précédée immédiatement.

à

li}^nes,

Duodrciinum.

doit

1

être,

dans

celle

de 1712, qui

(Barbeyiiac.)

LIVRE

de

loin

CIIAriTUE

I,

les avoir abolies, elle les a

141

II.

comprises dans

le pré-

cepte général de la pratique de l'honnête et de la vertu IV, 8

(Phil.,

I

;

Corintli.,

13,

xi,

Or,

14).

les

peines

aux criminels et les armes qui repoussent l'injure, sont au nombre de ces choses naturellement louables on les rattache à deux vertus, la justice et la bienfaisance. Il convient ici de signaler en passant l'erreur de ceux (jui font venir le droit des Israélites de faire la guerre, de cela seul que Dieu leur avait donné la terre de Canaan. C'est bien là, en effet, une cause légitime, mais ce n'est pas la seule, car avant même cette époque il y inlligées

;

eut des personnes craignant Dieu, qui tirent la guerre sur inspirations de leur

les

mêmes, dans la

raison,

suite, la firent

David pour venger l'affront

et

Israélites

les

par d'autres motifs,

fait

eux-

comme

à ses ambassadeurs. D'ail-

que chacun possède en vertu du droit humain appartient pas moins que si Dieu le lui avait donné

leurs, ce

ne

lui

:

or, ce droit n'est pas aboli

YIII.

par l'Évangile.

— Voyons aussi maintenant sur quels arguments

s'appuie l'opinion contraire, afin qu'un appréciateur pieux puisse juger plus facilement laquelle des deux emporte la balance.

On

1.

{*)

allègue d'abord la prophétie d'Ésaïe

Clirysostôme explique cela de

monde,

à

la

«

il

sur

chiques

(ju'il

paix universelle qui régna sur

n'a pas élé prédit seulement

et inébranlable,

quillité

qui an-

le

faveur de l'élablissement de l'empire romain {Orat. Chrislum

esse Deiim).

ferme

la

(*),

la

terre; que les

que

celte religion sera

amènera une grande trangouvernements aristocratiques et monar-

mais encore

([u'elle

y avait dans chatpie État, seront détruits, et qu'il n'y aura

plus qu'un seul

royaume qni dominera sur tous

les

autres, et dont la

plus graiide partie jouira de la paix, contrairement à ce qui avait lieu

auparavant. Autrefois, en

armes

tume

et

marchaient à

la

effet,

les artisans et les

orateurs prenaient les

guerre. Depuis la venue du Christ celte cou-

a cessé, et les exercices guerriers n'ont été réservés'qu'à

taine calcgorie d'individus. »

dans Eusèbe (de Prscpar.,

On

trouve précisément

lib. I,

cap. x).

la

même

une cer-

explication

Grotius.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

142

nonce que

clans

ravcnir les peuples forgeront de leurs

épées des houes et de leurs lances des faux, qu'ils ne

tourneront plus le glaive l'un contre l'autre, et qu'ils

n'apprendront plus à prophétie peut être,

dans un sens conditionnel d'indiquer que

guerre

faire la

comme beaucoup ;

Mais

(n, .4).

pour objet

elle peut avoir

tel serait l'état

cette

d'autres, entendue

des choses

tous les peu-

si

du christianisme

ples embrassaient

la

vaient pénétrés

Dieu, dans ce cas, ne souffrirait point

(*).

loi

et s'en trou-

que rien de ce qui dépendrait de lui en vue de ce restât les il

en souffrance.

en

Il est,

résultat

effet, certain (juc si

tous

peuples étaient chrétiens et vivaient chrétiennement,

n'y aurait plus aucune guerre. C'est ce qu'exprime

Macrobe en ces termes « Si croient hommes, non pas par

hommes

tous les

:

qui se

forme du corps, mais par la raison, voulaient prêter tant soit peu l'oreille aux règles salutaires et pacifiques de cette raison, et non ])as se laisser emporter par leur orgueil et leur arrogance à croire plutôt leurs passions que ces conseils intérieurs, il y a longtemps que tout l'univers, employant le fer à des usages plus doux, vivrait dans la plus agréable tranquillité, et que sous la foi d'inviolables alliances, il s'unirait dans une concorde favorable. » Lactance dit aussi: Qu'arriverait-il

si

la

hommes

tous les

d'accord pour

étaient

vivre en paix? Gela pourrait certainement avoir lieu laissant

de côté leur fureur pernicieuse

et impie, ils

si,

con-

sentaient à être inoffensifs et justes. » Cette prophétie

(*)

Justin dit à propos des chrétiens

:

«

Nous ne combattons pas contre

des ennemis. » C'est précisément ce (luc Piiilon disait

{Orat.

Omn.

bon.

esse, liber.)

:

«

Ou ne trouve

iiarmi

des Esséniens

eux aucun ouvrier

qui forpe des dards, des javeluts, des épées, des casques ou des cuirasses,

ou des boucliers, aucun qui rabri(|ue ou des armes ou des maciiines. n

Cbrysostôme s'aimaient

dit

de

comme

même

ils

(I

ad Corinlh

doivent,

il

xiii, 3),

que

« si

les

iiommes

n'y aurait point de peines capitales. »

Grotius.

LIVRE

CHAPITRE

I,

peut également être entendue à l'état

même

143

II.

la lettre, et,

dans ce sens,

des choses nous apprend qu'elle n'est pas

encore accomplie, mais que son accomplissement, ainsi

que

celui de la conversion générale des Juifs, est encore

en expectative

Quelle que

'.

Ce que l'Évangile

'

soit, d'ailleurs, la

n'a pu réaliser, parce

que l'observation

celte loi sublime est trop au-dessus des faiblesses

en expectalive » dans

était a

(luelque

cependant par

mélange des

le

stricte

de

de l'humanité; ce qui

de Grotius, et ce qui

siècle

le

même

temps encore,

manière

dans nos âges de progrès,

sera

le

se réalisera

Le carac-

intérêts des peuples de l'univers.

tère de l'histoire contemporaine, c'est la place qu'y tiennent les intérêts

matériels et les ([ueslions économiques. Si les rivalités politiques y ont

encore une large part,

les

rivalités

commerciales

s'y dessinent

ces rivalités ne ressemblent plus à celles des siècles derniers,

dessus des divisions politiques c'est l'inlérct des

Le commerce

échanges,

v.n

intérêt

commun

besoin qu'on éprouve

le

en attendant que

relie les peuples,

assez grande pour les réunir en une seule et les

peuples se mêlent,

se visitent,

ils

souvent

([ui

la

les

uns des autres.

même

famille. Aujourd'hui ils

s'estimer. Celte estime mutuelle prélude sans doute, dans

ou moins éloigné,

M.

à

une mutuelle amitié.

«

y a au-

les efface,

force morale devienne

se connaissent,

ils

aussi, et

il

La France

commencent

à

un avenir plus

et l'Angleterre, dit

Ducoudray, offrent un éclatant exem|ile du rapprochement qui s'opère entre les peuples les plus divisés par la nature et par le carac(î.

Ces deux nations, dont

tère.

l'histoire

moderne,

et a

la

rivalité est

intérêt est de triompher de leurs préjugés,

leur diversité de

un des plus grands

mœurs.

Elles nouent

de leur antipathie de race, de

une alliance de raison

pathie viendra peut-être. » (Histoire contemporaine, 1864,

etsuiv.)

—Ce

qui est vrai

toutes les autres nations.

delà France

et de

les

La France a besoin de tous

chemins de

pitaux étrangers sont

t.

les

343

l'est

de

français

sont

fer espagnols, italiens, autrichiens; les ca-

intéressés

dans

le

les

grandes entreprises de

la

les autres.

régime économique d'un autre peuple. Cette solidarilé

universelle, celte union des intérêts à

sym-

p.

nations ne tardent pas à profiter des améliorations qui s'in-

troduisent dans

peu

la

les autres pays, et

France. Les banques des divers Etats se règlent les unes sur

Toutes

:

Il,

l'Angleterre,

tous les pays ont besoin d'elle. Aujourd'hui les capitaux

engagés dans

faits >de

coûté plusieurs siècles de guerre, sentent que leur

peu des nations

civilisées.

plus possible de conjurer toutes

Nous sommes donc

loin

condamnent

Aussi les

du temps où

la

la

guerre

et l'éloigne'nt

diplomatie s'efforccrt-elle le

complications qui peuvent surgir. la

guerre

était caprice

de prince et

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

144

de l'interpréter, tice

de

la

il

n'y a rien à inférer de là contre la jus-

hommes

guerre, tant qu'il y a des

mettent pas aux amants de

la

qui ne per-

paix d'en jouir, et

(|ui

leur

font violence. 2. Le chapitre v de Matthieu fournit encore plusieurs arguments pour l'appréciation desquels il est besoin de se rappeler ce (lue nous avons dit un peu auparavant. Si le Christ avait eu l'intention de supprimer les sentences capitales et le th'oit de guerre, il s'en serait expliqué en ternies tout à fait exprès et précis, vu l'im-

portance et la nouveauté de la chose. tant plus, qu'il n'y avait point

de Moïse, concernant

lois

l'aurait fait d'au-

11

ne crût que les de jugements et les affaires juif qui

les

ne dussent conserver leur vigueur à l'égard

politiques,

des Juifs aussi longtemps que subsisterait .leur nation.

Après

cette

première remarque, examinons par ordre

la

valeur de chaque passage;

L'opinion contraire se retranche donc, en second

3.

lieu, derrière les paroles suivantes:

qu'il a été dit: œil

pour œil

et

vous dis de ne point résister à celui (ait

méchant, selon l'hébreu,

grecque, à celui qui vous

mais

si

semblait

iilus

en

iiliis

elle devrait être celle la

réclament,

de gloire

à

la

la

la

vraie condition de

la

diplomatie

la

la

la

la

paix

question de Droit international, par M.

cliap. xxvi, p.

311 et suiv,;

— Voir

(')

Comme

t.

le dit

:

Ducoudray, i)réface

(lalvo; préface des

Cli.

Jugés par wn Américnin, par M. Torrès-Caicedo;

te Droit des Gens, par Vattel, édition Guillaumin,t. 338;

comme

commerce

le

Puauieu-Fodkré,

ii'une

p. 162, 163,

maintenant

([ui

vie européenne,

compromcllre.

confemp.

1761),

13);

ii,

maintient, et les souverains trouvent plus

qu'à

llist.

Principes de

mal

joue droite, présen-

de riiumanilé entière. L'industrie et

consolider

traite

Éxod.

fait injustice f),

normale de l'Europe. C'est

situation

la

vous

([ui

et suivant la traduction

quelqu'un vous frappe sur

devient de

Vous avez appris

«

dent pour dent. Et moi je

111,

p.

Luc dans

tort à son prochain. »

i,

le

discours d'Etienne

p. 2C2,

263;

t. Il,

F. P. F.

167, 170. :

« (kdui qui Tait

Grotius.

du

LIVRE tez-lui uussi l'autre. »

Cll.U'lTllL

1,

De

145

11.

là,. en effet,

quelques-uns con-

cluent qu'on ne doit repousser aucune injure, et qu'on ne aucune vengeance, soit publique, soit privée.

doit en tirer

Cependant

tel n'est

pas

ici

que

il

l'offense a atteints;

sens de ces paroles. Jésusaux magistrats, mais à ceux ne parle point de toute injure

le

Christ ne s'adresse pas

quelconque, mais de l'outrage qui serait de la nature d'un souiffet. Les derniers termes de sa proposition restreignent i.

la généralité

de ceux qui précèdent. dans le précepte suivant

C'est ainsi (|ue

:

« Si

quel-

«pi'un veut plaider contre vous

pour vous prendre votre encore emporter votre manteau (*), »

tunique, laissez-lui

n n'y a point une délensc absolue de recourir au juge ou à l'arbitre. Telle est l'interprétation de Paul, qui n'interdit pas tous les procès (1 Corinth. vi, 4), mais qui délend que les chrétiens plaident entre eux dans les tribu-

naux profanes

;

quels c'était une affaires

et cela à

l'exemple des Juifs, chez les-

maxime reçue que

regardant

« celui

les Israélites à la

qui porte les

connaissance des

étrangers, déshonore le nom de Dieu. » Mais la volonté de Jésus-Christ est, afin d'exercer notre patience, que nous ne plaidions pas en justice pour des objets facile-

ment recouvrables,

(•)

tels

qu'une tunique, ou, avec la

Cypricn [de Palienlid) explique cela ainsi

ce qu'on vous a pris. » «

Irénée

A

celui

qui

:

«

^c redemandez

tu-

point

vous enlève votre tunique,

dit

IV, cap. xxvit), donnez voire manteau; mais ne soyez pas attristés comme des gens qui se résignent à être dépouillés; réjouissonsnous comme si nous avions donné volontairement. Et si quelqu'un vous contraint a faire mille pas. lailes-en deux mille avcclui; ne le suivant pas comme un esclave, mais le précédant comme un homme libre. » Libanius, qui avait lu les Évangiles, loue dans une de ses harangues [Di custodid reorum), ceux qui ne plaidaient pas pour un manteau ou une tunique. Suivant Jérôme [Dialog. 1, contre Pelage). « L'Rvangiie nous enseigne que si une personne veut nous appeler en justice et~nous dé(lib.

pouiller de notre tunique par. des chicanes,

manteau. » »•

il

faut lui

laisser

aussi

GuoTius.

10



le

LE DKOIT

14G

LA (lUERUE ET DE LA TAFX.

1>E

un manteau

liique, si besoin est,

Apollonius de Tyane niait

([u'il

fondé que

et ([ue, si

;

nous en abandonnions

soit, notre droit,

la poursuite.

fût dij^ncd'un pliilosophe

de plaider pour une mince sonune. «Le prêteur ne désapprouve pas, dit Ulpien, le fait de cet individu
pour ne pas avoir à

être privé d'une chose,

défendre

la

trop souvent en justice. Cette manière de vou'd'un

ennemi des procès, qu'Ulpien présente les

n'est,

elfet,

comme

ici

honunes de bien,

en

homme

pas blâmable

'.

»

Ce

devant être approuvé par

le Christ le

commande,

faisant ainsi

matière de ses pré(;eptes des choses les plus honnêtes

la

et les plus

approuvées. Mais ce serait mal conclure (juc

de décider


un

serait interdit

tuteur, de défendre,

s'il

même

un père,

à

même

y avait nécessité, devant

à le

juge, le pain de ses enfants ou de ses pupilles. Autre

chose, en

chose

est dit

Il

que,

s'il

une tunique

et

un manteau, autre

patrimoine dont on

tire sa subsistance.

effet, est

est tout le

du chrétien, dans les Conslitulions de Clément, a un procès, « il doit faire en sorte de transiger,

quand bien même il en résulterait pour lui quel([ue dommage. » Ce que l'on dit donc ordinairement des choses morales, trouve également sa place '

lit.

fait

Le passage

mutandi causa

remarquer, avec raison,

fragment de

le

à ce sujet qu'il

factd,

ne

i.

IV, g

s'agit

le

1.

liv.

IV,

Barbeyrac

nullement dans ce

sacrilier quelque chose de son propre bien,

procès; et que suivant

savoir qu'elles ne

:

par Grotius, se trouve au Digeste,

d'Ulpieii, cilé

VII, de aliénât, judicii

ici

pour éviter un

cas est, au contraire, tout diiïcrent, puisque celui qui,

jurisconsulte, avait voulu éviter de plaider, était un possesseur

du bien d'autrui voyant

propriétaire disi)Osé à

le

le

revcndiiiuer entre ses

mains.

Ce

n'est

pas

la

-première fois que Barbeyrac a relevé une citation

inexacte de Grotius lateur,

mais

;

loin de

nous trouvons dans

les

nous armer de

la

sévérité de cet aimo-

quelques inexactitudes de notre auteur,

une preuve nouvelle de son étonnante érudition. Grotius ne possédait pas sous

la

main

permis de vérifier ses textes mcmftire

;

or, quelle

les

et ses indications;

mémoire

1

était exilé;

ouvrages nombreux qui il

citait

lui

il

auraient

généralement de P. P. F.

LIVRE consistent pas dans

CîlAPITllE

I,

un point

147

II.

indivisible,

mais qu'elles ont

à leur manière quelque étendue.

Dans

5.

le

précepte qui vient ensuite: «Si quelqu'un

veut vous contraindre de

deux,

» Ui

l'aire

un mille avec

lui, faites-en

Seigneur n'a pas parlé de cent milles, ce qui

détournerait trop une personne de ses affaires, mais seu-

lement d'un mille, ou de deux,

menade qui

de ces paroles

est

est nécessaire

s'il

comme

est considérée

donc que dans

les

choses

pro-

:

Le sens

insignifiante.

ne doi-

(jui

vent pas beaucoup nous incommoder, nous ne devons pas presser notre droit à la rigueur, mais en céder au delà

infime de ce qu'on nous

demande, pour que notre pa-

tience et notre bienveillance soient

monde

Donnez à

«

G.

conimcs de tout

le

(*).

celui qui vous

demande,

est-il dit

en-

suite, et

ne rejetez point celui qui veut emprunter de

vous.

»

(**)

Si vous étendez ce précepte à l'infini,

il

n'y a

rien de plus dur. « Celui qui n'a pas soin des personnes

de sa maison,

pire

est

qu'un

infidèle,

Paul

dit

»

donc cet excellent interprète (1 de la loi de son maître. Voulant exciter les Corinthiens à se montrer bienfaisants envers les habitants de Jéru« Je n'entends pas, leur dit-il, que les autres salein soient soulagés et que vous soyez surchargés, mais que, par un partage égal, votre abondance supplée à leur pauà Tiraotli. V, 8). Suivons

:

(•)

gager

«

Ces paroles,

à être

nullement disposés à (**)

dit Justin (Apologet. II), ont

envers tout

Ces paroles,

la

fait

le

monde

pour objet de nous en-

patients, portés

à

rendre service,

observer Justin (Apologet.

propos du devoir de faire part de ses biens

etc.; »

II),

et ailleurs

il

ne doit refuser

toi.

»

il

à

personne l'aumône.

«A

été dites à

:

la

pau-

Donnez

à

« Faisons participer

à

a été dit

notre bien ceux qui n'ont rien. » Cyprien {Testimon.,\\l).

ailleurs,

ont

ceux qui sont dans

à

vreté, et cela sans ostentation. Voilà pourquoi

quiconque vous demande,...

et

Grotius.

colère. »

quiconque

te

:

III,

«

Ijdil qu'on

demande,

faut donner, et ne repousse pas celui qui veut

dit-il

emprunter de

Grotius.

LE DROIT

148 vreté

me

aux

(*)« (II

GUERRE ET DE

LA.

1>E

Corintli. yiii, 13)

FAIX.

LA.

ce qui signifie

;

— en

servant des paroles deTite-Live sur un sujet assez sem-

blable

:

—Je veux

([ue

du superllu de vos

richesses, vous

veniez en aide aux nécessités des autres. Tel est aussi le

sens de ceWe phrase du Cyrus de Xénoplion

trouve de superllu dans

mon

Ce que je

«

:

bien, j'en soulage l'indi-

gence de mes amis. » C'est au point de vue de la même équité que nous devons nous placer, pour interpréter le précepte que nous venons de

Comme

citer.

hébraïque accordait la liberté du divorce pour mettre obstacle aux mauvais traitements des maris envers leurs remmcs, de même pour empêcher les vengeances privées auxquelles la nation Israélite était 7.

la loi

extrêmement portée,

doimé

cette loi avait

le droit à la

personne lésée, d'exiger de celui qui lui avait imi la peine du talion, non pas en l'exerçant de sa projjre main,

mais en parla

la

loi

demandant au

des Xll Tables

qu'on applique

juge. Cet « S'il

:

exemple a été suivi un membre,

a ronqju

Mais Jésus-Christ

le talion. »

(|ui

ensei-

gnait le devoir d'une patience i)lus parlïiite, loin d'aj)la victime d'une olfensc actuellement commise en demande vengeance, ne veut pas même c[ue l'on prévienne certaines injures soit par la force, soit par la

prouver que

voie de justice. Quelles injures, cependant? Celles que l'on peut tolérer

(**)

;

non pas

qu'il

ne

soit aussi

louable de

supporter de plus graves outrages, mais parce ([ue JésusChrist se contente d'un moindre degré de patience. Aussi M

(*)

Je 'donnerai à

mais pourvu que sur

je

celui

qui a besoin, dit Sénè(iue {De I}enef.,\\),

ne sois pas moi-même dans

passage de H4)itre aux Corinlbiens,

le

« Dieu

demande

cliacun selon

à

les

le

cité

besoin. » Ciirysoslômc,

dans

moyens qu'on

qu'on n'a pas. » Pour bien comprendre celle pensée, paroles suivantes

pouvaient (il

(il

:

il

lexle, dit

s'agit des Tbessaloniciens), i"

mais

il

faut ajouter les

Voir f.hrysostôme, dans l'endroit déjà

de ce qu'ils

ne force pas

en faire autant. » in(li(jué.

que

non suivant ce

« L'apôtre les loue d'avoir fait au delà

s'agit des habitants d'Achaie) (**)

le

a, cl

les

autres

linoTius.

