Le droit et la sociologie

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LE DROIT ET LA

SOCIOLOGIE

LE DROIT ET LA

SOCIOLOGIE PAR

Raoul BRUGEILLES JUGE SUPPLÉANT AU TRIBUNAL CIVIL DE BORDEAUX

PARIS FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR ANCIEN

F,

LIBRAIRIE GERMER BAIL LIE HE ET 108,

boulevard Saint-Germain, 108

1910 Tous droits réservés

C'

PREFACE

L'importance sociale du Droit n'a jamais apparu avec plus de clarté et de grandeur qu'à l'époque actuelle, et

d'autre part les controverses sur sa nature, et surtout sur des points spéciaux qui sont manifestement de son

domaine,

tels

que

de l'État avec

les relations

les

groupes

corporatifs de fonctionnaires ou d'ouvriers, les relations

économiques internationales,

les

questions fiscales,

l'or-

ganisation juridique de la charité, jusqu'ici abandonnée

aux impulsions sentimentales, bref toute

la

réorgani-

sation de la société sur des bases rationnelles solides,

n'ont jamais été aussi vives et aussi stériles.

Tout

se tient

dans

le

Droit

:

la

moindre réforme en

apparence insignifiante n'a de valeur que

conforme sophie

Nous



à des principes juridiques

ou plutôt

assistons

la

Science



si

que seule

elle

est

la Philo-

peut nous fournir.

actuellement à une phase critique de

l'évolution juridique. Ce sont les bases fondamentales

PREFACE

G

du Droit qui sont remises en question, non pas tant par les théoriciens

que par

masses auxquelles certaines

les

notions sont étrangères, mais qui, par leur intérêt, contribuent

La

puissamment

le

sentiment de

à cette évolution.

position qui nous paraît la plus digne et la seule

possible en face de ces problèmes qui se posent n'est pas la

compression,

Droit. C'est

au contraire de

de rechercher la

plus

tentative illusoire d'arrêter l'essor du

la

les

principes

mêmes du

propre à concilier

dans ce but

le canaliser, et

Droit et

vérités

les

la

méthode

éternelles

avec

l'évolution sociale. Quels sont donc ces principes

perma-

nents et généraux du Droit? quelles sont

parties

mobiles qui constituent

l'édifice

les

juridique et que chaque

génération peut réorganiser à sa guise sans en ruiner

fondements? Telle

est la nature des

les

problèmes que nous

nous sommes posés et auxquels nous tâcherons d'apporter sinon une solution, du moins une impartialité et

une rigueur seules de nature à

nom

faire mériter

de Science qui doit légitimement

que nous espérons en apporter

Le but

la

au Droit

le

lui revenir, ainsi

démonstration.

spécial de nos recherches est la définition d'un

phénomène

social bien net, le

phénomène

juridique, ce

qui nécessite la distinction aussi claire que possible de

tous les phénomènes sociaux avec lesquels

confondu. D'autre part,

il

nous a

il

peut être

fallu rechercher

s'il

y

avait des phénomènes sociaux purs, indépendants des

phénomènes

juridiques,

avons été amené

ainsi

moraux, esthétiques,

etc.

Nous

progressivement à élaborer toute

PRÉFACE une

un

sociologie, surtout

essai

/

de classification des phé-

nomènes sociaux, qui ne peut évidemment avoir d'autre valeur que celle d'une ébauche, d'une hypothèse dont la vérification

constitue

un programme

suffisant

pour

remplir une existence. Nous n'avons cependant pas pu résister

au désir de

la solidité,

pas

jaillir

la

formuler avant d'en avoir éprouvé

ne sachant

si

de sa connaissance ne pourrait

par ailleurs une découverte inattendue qu'elle

aurait provoquée. C'est

l'étude

donc sous

ces réserves

que nous entreprenons

du phénomène juridique, dont

la définition

com-

plète nécessiterait l'achèvement de la sociologie tout entière,

mais dont nous croyons pouvoir donner

quelques traits essentiels et distinctifs.

ici

INTRODUCTION

Le Droit

Le Droit

Ne

une science? Ses

est-il

sont-elles pas

de

ciel

l'esprit

et la Philosophie

x

( )

lois sont-elles scientifiques?

au contraire un produit arbitraire et

artifi-

humain?