Groiius.

LIVRE

1,

ANTRE

Cil

149

II.

rexemplc d'un soultlct, injure qui ne compromet pas la vie, qui ne mutile pas le corps, mais qui n'est que le signe d'un mépris dont l'effet ne diminue rien de a-t-il pris

notre mérite. Sénèque, écrivant sur le sang-froid du

Sage, distingue l'injure de l'affront.

«

La première,

dit-

naturellement plus grave; l'autre est plus légère et n'est sensible qu'aux seules personnes délicates, qui ne il,

est

s'en trouvent jias lésées, mais s'en offensent.

de faiblesse

et

de vanité dans

les esprits

des

Il

y a tant

hommes, que

pour certains individus rien ne paraît plus insupportable. C'est ainsi que vous rencontrez des esclaves qui aiment mieux être frappés de verges que souffletés. » Le même philosophe écrit autre part restreinte;

on

Les

l'iont

ne

lois

autre

si

dit,

elle est elle

une injure

jugé digne d'aucune vengeance.

Pacuvius, quekiu'un dit injure,

a L'affront est

:

s'en plaint plutôt qu'on n'en tire raison.

:

«

»

Dans

Je sujjporte facilement une

elle n'est pas accompagnée d'aflVont. » Un dans Gécilius « Je puis endurer la misère, si :

exempte d'injure;

est sans

déshonneur.

n'est pas aussi pénible

je supporte

même

l'injure

Suivant Démosthènes,

»

pour

les

hommes

«

si il

libres d'être

frappés, (pioique ce soit cruel, que de l'être par mépris. » Le même Sénèque, dont j'ai parlé, ajoute un peu plus bas que la douleur causée par un affront, est une affection produite par la faiblesse du cœur qui se resserre, se sentant touché d'une action, ou d'une parole outra-

geante.

donc en vue d'une circonstance semblable qu& ordonne la patience et pour qu'on n'objecte pas cette banalité, que supporter une ancienne injure, c'est inviter à vous en laire une nouvelle, il ajoute (ju'il vaut mieux souffrir un second outrage (jue de repousser le premier (*), parce qu'il ne nous en revient d'autre mal (S.

C'est

le Christ

(*) H C'est

;

une

licllc

victoire, dit Clirysostômc (vu,

ad Roman.}, de

tlonn r à l'oiTenseur plus qu'il ne veut, et de surpasser par la grandeur

LE DROIT DE LA flUERRE ET DE LA TAIX.

150

que nous nous mettons follement dans l'imaTendre la joue^ dans le langage des Hébreux, c'est supporter patiemment, comme on le voit dans Ésaïe (xxx, 6) et dansJérémie (III, 3); v présenter le visage aux

que

celui

gination

(*).

affronts, » a dit Tacite,

Un

9.

au livre

m de ses Histoires

troisième argument se tire du passage

(**).

(jui suit

« Vous avez entendu qu'il a été dit dans Matthieu prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi Tu aimeras ton vos ennemis, bénissez ceux qui vous Aimez vous dis je :

:

:

maudissent, priez pour ceux qui vous sont hostiles et

(jui

vous persécutent. » Il y a, en ofTot, des personnes (jui pensent([ucles condamnations capitales, ctqueles guerres, sont inconciliables avec cette charité, celte Ijienveillance

envers ses ennemis et ceux qui vous haïssent. Mais cette objection est facilement réfutée,

termes

mêmes de

si

nous considérons

hébraïque.

la loi

Il

était

les

commandé

aux Hébreux d'aimer leur prochain, c'est-k-dire l'Israécar c'est ainsi que le verset 17 du chapitre xix du

lite; (***)

Lévitique, conféré avec le verset 18, nous apprend qu'il faut entendre était

les

ici le

mot de procliain. Et cependant

il

n'en

pas moins ordonné aux magistrats de punir de mort

homicides

et les autres

tribus n'en ont pas

moins

grands criminels; les onze

fait

une juste guerre à

la tribu

de Benjamin pour venger un crime atroce (Jud. xxi) David, qui combattait les combats de Dieu, n'en réclama ;

de sa propre patience, l'étendue

homme.

des

mauvais désirs d'un

non pas selon

i)

dit

qu'un alTronl

«

porte coup ou tombe,

l'intention de celui (jui en est l'auteur,

mais selon

«

Tendre

le

visage »

;

cette

expression est prise dans

(***)

Les prosélytes étaient mis au

sen-

le

même

Grotius.

sens dans Térence {Adclph.).

lois

les

Gbotius.

timents de ceux qui en souffrent. » (**)

tel

Grotius.

Clirysostome {De slat.

(*)

même

»

même

rang que

les

Hébreux;

et les

qui défendaient de nuire à autrui, s'étendaient aussi à ces habitants

incirconcis, dont

connaissent

les

il

a

été parlé ci-dessus, chap.

Talmudistes.

i,

^

16. C'est ce «[ue re-

(iROTiis.

LIVRE

CHAPITRE

I,

151

II.

pas moins, et justement, les armes à la main, le royaume

que 1

promis Isboseth. Qu'on étende maintenant la

lui avait

0.

signification de proc/iain

— car ont tous été admis à une grâce commune, n'y a plus de peuples voués par Dieu H destruction, — sera permis de contre hommes

à tous les

ils

et

il

la

faire

il

tous ce qui alors

l'a

été contre les Israélites, qu'on devait

aimer dans ce temps-là

comme on doit aujourd'hui

aimer que la loi évangéliquc ait ordonné un plus haut degré d'amour, je l'accorde encore, pourvu qu'il soit aussi reconnu que tous les individus ne doivent pas être également aimés, mais qu'on doit avoir plus d'alFection pour son père que pour un étranger {*). Ainsi l'utilité de l'innocent doit passer avant celle du coupable, l'intérêt commun doit être pré-

hommes. Que

tous les

vous voulez

si

même

léré à l'intérêt privé, d'après la règle d'une charité bien

ordonnée. C'est de cet amour pour les innocents que sont nées les peines capitales et les guerres pieuses. On peut voir à ce sujet la sentence morale qui se trouve dans le livre

des Proverbes (xxiv,

le Christ

d'aimer

et

1

1).

Le devoir que nous impose

de secourir chaque

homme en

parti-

donc être entendu avec cette réserve, qu'il n'y ait point d'amour plus grand et plus juste qui s'y oppose. On connaît cet ancien axiome: « Il est aussi cruel de pardonner à tous, que de ne pardonner à personne (**). »

culier, doit

(')

ilarcion,

Tertullicn dit {Advers.

bonté est i)our

les

m'est commandé,

ennemis

et

étrangers

;

iv)

hommes

les

second degré de

un parent

est-il

humains

(I

« Il

d'aimer mes

juste que je les

famille, et qu'il n'y ait

Grotius.

?

ad. Corinlh.,

1)

III,

ii).

Chrysostôme

13, et Seq.), dit

que

indigent non dans un esprit de cruauté, mats par un

principe de bonté.» m passion qui punit,

rival et

ma

de Séncque (De Clément., cap.

i)aroles sont

traitant des châtiments « les

le

pour ses proches.»

de prier pour mes persécuteurs. Mais

aucune difTcrenco entre un Ces

que

Jérôme (Advers. Pelag., dialog.

dit

aime comme des proches ou des membres de (*')

«

(juc le |iremier est

il

Comme

y

a

il

aussi

y a quelquefois, dit Augustin, une

com-

une cruauté qui pardonne. » Les empe-

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

152 1 1



Ajoutez à cela que nous devons aimer nos ennemis,

.

l'exemple de Dieu qui

môme

chants. Mais ce

lever son soleil pour les

t'ait

mé-

Dieu en punit quekjues-uns dès

un jour les peines les plus sédu même coup les raisons vères. Cet argument prc^scrite aux chrétiens. Car la douceur qu'on tire ici de

cette vie, et leur intligera

détruit

est appelé clément, miséricordieux, patient (,Ion. iv,

Dieu

2; Exod. xxxiv. G), et cependant les saintes Écritures décrivent en maint endroit sa colère contre ceux qui

de

l'ofTensent, c'êst-à-dire sa volonté

XIV, 18

;

Rom.

(Rom.

cette colère

quable douceur;

même

8).

ii,

Le magistrat Moïse

xiii, 4).

et

il

punir

les

(*)

(Nomb.

a été établi ministre de

pour sa remar-

est cité

n'a pas laissé de punir des criminels,

de peines capitajes. On nous ordonne de toutes

parts d'imiter la douceur et la patience de Jésus-Christ et c'est pourtant le Christ qui a

supplices les qui, au jou}'

.luifs

menacé des plus graves

rebelles (Matth. xxii,

du jugement, condamnera

(")

7)

ce qu'ils auront mérité. Les apôtres ont imité

de leur maître,

et

cependant

ils

ont

;

c'est lui

les impies suivant

t'ait

la

douceur

usage de l'auto-

que Dieu leur avait donnée, pour la punition des méchants (1 Gorinth. iv, 21 v, 5 I à Timotli. i, 20) ("*).

rité

;

;

reurs Valentinien, Tliéodose et Arcadius s'exprimenl ainsi dans tiiéodosien, sur les défenseurs des cilés

au Code

:

«

Il

la

loi 3,

faut écarler toute

lirotection (lui, en lavoiisanl les coupables cl en secourant les criminels,

permettrait aux forfaits de se développer. Toliia dit dans Procope (//ïsfotre

des GoOis,

crime

et

dit liv. (*)

II)

:

Je mets sur

«

II.

xxi,

clia|i.

j*

Ajoutez

les

même le

rang ceux qui commettent un

crime ne

soit puni. »

H-

Voir sur ce point Cyrille,

(**)

le

ceux qui empêchent que

liv.

rusalem, s'écrie

:

([ui

est

Ghotuis.

V, contre Julien.

passages de Matthieu (xxi,

4')),

de Luc(xix,

Chrysoslôme [ad lloman., XIV), après avoir ntconlé

l'a

Voir ce

Ghotius.

les

« C'est le Christ qui a fail tout cela.

l'^,

14, 27).

malheurs de Jé-

Écoutez

comme

il

prédit lui-même, soit par paraboles, soit ouvcilcmcnt et sans ménage-

ment.

»

Il

exprime une pensée semblable dans

(***) « p-erai-je

le

second discours contre

Grotius.

les Juifs.

mourir, mutilerai-je?

dit

Chrysoslôme {\,Corinth.

iv, 21)

;

LIVRE

GHAriTRE

I,

153

II.

12. Le quatrième passage qu'on objecte est de l'Épître aux RoHiains (xn, 17). « Ne rendez à persoinic le mal pour le mal ayez soin de faire le bien devant tous les hommes si cela se peut, autant qu'il est en vous, vivez en paix avec toutes sortes de personnes ne vous vengez pas vousmêmes (*), mes bien-aimés, mais donnez U7i sursis à votre colère, car il est écrit C'est à moi que la vengeance est réservée; c'est moi qui la ferai, dit le Seigneur. Si donc votre cimemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire car, agissant de la sorte, vous amas;

;

;

:

;

il

un

y a, en cITcl,

Voyez aussi ce

montagne

cs|irit

([uc dit

(liv.

comme

il

y a un esprit de douceur, n

propos des paroles du Seigneur sur

à

d'autres

et

1),

de sévérité,

Augustin

que

écrivains

Gratianus

cite

Quesl. vin).

GnoTius.

La vulgale porte

(*)

la

(xxiii,

souvent prise par

les

le

ici

mot defcndcntes. Mais

cette expression est

auteurs chrétiens, pour exprimer l'idée de ven-

geance. Tertuilien (De J'atienl.) dit: «

Jàm

nies; si ubcrius, onerabcris. Quid mihi

si lecius dcfendaris, insa-

cwn uUionc,

regerc ncn possiim pcr impalientiam doloris

»

?

Il

cujus inodtim

dit ailleurs {yldv.

Marcion, 11): v Non enim injuriœ mutui exercendas liccntinm sapil, scd in lohtm cohibendêc violenliœ prospicil, ut quià durissimo et infi-

Deum populo lonyum

in

deli

eliam incredibile vidcrelur à Deo

tel

expeclare defensam, edicendatn posteà perprophetam, mihi defensam, cfjo

et

defcndam,

vocationis

prima

;

Dominus

dicit

vicis repastinaretur

:

et licentia

dum secundà permissd secunda committitur, quas et

ut sic improbitas astuta cessaret,

lerrelur

;

et

prima

deterritd, nec

eumdem saporem

alias facilior limor talionis per

amarius quam idipsum qtiitales

intérim commissio injuriœ mclu

:

retributiotiis , prohibitio esset pro-

prnrocaverunt

pati,

quod

»

Le passage de

Paul

pas mal expliqué par Augustin dans l'épitreoLiv

à la

Ne

;

résistons pas au

méchant,

vengeance, qui se repait de

sera dit plus loin,

(a)

Tonl

l'iiUérôt

liv. II, cliap.

du

diluvium ini-

De monnyamid), scmel defensic non tamen septungics scplies, quod duo mn(dit Tertuilien,

qnelescumquc fncrunt, trimonia meruerunt (a). dit

passionis. Nihil

fcceris aliis. » Alia;

la

afin

la note portant

g

«

dont

il

C'est de

s'agit, n'est là qu'il a

que nous ne prenions pas

vue des

xx,

:

maux

d'autrui

5 et g 10.

sur les mots

»

été

plaisir

Voyez ce

(jui

Gnorius. :

dcfendere~, dt^fcnsa,

paru nécessaire de conserver et rcproduirp ces citations dans

le texte latin.

P. P.

F.

il

a

LE DROIT DE LA

J54

serez des charbons de

GUERHE ET DE LA PAIX. feu sur sa tête.

Ne vous

pas vaincre par le mal, mais travaillez à vaincre par

le

bien. »

On

a

laissez le

mal

même réponse à l'aire ([u'au i)asdans le même temps où il avait été dit

ici la

sage précédent. Cai*

moi

moi qui époque on prononçait des sentences capitales, et des lois étaient écrites pour réglementer les guerres. Il est, à la vérité, ordonné de se monceux, bien entendu, trer bienfaisant pour ses ennemis, (Exod. xxiii, 4,5). Mais ce qui sont de la même nation devoir, comme nous l'avons dit, ne mettait pas obstacle aux peines capitales, ni aux guerres justes, même contre les Israélites. C'est poun|uoi il ne faut pas non plus presser maintenant à la rigueur les mêmes paroles, ou des préceptes semblables, quoique plus étendus. on le doit d'autant moins que les divisions des cliai)itres n'ont point été faites par les apùtres, ou de leur temps, mais qu'elles l'ont été beaucoup plus tard, pour diviser la par Dieu

:

à

« C'est

ferai justice, » à la

à tirer vengeance, c'est

même





;

lecture, et rendre plus facile la citation des passages

'.

pour cette raison que le texte qui connncnce à pré« Que toute personne soit soumise sent le chapitre xin C'est

:

aux puissances

supérieures^ » et les

paragrajdies

qui

suivent, se trouvent liés avec les préceptes ((ui défendent

de poursuivre la vengeance. 13. Or, Paul dit dans cet endroit que les autorités publiques sont les ministres de Dieu, chargés de faire sentir sa colère aux méchants, c'est-à-dire de les punir. distingue par cela

Il

même, de

la

manière

la

plus évi-

dente, entre la vengeance en vue de l'intérêt puidic, qui

'

On

attribue la distinction

moderne des chapitres

à

Hugues de Saint-

Clier, cardinal, qui vivait dans le xiii' siècle, ou à d'autres, ([ui ne sont

guère plus anciens. ancienne,

faite

les cliaiiitres xii,

Il

sur

xiu

y avait avant cela une distinction beaucoup plus

la lin

et

du iv

siècle.

Selon cette première division,

xiv de nos éditions, n'en font ([u'un. (Bmiueyiial.)

LIVRE est exercée

CHAPITRE

1,

155

II.

en remplissant roflice de

la divinité, et

doit être rapportée à celle

qui

que Dieu s'est réservée et la vcii{,'Gance qui n'a d'autre but que de satisfaire le ressenliinent de l'offensé, et que l'apôtre avait interdite un peu auparavant. Car,, si vous comprenez dans cette défense même la vengeance exercée en vue du bien public, qu'y avait-il de plus absurde, après avoir dit qu'il faut s'abstenir des peines capitales,

;

que d'ajouter ensuite que les pour

autorités publiques ont été constituées par Dieu"

punir en son

Un

li.

nom?

cin([uième passage, dont quekiues-uns

l'ont

usage, se trouve dans la seconde Épîtrc aux Corinthiens (x, 3) « Encore ([uc nous virions dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair. Les armes de notre milice :

ne sont point charnelles

mais puissantes en Dieu pour

(*),

renverser des remparts, » et le reste. Mais ce passage ne fait rien à notre sujet. Ce qui précède et ce qui suit cifet, que par le mot de chair Paul entend l'extérieur débile de sa personne, telle qu'elle parais-

montrent, en sait

aux yeux du monde, et qui lui attirait du mépris. A de nature, Paul oppose ses armes, c'est-à-

cette disgrâce

dire le i)ouvoir qui lui avait été

donné comme apôtre

pour châtier les récalcitrants, et dont il a fait emploi contre Élymas, l'incestueux corinthien, Hymenée et Alexandre. Cette puissance, il nie donc ({u'elle soit charnelle, c'est-à-dire infirme

;

il

déclare au contraire qu'elle

on ne peut plus énergique. Mais quel rapport cela a-t-il avec le droit d'inlliger la peine de mort, ou celui de faire la guerre? C'est, au contraire, parce que l'Église était alors privée du secours des puissances temporelles, que Dieu avait suscité pour sa défense ce pouvoir de faire est

des miracles, qui (")

commença

à cesser dès

Chryso&lômedilsur ce jiassage, que

cliarnelles

:

«les ricliesses,

la gloire, la

les brigues, les flatlerics, les

l'aiiolrc

que

l'Église eut

entend par

les aniiCs

puissance, rélo(|iience, l'adresse,

UompcriLs. »

Grotius.

LE IIROIT PE LA GUERRE ET DE LA IWIX.

i56

des empereurs chrétiens, de tinua de

tomber lorsque

dans des terres

iiièine

que

la

manne

peuple des Hébreux

discon-

l'ut

arrivé

fertiles,

Le passage de

15.

le

l'Épitre

l'on allègue en sixième lieu

armes de Dieu,

:

aux Éphésiens «

(vi, 12)

que

Revètcz-vous de toutes les

])0ur pouvoir résister

aux

artilices

du

— (sous-eutcndez sang seulement, selon l'usage des Hébreux) — contre diable; car vous n'avez pas à combattre

le

la chair,

mais contre

les puissances..., » et ce

et

qui suit;

ce passage traite des combats que les chrétiens ont à soutenir

comme chrétiens, et non pas de ceux qui peuvent communs avec les autres hommcîs en de cer-

leur être

taines rencontres.

Le passage

16.

septième nent

les

lieu,

de Jacques, (pie l'on ne contient rien de général

:

guerres et les condjats entre vous

en U'où vien-

invocpic «

? N'est-ce

pas

de vos passions qui combattent dans votre chair? Vous êtes pleins de désirs et vous n'avez pas ce ([ue vous dévous ne pouvez pas vous combattez et vous vous faites la guerre les uns contre les autres, et vous n'avez pas ce que vous tâchez d'avoir, parce ([ue vous ne le de-

sirez;

vous êtes envieux

et jaloux, et

obtenir ce que vous voulez

;

mandez point. Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, ne demandant que pour avoir de quoi satisfaire à vos plaisirs. » Ce texte nous ap-

prend seulement que

Hébreux dispersés les autres, et

de

l'histoire,

les

guerres et les combats dont les

se déchiraient

misérablement

les

uns

dont on peut voir dans Josèphe une i)arlie ont eu pour origine des causes déshon-

nctes; ce qui, nous le savons et nous le déplorons, arrive

encore de nos jours. Le vers suivant de Tibulle ne s'éloigne pas de la pensée de Jac([ues funeste de l'or;

il

:

«

Telle est rinlluence

n'y eut point de guerres tantiju'une

coupe de hêtre était préférée aux festins. » Strabon remarque dans plusieurs endroits (pie les nations dont le

LIVRE

genre de vie est innocentes

1,

CHAPITRE

157

II.

mœurs

plus simple, ont les

le

les plus

Voici un passage analogue de Lucain:

(*).

luxo prodigue, qui ne se contente jamais de modestes

«

apprêts

Ambitieuse avidité de mets demandés à

1

mer

la terre

sompApprenez combien il faut peu de chose pour vivre, et combien peu la nature demande. Ce n'est point un vin exquis, coulé sous un consul dont le temps a fait oublier le nom, qui remet sur pied les malades; ils ne boivent ni dans l'or, ni dans la murrhe mais, avec de l'eau limpide, la vie leur revient. Le llcuve et Gérés sufet à la

tueuses

Gloriole qui s'attache aux tables

1

1

;

(*)

l'hilon fait

d'une grande

même remarque (De vilâ contemplalrice)

lu

ce vers d'Homère

«

:

Gens qui vivent de

dit des Scythes

proiiité. » Justin

comme

l'or et l'a rj,'ent

les

où on

les

bien d'autrui; car

le

la justice (a),

passion

la

Scythes, un passage semblable, et qui mérite d'élre

Alexandre

:

« Qu'est-il besoin,

à ces

:

(lib.

les

:

qui ne

lu.

Alexandre, de guerres



H), au sujet des

Taxile pirleainsi à et

de combats entre

nous, puisque tu n'es point venu pour nous enlever l'eau et indispensable

Ces mœurs

«

hommes

des richesses se trouve

On trouve dans Grégoras

emploie, »

ajoute

il

en citant

pauvres, mais

ne convoitent pas

« Ils

:

autres mortels. » Puis

sévères leur ont inspiré l'amour de désirent pas

et qui sont

lait,

nourriture

la

seules choses pour les(|uelles doivent combattre des

hommes doués de

raison? » Le mot de Diogène vient à propos ici « Ce parmi ceux qui vivent de bouillie que se recrutent les voleurs et fauteurs de guerres. » Porphyre {II. De non edendis animalibiis) dit ;

n'est pas les

•pie « tout ce qui est

alTermir

la piété, et

d'un apprêt facile

à la

rendre

coûte peu de frais, contribue à

et

commune parmi

hommes.

les

»

Grotius. (a)

do

Hœc

la note.

conlinenlia morutn quoque «

illis

justitiam indidil, ...

L'édition de Graovius, fait observer

Barbeyrac,

dit le texte

suivie aujourd'hui,

porte cdidil; mais iieiit-ètre que les exemples qu'il allègue ne sont pas tout à fait justes, à

cause de

la

consiruction; de sorte que la manière dont notre au-

teur cite eu passa^;e, semble la meilleure. cotte note, Iîarukryac fait observer aussi

dinaire, prend le le

mot aStO)V qui

» Quant au vers d'Homère qui ouvre que Gr.oTius, suivant l'explication or-

s'y trouve,

pour une

unni propro d'un partie des anciens Scythes.

Strabon, Gcogr.,

liv.

comme

épitliète,

On

VII; Arien, de Exptdil. Alex.,

Currc, hb. VII, rap. vn Abiens,

«

num.

2;

pour se convaincre

d'une nation particulière.,.

»

landisque c'est

n'a, dit-il, qu'à

lib.

IV, cap.

i;

tpio le jioctc parle

Pt P.

voir

Quinte-

des

158

LE imoiT

guerre

dans

On peut

»

1

les Contradictions

cipe vicieux. Quel mal

L'une

(*)

la taix.

i>e

Pourquoi

1

dit Plutar([ue

H

n'y a point de

ne vienne de

(iuel(|ue prin-

des Stoïciens

y aurait-il

(jui

«

:

allumée par

est

font-ils la

que

ajouter à cela ce

guerre entre les lioninies

(')

et

fjUEiîUE

i.a

bi-:

aux peuples. Malheureux

fiseiit

le désir ellréné

par bcaucou|) d'aulrcs exccllenls

à confirmer,

passages empruntes aux auteurs anciens, et par des citations non moins vraie, mais

hommes méditent peu

expressives, cette pensée

si

Dans Diogène Laërte,

philosophe Aihénéc s'écrie

vous prenez bien de tiahlc

la

le

dans

les

les

:

peine pour de mauvaises choses!

vous précipite au

pirius,

que

malheureux

«

Une

que des armées sont rangées en

père, s'ex|)rime ainsi

le

« Voici

;

où souvent des concitoyens et

bataille,

des parents vont se battre ensemble. Les collines sont de toutes

qui les dépouillent.

I

avidité insa-

des luttes et des guerres. » Fahianus Pa-

milicii

controverses de Sénèiiue

couvertes de cavaliers; tout

?

jiarts

pays est jonché de cadavres ou de gens

le

On demandera quelle est la cause qui porte l'homme à l'homme? Les bétes sauvages même ne se

cette fureur criminelle contre

font pas la guerre entre elles; et

quand

pas à l'homme, cet animal paisible

Pourquoi vous

laisser

même

êtes de la

emporter par une

souche

et

un

si

que vous avez

le

que

même sang? l'ar

funeste fléau s'est-il introduit parmi

pour surcharger le parricide

les festins

et

servant son innocence,

la

le

Quelle furie vous

hasard, (juclle fala-

(|uel

devenu en vogue?

de beau, qui fasse

admirer une table somptueuse

et

divinité!

la

genre humain? Est-ce

de couoes, et pour faire briller d'or

est tellement

quelque chose de grand

ne conviendrait

grande colère, puisque vous

si

pousse à verser inutuellement voire sang? lité,

serait, cela

cela

se rapproche tant de

(jui

([u'on

Il

dômes,

les

doit y avoir certes

aime mieux

à ce prix

de riches lambris, que de voir, en con-

lumière du

Faut-il souhaiter de rendre

soleil.

esclave l'univers, pour être en état de ne rien refuser à son ventre et à ses passions?

pas

même

A

([uoi

bon rechercher ces richesses pernicieuses,

L'amour de

|)our les laisser à ses enfants! » «

Ion {De Decalorjo)

ou des femmes, ou de

chose qui jjroduise du

jdaisir,

n'a-t-il

été

la la

gloire, ou

change en une haine irréconciliable uns pour

les

de toute autre

cause que de

d'importance et vulgaires? N'est ce pas ce qui divise

les

ce n'est

si

l'argent, dit Phi-

maux

de peu

parents, et ce qui

l'alfcction naturelle qu'ils avaient les

autres? N'est-ce pas ce qui

fait

que des pays vastes

et peuplés

sont dévastés par des dissensions intestines? N'est-ce pas ce qui remplit terre et tailles

la

mer de catastrophes sans

ce?se renouvelées, au

la

moyen de ba-

terrestres et navales ? car les guerres des Grecs et des barbares,

soit entre eux, soit

été cliantées

de ces peuples contre eux-mêmes, ces guerres qui ont

p::r les

tragiques, sont toutes venues d'une

seule

source

:

LIVRE (les plaisirs, l'autre

1,

159

11.

par l'avarice, l'autre par la trop grande

passion des honneurs ou ai)rès avoir loué les

Uieu (pie

CllAriTRE

du commandement.

mœurs

» Justin,

des Scythes, s'écrie « Plût à autres mortels imitassent leur modération

les

et leur respect

pour

:

bien d'autrui

le

1

On ne

verrait pas,

sans doute, dans tous les siècles et sur tout l'univers, se de Ici

passion des richesses, de

la

la

gloire ou des plaisirs.»

usage de celle terre domptée, ditl'Iine(/ytst. nat.,

que tous

les résultats

meurtres

et

«Nous

lib. II,

faisons un

cap. lxiii),

de cette opulence nous conduLsenl aux crimes, aux aux combats; nous l'arrosons de notre sang, et nous la couvrons de nos ossements sans sépulture » (a). Diogcne, au rapport de Jé-

rôme (Adversûs Joviniunum,

lib. Il) disait ([ue « les tyrans et que les destructeurs de villes (6), que les guerres publiques et civiles n'étaient point suscités par le besoin de trouver de (juoi vivre simplement avec des

légumes

et des fruits,

sostônie (/

ad

mais par l'appût des viandes

Corinlli.,

xiii, 3)

remanpie que

et des festins. » Cliry-

«

si

les

hommes

s'ai-

maient mutuellement, personne ne ferait d'injure à autrui, on rejetterait au loin les meurtres, les combats, les guerres, les séditions, les vols accompagnés (le violence, les fraudes et tous les fléaux. » Le même au cur [Ad

patrem

parlant des riches, s'écrie

fidelis),

viennent

les séditions, les

:

« N'est-ce. pas

guerres, les batailles,

le

d'eux que

sac des villes,

le rapt, l'esclavage, la captivité, les meurtres et les innombrables fléaux de la vie ? » « Si cela était connu (c), dit Claudien, nous jouirions d'un

genre de

vie simple, le clairon ne retentirait pas, le javelot aigu

ne fendrait pas

l'air, le vent ne frapperait jias la poupe des vaisseaux, et les machines ne battraient pas les murailles, n « Les esprits des hommes, dit Agathias

{Ilislor.

nombreuses

eux-mêmes aux passions excessives et à l'injustice, monde de guerres et de désordres, » Je terminerai ces

portés

I),

remplissent

le

et excellentes citations par

un mot de Polybe: «

qui se contente de ce qui est nécessaire à

autre maître pour marcher à

«

la

la

sagesse. »

vie,

«

Un

esprit

n'a pas besoin d'un

Grotius.

(a) Ce passage de Pline n'est pas rapporté tout à fait exaciement par Grotius. Placatîore lamen Dea... clc dit l'auteur latin ; « Placaliore lamen eâ

terra.

Grotius. Le passage de Pline se trouve au livre II, chap. rapporté au livre II, chap. m. p, p, F. L'édition de Gronovius portt; subversores celle de Barbeyrac : subver.

(6)

etc.,

.

LXiii, et

dit

»

Grotius

l'avait

:

stones.

précèdent dans

monde

;

P.P.

connu ;.. poëme « On

(c) « Si cela était

le

le

moyen

.

:

vit

d'6trc heureux;

F.

ces mots se rapportent aux deux vers qui

»

il

mieux de peu; la nature a donné à tout ne s'agit que de savoir en faire usaRC.. .

P.

P. F.

.

le »

LE DROIT DE LA UUlilUlE ET DE LA TALK.

IGU

succéder tant de guerres plus

d'hommes que ne

destins. » traité

On

;

armes enlever

ni le fer et les

condition naturelle des

le lait la

trouve dans Gicéron, au chapitre i" de son

De Finibus

:

«

Les haines,

les dillérends, les dis-

cordes, les séditions, les guerres naissent des passions. «

Tout

maintenant plein de guerres,

est

»

Maxime de

dit

TjT. Les passions circulent de tous côtés, et elles aiguisent

monde

à travers le

la convoitise

des choses d'autrui.

»

du corps séditions. Car

« C'est le corps, dit Jambliijue, et les passions

qui enfantent les guerres, les combats, les les guerres ont

pour cause

choses profitables. 17.

des

efficiente la possession

»

Quant à ce (\m a

été dit à Pierre

frappe de l'épée périra par l'épée;

qui

« Celui

:

» cette

parole n'ayant

pas traita la guerre considérée en général, mais regarc.ar le Christ luidant proprement la guerre privée, même expli(iue pourcpioi il a empêché (ju'on ne vhit à



son secours, ou pourquoi disant

que son royaume

xviii, 36)

IX.

un



— I.

il

il

a négligé de se défendre, en

de ce

n'était pas

monde

(Joan.

en sera parlé plus à propos en son lieu.

Toutes les

écrit, l'usage

fois ([u'il est ([uestion d'interpréter

reçu depuis, et l'autorité des persoimes

éclairées, sont habituellement d'un grand poids. C'est

règle à laquelle

il

faut se coidormer, lors

même

une

qu'il

du sens des Écritures sacrées. Il n'est pas probable, que les églises établies i)ar les apôtres se soicjit, ou subitement, ou toutes écartées des maximes qu'ils

s'agit

en

effet,

leur avaient expluiuées par écrit en peu de mots, plus au

long de vive voix, ou dont pratique. Or, ceux qui

tume de

citer certaines ])aroles

lesquelles 2.

ils

j'ai trois

avaient

condamnent

même

les

introduit la

guerres ont cou-

des anciens chrétiens, sur

choses à dire.

Je remarque d'abord que tout ce qu'on peut con-

clure de ces passages, c'est

(|u'ils

exjjrimaicnt roi)iiiion

privée de (iuel([ues particuli(;rs, cl non

le

sentiment pu-

LIVRE blic (les églises.

I,

CIIAJ'ITRE

161

II.

Ajoutez à cela que

les auteurs de qui au nombre de ceux qui se plaisent à suivre un chemin dilFérent de celui des autres, et à donner un enseignement plus pompeux tels sont Origène et TertuUien, qui ne sont pas assez d'accord avec

émanent ces

autorités, sont

:

e,ux-mémes. Origène, en effet, dit que les abeilles ont été données par Dieu connue modèles, pour qu'il n'y ait

hommes

entre les

dans

(|ue des guerres justes et régulières,

où la nécessité l'ordonne. Quant à TertuUien, dans un autre endroit, paraît moins approuver les les cas

(|ui,

peines capitales, il a déclaré que « personne ne nie l'avantage des punitions iidligées aux criminels » {*]. 11 hésite sur la question

du

livre sur l'idolâtrie

«

:

service militaire

On demande,

;

car,

dans son

dit-il, si les fidèles

peuvent être dirigés vers la carrière des armes, et si les gens de guerre peuvent être admis à la foi. » Pour lui, il semble pencher dans cet endroit vers l'opinion contraire à l'art militaire.

Mais dans

le livre sur la

Couronne du

Soldai, après avoir formulé quelques réflexions contrQle

service des armes,

il distingue aussitôt entre ceux qui avaient pris du service avant le baptême, et ceux qui s'enrôlent après avoir été baptisés. « En effet, dit-il, la con-

dition de

ceux qui reçoivent

engagés dans autres, car

baptême

;

ils ils

Jésus-Christ

(*)

siècle i|ui

« ;

la foi

loue

l'un,

le

Pierre

et

même

il

te

la justice

du

vain ceinte du glaive, et

en sévissant dans l'intérêt de l'iiomme? » Voici encore

parle au proconsul Scapula

nous qui ne

catéchise l'autre;

TertuUien (de Anima)

justice qui, selon l'apôtre, n'est pas en

est sainte,

qu'ils sont

de celle des

sont comme ceux que Jean admettait au ressemblent à ces centurions fidèles dont

Qui ne préférera, dit

comment

pendant

la milice, est toute différente

« Nous ne pensons pas à t'elTrayer, craignons pas. Mais je voudrais sauver toul le monde, en :

exiiorlant à ne pas combattre contre Dieu.

Tu peux remplir les devoirs de charge, sans oublier l'humanité, ne fut-ce que parce que vous élcs vous aussi sous le glaive. » Grotius. la

I.

n

LE DROIT DE

162

GUERRE ET DE LA

L.V

pourvu toutefois qu'après avoir reçu confirmés,

ils

la foi

et s'y être

(*)

quittent aussitôt le métier de la guerre,

comme quelques-uns •

l'ALX.

l'ont fait,

ou

([u'ils

prennent garde

de toute manière de ne commettre aucune action qni olfense Dieu '. » Il a donc reconnu que ces individus ont continué

des armes après leur baptême, ce

la profession

que, certes,

n'auraient pas dutout

ils

compris (juelc service militaire

fait s'ils

était interdit

par le

avaient Gin'ist.

n'auraient pas été plus ([ue les aruspices, les magi-

Ils

ciens et tous autres faiseurs de métiers défendus

La

(')

distinction qu'il fait à propos

ailleurs au mariage, soit dans le traité

exhortation à Voici

'

quem

;

ut

au-

militaire,

:

il

rappli(|tie

la

mono}.'amie, suit dans son

quos

militia prasvenlos fides pos-

Giunius.

« Plané,

inquit,

ut

si

illorum ([uos Joannes admittehat ad

cenlurionum (idelissimoriim, ([uem Christus probat,

et

Petrus catechizat: diim tamcn susceplû fide al([uc signala, aut dc-

serendum statim (cela signifie lire

du service de

la chasteté.

texte

le

lerior invenit, alia conditio est,

lavacrum

(**),

demeurer dans leur profession après avoir revu

torisés à

sil,

cavitandum, parce

cavillari, ne l'emploie

dans

encore

mollis actum, aut omnilnis modis cavillandum

ut

cavcndum).-.

ce

»

Mais Gronovius croit avec raison ([u'ilTaul

([ue ce

Père (Tertullicn)

ipii

se sort souvent

mettre cenlurionem fidelissimum,

passage

du mol

que pour tromper, chicaner.

ailleurs

comme

de cenlurionum fidelissimorum,

l'a

Il

faut

au

lieu

remarqué M. Le Clerc, dans

son Histoire ecclésiastique des deux premiers siècles,

751

p.

(BAnDEYRAC.) (*')

Tertullien [De Idôlatrid) dit « qu'on ne reçoit pas dans l'Lglisc

ceux qui exercent des professions condamnées par Suivant Augustin et tous

(/)/ fide et

operihus), «

les

les

divines (a). » les histrions,

gens faisant profession de honte publique, ne peuvent approcher

des sacrements de Jésus-Christ,

de semblables

On

liens (b). »

dans Cyprien (Lpist. lxi)

;

iiu'à

la

à

De

Cap. xvii((B.).

(c)

De

(c)

;

à propos d'un

GiiOTius.

idoldlriû. Les paroles ne sont pas i)réciséniciU con-

çues de celle manière, quoi(pic (b)

et hiisé

propos de gladiateurs, d'entremetteurs,

cocher du cirque, dans Augustin. C'est au chap. v.

rompu

condition d'avoir

en voit un exeni|ilc au sujet d'un comédien

d'individus faisant trafic de victimes, dans Tertullien

la)

lois

courtisanes et

idolâtriâ, cap. xi

le

(B.).

sens

s'y trouve.

(Baudeyrac).

LIVRE

I,

baptême. Voulant, dans

le

Cll.VPlTKJi

le

11.

même livre,

qui était chrétien, Tertullien s'écrie: «

devant Dieu :J.

1

163

.

louer un soldat soldat glorieux

»

Ma seconde

observation consiste à dire que souvent ont désapprouvé ou évité Ifi profession des armes, à cause des circonstances des temps, qui permettaient à peine d'exercer l'art de la guerre sans se rendre coupable de certains actes en opposition avec la loi cliréles chrétiens

ticiinc.

Nous voyons dans

les lettres de Dolabella aux conservées par Josèphe, que les Juifs avaient domandé d'être exemptés des expéditions militaires, parce <|uc, mêlés avec les étrangers, ils ne pouvaient point assez observer les rites de leur loi, et parce

E|)liésicns,

qu'ils étaient forcés

de prendre

les

du sabbat. Le

armes et de

faire

même Josèphe

de longues étapes les jours

nous apprend que

les Juifs

obtinrent de Lentulus leur congé pour les mêmes raisons. Il raconte ailleurs que lorsque les Juifs eurent reçu de sortir de Rome, quelques-uns d'entre 1 ordre eux lurent enrôlés, et qu'on en punit d'autres parce qu'ils avaient refusé de servir par respect pour les lois de leur patrie, c'est-à-dire pour les motifs que nous avons indiqués. Une troisième raison venait parfois s'ajouter

aux

deux premières

c'est qu'ils avaient

à combattre contre crime à leurs yeux de

:

leurs nationaux; or, c'était un prendre les armes contre les membres de leur nation, alors surtout que leurs compatriotes étaient en danger pour vouloir observer la loi de leur patrie. Mais toutes les

lois

que

les Juifs

pouvaient éviter ces inconvénients, ils prenaient du service même sous les rois étrangers, « persistant toutefois dans les mœurs de leur pays, et vivant selon leurs statuts ler

(*)

(a)

{*)

»

:

ce qu'ils avaient la

coutume de

avant toute chose, ainsi que Josèphe Ce sont

les

Cap. un.

le

termes de Josèplie, llistor. antiq. ,\ib. XI

(B.).

stipu-

témoigne. Les (a).

Grotius,

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

164

dangers aux
les Juifs resseiiiblaient

beaucoup à ceux auxquels TertuUicn l'ail allusion dans les reproches ([u'il adi-esse aux gens de guerre de son temps. Dans le livre sur VIdoldtric, par exemple « Le serment fait à Dieu, dit-il, et celui fait aux hommes, l'étendard du Christ et celui du diable, ne s'accordent :

pas ensemble.

»

On

en

faisait,

ellct,

jurer les soldats

|)ar

dieux des nations, par Jupiter, par Mars et par d'autres divinités. TertuUien s'écrie, dans le livre sur la Coules

ronne du Soldai « Et (juoi ? Il veillera devant les temples auxquels il a renoncé? 11 S()Ui)cra dans le lieu (pii ne :

convient pas à l'apôtre

? 11

défendra i)endant

mêmes démons que dans le jour il exorcismes ? » Un moment après «

Combien

les imits les

a chassés par ses

TertuUien ajoute

:

d'autres devoirs attachés aux fonctions mili-

taires doivent être tenus

pour une infraction

'

1

»

La troisième remar([uc(iue nous faisons, est que les chrétiens des premiers temps ont été endn'asés d'une si 4.

gi'ande ardeur pour la pratique des choses les plus parfaites,

que souvent

ils

des règles rigoureuses.

ne plaident pas

ont pris des conseils divins pour «

Les chrétiens,

ceux

contre

bien. » Salvianus prétend

que

(jui

c'est

dit

Athénagoras,

leur ravissent leur

un commandement de

Jésus-Christ de renoncer aux choses qu'on nous conteste,

pourvu que par ce moyen nous nous délivrions des procès. Mais cette maxime prise ainsi d'une manière générale (*), est précisément du domaine du conseil, en vue '

«

Quanta aliaindelictis circumspici possiint caslrensium munium, dit le lexlc ilc Gkotius. Dahbeyuac (ail

transgressioni interpretanda, n remar(iuer que c'est

Gronovius.