Que sont donc

les lois scientifiques?

Qu'est-ce que la science?

Les définitions en sont nombreuses. Au. risque d'augmenter la confusion,

La est le

nous allons cependant en proposer une nouvelle.

science est

une catégorie de

mode de connaissance

la

conscience sociale;

afférent à cette conscience.

elle

Nous

rechercherons ultérieurement ce qu'est la conscience sociale.

l

Behthelot, La science idéale el la science positive, dans Renan, Id., Bergson, Matière cl mémoire (Alcan, 1908).

— — conscience (Alcan, 1908). — Binet, — Boex-Borel, Le pluralisme (Alcan, 1909). — BouL'âme — Science nature (Alcan, de troux, De contingence des — Le Dantec, — G. Bolm, La naissance de V Les du connaissable (Alcan, 1908). — IIauriou, La science 1896). — Lachelier, Du fondement de Vinduclion hypothèse (1902). — (Alcan, 1902). — H. Poincaré, Science Science méthode (1907). — Renan, Dialogues fragments philoso(

)

cité ci-dessous.

Essai sur

les

données immédiates de

la

el le corps.

la

et religion.

lois

la

.1908).

Id.,

intelligence.

sociale

limites

traditionnelle (Paris,

ld.,

el

el

phiques (1895).

el

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

10

Quant nir

:

connaissance en général, nous pouvons

la

;'i

la prise

Tout

le

de

celui

de conscience de l'objet par

problème de nature de

la

le sujet.

connaissance se résoud ainsi dans

la

conscience individuelle. Qu'est-ce le

sujet et l'objet en

un phéno-

indissoluble?

nous paraît en

Il

défi-

la

donc que cet acte qui réunit

mène

la

effet

définitivement acquis à la métaphy-

sique que nous ne connaissons parfaitement bien qu'une chose

:

notre conscience.

Mais selon les

la

manière dont cette connaissance est conçue,

conséquences qu'on en déduit varient singulièrement. Descartes, faute d'une assez longue étude de la psychologie,

avait réduit la conscience à la pensée

p^nhauer et tous

les

:

Cogiio, ergo sum. Scho-

métaphysiciens postérieurs ont surtout

considéré la conscience sous son aspect volontaire.

Ces vues sont en partie arbitraires. Le point de départ de toute critique sérieuse de la connaissance

:

l'expérience, ou

plutôt l'observation complète et impartiale, a une importance capitale et les erreurs qui seraient se répercuteraient à

mesure que Il

les

commises à son occasion

une puissance

de

degré

croissant,

à

déductions qu'on en tire seraient plus éloignées.

faut donc nous étendre

un peu longuement

pour ne rien omettre, et ne progresser qu'avec

la

à ce sujet

plus grande

circonspection pour n'avancer aucune proposition qui, en

en

l'état

actuel des sciences, ne nous paraisse

amplement

acquise.

La connaissance

monde

intuitive, la conscience de

extérieur par

le

soi-même

et

du

sujet pensant, sentant et voulant nous

apparaît en premier lieu

comme un phénomène unique en

son genre. C'est un acte sui generis, indécomposable, impos-

i

DROIT ET LA PHILOSOPHIE résidu

analyser,

à

siblc

i:

de départ de toute métaphysique. à

Il

est

point

donc impossible

parce qu'il est unique et ne peut se classer

définir,

— dans aucune espèce,

en lui-même

autre connaissance de sible

science,

de toute

ultime

11

de comparer

même

les états

ordre.

ni se distinguer est

Il



d'aucune

absolument impos-

de conscience de

A

à ceux de B,

sans faire intervenir un intermédiaire. Cette conscience constitue la réalité pleine et entière, la chose en soi, la seule réalité

que nous connaissions. conçoit-on d'ordinaire cette conscience, dès qu'on

Comment veut en

sortir

pour étudier

ses rapports

avec

monde

le

exté-

rieur et la connaissance de ce dernier?