«

«

in debilis »

Coslrensium

Livius vocat militoria justa, » (*)

lib.

pour des intérêts temporcJs, (^uand

il, l.\b.

II,

XI, Épist. Lviii.

De

faut lire, selon

la

correction

dcbila suni, ajoute Gronovius,

XXIV,

Le quatrième Concile de Cartilage

Joi}5nez-y Ambroise, lib. lib.

(|u'il

munium

luciiie

offic,

P. P. F.

4S.

défcnil

un

ilc

quœ

aux évè(|ucs de plaider

les attaquerait

cap xxi,

en Justice.

et Gréfçoire le

GHurii's.

Grand,

LIVRE

I,

nilAriTRE

d'un genre de vie plus voisin de point un précepte. plusieurs anciens

la perfection, et n'est

môme du

en est de

Il

165

II.

serment; dont

condamnent absolument

l'usage, sans.,

aucune exception, tandis ^jue Paul a cependant juré dans des conjonctures graves. Un chrétien, dans Tatien, dit «Je reluse la préture. » Dans TertuUien, un chrétien n'ambitiomie pas l'édilité. Lactance dit qu'un homme juste, tel qu'il entend que soit un chrétien, ne doit point taire la guerre; mais il lui détend en même temps, et de la même manière, les voyages sur mer. Combien y en :

a-l-il jiarnii les anciens, (pii détournent les chrétiens des seconds mariages? Toutes ces choses sont louables, ex-

cellentes, particulièrement agréables à Dieu; mais, con-

sé(|ucmmcnt, elles ne sont exigées de nous par sité

d'aucune

loi.

les objections

X.



1.

la néces-

Ces remarques sufliront pour résoudre

qui nous sont,

faites.

Maintenant, pour confirmer notre opinion,

nous dirons d'abord que nous ne manquons point d'aumême d'auteurs plus anciens, qui sont de ce sentiment que les supplices de mort, et que le droit de guerre, dont la légitimité dépend delà justification des peines cateurs, et

pour les chrétiens. Clément que le chrétien, s'il est appelé au pouvou', comme Moïse, doit être pour les sujets une loi vivante, et que son devoir est de récompenser les bons

pitales,

peuvent être

d'Alexandrie, en

et

de punir

les

licites

elTct, dit

méchants. Décrivant ailleurs quel doit

être l'extérieur d'un chrétien,

il

dit qu'il sied à ce

der-

marcher nu-pieds, à moins toutefois qu'il ne soit homme de guerre. Nous lisons dans les constitutions (jui portent le nom de Clément, romain (*) (Liv. VII, ch. in), que « toute sorte d'homicide n'est point défendue, n)ais qu'il n'y a d'interdit que le meurtre d'un iimocent; en sorte cependant que l'homicide même qui nier de

est juste, n'est réservé (')

Ce

qu'aux seuls magistrats.

livre parait avoir clé écrit

sur

la

fin

du second

»

siècle.

Grotius.

LE PROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

166

Mais laissons de côté les opinions de simples partivenons à l'autorité publique de l'Église, qui doit être d'un très-grand poids. Je dis donc qu'on n'a jamais repoussé du baptême, ou séparé de la conununion de l'Église, ceux qui portaient les armes; ce qui, 2.

culiers, et

cependant, aurait dû être fait, et l'aurait été, si l'état militaire avait été incompatible avec les conditions de nouvelle alliance. Dans les constitutions dont nous avons parlé tout à l'heure (liv. Vlll, ch. xxxn), le même auteur traitant de ceux qu'on admettait anciemicment au baptême, ou qui en étaient exclus, dit « (ju'ondoit enseigner au soldat qui demande le baptême, à s'abstenir

la

d'injustices et

Que

s'il

de vexations,

et à se contenter

obéit à ces instructions,

il

de sa solde.

faut l'admettre à être

baptisé. » Tertullien, dans son Apologéli([ue (ch. xlii),

en parlant au nom des chrétiens « Nous voyageons sur mer, nous servons à la guerre avec vous. » Il avait « Nous sommes des dit un peu auparavant (ch. xxvni) dit

:

:

étrangers, et nous remplissons tout votre empire, vos

vos

villes,

îles,

vos places fortes, vos nnmicipes, vos

camps eux-mêmes. » Dans le même ouvrage il avait raconté que l'empereur Marc-Aurèlc avait obtenu de la pluie, grâce aux prières des soldats chrétiens (*). 11 déclare, dans son traité de La Couronne, que le soldat qui l'avait rejetée avait témoigné un courage supérieur à celui de ses autres frères et il montre qu'il

villages, vos

;

y

avait

beaucoup de chrétiens servant avec

lui

dans

l'armée. 3.

11

faut ajouter

que plusieurs soldats qui avaient

subi des tortures et la mort pour le Christ, ont reçu de l'Église les mêmes honneurs que les autres martyrs; tels

sont les trois compagnons de Paul (*) (•*)

Voyez aussi

Xipliilin, à

propos de ccUc histoire.

Ajoutez à ceux-là un soldat

dont Adon

fait

mention

(**),

(pii

Gérialis sous Gnoxius.

avait été baptisé par Corneille, et

Grotius.

.

LIVRE

CHAPITRE

I,

167

II.

l'empereur Dèce, Mariiius sous Valérien, cinquante autres sous Aurélieii, Victor, Maurus et Valentin, clicf des soldais sous

rion

Maximien, vers

Marcellus, Sévérien

de Laurentin

la

même

époque

dit

deux « Ils ont armées de ce monde, mais ce

et d'Ignace, africains tous

autrefois servi dans les

centu-

le

sous Licinius. Gyprien :

sont de vrais soldats de Dieu, des

ont terrassé

spirituelle. Ils

du nom de

membres de la milice démon par la confession

le

Jésus-Christ, et mérité par leur martyre les

j)almcs et les couronnes éclatantes

par

j)eut voir

du Seigneur.

chrétiens sur la profession des armes, les

On

empereurs fussent chrétiens. Si,

4.

dans ces temps-là,

les chrétiens

ne prirent pas

volontiers part aux procès criminels

',

paraître étonnant, puisque la plupart

du temps

sait

cela ne doit pas il

s'agis-

de juger d'autres chrétiens. Ajoutez à cela que

même

en toutes autres matières

romaines étaient plus douceur chrétienne ne le comportait; ce.

sévères que la

les lois

qui ressort sufhsammcnt de l'exemple seul consulte Silanien

'

»

commun des même avant que

sentiment du

là (jucl était le

y a

Il

dit

ici,

(*)

Barbcyrac, dans toutes

de mort, capitalibus suppliciis »

que l'aulcur l'office

voulu dire

a

déjuge,

et

les éditions,

«

aux supplices

mais ce qui suit montre clairement

capitalibus judiciis. »

«

:

;

s'a^rit

Il

d'exercer

non pas d'être simple spectateiu' du supplice d'un

minel condamne à mort. lullien,

du sénatus-

Mais après que Constantin eût com-

.

auquel Grotius

— Barbeyrac fait

cile à ce sujet

apparemment

allusion

;

cri-

un passage de Ter«

Et an militia ad

ctiàm caligata, vel inferior quxque, cui non sit nécessitas immolationum vel capitalmm judiciorum {De Idoldir cap. xix). fidein adinilli,

P. (*)

lAmpereur Adrien

romme

on

Romains, à

moins

(n)

le

voit

adoucit

Code,

ne

liv.

sévérité

de

ce

dans Spartien. On peut ajouter aux

celles ([ui défendaient

qu'il

la

lui fut

VI,

lit.

de recevoir

arraché dans

I,

De

la

le

P

F.

sénatus-consulte

lois trop

sévères des

témoignage d'im esclave,

torture (a).

servis fugitiiis,

1.

Grotius.

4 (B.).

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

1G8

mencé

à accepter et ù faire progresser la religion chré-

tienne, l'usage des peines capitales ne tut point aboli

pour

Bien plus, Constantin lui-niènie

cela.

entre au-

lit,

une loi (pii prescrivait de coudre les parricides dans un sac de cuir, et ([ui se trouve dans le Code, au titre sur les individus (jui ont mis à mort leurs père et mère, ou leurs enfants'. Cet empereur cependant était d'ailleurs d'une si extrême douceur tres dispositions législatives,

dans l'application des peines, (jue i)lusicurs historiens lui ont fait le reproche de trop d'indulgence (*). 11 eut aussi

dans son armée un grand nombre de chrétiens, comme l'histoire nous l'apprend, et il inscrivit le noui du Christ sur le Labarum. C'est encore depuis ce temps-là (|ue le serment militaire a été modilié de la manière suivante, rapportée par Yégèce prit saint,

par

pour

doit être

:

«

Par Dieu, Jésus-Christ

majesté de l'empereur,

la

([ui,

et l'Es-

après Dieu,

gem'e hunuiin un objet d'amour

le

de

et

respect. » 5. De- tant d'évêques qu'il y avait alors, parmi lesquels plusieurs avaient soull'ert de très-cruelles persé-

cutions pour la religion, on ne

un seul

'

Code,

G;

liv.

IX,

détourné

XVll,

lit.

— Voir aussi

L. unie. g

(jui ait

Vwu, Sentent.,

:

De

soit

pas

lit

(ju'il

y en ait eu

Constantin d'inlliger toute

his qui parentes vcl libéras occiderunt.,

XVllI, De publicis judiciis, \\\\ (Manuaie juris synoptic, p. 84b )

I.nstit., lib. IV, lit.

lib.V,

lit.

P.P. «

(*)

donné

mauvaise

la

malade

vie,

parce que,

les chrétiens se

tantin, les

de

le

trouver dans Saxon

il

la

(jui

s;iins,

Vie de Conslanlin,

(c)

Saxon,

te

liv.

lY,

grammairien,

Voyez aussi Kusèbc

celle

de leur roi Ilarauld,

Cnorius.

l'Iiistorien (cl.

cii.

xxxi

histoire

membre

mais non pas (b).

trop grande douceur de Cons-

Conslantiii, in fine (B.).

(6)

F.

avaient aban-

faut couper un

membres

à guérir (a). »

plaignaieul de

Danois en faisaient autant de

qu'on peut (a) Vie

disait-il,

pourri, de peur qu'il n'infecte les

e(

un membre guéri ou qui commence

Ck)mme

pour ceux

se monlrail clément, dilZonaras,

Il

(B.).

du Nord,

liv.

XI

(B.).

ainsi

LIVRE

ClIAriTRE

1,

169

II.

espèce de peine capitale et de faire la guerre, soit les chréticDS de prendre du service dans les armées, en leur inspirant la crainte de la colère divine; quoique cepen-

dant plusieurs lussent les gardiens

plus vigilants

les

ne dissimulassent rien de tout ce (pu concernait le devoir tant des empereurs que des autres. Tel lut, du temps de Tliéodose, Ambroise, « Ce n'est (|ui s'exprime ainsi dans son discours (vn) point une faute de porter les armes, mais c'en est une de

la discipline, et qu'ils

:

de

en vue du butin;

le faire

des ofliccs

guerre

(liv. 1, cli.

xxvii)

contre les

la patrie

rieur les faibles,

ou

(jui

» et ([ui dit

dans son

traité

courage qui protège à la barbares, ([ui défend à l'inté:

« le

préserve ceux auxquels on s'est

associé de l'attaque des bandits, ce courage est plein de

argument me paraît si solide, que je n'en demanderai pas davantage. G. Je n'ignore cependant pas que souvent les évè([ues (*) et le peuple chrétien ont, en intercédant par des

justice. » Cet

prières, éloigné l'application de châtiments, et surtout

enqîêché d'iidliger

tume

la

peine capitale; je sais que la cou-

avait été introduite

dans une église donnée de leur

(")

que ceux qui s'étaient réfugiés livrés que sur la promesse

ne fussent

laisser la vie sauve; et (qu'aux environs

on renvoyait des prisons ceux qu'y retenaient leurs crimes. Mais celui qui examinera avec soin toutes ces choses, et d'autres semblables s'il s'en trouve,

de Piupies

(•)

(*")

Augustin

accusés. »

11

(lit

que «

c'est le devoir d'un prêtre d'intercéder

pour

les

y a diius ses lettres beaucoup d'exemples de cette bonté.

GnoTius.

Voyez Clirysostôine

(**)

cap.

m;

cap.

III.

(•*•)

la

Loi des Wisigolhs,

iJe lib.

statuis)

VI,

tit.

;

V,

Concile.

le

g

IG;

lib.

d'Orléans, IX,

tit.

Il,

Grotius.

Loi

(a) Liv.

(xvi,

:

Nemo, Code, De Episc. audientid

I, lit.

ninies, coninic

IV, il

1.

3. Cela n'avait pourtant lieu

parait par le reste de la loi

(U.)-

(a).

(lu'ii

Grotius. l'égard de certains

LE UUOIT HE LA GUERUE ET HE LA PALV.

170

verra que ce sont, à la vérité, des marques de

la

bonté

chrétienne, ardente à embrasser toutes les occasions d'exercer la clémence mais nullement les indices d'un ;

dessein arrêté de

condamner tous

jugements pronon-

les

çant la peine de mort. Aussi voyons-nous ([ue ces grâces et ([ue ces intercessions elles-mêmes, étaient modiliées

par certaines exceptions, selon les circonstances des lieux et des temps (*). 7. Quelques-uns nous objectent le douzième canon

du concile de Nicée, ainsi conçu d'après la traduction laM Que tous ceux (jui ont été appelés par la grâce ("), et ([ui, après avoir montré leur ardeur et leur loi, et déposé la ceinture du soldat, sont ensuite retournés comme

tine

:

les chiens

unsmême

à^

leur vomissement, en sorte
ont donné de l'argent et

rentrer dans

la milice

:

pendant dix ans, après être restés trois ans au nombre des écoutants. Mais il laut remanpiei- à leur égard dans quels sentiments ils sont, et de quelle manière ils Ibnt pénitence. Ceux, en

eil'et, ([ui

par leur crainte, leurs

lar-

mes, leur résignation, leurs bonnes œuvres témoignent

une conversion exenq)te d'hypocrisie, ceux-là,

ai)rès

avoir accompli le temps prescrit de leur audition, seront admis à la i)articipatipn des prières, et il sera permis ensuite àl'évêque d'en user plus

humainement envers eux.

Quant à ceux qui ont subi leur punition avec

indilTé-

Voyez CCS exceglions dans Ciissiodorc, xi, 40; voyez aussi les UcGnoTius. immuniUite Eccleswsticd (a). « Que ceux ipii ayant ("•) Simcon le Maître résume ainsi ce canon {*)

crclales, de

:

d'abord paru avoir résisté à la violence, ont succombé à l'imiiiété, et ont ans de la comrepris du service dans les armées, soient exclus pour dix

munion.»

C'est aussi de la

même manière que

exprimé par Balsamon, Zonaras

et

Rufin

(lib.

le

sens de ce canon est

X, cap. vi.).

GnoTius.

(,a)

DtCRtTALES, de immunil. ecclci>iaium,

lil>.

III, lil.Xl.lX.cai'. vi (B.).

LIVRE

I,

CHAPITRE

171

II.

rence, et qui ont pensé que le fait seul d'entrer dans une église leur suffisait pour leur constituer une conversion,

achèvent complètement tout le temps déterminé. » Le terme même de treize années indiciue suffisamment qu'il UQ s'agit point d'une faute légère ou douteuse, mais qu'ils

de quekiue crime grave et avéré. 8. Or, il .est indubitablement question ici de l'idolâtrie (*), car ia mention faite des temps de Licinius dans

canon XI

le

avait précédé, doit être censée tacite-

(jui

canon qui nous occupe; comme des canons suivants dépend précèdent. Voyez par exemple le XI" ca-

ment-reproduite dans il

que

arrive souvent

le

le sens

de ceux (jui le ce sont les non du concile d'Eliberis. Licinius donc, les soldats milice delà dégradait termes d'Eusèbe (**). » Son dieux aux sacrifier point qui ne voulaient



—«

exenqile fut imité dans la suite par Julien, et c'est la raison pour laquelle on lit (pic Yictncius, ainsi ({ue d'autres,

répudièrent pour le Christ les insignes de leur proLa même chose autrefois, sous Dioclé-

fession militaire.

en Arménie par onze cent quatre mention dans les martyrologes, et en Egypte par Menna et Hésychius. Ainsi donc, du temps de Licinius, plusieurs renoncèrent au service des armes,

tien, avait été faite

dont

soldats,

(*)

il

est

Ce crime majeur)

grave»,

est appelé « la

[De idolalriâ, cap.

Tcrlullien et

i).

l'appelle « le dernier

grande inculpation du

Cyprien

le

qualilie de

des crimes» (Epist.

«

xii)

siècle » jiar

crime

très-

{a).

Grotius. Sévère, se disposant à disputer l'empire à (V) « Licinius, dit Sulpice Constantin, avait ordonné à ses soldais de sacrifier aux dieux. Il rejetait

de

la

Valentimilice ceux qui s'y rel'usaienl. » C'est pour ce motif que empereur dans la suite, quitta le service militaire sous

nicn, qui devint

Julien

il

y a quelque cliose de semblable

d'Utique, au rapport duquel, sous le service,

parce que

le roi

dans ce que raconte Victor

Huneric, plusieurs avaient quitté

la profession militaire les liait à l'arianisme.

Grotius. (a)

XV,

édit. Fell

(B.).

GUERRE ET DE LA PAIX.

LE DROIT DE LA

172

au nonibre desquels scurs, et

Arsace,

l'ut

(;ilc [)ariiii

les conrcs-

Auxence qui devint depuis évèque de Mon-

sucste. C'est pourquoi, sous Liciuius, ceux (jui tés

par leur conscience avaient déposé

ne pouvaient plus revenir à

taire,

la

la

tourmen-

ceinture mili-

prolession des armes

(ju'en abjurant la loi chrétienne; et

comme

cette abju-

ration était d'autant plus criminelle, ([ue ^ceux ([ui la

témoigné par leur abdication précé-

Taisaient avaient

dente une plus grande connaissance de

la loi

de Dieu,

ces apostats étaient punis plus sévèrement par l'Église

que ceux dont (|uels avaient

traints i)ar le 11

est tout à fait

nous avons

est parlé

il

dans

le

canon précédent,

les-

renoncé au christianisme sans y être condanger de perdre leur vie ou leur fortune. le canon que condanmait généralement

hors de raison d'expliquer

comme

cité,

s'il

tout usage des armes. L'histoire atteste, en eflet, d'une

manière évidente, que Constantin avait donné

choix

le

à ceux qui avaient quitté le service militaire sous Licinius, et qui n'y étaient point rentrés sous son gouverne-

ment, de peurdc violer s'ils

la foi

chrétienne, de s'exenqiter,

voulaient, de la milice, ou d'y revenir

:

ce (jue plu-

sieurs firent, à n'en pas douter.

On

9.

que

«

objecte aussi

la

lettre

Léon, qui porte

de

retourner à une milice séculière après avoir

fait

pénitence, c'est commettre un acte contraire aux règles

Mais il faut savoir qu'on exigeait des non moins que des clercs et des religieux, un

ecclésiastiques. »

pénitents,

genre. de vie non-seulement chrétien, mais encore d'une sainteté éminentc, afin ({ue, par leur exenq)le,

ils

servis-

sent autant à la correction qu'ils avaient servi au scandale

(*)

(*).

De même, dans

Le pape Léon

le p.ir(lon

choses

dil diiiis sa lettre

des fautes qu'on

permises.

»

Nous

a

anciennes coutumes de

les plus

XC

commises,

lisons

dans

à Ruslicus, «luc « il

les

faut

s'al)sleiiir

lettres

des

pour obtenir de plusieurs

évr(|iics

au roi

LIVRE



l'Eglise,

CHAPITRE

I,

173

II.

qu'on appelait communément

«

Canons aposto-

recommander davantage par une plus auguste désignation, il est lormulé au canon LXXXII, liques, » i)our les



«qu'aucun évêque, prêtre ou diacre ne fasse métier des armes et ne cumule une charge romaine avec une fonction ecclésiastique, car

il

faut rendre à César ce ([ui est à

César, et à Dieu ce qui est à Dieu.

même, que

ce détail

démontré par point été

aux chrétiens qui n'aspiraient point à l'honneur

interdit

de

» Il est

le service militaire n'avait

la cléricature.

il était même défendu d'admettre dans ceux qui, après le baptême, avaient exercé des magistratures, ou des charges dans l'armée (*), comme on peut le voir dans les lettreç de Syrice et d'Innocent,

10. Bi(in plus,

le clergé,

dans

du concile de Tolède. C'est que l'on clergé non pas dans la foule des chrétiens, mais parmi ceux qui avaient donné et

les actes

choisissait les

l'exemple de les devoirs

membres du

la vie la

du service

plus régulière. Ajoutez à cela que militaire et de certaines magistra-

tures n'exigeaient pas

que ceux qui

devaient se laisser

Louis

(a)

«

:

une application continuelle; mais le ministère sacré, ne distraire par aucun autre soin ("), au-

s'étaient

On

engagés dans

doit se priver d'autant de choses licites, qu'on se sou-

vient d'en avoir le

Chauve

«

:

commis d'illicites » et dans les Capitulaires de Charles Que chacun lâche d'acquérir d'autant plus de profit par ses ;

honncs œuvres, fautes. (•)

qu'il

s'est

causé de plus

graves dommages par ses

>)

Grotius.