Les psychologues ont contribué fâcheusement à obscurcir Poussés par

la question.

le

besoin d'expliquer,

ils

ont abstrai-

tement décomposé et analysé cette conscience et ont distingué

arbitrairement du fait

même

d'avoir conscience d'un état

l'objet de cet état, sa matière, le

quelque chose qui est connu,

senti, voulu.

C'est là une erreur de

méthode qui

a entraîné l'éclosion de

théories radicalement viciées dès leur origine. Il

est hors de contestation possible qu'en dehors de l'objet

qui est la matière d'un état de conscience,

conscience



sinon abstraitement et pour

raisonnement des psychologues,

prend titre



que

n'y a pas de

les

besoins du

en tant qu'il

le sujet,

conscience de lui-même, devient un objet au

que

les

objets

qu'un mode

phénomènes,

même

du monde extérieur. Une conscience vide

est inconcevable à titre de réalité être

et

il

indépendante

de liaison spatial et

:

elle

ne peut

temporaire entre des

liaison à la fois active, sentie et connue.

Ces états de conscience qui, d'abord, ne font qu'un avec

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

12

provoqués (nous prenons ce terme sans pré-

l'qbjet qui les a

jugé et seulement pour pouvoir nous exprimer

en

l'objet est distinct de la conscience, ce qui

que

effet,

implique,

il

:

paraît faux), sont, de plus, toujours complexes.

nous

n'y a pas

Il

d'état de conscience concret, réel qui soit une pensée pure,

un sentiment pur, une volonté pure, mais seulement des

moments de

la

conscience synthétisant à dost;s variables sen-

sations, émotions, volition et connaissance.

Voilà la réalité primordiale qui nous est connue complète-

ment, intuitivement

et

synthétiquement. Voilà

départ sur lequel seul nous avons

le

point de

le

droit de raisonner pour

étudier la valeur de la connaissance objective. Si l'on

adopte cette manière de voir,

ment toute une

série

subordonnant

se

Et d'abord,

si

les

la

composent

comment est

un

la

seule

la

conscience indivi-

que nous connaissions au sens

se distingue

pas réellement des objets

et qui varient sans cesse, tout

un résidu permanent

apparaître

pose immédiate-

uns aux autres.

— complet du mot, — ne qui

se

de problèmes d'importance variable et

nous prétendons que

duelle, la nôtre,

il

et

en laissant

d'apparence invariable,

allons-nous concevoir cette dualité, qui elle aussi

fait

d'expérience, une donnée de l'observation

:

la

permanence de la conscience et la variation de ses éléments? Ce problème n'est qu'un cas particulier de généralité ne s'il

le

rend abordable qu'à

la

celui

dont

la

métaphysique, à savoir

n'y a dans l'univers que des éléments hétérogènes, des

monades

closes,

et

la

solution pluraliste; ou

conscience en serait une si,

au contraire,

qu'un repliement sur soi-même de en son fond dans tout l'univers

:

la

la

:

c'est

la

conscience n'est

chose en

soi,

identique

c'est la solution moniste.

PHILOSOPHIE

LE DROIT ET LA Faut-il concevoir

la

conscience

13

comme

radicalement dis-

champ

(thèse pluralislc)?

tincte «les objets qui traversent son

mêmes

objets,

du monde extérieur (thèse moniste)? La distinction de

l'objet

Faul-il la concevoir connue un produit de ces

et

du sujet

est-elle réelle? N'est-elle

l'abstraction

ensuite

l'analyse

philosophique,

pour des

concepts

ses

trouverait

de

et

pas plutôt

le

résultat de

prenant

qui,

indépendantes,

réalités

dans l'impuissance d'en reconstituer

lien

le

se

et

l'unité? Telle est la question?

L'observation ne nous révèle en effet que deux choses qui sont d'ailleurs contradictoires,

mais

qu'il

faudra concilier

rationnellement, puisqu'en fait elles se concilient l'unité de la conscience et sa d'ailleurs relatives; ensuite,

:

d'abord,

permanence, unité et permanence la

diversité et la mobilité des

objets, des choses, qui constituent l'originalité de tel ou tel

état de conscience. Il

nous faut donc anticiper et

faire

pressentir

comment

nous pouvons arriver à une synthèse du monisme et du pluralisme dans

cas particulier qui nous occupe.

le

Indiquons immédiatement une conséquence résultant de cette synthèse

:

c'est

que l'individu,

le

moi, n'existe pas, au

sens métaphysique, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de chose en soi.

Cette existence impliquerait l'éternité et non seulement

l'immortalité. Or,

il

est incontestable

que

celle-là n'a

été formellement attribuée à notre individualité.

jamais

Une

exis-

tence de l'âme, dans l'hypothèse moniste, antérieure à naissance, exigerait la

mémoire

est contraire à l'observation. Si l'on objecte

peut être inconsciente, Il

la

la

d'une vie antérieure, ce qui

que cette mémoire

thèse est entachée de contradiction.

faut donc renoncer à nous attribuer, en tant qu'individu,

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

ii

Quant

l'éternité.

ù l'immortalité, la question n'est pas résolue,

mais l'affirmative la vérité

fût-elle

prouvée qu'elle n'altérerait en rien

de notre assertion, à savoir que l'homme-individu,

que notre conscience,

la seule réalité

du mot, à

n'existe pas au sens absolu

monde

que nous connaissions, indépendant du

titre

extérieur.

Cette conséquence qui nous paraît irréfutable, nous paraît entraîner logiquement la vérité du principe suivant d'où

découle être

:

la

qu'une

conscience n'étant pas la chose en soi ne peut

modalité de cette chose.

approximativement

comme une

limitée de l'objet et

du

que possède

elle

le

sujet

sujet, et

de

cette

Elle

synthèse la

apparaît donc

temporaire

et

connaissance intuitive

synthèse

constitue

toute

sa réalité.

On peut grossièrement et provisoirement la comme un pouvoir, une tendance, une réaction,

considérer

d'une lutte entre des séries de choses. D'une part extérieur,

comprenant non seulement

mais aussi

la

conscience sociale,



résultat

le le

monde

l'univers physique,

et de l'autre l'individu,

l'homme, organisme, produit du monde extérieur, société déjà très compliquée de choses déjà elles-mêmes très complexes,

chaque élément de cet organisme possédant déjà une

conscience à l'état de pouvoir ou de tendance et

la

conscience

individuelle résultant d'une part de la synthèse de ces cons-

ciences élémentaires et hiérarchisées, d'autre part de l'opposition de cette dernière

avec

la

conscience sociale.

Nous ne

connaissons pas de conscience supérieure à cette dernière, et s'il

en existe une,

celle

de l'univers entier, nos moyens actuels

d'investigation ne nous en ont pas révélé la présence, au moins à titre de conscience actuelle, la possibilité d'une tendance à

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE

15

sa constitution étant d'ailleurs parfaitement d'accord avec

l'ensemble de nos connaissances.

nous concevons

Si

nage de l'homme

conscience ainsi,

la

plus l'apa-

constitue une réalité universelle, ne

elle

:

elle n'est

différant qu'en degrés et

non en nature.

Elle existe alors vir-

tuellement non pas seulement dans l'atome, être déjà très

complexe, mais dans l'élément inconnu et irréductible, éternel, lui,

qui existait à l'origine et qui, s'associant avec d'autres

éléments, constitue

que sont

les

planètes,

les édifices

de plus en plus compliqués

divers individus corporels

organismes,

sociétés,

:

atomes, molécules,

systèmes

nébu-

stellaires,

leuses, etc.

Chaque échelon de

cette hiérarchie progressive se carac-

par une conscience sociale correspondant au nombre

térise

éléments qui

et à la diversité des

clarté et la richesse

constituent, et dont la

le

semblent découler non pas tant de l'ordre

absolu de leur grandeur que de la complexité des éléments qui

la

composent:

sait dépasser

la

conscience humaine, par exemple, parais-

dans cet ordre d'idées

l'a

conscience du système

solaire.

La conception bergsonienne de

conscience se concilie

la

parfaitement avec nos vues.