Eusèhe {Demonstr.,

sortes, l'une

lib.

I)

dit

que

la vie

des chrétiens est de deux

parfaite,

l'autre inférieure à la perfection. Il ajoute que dernière doivent, entre autres choses, « représenter leur devoir à ceux qui servent dans une guerre juste (6). Grotius.

ceux qui mènent

la

(**) Voyez le canon du concile de Mayence {Gral. monachi) (c).

(a) Roi

(lo

Germanie

(b)

Cap.

(c)

Dccrétales,

viii,

(B.).

Ucnionslralion cvanqcHqiie lib.

Ul,

lit,

I,

cap.

i

(B.).

(B.).

lit.

ne clerici vel

Grotius.

LE DROIT DE LA GUEURE ET DE

174

PAIX.

LV.

cune autre occupation journalière. C'est pour cette raile sixième canon établit (ju'aucun évoque, prêtre ou diacre ne doit mettre la main à des aiïaires séculières (*), et que le quatre-vingtième leur défend de s'in-

son que

gérer dans les charges publi(jues. Le sixième canon de l'Église d'Afrique

'

ou

tion des afl'aires

veut qu'ils n'assument pas la direc-

défense des causes d'autrui. Gy-

la

nommer

prien estime que c'est une impiété de les

tu-

teurs (")•

Mais nous avons pour appuyer notre opinion un 1 jugement formel de l'Église, dans le premier concile 1

.

d'Arles, tenu sous Constantin. Voici

comment

s'exprime,

en effet, le troisième canon de ce concile « En ce (|ui concerne ceux qui jettent leurs armes pendant la paix, il a plu de décider qu'ils s'al)sticimcnt de la communion. » Gela s'appliciue à ceux qui abandonnent le ser:

du temps de

vice militau'e en dehors

la

persécuton car ;

mot

c'est ce que les chrétiens voulaient désigner par le

de

« paix f "), »

connue on

le voit

dans

les écrits

de Gy-

Grotius. Voyez In lettre de Jérôme à Ncpotien. Le canon des conciles d'Afii(iuc, cite par Gkotius, n'est pas

(*) '

mais

le xvi*

(**)

Dans

lentem copis

Ad

sa lettre

et clericis

(***) «

Ziégler

Voir aussi

(a).

Idtrid).

même

comme

le

reman|ue.

«

vi«,

presbyieros, diaconos et plebem Furnis consis-

la loi

gvneraliter, au code de Justinien,

:

De

épis-

Grotius.

{b).

Irnàfiuomodo etiàm in pace militabil P (c)

le

(Haubevrac).

»

dilTertullien(De ido-

quàm persecutio ?» dit le Quando ipso antè mater nostra

Xosirse vaci quod est bellum,

[De fugd perseciilionum)

((/).

«

pacem de misericordia Domini prior sumpserit, » écrit Cyprien (Epist. x) {e). Quuin Domimis cœperitipsi Ecdesix pacem dare, écrit le mèine (lijiist. xxii). « Ecdesix pnccm suslinrndam (id est Ecclesia

expectandam)

(Epist. xxxi)

IX; et dans

{a) Lib. I, Epist.

(b) Lit). I, (c)

lit.

Cap. XIX

(d) Cap.

m

(/).

III,

1.

52 (D.).

(B.).

(B,).

(e) Epist. XVI, éd. Feli (B.). (.f)

Episl. \X.\,

(cl. Kfll

(B.).

» « El
l'éditlun

traditam nobis disciplinam

de Jeun

VM,

Ep.

1

(D.).

LIVRE

CHAPITRE

I,

prien et d'autres auteurs.

On

175

II.

peut ajouter encore l'exem-

ple des soldais de Julien, dont le progrès dans le

jcliris-

tianisinc était tel, qu'ils étaient prêts à rendre par leur

mort témoignage h Jésus-Glirist. Ambroise parle d'eux « L'empereur Julien, bien qu'apostat,

en ces termes

:

soldats chrétiens.

eut cependant sous ses ordres des Lorsqu'il leur disait

de

:

Marchez au combat pour

chose publi(iue,

la

leur disait alors

ils

Tournez

:

ils

défense

la

lui obéissaient;

mais lorsqu'il

armes contre

les chrétiens,

les

reconnaissaient pour chef l'empereur du ciel

longtemps auparavant,

Telle avait été, bien

avait reçu

thébaine qui, sous Dioclétien,

'.

religion

la

chrétienne des mains de Zabda, trentième évè(}uq.de

rusalem, et qui, dans

la suite,

donna un exemple

nellement mémorable de constance

nous rappclerons plus bas. 12. Qu'il suflise de rapporter

»

légion

la

Jé-=

éter-

et

de patience, que

ici les

paroles de cette

une concision substantielle le devoir du soldat chrétien. « Nous oiîrons contre n'importe légion, qui expriment avec

pax longa cnrruperat » (Id. De Lapsis). « Anlonino Pio imperante, pax Ecclesiis fuit, » dit Sulpice-Sévère (a) et plus loin « Interjeclis deindè annis xxxviii, pax Chrislianis fuit » (6) ; et à l'époque de Cons« Exindè Iranquillis rébus pace perfruimur » (c) tantin et au début :

;

:

;

de son histoire pora. '

qu'il

Vexaliones populi Christiani,

n (d).

le

n'est pas de saint

droitcanonique,

Ambroise, quoi

Caus.w, Quœst.

\\\, c.

Grotius

qu'il

xciv,où

y en a un tout semblable de saint Augustin, sur

qui est aussi rapporté dans ailleurs sous liv. Il, cliap.

le

nom du

XXVI,

(a) Ilisl. sacr.,

l

lib.

3,

le

(c)

Tout

l'on a

attribué

remarqué

Psaume cxxiv,

canon xcviii. Notre auteur lui-même

9,

dans une note.

II, cap. xxxii, nimi. i, édiU

(d)

le

(e).

lui soit

dernier Père, quelque chose de

num.

num. 2 (B.). Cap. xxxni, num. 3 Lib. I.cap. i, num. 3

inox pacis tem-

et .

Ce passage

dans

«

:

cite

semblable,

(Barblyrac). Vorst (B.).

(6) Ibid., (c)

l'inlérèt

(B.).

(B.).

de ces lambeaux de phrases se trouvant dans

nou» n'avons pas cru devoir

les iraduire.

le P.

mot par, P. F.

LE DROIT LE

176

I^V

GUERRE ET DE LA

l'AIX.

quel ennemi, nos mains que nous considérons comme un crime de teindre du sang des innocents. Elles savent

combattre contre

impies et

les

vent point déchirer

les

ennemis;

les

elles

personnes pieuses et

ne

sa-

les conci-

toyens. Nous nous souvenons que c'est pour la défense de nos concitoyens, plutôt([ue contre eux, (jue nous avons pris les armes. Nous avons combattu toujours pour la justice, pour la piété, pour le salut des imioccnts ce :

furent

là,

jusqu'à présent, les récompenses de nos

Nous avons combattu pour

— ces

derions-nous,



si

nous ne

la

la foi

(j;ue

les

gardons pas à notre Dieu? meurtres

([ui

guerre fussent des meurtres, car

combattent pour

la

le la gar-

})aroles s'adressent à l'empereur,

parle ainsi des anciens chrétiens

pas cru

comment

et

;

})érils.

vertu et

:

»

Basile

Nos ancêtres n'ont

«

se connncttent dans la ils

excusaient ceux qui

la })iété. n

CHAPITRE

III.

DIVISION DE LA GUERRE EN GUERRE PUBLIQUE ET GUERRE

— EXPLICATION

PRIVÉE.

I.

Division de

la

DE LA SOUVERAINETÉ.

•le

nature,



guerre, en guerre publique et guerre privée.

soulicutque toulc sorte de guerre privée n'est pas

même

depuis rétablissement des tribunaux



par des exemples.

Elle n'est pas

III.

l'hvangile. Solution des objections.



blique, en solennelle et non solennelle.

même

illicite

selon

illicite

on

et

;

On

II.

le

droit

prouve

le

selon le droit de

IV. Division de

guerre pu-

la

— V. La guerre qui se

par

fait

l'autorité d'un chef qui n'a pas le pouvoir souverain, est-elle publique ?

Quand cela arrivc-t-il Vil. Ce que c'est que

— YI.

?

En

quoi consiste

puissance civile.

la



puissance souveraine.

la

l'opinion suivant laquelle la souveraineté résiderait toujours

dans

peuple. Réponse aux raisons alléguées pour soutenir cette opinion.

admet une dépendance continuelle

IX. Réfutation de l'opinion qui

réciproque entre entendre

la

le roi

et



termes dans

seconde est de distinguer

— XII.

On montre

le

des choses droit d'avec

est

de distinguer

la faculté d'aliénation.

qu'on ne possède pas pleinement.

— XIV.

Il

y

que

et

res-

la

XI.

manière de posséder

qu'il y a des souverainetés

pleinement, c'est-à-dire avec



dissemblables la

le



pour bien

Précautions

X.

véritable opinion. La première

semblance des

droit.

peuple.

le



VIII. Réfutation de

l'on

La le

possède

— XIII. Et d'autres

a des Hitats

non souve-

rains qu'on possède [deincmcnt, c'est-à-dire avec faculté de les aliéner.

— XV.

Preuve de cette distinction, par

gence des royaumes.



prince, en promettant

même

ni

la

manière dont on règle

des choses qui ne sont ni de droit naturel,

de droit divin, n'empêchent pas sa souveraineté.

vise quelquefois

la

la ré-

XVI. Les engagements contractés par un



XVII. On di-

souveraineté en parties dites sul)jectives, ou en par-

ties diles potentielles.

— XVIII.

On

infère mal

à

propos

le

partage de

puissance, de ce que des rois ne veulent pas que quelques-uns de leurs actes aient autorité, à moins qu'ils n'aient été approuvés par un certain

Corps de leur Étal. IM'Opus. I.





XIX. Autres exenqiles allégués

XX. Quels sont

les

véritables exemples.



aussi,

mal à

XXI. LÉUil

12

178

I.E

imOIT

1>K

LA fillERRE ET DE

par une alliance inét;alc peul cire souverain. Solution des objec-

lié

— XXII.

tions.

Il

en est de

Et de l'État feudataire. du droit. Exemples



1.

de celui qui paie tribut. le

I,



qui se

La guerre publique

d'une puissance

l'autorité

I

1).

fait

autrement;

de

et la plus nécessaire division

la guerre publi(iue et la guerre

lum,

— XXIli.

droit et l'exercice

à l'appui.

La première

1.

même

— XXIV. Distinction entre

la guerre, est celle (pii distingue entre la

I

l'AIX.

I.A

la

civile

' ;

guerre privée,

mixte [Sylv.. vcrb.

bcl-

est celle qui se

par

la

l'ait

guerre privée, celle

guerre mixte, celle

d'un

([ui est

côté publique et de l'autre privée. Mais voyons premiè-

rement ce que

c'est ([ue la

guerre privée, connue étant

la plus ancienne. 2.

La

légitimité de certaines guerres privées, en ce

qui concerne le droit de nature, ressort sutlisamment,

de ce que nous avons dit plus haut, quand nous avons démontré que le fait de repousser une injure, même par la force, n'est pas contraire au droit naturel. Mais quelqu'un pourrait s'imaginer peut-être (ju'elles ne

je le pense,

sont plus permises, du moins depuis l'établissement des

tribunaux publics. Quoique, en

effet,

cette création

ne

humain, comme il est cependant beaucoup plus honnête et plus avantageux pour le repos des individus, de remettre la décision des différends au jugement d'un tiers désintéressé, que de permettre aux particuliers, trop souvent pas l'œuvre de la nature mais d'un

soit

égarés par l'amour-propre, de poursuivre '

«

Par

comprendre

cette définition, que

11

Grotius entend par

:

ce

Quod

faut retenir, pour le

mot de guerre,

toute prise d'armes qui a pour but de vider une ([uerelle, par opjiosition à la

manière de décider un

et qu'il

(y

eux-mêmes

l'autorité d'une puissance civile. » Grotius avait dit

auctore eo geritur qui jurisdictionem hahct. »

7

fait

fait

renferme sous

le

différent,

par une puisssance subalterne, sans ordre de

raine.

commun même qui se

en recourant à un juge

nom de guerre puhlique,

celle-là la

;

puissance souveP. P. F.

LIVRE qu'ils considèrent

incme

CIlAriTRE

I,

comme étant

leur droit, l'équité elle-

et la raison naturelle veulent

une si louable céder aux particuliers, iornic à

179

lil.

institution. «

que

l'on se con-

On ne doit

dit le jurisconsulte

pas con-

Paul, ce que

le magistrat peut faire publi([uement, de peur que cela ne devienne l'occasion d'un plus grand trouble» [L. non

De Reg. Jur.)

est.

'.

«La

raison pour laquelle, dit le roi

Théodoric, on a imaginé d'entourer sacré, c'est afin

que rien ne

fût

les lois

commis par

d'un respect voies de

fait

ou dans l'entraînement des passions. Quelle différence, en cifet, y aurait-il entre la guerre désordonnée et la tranquille paix, si c'était parla violence que les contesdes particuliers devaient être vidées» [Cassiod.^

«tations

lois

romaines appellent vio-

lence ce qui arrive toutes les fois

qu'on veut se faire ren-

IV, var.

liv.

epist. 4)

drc ce que l'on croit

au juge» 11.



([ui

Les

vous

est dû, sans avoir recours

Exlat, Dig., quod melûs...)

[L.

Il est

1.

(*).

{**).

certainement hors de doute, que

berté qui existait avant l'établissement des

la li-

tribunaux

de beaucoup restreinte. 11 y a cependant des circonstances où cette liberté existe maintenant encore c'est

est

:

lorsqu'on ne peut avoir recours à la justice; car

la loi

défend de poursuivre son bien par une autre voie,

([ui

doit être entendue convenablement, avec cette restriction

que

l'on aie le

moyen de se pourvoir devant le juge. manquer ou momentanément,

Or, la voie judiciaire peut

*

Dic,

(*)

liv.

L,

tit.

XVII,

De Diversis

reg. Jur.,

I.

clxxvi.

Voir aussi Védit de Théodoric, cap. x et cxxiv.

(**) «

Injecere

dcbilum

sibi.

inanum Parcse,

dit

» (a)

(a)

s'agit

Il

F.

:

nùm manûs

rem

tiobis

injeclio

di-

debitam vindi-

Grotius ici

d'uno remarque de Servius, ancien commentateur de Virgile.

Les Uuuiains disaient, en style de droit dessus.

P

Servius (/n Aeneid. X). Traxêrunt

Et sermone usus est juris

cilur, quolies nulld judicis auctoritate,

camus

P.

Grotius.

(B.)

:

injicere

vianum, mettre

la

main

/

180

LE liROIT

ItK

f;UEURE ET

I.A

LA PAIX.

1>E

OU d'une manière absolue. Momentanément, lors(|u'on ne peut attendre le secours du juge sans s'exposer à un péril certain ou à un dommage. D'une manière absolue :

cela peut avoir lieu ou de droit ou de



De

fait.

droit,

si

l'on se trouve dans des lieux ([ui n'ont pas de maîtres, en pleine mer, dans un désert, dans des îles inliabitées, et dans tout autre endroit où il n'y a pas de cité. De fait, si

ne veulent pas se soumettre au juge, ou

les sujets

juge refuse ouvertement de connaître de Moulin, Dis}). C, dubium vcrù).

l'alfaire

si le

{Du

2. Ce que nous avons dit ([ue, même depuis l'établissement des corps judiciaires, toute guerre privée n'est ])as

en opposition avec

peut coidirmer

le droit naturel, se

donnée aux

aussi par la loi

dans laquelle Dieu

Juifs,

parle en ces termes par la bouclie de Moïse (Exod. xxn, 2)

:

« Si le

voleur surpris au

est tellement frappé qu'il les

coups ne

l'ait fait

le jour,

pable d'homicide. si

car alors

» Il paraît

perce

le

mur

soigneusement

rendu cou-

se sera

il

évidemment

(jue celte loi

n'ac-

les circonstances,

corde pas seulement l'iujpunité, mais

même

il

(jue celui (jui a porté

pas accusé de meurtre, à moins qu'il ne

soit

pendant

qui dislingue

moment où

en meure,

t[u'elle exj)li(jue

pas fondée sur

le droit naturel; et qu'elle n'est

quelque commandement particulier de Dieu,

nuiis sur

commune. Aussi voyons-nous ([ue les autres naont aussi suivi cette maxime. On connaît cette dis-

l'équité tions

position de la loi des

\

Douze Tables,

l'ancien droit de l'Attitiue

1

I

pendant (')

la nuit, et

:

j

les Onze. qu'il soit

livre (a)

11,

Mais

si

rhap.

i,

ait

le

le

tuer » (a). Ajoutez ce qui

commis

a été légiti-

de jour au delà de

\a

la

plus petite chose,

sera dit

plus

bas, au

Gkotius.

g 12.

DÉMOSTUÈNES, Oral, advers. Timocral.

il

droit de le conduire devant

quelqu'un dérobe de nuit, mcnic

permis de

doute de

tirée sans

« Si le vol a été

« Si quelqu'un vole

valeur de cinquante draclimcs, qu'on

!

:

voleur a été tué,

si le

Voici les lermcs de Solon

(*)

(U.)

.

LIVRE

mis

1,

GUATITRE

181

III.

mort. » C'est ainsi que les lois' de tous les peuples que nous connaissons, déclarent innocent celui qui s'est servi des armes contre un agresseur, pour déiiieniciit

ji

Un consentement si manifeste preuve qu'il n'y a rien en cela de contraire au droit

lendre sa vie menacée. est la

naturel

'



1 En ce ([ui concerne le droit divin volontaire, plus parlait (jue le droit naturel, je veux dire le droit de

III.

.

l'Évangile, il y a plus de dilliculté. Que Dieu, qui a sur notre propre vie plus de droit que nous n'en avons nous-

mêmes, ait pu exiger de nous une patience telle, qu'exposés individuellement à un danger nous dussions accepter la mort plutôt ([ue de la donner, je ne saurais en douter. Mais a-t-il voulu nous lier à ce point? C'est là

de la question. On a coutume pour établir l'aflirmalive d'alléguer deux passages que nous avons cités plus haut, quand nous traitions la question générale « Et moi je vous dis, ne résistez point à celui qui vous l'objet

:

lait

injure» (Math, v, 39);

«Ne vous vengez

pas vous-

mêmes, mes bien-aimés » ce que la version latine traduit: « Ne vous défendez pas» (Rom. xii, 19). Un troi,

sième argument se trouve dans à Pierre

:

«

les paroles

Remets ton épée dans

de Jésus-Christ

le fourreau, car tous

ceux qui auront tiré l'épée, périront par l'épée. » Quelques-uns ajoutent aussi l'exemple du Christ qui est mort

pour

ses

ennemis (Rom.

v, 8, 10).

ne maïKiue pas non plus d'anciens chrétiens qui n'ont pas, à la vérité, désapprouvé les guerres publiques, mais ([ui ont considéré comme interdite la défense de 2. Il

Nous avons reproduit plus haut la guerre. Ceux d'Augustin sont beaucoup plus nombreux et plus clairs; tout le monde les connaît. Le même Ambroise a dit « La raiparticulier à particulier.

les

passages d'Ambroise sur

:

«

Voir infrà,

liv. II, cliap. i", g 3,

tutives de la légitime défense.

une note sur

les

comlitions constiP.

I».

F.

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA l'AIX.

182

son pour laquelle à Pierre qui lui offrait deux épées, Ccst assez,, est sans doute ([u'il

Jésus-Christ répond

:

voulait faire entendre ])ar là

que

défense privée avait

la

été permise jusqu'à l'Évangile; de sorte (jue l'ancienne loi aurait

enseigné ce qui

est vrai (lib. «

X,

est juste, et l'Évangile ce

Lucain).

in

même même

Le

Père

qui

dit ailleurs

il tomberait entre qu'un chrétien, (juand bien mains de brigands armés, ne peut frapper celui ((ui le

les

frappe, de peur ([u'en défendant sa vie offic. III, c. iv). m

piété n [De tin, la loi

il

ne blesse

qui permet de mettre à mort de telles gens

parle des brigands et autres agresseurs),

trouve pas

la

Je ne blâme pas, dit Augus-

comment justifier ceux

mais je

qui les tuent

(il

ne

» (lib. I,

Dans un autre endroit: «la maxime, dit-il, qu'on peut tuer des honnncs pour éviter d'être tué par eux, ne me plaît pas, à moins qu'on ne soit soldat, ou qu'on ne soit lié par une fonction publicjue, en sorte qu'on n'agisse pas pour soi-même, mais pour les autres, en vertu du pouvoir légitime dont on est rede

lib. arbil.., c. v).

vêtu»

[Episl. 154,

conde

lettre

l'Église était

Il

paraît jiar la se-

ce Père de

<[ue

même sentiment (cap. xlih et lv (*). même (jue l'opinion contraire, qui n'ad-

du

Mais de

3.

ad Plublicolani).

de Basile à Amphilocliius,

met pas qu'une

telle patience soit obligatoire, est la plus

reçue, elle nous paraît aussi la plus vraie. L'Évangile

nous ordonne, en effet, d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, mais non pas de le préférera nous-mêmes. Bien plus, lorsqu'un mal égal nous menace, il ne nous est pas

défendu de pourvoir à notre salut plutôt cpi'à que nous l'avons démontré plus

celui des autres ("), ainsi

{*)

Ajoutez

le

canon du concile d'Orléans,

Catis. XIII, Quccst.