La

conscience nous

pression de

la liberté,

l'homme, à cause de

paraît

être

pour M. Bergson

de l'indétermination de l'action. Chez

la

complication de son appareil nerveux

et cérébral, l'excitation n'est pas toujours suivie

immédiate

et

peut être

le

germe d'une

à-dire d'un état de conscience. siste

essentiellement dans

sur les souvenirs

l'ex-

le

La

d'une réponse

action différée, c'est-

conscience humaine con-

pouvoir de choisir, en

antérieurs

pour

se

se

guidant

déterminer au mieux

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

16

possible. Parler de conscience au sujet des êtres autres

l'homme paraît une contradiction

si

on

comme

Il

est évident

celle

de notre personnalité.

cience d'un cheval n'est pas la

même

que

définit la conscience

que

que

la

cons-

nôtre; mais

la

elle

existe et s'en rapproche, à cause- de l'existence d'un cerveau,

d'un pouvoir de choix entre divers actes, ce choix étant leurs plus limité.

On peut donc

étendre

le

sens

d'ail-

du mot cons-

cience et dans ce sens étendu l'appliquer à tout être aussi

rudimentaire que l'atome, ou l'électron, soit et

prouvé que V excitation reçue par

—à

condition qu'il

cet être n'est

pas toujours

partout suivie d'une réponse identique, mais qu'il

déjà une certaine part d'indétermination. Si

des

lois

de

la

extrêmement

la

contingence

nature existe, ne fût-ce que dans une mesure restreinte,

on a

le

droit de parler de la conscience

d'un atome. Or, cette contingence, qui en besoins de

la

y entre

fait, et

pour

les

pratique, est pour ainsi dire nulle, existe théori-

quement. Elle n'apparaît pas en science parce que nous opérons sur des masses, parce que nos lois

lois scientifiques

de statistique et visent à un but pratique,

taphysique on a

le

droit d'en tenir

dans une certaine mesure, à

la

compte

sont des

— mais en mé-

et de l'opposer,

thèse déterministe pure dans

ce qu'elle a d'excessif. Il

de cette conception de

résulterait

conséquence importante. C'est que plante,

animal,

n'ayant pas

soleil,

etc.,

d'existence

tels

absolue,

composé de phénomènes de durée et

que

la science

conscience une

la

l'être, l'individu,

que nous n'est

les

en

homme,

connaissons

somme qu'un

et d'importance variables,

par excellence serait

celle

des phénomènes

et des relations qu'ils soutiennent entre eux.

D'autre part,

s'il

n'y a pas de chose en

soi, la

question de

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE l'inconnaissable

reçoit

quel qu'il

l'être,

une solution négative. D'ailleurs réductible

soit, est

phénomène capable

17

d'agir

aux phénomènes, tout

notre

sur

si

conscience

nous est

connu sous un certain angle en fonction de notre constitution mentale.

n'agit pas sur

sur lesquelles

il

n'agit pas nous restent inconnues, mais nous n'avons pas

le

S'il

droit d'affirmer a priori qu'elles

En

les parties

elle,

le

resteront toujours.

ce qui concerne la relativité de la connaissance

nous avons des phénomènes,

que

a lieu d'entrer dans quel-

y

il

ques explications.

Nous concevons notre conscience,

si

nous voulons

comme

le

résultat d'un conflit

tacher au

monde

extérieur,

la rat-

entre notre organisme, d'une part, et l'ensemble de l'univers,

moins cet organisme, d'autre part.

A

vérité,

la

le

champ

actuel de notre conscience ne nous présente jamais l'image

de

totale

l'un,

de

ni

penser clairement à

l'autre.

nous

Il

est

la fois l'un et l'autre, et les

voisins, nos besoins les plus pressants sont

sent à chaque instant

Cependant, nous celle

quelconque

le

champ

le

ne pouvons aussi

impossible

objets les plus

ceux qui compo-

plus clair de notre conscience.

faire

abstraction d'une

qu'on

infime

le

voudra

cosmique dans l'explication que nous tentons de la conscience, la

de

la

par-

du tout nature de

attendu que nous ne connaissons pas quelle est

valeur de l'action de cette parcelle sur notre constitution

mentale et que nous ne savons pas à quelle erreur nous nous exposons en

la

considérant

comme

que notre conscience conçoit entier,

à

nulle.

Il

faut donc supposer

chaque instant l'univers

mais avec des degrés de clarté et d'intensité décrois-

sant à partir d'un certain taux jusqu'à une limite voisine

de zéro.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

48

faut également supposer que

Il

conscience

le

mode

selon lequel notre

connaît cet -ensemble est déterminé à chaque

instant par l'état de notre organisme qui, d'ailleurs, est

lui-

même fonction à chaque instant de l'état de l'univers entier au même moment. Mais s'il ne nous est pas possible de concevoir encore clairement

que

nature de ces liaisons,

la

il

reste

conscience est entièrement subordonnée à notre cons-

la

titution mentale, en liaison avec notre organisme.

Ces hypothèses nous paraissent répondre d'exactitude

l'ensemble

à

possible

de

nos

avec

le

plus

connaissances

actuelles les plus certaines sur la nature de la conscience. Elles

n'ont rien de contradictoire et peuvent servir de -point de

départ assez solide pour tenter une explication de

la

con-

naissance.

La conscience ne

connaît, avons-nous dit, qu'elle-même,

par intuition et complètement. Mais cette conscience est par nature

de

celle

l'univers

de réfraction résultant de

entier,

la liaison

un organisme. Ce qui constitue c'est tout

simplement

et à

les fois

il

d'un

indice

de cette conscience avec

la relativité

de

la

proprement parler

cet indice de réfraction dont

toutes

affectée

connaissance, l'existence de

s'agit de calculer la valeur,

qu'on veut tenter de pénétrer l'absolu.

Or, nous croyons que cette relativité a été parfois

comprise et qu'en tative

Le

réalité, elle est

que qualitative de

la

plutôt une limitation quanti-

connaissance. Voici nos raisons

sujet conscient se connaît dans

d'une façon absolue cela par

:

il

mal

:

une certaine mesure et

a conscience.de sa personnalité, et

un acte de connaissance

primitif: l'intuition. D'autre

part, ce sujet est en relations, d'abord avec des sujets analogues, d'autres

membres de

la société à laquelle

il

appartient.

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE Il

19

a connaissance de la conscience de ces sujets, d'une certaine

manière, par analogie, et lorsque par

le

raisonnement, l'induc-

tion guidée par des indices, des gestes, des paroles,

est l'état de conscience actuel d'un sujet,

exactement quel il

connaît cet état

auteur

Le

sait

il

presque

intuitivement que

aussi

son

1 (

).

sujet conscient est en relations

non seulement avec

semblables, mais avec des êtres de nature différente

maux, objets inanimés.

Il

ani-

est déjà malaisé de chercher à con-

naître par analogie la psychologie des êtres, voisins de nous. Cette

:

ses

même

les

plus

méthode ne peut plus donner aucun

résultat sérieux dès qu'on aborde des sujets avec lesquels

nous n'avons que des rapports lointains d'organisation, et surtout

les

choses inanimées.

La

seule chose

que nous puis-

sions encore affirmer avec de grandes chances de probabilité, c'est que,

par exemple, l'énergie est à

la

matière ce que

la

conscience est à la matière animée ou à la société; que la conscience est un

mode

supérieur de force, d'existence, peut-

fondement d'un mode d'existence encore supérieur

être

le

cela

est déjà

probable que

très la

possibilité, existe

problématique.

Mais

il

est

:

encore plus

conscience, en tant que tendance, pouvoir,

en germe dans tout être individualisé.

(') Nous touchons ici à une série de problèmes d'un intérêt considérable L'imitation d'un sujet par un autre produit-elle chez l'imitateur un état de conscience réellement identique à celui de l'imité? Ce phénomène de mimétisme est-il spécial à l'homme? N'est-il pas plus général, dépassant même l'animalité? N'est-il pas à la base de toute influence, même purement physique, de corpuscules inanimés? notamment la gravitation, l'influence électrique, l'affinité chimique, l'assimilation biologique ne seraient-elles pas dans des domaines divers les manifestations spéciale sde la loi d'imitation qui, sous l'aspect sympathique, parvient à assimiler deux consciences jusqu'à un certain point? Ne serait-ce pas là la loi là plus générale de l'univers? Nous nous bornons à poser ces problèmes, dont l'étude ne pourrait être entreprise avec fruit qu'en les :

décomposant successivement.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

20

Dans tous

les

cas,

la

connaissance de

conscience,

la

la

psychologie, n'est plus d'aucune utilité dès que nous voulons

inanimées ou des organismes, en tant

faire l'étude des choses

connaissance

Cette

nôtre.

aucune conscience

manifestent

ne

qu'ils

purement rationnelle

Elle devient

semblable

à

la

désormais plus intuitive.

n'est

et aussi sociale

:

c'est la

science.