(a) Co

li-uilc i|uc

par Gratien, C.

Ckotius

ult.,

GnOTius.

(") Gassiodore (De Amicilid) (a) dit «

liqm-i..

cité

II.

cite csl

(lu'ii

n'y a aucun

du Picno de

commandement,

lilois, an jiigunioiit

(IUrd).

dus

cii-

LIVRE

la hienraisance.

Quelqu'un

la règle

insistera peut-être, et dira

mon

<|u'encore ([ue je puisse préférer

du prochain,

183

III.

de Paul interprétant

liant d'après l'autorité

de

CIlAriTilE

I,

avantage à celui

cependant pas lieu en qu'ainsi je dois plutôt aban-

cette permission n'a

matière de biens inégaux, et donner la vie que d'exposer l'agresseur à tomber dans la damnation éternelle. Mais il peut être répondu que

souvent celui

pour

même

attaqué a besoin de temps

(|ui est

pénitence, ou que probablement

l'aire

ainsi; et qu'il

croit

le

il

peut aussi rester à l'agresseur lui-même,

avant sa mort, un espace de temps pour se repentir. De l)lus,

à en juger moralement,

ne paraît pas qu'on

il

doive avoir égard à un danger où quelqu'un

lui-même,

et

d'où

il

peut se

tirer

aucune raison, en vertu de quoi on

ni

s'est jeté

'.

de préférer

soit tenu

le

salut

éternel de son prochain au sien propre, ou de perdre sa propre vie [lour

sauver celle du prochain, lorsqu'on n'espère pas

procurer par

lui

'

Les moralistes ont beaucoup disserté sur

l'homme mal

est autorisé à

(jui le

menace lui-même.

s'ensuit que

il

pour se soustraire le

hasard

lui fait

à

caractère de

point de savoir

le

l'homme ne

comme pour

un danger,

au prix de tous

doit jamais violer le

les sacri-

droit des autres

rejeter sur eux

mal que

le

écheoir en partage. Les circonstances les plus extrêmes

la loi

du devoir

est tel,

Partant du

que chacun

principe que

doit sacrifier sa vie

condam-

obéir, les philosophes qui nient le droit de la nécessité,

pour

lui

nent

même

celui qui

aurait causé du préjudice à autrui sous l'empire

(l'une contrainte irrésistible.

Us n'admettent pas

veur de celui qui aurait causé un

jirouver ([ue la crainte, suffisant

pour

faite

en considération

admettre

(pic

dommage

même

le

si

grande qu'elle puisse

mal

la faiblesse

si la

;

de

tous les la

une excuse en

très-léger, pour éviter

Mais tandis qu'en morale certains

considérable.

si

Si le caractère de la loi morale, disent cer-

ne peuvent suspendre l'empire de cette règle. le

le

causer du mal à autrui, pour éviter un plus grand

tains théoriciens, est de devoir être accomplie fices,



Grotius.

salut éternel.

fa-

péril

philosophes veulent

être, n'est pas

législateurs modeyies,

plupart des

un

hommes,

un motif prenant

sont d'accord pour

crainte est de nature à ébranler un grand coilrage, elle

peut fournir une excuse complète, à soit très-pressant, et qu'il

la

condition toutefois que

le

péril

ne puisse être évité d'aucune manière légi-

LE l>a01T DE LA GUERRE ET

18''l

4.

11

lA PAIX.

T>E

que quel([ues-iins dos apôtres ont

est constant

jusqu'au dernier temps, au vu et su de Jcsus-Clirist,

vovagé armés de glaives;

même

faisaient ordinairement la

voleurs qui

raconté

le

infestaient

même

chose, à cause des

chemins. Cet historien a

les

au sujet des Esséniens, qui étaient

fait

les hommes les plus

nous apprenons de Josèplie eux à la ville,

et

se rendant de chez

que d'autres Galiléens

que Jésus-

inolïensifs. Aussi arriva-t-il

Christ ayant annoncé l'approche du temps où sa robe serait

vendue pour acheter une épée (Luc xxn,

tres lui

répondirent aussitôt

3G), les

apô-

avaient deux épées

(ju'iis

dans leur troupe. Or, leur troupe ne se conqiosait de nulles autres personnes ((ue des apôtres. Les paroles mêmes de Jésus-Christ, (pioicju'elles ne contiennent pas

un véritable connnandemcnt, mais seulement une façon de parler proverbiale, par laciuelle il donnait à entendre comme qu'on était à la veille de très-grands dangers,



du tenq)s

l'indique clairement l'opposition qui s'y trouve

où Ton

était alors,

sur et pro))ère

avec

(§ 35),



allusion à

les apôtres regardaient

5. C'est avec raison

avait été

([ui

ces paroles sont cependant telles

([u'elles paraissent faire

mune, que

premier temps

le

une pratique com-

comme

que Cicéron a

licite.

dit «([u'il serait

certtiincment défendu de posséder des épées,

absolument pas permis de parole: •

«Ne

elle n'est

vous

résistez pas à celui qui

pas plus générale que celle

s'il

n'était

Quant à

s'en servir'. »

fait

([ui suit

:

la

injure;» «

Donnez

lime, soit en y opposant une résistance personnelle, soit on invoi|uant l'appui d'une force élrangcre, soit en difTérant l'cxcculion.

Le Droit pénal, étudié dans ses principes, Traité du Dr.oil pénal,

t.

II. cliap.

wiii

pratique du droit criminel français, Théorie du Code pénal, infrà, '

t.

Il, p.

liv. Il, cliap. ii, g vi et

Oratio pro iîilone, cap.

'.'61

vu, iv.

la

.

;

n"

etc.,

I,

l.

Voir Tissot,

45; Hossi,

Uautkr, Traité théorique OU

;

(

cl

jiauveau et Hklie,

— Sur l'excuse

noie.

p.

de

la

I'.

niisèrc, voir I'.

F.

(Barbeyrac).

LIVRE

I,

CllAriTIVE

à tous ceux qui demandent.

185

III.

Cette dernière proposition

»

comporte comme exception, la restriction qu'en donnant nous ne nous imposions pas un trop lourd sacrifice. Bien plus, ce précepte de donner n'est accompagné de rien qui insinue la restriction dont il s'agit, laquelle se déduit uniquement des règles de l'équité; au lieu que le ])réccpte de ne point résister porte son explication dans l'exemple du

Cet exemple nous

fait voir qu'on de souffrir sans résistance,
n'est indispcnsablcment tenu

mieux valu

aurait

il

vous faire G.

de

dire

:

«Ne

résistez pas à celui qui

mais donnez votre vie plutôt que de usage des armes. » Dans les paroles de Paul aux Romains, le mot fait

injure,

ne

l'original

Tel est

signifie pas se défendre,

mais

.se

sens qu'il a dans le livre de Judith

le

venger.

(i,

12 et

dans Luc (xviii, 7, 8; xxi, 22), dans la seconde épître aux Tlicssaloniciens (i, 8), dans la première épître de Pierre (ii, 14), dans l'épître aux Romains (xiii, 4), II,

1),

dans

la

liaison

première épitre aux Tlicssaloniciens

du discours

il

avait été dit précédenuiient

le

mal pour

le

la

défense

de

mal,

(iv, 6).

démontre manifestement

le

»

:

«Ne rendez

La

aussi, car

à personne

ce qui définit la vengeance et non

soi-même.

Paul appuie son

exhorta-

un passage du Deutéronome « A moi la vengeance; c'est moi qui rendrai la pareille, » où l'hébreu dit « A moi aussi la vengeance. « La signification propre du terme, et le sens même du passage ([ui ne permet pas tion sur

:

:

([u'oii

rentende de

qu'il s'agit 7.

Ce qui a

terdiction

la

défense individuelle, indiquent

dans ces textes du (le

fait

de se venger.

été dit à Pierre contient à la vérité se servir de l'épée,

une

in-

mais non au, point de

vue de la défense. Cet apôtre n'avait pas besoin, en elfet, de se défendre; Jésus-Christ n'avait-il pas déjà dit en

186

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX.

parlant de ses disciples

:

« Laissez-les s'en aller, » afin

cette parole qu'il avait dite

lïit

accomplie

fiucun de ceux que vous m'avez

non plus

n'y avait pas

9). Il



donnés»

que

Je n'ai perdu

(Joan. xvui, 8,

à défendre le Christ, car

il

ne voulait pas être défendu. Aussi dans Jean, JésusChrist ajoute-t-il le motif de l'interdiction faite à Pierre

«Ne

boirai-jc pas,

père?

»

et

11);



dit-il, la

coupe que m'a donnée

dans Mathieu

s'accompliraient les Écritures

Comment donc

«

:

:

mon

disent (jue cela doit

([ui

arriver ainsi?» Pierre ((ui était l)ouillant, était entraîné

par

le

désir de la ven{^'cance et

défense. Ajoutez à cela

(ju'il

nom

ceux qui se présentaient au La question de savoir s'il

non

])ar le soin

de

la

prenait les aruies contre

de

l'autorité publicpie.

où il soit aux agents de cette autorité, est une thèse particulière, ([ue nous traiterons spécialement plus bas. Ce (|u'ajoute le Seigneur: «Tous ceux qui auront pris le glaive périront par le glaive, » est ou bien un propermis de

est ([uchjues cas

résister

de l'usage ordinaire, qui signifie ([ue le sang que ])ar consécjuent l'emploi des armes n'est jamais exenq)t de péril; ou bien, telle est l'opinion d'Origène, de Théophylacte, de Tileet d'Euthymius, cela veut dire que nous ne devons pas dérober à Dieu la vengeance, qu'il exercera suffisamment lui-même

verbe

tiré

se paie par le sang, et

en son temps. C'est évidemment dans ce sens

dans l'Apocalypse pérance et

(xiii,

10)

:

lui-même avec

doit être tué la

ré[)ée; en cela repose l'es-

patience des saints.

ce passage de Tertullien

:

«

([u'il est dit

«Celui qui tue avec l'épée,

Dieu

»

est

A

cela se rapporte

un dépositaire de

i)a-

tiencc (jui suffit à tout. Si vous lui remettez entre les

mains une

injure,

physique,

il

(|ui

en

ressuscite

:

il

en

est le cpie

est le vengeur; si médecin; si c'est

ne doit donc pas

d'avoir Dieu pour son débiteur?

» Il

paroles du Christ renferment en

c'est la

une douleur

mort,

c'est lui

faire la patience, afin

semble

même

aussi ([ue les

tenips une i)ré-

LIVRE diction des cliâtinicnls

I,

(illAriTRE

187

III.

que l'épée des Romains devait

in-

aux Juifs sanguinaires. 8. Quant à l'exemple de Jésus-Christ que l'on dit être mort pour ses ennemis, on peut réi)ondre que tous les

ili^er

actes

.

du Christ respirent à

la vérité la vertu, qu'il est

louable de les imiter autant qu'il est possible, et que

un zèle qui ne manquera pas de récompense; mais que cependant ils ne sont pas tous de telle nature que Jésus-Christ les ait accomplis pour se conformer à une loi, ou qu'ils constituent une loi eux-mêmes. Car, que le Christ mourût pour ses ennemis et pour des impies, ce n'est pas qu'aucune loi l'y obligeât, mais c'est en vertu d'un accord ou d'un traité particulier formé avec son père, qui lui promit, s'il le faisait, non-seulement de l'élever à un haut degré de gloire, mais encore de lui donner un peuple dont la durée serait éternellt (Ésaïe LUI, 10). Paul déclare d'ailleurs que cette action est en quelque sorte uni([ue, et qu'on aurait de la peine à trouver quelque chose qui s'en rapproche (Rom. v, 7). Le Christ, de plus, nous ordonne d'exposer notre vie aux dangers, non pas au profil du premier venu, mais pour ceux qui partagent avep nous la même doctrine (I Joaii. c'est

m,

IG).

Pour ce qui est des maximes alléguées des auteurs ou bien elles paraissent être un conseil et une exhortation à un genre de vie d'un ordre supérieur, plutôt qu'un commandement formel; ou bien ce ne sont que les opinions de simples particuliers, qui ne sont pas le sentiment commun de toute l'Église. Car dans les plus anciens canons, que l'on appelle les canons des apôtres, 9,

chrétiens,

est privé de la communion, qui dans du premier coup son adversaire, par un excès d'emportement (*) [Can. XLV, si vcrd de sent, cx-

celui-là

une

(')

seulement

rixe a tué

Ambroise,

liv.

X,

/»i

Lucam

:

«

vous J'achcler une épée, puiscjue vous

Seigneur, pourquoi m'ordonnez-

me

défendez de frap|ier

?

Pour-

LE DROIT

188

com.

can.

et

;

LA GUEKUE ET

]ili

Augustin

Iwmieidio).

de

signifie,

LA PAIX.

LiE

lui-

que nous avons cité pour appuyer l'opinion contraire, semble être de cet avis [Quxst. lxxxiv, sur iiièiiie,

l'Exode)

IV.

La guerre publique

1.

est

ou solennelle selon

des gens, ou non solennelle. La guerre ([ue

le droit

pelle

'.



guerre juste, dans

mcni juste, de

même

le

sens que l'on dit un \csUi-

pour

JHsIrs noces,

j'ap-

nommée

solennelle, est le plus ordinairement

ici

aux codi-

les o^jposcr

cilles et à l'union des esclaves. Gela ne veut pas dire

qu'il

ne

pas permis à

soit

cilles, et à

le

(jui

exigez-vous que j'en aie une,

«luoi

veut de faire

un esclave de vivre uni

à

|tuis(|iic

lirer? C'est peul-clrc afin (|ue j'aie de quoi afin '

que

je

me

me

vous

me

pourquoi, selon

la loi

codi-

(*)

mais

;

défendez de

la

défendre, cl non pas

Grotius.

vençc. »

Saint Augustin,

(l(!s

une l'emuie

dans ce passage, ne

fait

(iu'ex|iii(|uer

raison

la

de Moïse, on pouvait impunément tuer un voleur

de nuit, et non un voleur de jour.

ne

Il

pas d'autre distinction.

fait

(Uauiievrac).

Le développement moderne de plètement disparaître

les

ou d'États différents,

si

la

guerres privées entre individus d'un

Moyen Age,

fré(iucnles au

curieux exemple entre Mansfcld

un dernier

et

pendant

guerre de Trente Ans. Suivant

la

le



nations souveraines et indépendantes.

(*)

Même

du droit

entre citoyens,

Pavl, Sentent., de adnlteriis, le

il

lib.

XLVIll,

droit civil.

In Octavio, cap.

Bernard de Weiniar,

à Élat, c'est-à-dire le

Droit

la

entre

Gens de

des

T. P. F.

1.

y avait certains mariages qui n'étaient pas

XIX

lib. Il, tit.

Etat

on retrouve

et dont

et

Voir

341, note

Il, p.

des enfants qui n'étaient pas

civil, et

pas suivant

t.

mémo

droit iiublic moderne,

guerre ne peut exister régulièrement que d'Ëlat

Vattel, édit. Guillaumin,

com-

vie publique en Europe, a fait

tit.

;

loi

V.

Il

si

fils

d'après

le

droit civil,

uxor, Digeste, ad Legem Juliam

y avait aussi une liberté qui n'était

Sénkque, De vitd beatd,

cap. xxiv

;

Sukto.ne,

xi. («).

(a) n .s'agit ici du concubinalus ol des cnfaiiU issds do roltc union lolt-réc, mais non de droit civiL Dans les mœurs runiaincs, lu concuhinal était permis, même commun, mais il n'ûUiil nullement un mariage; ainsi, il n'y avait ni vir, ni

vxor,

ni dot, ni jiuissunce

à quelque

époque

paternelle;

(pic ce fût,

par

l.i

il

no produisait pas do lien

;

il

cessait

volonté des deux parties ou d'une seule,

sans qu'il fut néccssaiie d'envoyer d'acte de répudiation.

Il

pouvait aubbi être

.

"

LIVRE

I,

CluriTRK

de ce

celle (léiiomination leur vient

180

III.

(jue le testament et

noces solennelles, ont certains elTets particuliers en vertu du droit civil. C'est une observation qu'il est utile les

de

car beaucoup de personnes interprétant

Caire,

terme de jws^c, pensent que toutes

mal

le

guerres auxquelles

les

ne convient pas cette qualification, sont condamnées iniques ou. illicites. Pour que la guerre soit so-

comme

lennelle selon le droit des gens,

deux conditions sont

d'abord que de part et d'autre ceux qui la font soient investis dans la nation de la souveraine puissance ensuite ([u'onait observé certaines formalités, dont nous requises

:

;

traiterons en leur lieu. Ces conditions étant conjointe-

ment

ne

suflit

pas sans l'autre

'

Grolius ne rccoiinait d'autre guerre solennelle, que celle qui se

'


re([uises, l'une

|iarl et il'aulru

par autorité du souverain. Suivant

choses pour qu'une guerre soit solennelle ou dans

traiisforiiié

en justes noces,

s'il

point un iiiaria';e,nl produisait indi
il

fait

faut deux

formes, selon

le

n'y avait pas d'einpèchemcnl. Quoiqu'il ne

néanmoins un

efl'et i)ar

fût

rapport aux enfants

:

il

Ces enfants n'étaient p&s jusli liberi, puisqu'il n'y avait

pas justes noces; mais

ils

avaient un père rertain, et

ExpHc.des

timés. Voir Ortolan,

les

lui,

instil.

de Juslinicn,

ils t.

pouvaient être légi-

I, édit.

1851,

p.

2t5et

Le texte de Paul, auquel renvoie GnoTius, pourrait se traduire ainsi :« Il est défendu à la personne in palrid poleslale de se marier sans le consentement de son père; mais le mariage ainsi contracté ne sera pas anéanti en effet, rinlérct public doit p;vsser avant les vœux des particuliers. » Cependant

suiv.

:

du père, il n'y a point de maDémangeât croit (pi'il faut entendre ce passage conmie Pothier {Traité du contrat de mariage, n" 17), et le traduire ainsi « Pour qu'une personne en

les

textes prouvent que, sans le consentement

riage. M.

:

puissance puisse contracter mariage,

il

faut la volonté de son père; mais la vo-

lonté du père ne suffit pas pour dissoudre

En un mot, suivant

le

un mariage valablement contracté.

»

savant professeur, Paul a voulu exprimer la règle intro-

duite par une constitution d'Antonin le Pieux, d'après laquelle, lorsqu'une per-

sonne en puissance est légitimement mariée, il n'est plus permis à son père de dissoudre à son gré le mariage. (Cours élémentaire de droit romain, 1864, 1. 1,

p. 234.)

GnoTius

fait

Quant à

la «

liberté qui n'était

voulant l'affrancliir,

s'était

les conditions

(Voir DEMANGEAT, Hljr

.

le

droit civil»,

lorsque son maître

borné à manifester clairement sa volonté, sans em-

ployer Pun ou l'autre des trois

remplir

pas suivant

allusion à la liberté dont jouissait l'esclave,

modes solennels

d'affrancliissement, et sans

voulues pour que son esclave affrancbi devînt citoyen citât.,

t. I,

p.

190 et suiv.).

P. P. F.

LE DROIT DE LA GUEURE ET DE

190

guerre publique qui

2. LrI

manquer de

u'est pas solennelle,

peut

formalités, être laite conti-e des particu-

par l'autorité de n'inqmrtc

liers, et

PMX.

I.A

([uel magistrat.

indépendamment des semble que connue toute magistrature certes, à en juger

Et

lois civiles,

il

j)ubli(iue a le

pour la défense du i)euple ([ui pour faire respecter les actes

droit de faire la guerre

lui est confié, elle l'ait aussi

de sa juridiction, droit des gens rité

la

cipes et de

dans

première, la

;

la

nature

résiste par la force

dit Vnltel,

même

de

la

Mais parce par l'auto-

et d'autre

dont

nécessité se déduit des prin-

la

guerre, caractérisent

formea. Elles consistent dans

les

de part

([u'eilo se fasse

'.

seconde, qu'elle soit accompagnée de certaines for-

Ces formalités,

malités. «

et

:

du souverain

on y

si

la

(guerre légitime

demande d'une

la

juste satis-

faction, et dans la déclaration de guerre, au moins de la part de celui

attaque; car

même, dans

guerre défensive n'a pas besoin

la

les

(pii

d'une déclaration, ni

occasions pressantes, d'un ordre exprès du souverain.