On

connaît

les

procédés de

On

n'y reviendrons pas. relatifs

méthode

la

que

sait

scientifique;

ses résultats sont

nous

purement

en raison de notre constitution mentale, mais qu'ils

expriment cependant

en dehors des relations

du moins

le

des phénomènes entre eux,

les liaisons

qu'ils soutiennent

but idéal auquel

elle

tend.

On

avec nous. C'est sait

de plus que

symboliquement en langage mathéma-

ses lois s'expriment

tique autant que possible; que

le

langage ordinaire diffère

de ce dernier en ce qu'il n'emploie pas exclusivement des abstractions dérivées d'images visuelles ou tactiles, mais fait

appel aux données de tous sens interne. Mais

les

n'en résulte pas que

il

fique ne soit applicable à des

ner au

organes des sens et aussi au

mouvement

la

méthode

scienti-

phénomènes impossibles

à

rame-

phénomènes sociaux notamment.

:

La

seule difficulté consiste à trouver des procédés sûrs de preuve

applicables aux

lois

qu'on croit avoir découvertes.

Ce qu'on admet moins communément, de cause essentielle à nécessaire,

la

permanente

c'est

que

la

notion

loi- scientifique qui exprime la relation

et générale

aux yeux du philosophe avec

la

de cause à

effet se

confond

notion de but, ce qui permet

ipso facto l'intégration de la sociologie à la science, bien la

notion de

loi diffère ici

ou physique.

en apparence de

la loi

que

mathématique

LE DROIT ET LA PHILOSOPII Colle identité foncière

la


I

I

21

!

cause et du but nous paraît

pouvoir être démontrée par diverses voies.

Et d'abord,

la

même

notion

l'intuition de la cause

de cause efficiente dérive de

La notion de but

finale.

une notion

est

radicalement irréductible que nous concevons intuitivement et qui sert de

fondement à notre

expérience personnelle que

le

action.

but nous détermine

M. Fouillée. Sans doute,

force de

Nous constatons par

il

blème posé par M. Bergson, à savoir

:

reste à résoudre si le

paraissent être des

commencements de Il

la

pratique

l'indétermination nous

la liberté,

départ jaillissant de nous-mêmes.

un pro-

but que nous conce-

vons est fonction de nos images antérieures. Mais

répond sans réplique que

c'est l'idée-

série,

des points de

est impossible de ne pas

admettre qu'un but que nous créons n'est pas quelque chose de nouveau, sinon entièrement, au moins dans une certaine

mesure. Quoi qu'il en

soit,

cause de nos actes, c'est

le

liaison

démontre que

but que nous visons. Or,

c'est cette l'ex-

Comme

buts

des phénomènes.

poursuivis par

les

nous ignorons

les

choses, nous supposons qu'elles n'en ont pas

nous assignons à leurs actes une cause antérieure, dite l'antériorité est d'ailleurs

ciente. Cette question de

mal comprise. Le but

même

titre

un but avant

qu'il

acte au

La

seule

qu'une cause

souvent

efficiente. Il faut avoir

pensé

détermine à l'action.

différence

extérieure,

effi-

est antérieur à la détermination d'un

du but avec

paraît intérieur à la force, à paraît

la

que nous avons transportée en l'inversant dans

plication

et

l'observation

mais

c'est

l'être

la

cause,

c'est

qu'il

qui agit, alors qu'elle

encore

une

illusion.