Kn

deux conditions sont nécessaires à une guerre légitime, selon

effet, ces

droit des gens, c'est-à-dire telle (pie les nations ont droit de droit de faire

la

guerre n'appartient

(|u'au souverain,

et

il

la

faire.

le

Le

n'est en dl'oit

armes que quand on lui refuse satisfaction, et même après avoir déclaré la guerre. » {Le Droit des nciis, liv. lit, cliap. iv, t. II, GG, p. 414 voir aussi g G4, G5, et la note 1, p. 413 édition Guillaumiu, de prendre

les

ji

et suiv.

;

;

l5v>\kEiisiioF,K,

RuTiiERFORTu's,

Quxslionum juris

publici,

lib.

I,

cap.

ii

;

10; Klïjuer, Droit des gens

Iiistit., liv. Il, cliap. IX, g

mod. de V Europe, g "238 et sniv. Martens, Précis du Droit des gens moderne de l'Europe, liv. VIII, chai), ni, '2G7, édil. Guillaumin, t. Il, ;

'p,

p. 212, et la note

développée de M.

Éléments du Droit international, *

Il

Cli.

Vergé,

t. I,

p.

p.

214

lorsqu'un magistrat subalterne prend

les

s'y

du souverain, qui en

l'État,

l'a

revêtu en

soumettre,

lui

si

tout

magistrat,

exprès du souverain. Or, je demande,

même

comme si

lui,

un

est censé le

temps du pouvoir néces-

tel,

tel

il

confiant une partie du

saire pour l'exercer. « Ainsi, dit Barbeyrac sur ce passage,

quement de savoir

significa-

d'armes. Selon

armes pour maintenir son au-

pour réprimer ceux qui refusent de

gouvernement de

Wiieatox,

Grotius donne au mot guerre une

faut se rappeler ([ue

faire avec l'approbation

:

P. P. F.

tion très-étendue, et qu'il entend par là toute prise

torité et

et suiv.

279.

a ici

il

s'agit uni-

besoin d'un ordre

magistrat peut user de

la

raison une ou deux personnes, ou dix,

voie des armes pour mettre à

la

©u vingt, qui ne veulent pas

obéir, ou qui veulent l'empêcher d'exercer

sa juridiction;

lui

pourquoi ne pourrait-il pas se servir du

même moyen

LIVRE

que

guerre

la

CHAPITRE

I,

un

péricliter tout

l'ait

par les lois de pres(iue tous

191

111.

État,

il

est

pourvu

peuples, k ce qu'aucune

les

guerre ne soit entreprise que par l'ordre de celui qui a Il y a vers la lin du des lois de Platon une disposition semblable et

puissance souveraine dans l'Etat.

la

traité

;

romain on déclare coupable du crime de lèse-majesté, celui qui, sans l'ordre du prince, a fait la guerre, elFectué une levée, réuni une armée (1. 3, Dig.^

tlans le droit

ad kg.

La

Jul. majcst.).

loi

Gornélia, proposée par L.

Cornélius Sylla', avait dit «sans l'ordre du peuple.»

Dans

le

code de

.Justinien,

il

y a une constitution de Va-

Icntinien et de Valens qui dispose, « (jue nul n'ait le droit

de manier aucune espèce d'armes à

contre

contre cinquante, mille, etc. ? l'ius le [iloyer la force

prend sous

le

pour vaincre

nom de

sera grand, et la

Tout ce qu'on en |)arle

d'une

loi

sait est

cornélienne sur

P. P.- F. à L.

cette loi

ne

crime de lèse-majesté. Oral, in Pison,

le

insciis

atque inconsuUis,

copia tribualur,

nullement du pouvoir de faire

([u'on l'entende

;

mais

XI,

lib.

usus, inscio principe, inlerdiclus

s'agit

Cornélius Sylla.

(Barbeyrac).

armorum movendorum il

que Grotius com-

fondé sur un passage de Cicéron, où l'orateur

Aulli prorsùs, nobis

morum

aura besoin d'em-

résistance. Or, c'est ce

cap. XXI. 2

contre deux-

mille,

il

guerre. »

C'est par conjecture qu'on attribue

'

|ilus

empe-

cela se rapporte

contre

personnes,

cent

nombre

l'insu des

A

reurs, et sans les avoir consultés^. »

la

sit,

quorum

XL VI.

Ul

libel

ar-

Leg. unie. Dans cette

loi

guerre, de quelque manière

empereurs Yalenlinien

les

tit.

et

Valens y défendaient

à ceux qui n'étaient pas soldats, de porter des armes en voyage

(a).

(Barbeyrac). (a)

BAnDEVRAC, s'appuyant sur rautorité de

J.

Godefroi,

dit

que movere

arvia signifie simplement porter des armes, soit qu'on s'en serve, soit qu'on ne s'en serve pas (Godefroi,

1.

même

Code Tkéodosien). La glose loi du Code de Justiuien, servir des armes. La loi 3, du lit. IV, lib. XLVIII I,

du

litre.

marginale de Denys Godefroi, porte, à propos de cette

que vioverearma du

signifie

Dij^estc, indique

:

comme

se

devant être frappé? par

la loi

Julia majestatis, ceux

un texte de Paul, Dig., XLVIII, déclare que celui qui porte une arme pour sedéfendre, considéré comme s'élanl armé pour commettre un assassinat.

qui auraient fait la guerre sans l'ordre du prince; et I.

XI,

t.

VI,

liv.

ne doit pas être

P. P. F.

LE ItROlT DE LA (iUEllRE ET DE LA PAIX.

192

passage suivant d'Augustin

le

pour conserver

établi le

pouvoir et

la

personne des princes

comme

Mais

3.

volonté de

la

' .

(*)

L'ordre

«

:

naturel

paix des mortels, exige (|ue

la

guerre résident dans

l'aire la

»

maximes, quelque génépour interprète, il en

toutes les

rales qu'elles soient, ont l'équité

Lib XXII, contra Fauslum, cap. lxxiv. Graticn

(•)

[Causa

Quœsl.

XXIII,

entreprise d'après un ordre spécial de Dieu, est dite

sances. «

'

M. Caudiy, de discerner

en guerre. La distinction et

fut

(|ui

longtemps

si

guerre privée,

la

peut

à

vrai

la

d'exein|ile.

aujourd'liui, pour tous les yeux, de plus évident et de plus

a-t-il

guerre, et doit

nom de

au

la faire,

Mais comptons un peu ce

(ju'il

l'État,

droit de

le

avec ses armées

a fallu, depuis le

déclarer

la

et ses flottes.

Moyen Age, de temps

et

pour définir cliacun des termes dont cette définition générale de

d'elTorts,

guerre publique se compose. El d'abord, quand

rendre

le

s'établir entre

nous servir

ici

.simple que ce principe: « Le souverain seul a

la

n'est pas

guerre des puis-

juste de l'injuste, dans les rapjiorts des nations, soit en paix,

le

guerre publique

Qu'y

:

GnoTius. n'a pas toujours été facile, dit

Il

du faux, soit

ce passage

cile

Uébreux, toute guerre qui

Clicz les

1).

la justice

comment

la

au dedans

partagé entre

le

même

le droit

souverain

et ses

de

vassaux,

guerre, celte justice du deliors, aurait-elle pu rester l'attribut

exclusif de

la

du roi

une œuvre

fut

était

royauté ? Si

concenlraiion des appels judiciaires à

la

laborieuse et

si

une entreprise moins délicate barons cette prérogative

mêmes parles armes

(jui

si

lente, ce n'était pas

moins

et

cœur, de poursuivre eux-

Au xw"

réparation de leurs injures.

la

cour

que d'arraclier aux

difficile

leur tenait tant à

la

assurénuut

siècle,

on

croyait avoir déjà beaucoup obtenu en suspendant les guerres privées

pendant

le

temps où

le

roi faisait sa

guerre. Leur abolition complète

n'était pas affaire de règlement ou d'ordonnance: fruits

heureux du cbangement

l'Europe, par

la

n'était pas assez

qui

la

déclare

ployé [lour

la

;

(jui s'o|)érait

consolidation du pouvoir royal

que il

la

ce devait étie un des

dans

les gouverneineiits

en

guerre devint publique par

importait encore qu'elle

faire. C'est

ici

que

le

le

fut

droit de

la

ajouter un perfectionnement manifeste au droit de

causes secondaires

(|ui

tique de

les

la

guerre

ont

le

le

de

Mais ce

caractère de celui

par l'instrument emcivilisation est la

nature.

venu

L'une des

plus contribué à faire passer dans

priiicipes

gile, c'est l'établissement

nioiiarcliic.

la

|)ra-

d'bumanité qui découlent de l'Évan-

d'armées et de Hottes régulières.» (Le Droit

marilime international, 18G2,

t.

1,

p. '2tU et suiv.)

V. P. V.

——

LIVRE est (le

même

Du Moulin,

Ex

de cette

CIlAriTUli

1,

loi

(

hoc jure, D. dcjust.

et

111.

Victoria, De jurejjclli, n° d^zJ-

WO^^Idem.

Disp.





—Victoria. — BxKYÔL.inleg. — Bartol., de Beprxs.

3.

jure.

Mart.Laud., de

nrincipali ad sccund.^ nP G.

Dello,q.2).

uar, en premier lieu, on ne peut douter qu'il ne soit permis à un magistrat préposé à une fonction, de contraindre par le moyen des agents de son autorité un j)etit nombre de rebelles, toutes les l'ois qu'il n'est pas

besoin pour cela de plus grandes troupes, et

(ju'il

n'y a

menace l'État. En second lieu, si le dan. ger est tellement imminent (|ue le temps ne permette pas de consulter celui ([ui possède le suprême pouvoir pas de péril

dans

la nation, celte nécessité lera

tion. C'est était

(|ui

de ce privilège qu'a

commander

chargé de

t'ait

le

encore

ici

une excep-

usage L. Pinarius,([ui

poste d'Eiina en Sicile.

Ayant appris de source certaine que les habitants de la ville tramaient une défection pour se donner aux Carthaginois,

les

il

massacrer, et conserva Enna (Tit.-Liv.,

lit

XXIV). En dehors d'une nécessité semblable, Fran- / cisco Victoria a osé donner aux habitants d'une ville le / droit de faire la guerre pour venger les injures dont le prince néglige de poursuivre la réparation. Mais son!

lib.

I

opinion est avec raison rejetée par d'autres auteurs.

^

/ ro

V.



1.

Les interprètes du droit sont en désaccord

sur la (piestion de savoir

si,

dans

les cas



les autorités

subalternes sont fondées à prendre les armes, une telle

guerre doit être appelée publique.

ment (Ayala, De jure lum, C.

11°

2. Ibi, sufficU cliam). 11 y

OUmderest.

spol.^ n. 8.

Panormit. Ihid.

Certainement,

tendons gistrat,

([ue, il

par

y en a qui

en a qui nient (Innoc.

Hostes, D'uj. de Capliv.).

la (pialilication

de

;;i/f^/ic

nous n'en-

ce qui a lieu en vertu du pouvoir d'un

n'est pas

aflir-

Silv. , ucrto bel-

Et C. sicut de jurejur.^ n. 5.

— Bart. ad kg.

si

11

bclli, 1. 1, c. ii, n. 7.

douteux

([ue

de

telles

ma-

guerres soient

publiques, et que, par conséquent, ceux qui dans un cas I.

13

.



.

lE TUniT

104

LA GUEnnE ET DE LA PAIX.

T1E

aux magistrats, toinbent sous

pareil s'opposent

des peines inlligées h ceux rieurs.

Mais

ce qui se

si

le

mot de

public signifie par excellence

solennellement,

fait

coup

le

résistent à leurs supé-

((ui

— comme

hors de

est

il

— ces

controverse que cette épitliète se prend souvent,

guerres ne sont pas publiques, puis^iue, pour remplir toute l'idée de ce sens,

il

faut et la décision de l'autorité

souveraine, et le concours d'autres circonstances. Je ne suis pas

touché par cette considération

(jne,

dans de sem-

blables démêlés, on enlève ordinairement aux rebelles leurs biens

tres rencontres (TiT.-Liv. Dirto /oco.

CAJETi^,

scct.

Bcllum, p.

Mais

2.

il

lieu aussi

— Lorca,

dans d'au-

^Victor.,

secund.^ qusost. 40. arlic.

1, n. 2.

aux sol-

propre d'une guerre

que cela ne puisse avoir

solennelle,

même

et tpi'on les al)an(lomie

(*),

dats, car ce n'est pas tellement le

I.

n. 29.

— Sylv., verbo

Disp. L. n. 12).

peut arriver que dans un État d'une grande

étendue, les autorités subalternes aient reçu

d'engager les hostilités

(**).

le

pouvoir

Lorsque cela arrive on peut,

dès ce moment, considérer la guerre

comme

faite

vertu de la volonté de l'autorité souveraine, car celui

donne à quelque autre est réputé l'auteur (')

On peut

le droit

ajouter aux jurisconsultes cités à ;

GœoDEUs, Cons. Marp. la loi

une chose, en

cette occasion

xxviii,

num. 202,

Le

raineté.

Franc. ;

;

Grotius.

et seq.

de l'cuipercur Frédéric dans Conrad, abbé d'Urs-

GnoTius.

perg. '

:

De pacc puhlicd, cap. ii, nuni. ^0 LV, Lid. D, vcrhn Ifrllum, num. Il)

Gailius,

lecardinalTuscnus, Pracl. Qu.rst.

Voyez

faire

'

Aret., Cons. XIV, nurn. 8

(**)

de

en (jui

droit de faire Il

la

guerre au nom do

ne peut donc être excrcù

conformément

((ue

l'Ktal est

par

à la constitution de celui-ci.

le

un droit de souve-

représentant de l'État, et

De simples

sujets ne peuvent

y prétendre d'aucune manière. Cependant certains publicisles modernes, tels que Kliibcr, Martens, Wlieaton, enseignent encore que ce droit peut être délégué dans des circonstances parliculières à des gouverneurs ou préfets, surtout dans les

Wheaton en

autoriserait

provinces éloignées, ou

même

la

dans

des

colonies.

délégation à une corporation corn-

LIVRE

CHAPITRE

I,

III.

195

.

On

dispute davantage sur la question de savoir si, en l'absence d'un pareil mandat, la conjecture de la volonté peut suffire. L'affirmative ne me paraît pas devoir 3,

être admise.

Car ce n'est pas assez de rechercher quelle du chef de l'État, si on venait à le consulter dans telle rencontre, mais il faut plutôt considérer ce (lu'il voudrait qu'on fit sans le consulter, lorsqu'on en a le temps, ou que l'affaire est douteuse, supposé serait la volonté

une

qu'il établît là-dessus

une

loi lixe.

En

effet,

quoique dans

situation déterminée, le motif spécial qui aurait

entraîner la volonté

pu pour l'heure ', motif général de

du chef de

l'État cesse

cela n'empêche pas cependant cjue le prévenir les dangers ne subsiste toujours. Or, ce résultat nierci.ilc,

telle

par exemple

(iH'ét;iit

la

compagnie anglaise des Indes

(KLUBEn,Z;m7 des Gen;9mo(/. de r£:wr.,cdit.Guillaumin,18Gl, 300; Martens, Précis du Droit des Gens mod. de VEur., édit.

orienlales 'i

230, p.

(luillaumin. 2« édition 1804,

Droit internalio7ial, 3"

édit.,

que des sociétés formées de

la

ji

204, 1858,

t. Il, t.

I,

p.

204; Wn^xio^, Éléments du

p.

258). llelTler, de son côté, nie

réunion d'un certain nombre de particuliers,

que des compagnies commerciales, par exemple, soient en droit de faire la guerre {Le Droit international priblic, traduction de Bergson, 1 §

(iCKe opinion que nous considérons

comme

fondée, parce (pie

le

14).

droit

d'engager lités,

la guerre entraine une nation dans de trop grandes éventuapour qu'il puisse être ainsi délégué par le souverain à des autorités

inférieures, cette opinion est critiquée par le savant annotateur de ions,

M. Ch. Vergé,

dant en

fait,

libr. et loc. cit., p. 205.

Il

(|uc les autorités inférieures, telles

départements,

les

gouverneurs de places

Mar-

faut reconnaître cepen-

que

préfets dans les

les

fortes, et les représentants d'une

nation dans les parages lointains, sont fondés à réprimer les attaques soudaines, les tentatives imprévues, les violations du droit des gens. Mais ces actes de répression momentanés ne snuraient être considérés comme

une guerre,

et le

gouvernement conserve toujours

le

droit de désavouer

ses agents. La rapidité des communications entre les points les plus reculés du globe, et la responsabilité des gouvernements devant la nation, rendent d'ailleurs fort illusoires à notre époque, les ipiestions analogues à celles '

que GuoTius

C'est-à-dire,

traite

dans ces paragraphes.

encore qu'il ne soit

iioint

de ce qu'un gouverneur a entrepris

la

souveram. Voyez ci-dessous,

cliap.xvi, g 25, n»

liv. II,

P.

P. F^

arrivé de mal actuellement,

guerre sans attendre l.

les

ordres du

(Bakbevrac).

106

nnoiT

i.E

«uerre et pe la rArx.

i.a

i>ic

ne peut avoir lieu, si ciiaque inaf^^istral s'arroge le droit de prendre une décision sur de telles alVaires. 4. Ce n'est donc pas à tort que Cn. Maidius lut accusé par ses lieutenants, d'avoir déclaré la {guerre aux GalloGrecs sans l'ordre du peuple romain (Tit.-Liv., lib. XXXVIII) car bien (pie leurs légions se fussent trouvées dans l'armée d'Antioclius, la paix ayant été laite avec ce prince, ce n'était pas à Manlius, mais c'était au peuple romain à juger si l'on devait tirer raison de cetle injure, ;

contre les Gallo-Grecs. Catoii voulut (ju'on livrât César

aux Germains, parce je crois qu'en cela

leur avait

([u'il

l'ait

guerre; mais

la

ne regardait pas tant ce

il

ne voulait délivrer

(|ui

était

du menacée'. Les Germains, en ellet, avaient donné des secours aux Gaulois, ennemis du peuple

juste, qu'il

maître dont elle

de

la crainte

était

Harbeyrao invoquant

'

la ville

le

témoignage de Plularque,

fait

oiiserver que

ce n'était pas à cause que César avait entrepris la guerre contre les Ger-

mains sans un ordre le livrât

contre

exjirès de

aux ennemis

la

;

mais

parole donnée.

Il

Hépubli(iue, que Caton demandait (ju'on

la

|iarce (jue

motif de l'opinion de Gatoi). Voici voie t3ARBEYKAc il

:

«

Quand

il

l'ut

César avait attaqué

donc

parait

(pie

Gnoiius

les

le

passage de l'Iularquc, auquel ren-

le

retourné à son armée dans

trouva une puissante guerre dans

Germains

mal exposé

a

le

Gaules,

les

pays. Les Teiichlériens et les Usi-

pètes, deux grandes nalions allemandes, avaient passé fràicliement le Rhin pour envahir quelques terres en deçà (Jésar écrit lui-même dans

ses commentaires, que ces Barbares et

que pendant

sur

lui

rien...

(jue les

avaient envoyé des ambassadeurs,

il

les barbares,

lui,

il

([u'il

s'étaient jetés

ne se doutait de

d'autres ambassadeurs

champ mena son armée

les retint, et sur-le

contre

jugeant que ce serait une simplicité ridicule de garder

des gens infidèles, et qui, en violant

cord qu'ils avaient juré. Canusius

dit (pie

sacrifices à cause de celte victoire,

même

fait trêve, ils

comme marchait avec ses troupes, et Mais comme ils lui envoyèrent ensuite

pour traiter avec

foi à

lui

deux armées avaient

tem|is César

violée de dessus

aux Barbares,

la ville

lorsque

le

Sénat ordonnait des

été d'avis

de détourner la tclc

la

trêve, venaient de violer l'ac-

Caton avait

afin

de Homo, sur

la

la

de livrer en

punition de

du coupable.

traduct. de l'abbé Tallemenl, IG07 (Bruxelles), 2' partie,

» t.

P.

la foi

Vie de César, Il, p.

24G.

P. F.

LIVRE

romain,

et

CHAPITRE

I,

par conséquent,

qu'on leur

ait

197

III.

n'avaient pas à se plaindre

ils

injure; en supposant toutefois

t'ait

que

le

eu un juste sujet de faire la guerre aux Gaulois. Quant à César il aurait dû se contenter d'avoir chassé les Germains des Gaules, province qui peuple romain

ait

lui avait été conliée,

et

ne devait pas poursuivre ces

il

peuples sur leur propre territoire; surtout lorsqu'il n'y avait plus de péril à redouter, sans avoir consulté aupara-

vant

le

peuple romain. Les Germains n'avaient donc pas de demander qu'on leur livrât César, mais le

le droit

peujile

dont

romain

les

Romains

îivait

celui do le punir

:

«

rechercher

Pour moi, si

je

ne

suis pas d'avis

qu'on doive

etret,

notre affaire de recher-

notre concitoyen a agi de notre consentement, ou

de son autorité privée, il

même raison

une décision privée ou puattaquée; mais si elle l'a été

avec justice ou non. C'est, en si

par la

c'est d'après

blique (jue Sagonte a été

cher

;

Carthaginois se servirent dans leur réponse aux

et

de

le punir.

Entre vous et nous

n'y a qu'une chose à discuter, c'est de savoir

alliance permettait

si

notre

ounonde le faire» (Tit.-Liv., lib.XXI).

5. Marc. Tullius Cicéron défend l'action d'Octave et de Decimus Brutus, qui de leur propre autorité avaient pris les armes contre Antoine. Cependant, quand même il

eût été constant ([u'Antoine eût mérité d'être traité en

ennemi,

il

fallait

attendre la résolution

peuple romain, pour savoir

s'il

était

de

du sénat

et

du

de

la

Ré-

l'intérêt

publique de passer sous silence l'action d'Antoine, de se venger, d'en venir à des conditions de paix, ou de courir

aux armes. Personne, en son droit, quand

effet, n'est

contraint d'user de

à ce droit est attaché souvent le dan-

ger de quekiue préjudice (App. Cl, étant une fois déclaré ennemi,

il

iv).

Antoine, enfin,

fallait laisser

au sénat,

de décider à qui ils voudraient de préférence conftcr la direction de cette guerre. C'est ainsi (jue Cassius ayant demandé des secours aux

et

au peuple romain,

le soin

LE KUUIT DE LA GUERRE ET

198

Rhodiens, en vertu d'un en enverraient

si le

LA TAIX.

iiE

répondirent qu'ils

traité, ils

lui

sénat l'ordonnait.

— nous en rencontre— nous devons nous sourons plusieurs autres encore, Avertis par cet exemple,

6.

et

venir de ne pas accepter tout ce cjue peuvent dire les au-

que soit leur réputation. Souvent, conforment aux circonstances du temps,

teurs, (juclque éclatante

en

elfet, ils se

souvent

ils

obéissent à leurs propres inq)ressions, et pour

eux

la pierre règle le niveaic. Ainsi l'aut-il tâcher d'appor-

ter

dans ces sortes de choses un jui^emont net,

se laisser entraîner à prendre témérairement,

et

ne pas

comme un

précédent, ce qui mérite i)lutôt d'être excusé (jue loué. C'est là

un point sur

le
on se trouq)c ordinairement

d'une manière dangereuse. Puisqu'il a été dit (jue la guerre publi(iue ne doit

7.

se

l'aire

(|ue

par l'autorité de celui

raine puissance,

il

possède

(jui

ce principe, que pour l'inlelligencc de tive à la

souve-

la

sera nécessaire, tant pour conq)rendre la (juestion rela-

guerre solennelle, ainsi <[ue pour l'éclaircisse-

ment de beaucoup

d'autres détails, de savoir exactement

ce que c'est que la souveraineté, cl en ((uelles i)ersojmes elle,

réside. Gela est d'autant plus important, (juc les sa-

vants de notre siècle, traitant cette matière plutôt selon l'état des

choses présentes, que selon les véritables prin-

cipes, n'ont n'était déjà

'

l'ait

que rendre plus confuse une matière qui

pas claire d'elle-même

Presque tous

'.

publicistes des derniers

les

siècles,

suivant en cela

l'opinion erronée de Ilobbes (De cive, cap. v, vi et sniv.), ont confondu le

souverain .ivec

le goiiverncniciit.

de leurs erreurs. C'est

ment,

le

moteur avec

comme

les

investi de la force et des

toute force, tout (le

Telle est la source d'un grand

si l'on

conTondait

rouages. De ce (pic

mouvements, et

investis de toute force et de tous

Force avec

le

lui

des mcndjrcs

et (pii

sont à

lui ?

l'exercent.

mouvements apparents; mais

de celte force et de ces mouvements, c'est

la

nombre mouve-

corps en ap|)arence est

une raison pour

est-ce

mouvement proviennent de

miime du gouvernement

le

la


en est

Ils

la

sont

cause

volonté du souverain ou de

LIVRE



CHAPITRE

I,

199

111.

morale de gouverner un État, le terme de puissance civile, représentée par trois choses, dans Thucydide, lors-

VI.

1.

La

faculté

qu'on désigne encore par est

État, véritablement tel,

que parlant d'un

un corps

«

qui a

ses lois, ses

l'appella

il

tribunaux, ses inayislrals »

dans

gouvernement

Aristole distingue

trois parties

d'une république

la délibération sur les affaires

:

le

:

{*) '.

com-

munes, le soin d'élire les magistrats et la reddition de IV, Polit.,

la justice (lib.

rapporte à la première

c. iv). Il

partie la délibération sur la guerre, la paix, les alliances

à former ou à rompre, les lois à promulguer; sur

la conliscation

des biens,

la

y ajoute

il

peine de mort k infliger, sur

la délibération

la

l'exil,

peine réservée aux concus-

sionnaires, c'est-à-dire, suivant moi, les jugements pu-

ayant désigné auparavant par la « reddition de

blics,

concerne

justice ))ce qui In

\gs jugements particuliers'^.

imprime

nation, qui tacitement ou ostensiblement

On

sion.

peut voir

la

suprême impul-

dans quelles contradictions, dans quels désordres

d'idées et de jirincipes, cette confusion du souverain et du a jeté ces puhlicisles, et en particulier

On

'



P- P-

le

scoliaste de

Thucydide.

Le terme «utoteXeiç

Le passage auquel

fait allusion

guerre du Péloponèse

Grotius, se trouve dans

(liv.

V,

|i

18). «

En

la

ils

juridiction étrangère, eux et leur territoire, )a

le traité

de

dixième année de

que

les

habitants de

tout tribut et de toute

seront indéjiendants, aiïranchis de

nos pères. » Voir

en

ce qui concerne l'enceinte

et le lenqile d'Apollon à Delphes, dit ce traité, ainsi

Delphes,

est,

Grotius.

un terme équivoque.

paix conclu entre Athènes et Lacédémone, jiendant la

^'^

pourrait aussi^traduirc par: ayant ses propres intérêts, ainsi

que l'entend cITcl,

gouvernement

Grotius (Houzel, Constitution so-

ciale, p. 241 ctsuiv.)., (•)

la

Denys

conformément aux usages de

traduction nouvelle de Vllistoire de

la guerre

du

Péloponèse de Thucydide, par M. A. Bêlant, 18G3, p. '273, édit. Hachette. On voit que Thucydide ne s'exprime pas d'une manière aussi dogmaticpie

que 2

le

Le

ferait

supposer Grotius.

jiassage

!'•

d'ARisTOTE ne se Irouve point,

tius au livre IV, chap.

iv;

ni,

comme

l'indique

chap. xiv, mais au livre IV, chap. xi. «11 y a, dit

dans tout gouvernement

trois parties,

comme

le

P- ^•

l'indique

Gro-

Barbetrac, -liv. IV, philosophe deStagyre,

dont un sage législateur doit con-

j

I

200

LE DROIT DE LA GUERRE ET DK LA PAIX.

d'Halycarnasse cite trois

principaux

cliels

:

créer des magistrats, celui de faire les lois

abroger, celui de décider

la

guerre

et la

le droit

de

de

les

(*)

paix

et

IV).

(liv.

ajoute ailleurs un quatrième chef: le droit de juger VII), et dans sacrifices et

Il

(lib.

un autre endroit encore, celui de régler les de convoquer les assemblées du jjcuple

'.

(lib. II)

quelqu'un veut

2. Si

vera facilement tout ce

faire

une division exacte,

sans que rien n'y manque, ou ne

ou aux

s'applitpiant

ailaires

particulières.

s'occujje

de

faire

Aux

pouvoir en partie

le

gouverne par

11

affaires générales,

lui-

ou aux

aifaires générales, lorscpi'il

ou d'abroger

aux

les lois relatives, soit

choses qui regardent la religion bution se rapporte à

surabondant. Car

soit

gouverne un État, exerce par lui-même, en partie par autrui. celui ([ui

même, en

trou-

il

rattache à la souveraineté,

(pii se

la direction

— autant

((ue cette attri-



des intérêts de l'État,

aux choses profanes. C'est ce qu'Aristote appelle la du gouvernement'^. Les aifaires

soit

science archilccluniqus suller l'intérêt cl tituées, le

convenance

la

gouvcniomenl

vernements divers. L'une

de quoi

il

seconde est

faut régler

cire leur autorité, et celle qui est la

guerre

nonce

la

de

la

Servius

omni quam bellii. '

cap. -

exerce

il

l'exil, la

ou

«

est

confiscation, et reçoit les comptes

la

traduction de

I8Z4,

Ad. Aencid.j s'exprime

omnis

:

ut

significet

p.

ainsi

omni

la

Politique d'Aristote, P. P. F.

282. :

«

Omni

poleslatc,

ditione. lleclius

pace,

legibns,

GnoTius.

Denys u'HAbicAn>iASSE, Antiquit. Homan.,

même

La troisième

La partie délibérante décide de

I)

i,vi

les alTaires

magistratures, à l'occasion

faut élire les magisirats. la justice.

édit. Firniin Didot,

^7.

les

paix, des alliances et des traités, fait les lois, et pro-

des agents comptables. » Voir

(*)

sont précisément

quelles sont celles (ju'on doit établir, quelle doit

comment

peine de mort, ou

par M. Thurot,

elles sont Itien cons-

lion, et ce

chargée de délibérer sur

est la partie celle ([ui

chargée de rendre

et

Quand

iiarliculière.

nécessairement

se trouvent entre ces parties, qui constituent les gou-

les dilTérences ([ui

pul)li(|ues, la

est

;

lib.

Il,

lib.

iV,cap. xx;

La prudence

et la

jtolitifjue,

lib

VU,

P. P. F.

cap. xiv. dit

Ahistote, sont,

à vrai dire,

habitude ou disposition d'esprit; mais elles n'ont pas

la

une

même

LIVRE particulières dont

CHAPITRE

1,

201

III.

s'occupe, sont ou directement publi-

il

ques, ou privées, n\ais considérées en tant qu'elles ont

quckiue rapport au bien public. Celles qui sont directement publiques concernent ou certaines actions, comme

quand on

que

neut de l'État sur par

les

personnes

domaine émi-

le

et les biens

des citoyens,

Aristote désigne cette partie

l'utilité publicjuc.

le ([ualificatii'

matières

les impôts, et autres

semblables, dans lesquelles est compris en vue de

ou cer-

paix, la guerre, des alliances;

fait la

taines clioses, telles

général de j^olUiquc, c'est-à-dire de ci-

de dclibêrative. Les alVaircs privées sont

vile, et i)ar celle

procès entre les particuliers, qu'il importe au repos de tous de terminer par l'autorité publique. Cette partie, selon le même Aristote, est appelée ju(i(dairc '. Le poules

nalure ou

même

la

essence. Cependant, à l'égard de

prudence qui en dirige lonique), c'est

la

viii,

'

«

aux

détails de

live; car

M. Thurot, 1823, Firmin Didot,

traduct. de

ajoute Aristote, est proprement pratique et délibéra-

un décret s'applique

à ce qui

les décrets,

rendent

exécutent,

comme

sont de les

fait

ceux qui gouvernent

ouvriers

immédiatement,

prudence est communément considérée

même

individu

;

mais ce mot s'étend aussi

et judiciaire » (La

même

Morale d'Arislote,

lib.

à

;

car ce sont eux qui

Il

semble pourtant

comme

relative à un seul

manouvriers.

ou

tion, à la politi(iue, laquelle se divise

p.

doit s'exécuter

chose définitivement résolue. Voilà pounjuoi on dit que ceux qui

comme

cit.,

l'admi-

P. P. F.

La politique,

(|ue la

société civile, la

de politique. » {La Morale d'Aris-

264.)

p

et

cliap.

nom commun

la

science principale [Architec-

législation; et celle qui préside

nistration, conserve le tote, liv. VI,

comme

les ressorts,

l'économie, à

la législa-

en deux espèces, délibérative VF, chap. viii, édit. et Irnd.

264).

Pour comprendre

ces différents passages,

dence dont parle Aristote, consiste

à être

il

tions les [dus conformes à notre bonheur, en général. C'est

d'aïqdiqucr

la

raison aux actions dont

qu'elles ont lieu; c'est à dire

l'économie domestique,

etc.

le

Tandis

les

la

pru-

résolu-

une habifude

résultat s'évanouit à

aux affaires humaines,

l'habileté, c'est-à-dire la supériorité

que

faut savoir

en état de prendre

comme

la

mesure

politique,

(lue la sagesse, suivant Aristote,

dans quelque genre que ce

plique pins aux choses et aux vérités générales et nécessaires,

dence est plutôt relative aux choses particulières

cl

ou

soit, s'apla

pru-

contingentes. Voilà

202

LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA

ou par

voir exercé par autrui, l'est

l'AIX.

par

les magistrats, oti

d'autres agents, parmi lescjuels se trouvent les ambassa-

deurs. Voilà done en quoi consiste la puissance ciiu/c'. pouniuoi

raux

sagesse est supérieure

la

éminemment

vertu

société civile, c'est

(le la

livre

Vide

la

Morale d'Arislote,

«jui

politique.

la

dirige les détails

Voir l'aryument

cdit. et tnid. citées, p.

Les définitions

'

Gnoiios ont

et les dislinrtions de

on ne se doutait pas encore de

écrivait,

il

leur séparation, et ce n'était (juedans

devait en tracer

la

vieilli.

A

l'époijuc

division des iiouvoirs, de

la

le siècle

et suiv.

'i-lâ

P. r.

I».



une

est

diri^'e les ressorts ^;éné-

t|ui

législation; celle

la

de l'administration, est plus pro|irenienl

du

La prudence

politique

la

èi

La prudence

|)rati(|uc.

suivant, que Montesipiieu

délimitation (Esprit des lois,

liv.

\l, cliap.

vi).

La

science politique moderne, qui n'en est plus aux divisions d'Arislote, a,

comme

depuis, adopté

règle que

la

séparation cl

la distinction

sont les conditions premières de tout bon t;ouvernemcnt. jilus,

de nosjours, de ce qu'il faut entendre par

du gouvernement,

et

par

la partie soit

principes plus simples constituent cle.

On

la

On

des pouvoirs

ne se préoccupe

science arckitcclonique

délibéralive, s&d judiciaire. Des

science du droit itolilique au xix' siè-

la

reconnaît généralement que

souveraineté, cette volonté supé-*

la

rieure qui domine toutes les volontés particulières, et tend à les maintenir

en accord parfait, a|iparlicnt originairement et csseutiellement au corps

même

des sociétés. Mais de ce que les nations sont souveraines,

rains

;

d'où

à

des représentants chargés ou de traduire

lonté générale, ou de la faire exécuter. (pii

déterminent

la

constitution se est souveraine,

tions

que

les

nomme pouvoir

vo-

la

est l'ensemble ;

pouvoirs. Le droit de faire une

conslituatit.

il

appartient à

la

nation qui

mais qui ne l'exerce que par mandataires. Les modifica-

besoins et les voeux des peuples appellent, n'ont également

plus généralement, que par des corps politiques régulièrement

organisés, et qui prennent au ratifie

Une constitution

manière dont une nation doit être gouvernée

c'est la loi qui fixe la distribution des

lieu, le

ne suit

nécessité et le droit |iour les nations de déléguer l'exercice

la

de leur souveraineté

des règles

il

puissent exercer par elles-mêmes tous leurs droits souve-

|tas qu'elles

nom

de

nation des mesures que celle-ci

la

tacitement ou formcllemont. L'exsrcice du pouvoir suprême dans

l'État, c'est le

Gouvernement. Le con.scntemcnt

libre

du peuple en

base légitime. La sage division des pouvoirs en constitue

golivernement comprend deux pouvoirs

:

le

voir exécutif. Le pouvoir législatif veut;

il

formule

les règles

les

lois

à exécution,

il

il

est la

bonté.

pouvoir législatif cl

duite qui confèrent des droits ou imposent des devoirs;

pouvoir exécutif met

la

le

Le

pou-

do con-

fait la

loi; le

applique, ûagil. Mais l'un



VII.

1

On

.

CHAPITRE

203

LIVRE

1,

la dit

souveraine, lorsque ses actes ne

III.

sont pas dépendants de la disposition d'autrui, de

ma-

nière à pouvoir être annulés au gré d'une volonté liusouveraineté nationale. La sépa-

cl l'autre

ne sont que

ration

ces deux jjouvoirs, qui est une garantie de liberté,

(le

éléments de

les

la

implique

leur indi'pendance réciproque; mais l'indénendance n'est pas Virrespon-

Le pouvoir

sabilité. la

législatif èlanl chargé de faire les lois, lorsque déjà

constitution est établie, son autorité est donc limitée par

La puissance

constituant.

le

pouvoir

donc porter aucune atteinte

législative ne peut

à la foi fondamentale, dont la force est nécessairement supérieure,

que

de

c'est en vertu

constitution que

la

volonté nationale étant exprimée par

voir exécutif les lois

par

la

i\\i\

a mission d'agir

émanées du loi

législateur,

fondamentale

le

n'est pas chargé seulement de mettre en

législatif:

doit encore appliquer la

il

comme aux

les particuliers,

législatif, c'est le

pou-

corps social, de faire exécuter

de prendre

comme mesures

puis-

pouvoir législatif existe. La

pouvoir

\p.

pour

et

le

mesures considérées

les

Le pouvoir exécutif

d'action.

œuvre

les

volontés du pouvoir

aux contestations qui divisent

loi

crimes et délits qu'ils peuvent commettre.

Il

compose donc de deux éléments le pouvoir administratif et le pouvoir judiciaire. L'un a pour domaine l'intérêt public, disjioso, agit sans

se

:

être provoqué, et ne se proiiosant pour but que toutes les mesures qui

l'utilité sociale,

intéressent l'universalité des

prend

citoyens. L'autre

règle les inlércls privés, ne statue que sur les procès qui naissent d'un droit en litige, ou d'un fait qui porte préjudice à et (|ui n'intéresse ([ue

secondairement

un individu déterminé,

société par son influence indirecte

la

sur l'ordre public. Le pouvoir législatif a seul autorité pour décréter les dispositions

(|ui

consliluent une loi; cependant les dis[iosilions secondaires

destinées à mettre

la

loi

en action, exigent un examen trop minutieux,

des modifications trop frécpientes, pour(|ue ce pouvoir puisse s'en charger

lui-même.

délègue alors ce droit au pouvoir exécutif, qui se trouve

Il

investi par là

d'une autorité réglementaire. Mais cet
tendre qu'à procurer l'exécution do

généraux posés par législatif au est plus

le législateur.

conformément aux principes

latitude attribuée par le

pouvoir exécutif i\Ar\& l'exercice de

ou moins large, suivant

les principes

la loi

La

les

sur lesquels est assis

le

formes

la division

gouvernement. Tels sont

droit politique moderne, et

bien éloignés des points de vue de Gkotius.

sur

tlu

pouimr

l'autorité réglementaire,

— Voir sur

(jui

sont

ces questions, et

des pouvoirs, nos Éléments de droit public et d'économie

politique, 1804, chap

ii,

p.

32

tratif, 5' édit., chaj). i*'; et

édit. Guillaumin,

pas5tm,

I*'

et suiv.

;

notre Précis de droit adminis-

nos notes sur

volume.

le

Droit

de.v

gens de Vattel, l».

P. F.

20 i

LE 1>R0IT

maille étrangère

LA GUEKRE ET DE LA

ItE

Eu

'.

l'AlX.

disant « d'une volonté ètrangcrr., »

j'exclus celui qui exerce cette souveraine puissance, et

permis de changer de volonté; j'exclus du même droit que lui (*), par conséquent, possède la même puissance, et

auquel

est

il

aussi son successeur, qui jouit et ([ui,

non pas une

Voyons donc (jucl est le sujet de celte Il est ou commun, ou propre. De

autre.

puissance suprême.

même que

commun

le sujet

de

la

son sujet propre est l'œil, ainsi

vue

est le corps, et
commun

le sujet

de

la

souveraineté est l'État, ([ue nous avons délini plus haut

une association

?.

parlaile.

Sur l'omnipotence de

'

2

du Dr. de

cip.

liv. 11,

soc, t.

1,

l.

l,

la

souveraineté, voir I'uffi;m)Ouf

HoiiBES, rfw Citoyen, cliap. vi

;

ch.

liv.

p.

p.

II,

la 7ial., part,

g 3

;

in, ch.

II

v; part,

liv. II, cli.

ch.

i,

Vattel, Le Droit des gens,

;

cliap. iv,

,

IJuulamaoui, Prin-

13 et suiv.;

part,

ii;

ii,

Rousseau, Disc, sur l'Écon. polil.; Conlr.

J.-J.

214 en note;

i,

ji

SEiiRiGi'VY,

cdit.

Uuiliaumin,

Traité du Dr. publ. des Français,

56, Berriat-Saint-Phix, T/iéorïc du Droit const.franç.,\\. 343;

IlouzEL, Constitution sociale, p. 131 et

|».

312. « Aucune aut