Si

la

cause paraît extérieure, cela dérive de ce que l'excitation, dite cause, agissant sur

un

être matériel,

atome ou planète,

.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

22

peu importe,

dit, la

la

conçoit

est toujours

le

de

peut. Mais

il

effet

que nous

même. Autrement

Au

il

toujours

contraire, notre esprit

but sans excitation extérieure et

l'effet,

quement

le

l'être à la cause, à l'excitation est

et ne se fait pas attendre.

veut ou quand réelle

et qui

réponse de

même

immédiatement d'un

est suivie

pouvons prévoir

le réalise

faut remarquer

:



que

quand la

il

cause

de l'action d'un être matériel n'est pas uni-

l'excitation

extérieure

réside aussi dans

elle

:

la

constitution

du

ment par

cause extérieure, mais encore par sa nature propre,

la

dit être.

identiquement, le

Ses actes sont déterminés non seule-

comme pour

notre esprit; 2° qu'inversement,

but que nous concevons participe toujours, au moins en

partie des excitations antérieures. Il

le

n'y a donc pas de différence de nature entre

but, à moins qu'on ne veuille, pour la

gage, réserver

le

nom

ces conditions,

cause et

commodité du

lan-

de but à la connaissance de ce but, ce

qui est cependant une chose différente

Dans

la

le

1 (

).

rattachement des sciences sociales

à la Science nous paraît être une question très simple. Si

but volontaire ou involontaire la

cause dans

les

est identique

autres sciences,

il

le

en sociologie à

est possible de construire

Ainsi la nature possède deux existences fondées sur les deux lois pensée impose aux phénomènes une existence abstraite, identique à la science, dont elle est l'objet, qui repose sur la loi nécessaire des causes efficientes, et une existence concrète, identique à ce qu'on pourrait appeler la fonction esthétique de la pensée, qui repose sur la loi contingente des causes finales. » L'explication mécanique d'un phénomène donné ne peut donc jamais être achevée, et une existence exclusivement fondée sur la nécessité serait pour la pensée un problème insoluble et contradictoire. » Les vraies raisons des choses ce sont les fins, qui constituent sous le nom de formes les choses elles-mêmes; la matière et les causes ne sont qu'une hypothèse nécessaire, ou plutôt un symbole indispensable par lequel nous projetons dans le temps et dans l'espace ce qui est en soi supérieur à l'un et à l'autre. » (Lachelier, Du fondement de F induction.) (')

que

«

la

:

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE une dynamique, une statique

mées en fonction du but, ralité et la

permanence

2.1

sociales, à l'aide de lois expri-

à condition de leur conférer la génédes- lois scientifiques,

après

Nous verrons progressive-

recherchées expérimentalement.

ment, au cours de cet ouvrage, comment et pourquoi en être ainsi; que

avoir

les

la liberté individuelle n'est

il

peut

pas un obstacle

à la science sociale, à condition d'entreprendre préalablement

des buts individuels ou sociaux.

la science

La connaissance

précise des buts, qui sont des causes, doit nous révéler incon-

testablement

la

connaissance des actes qu'ils déterminent,

des phénomènes qu'ils régissent.

Nous pouvons donc,

d'ores et déjà, indiquer les points de

contact qui réunissent

les lois scientifiques et les lois juridi-

ques qui paraissent à beaucoup de bons esprits radicalement irréductibles.

L'opposition qu'on fait généralement entre ces deux genres

de

lois

dérive de ce que les choses soumises aux

ques ne peuvent

les violer, alors

lois scientifi-

que nous, soumis aux

lois

juridiques, pouvons les transgresser, à nos risques et périls.

Cela est incontestable, mais résulte de ce qu'on désigne à tort sous

le

nom

de

juridiques des

lois

lois

qui n'en sont pas. Nous

verrions, en analysant les diverses catégories de ces dernières, qu'il faut

soigneusement distinguer entre

les ordres,

mènes politiques désignés arbitrairement sous lois,

et

les

lois

véritables

juridiques

qui, elles,

jamais violées, parce qu'elles ne peuvent pas qu'elles ne ne sont pas celles et qu'elles

ne régissent que

ment, parmi d'opérer

la

les

lois

même

les

le

phéno-

nom ne

l'être,

de

sont

parce

qui gouvernent nos volontés

phénomènes juridiques. Inverse-

scientifiques,

distinction,

la

nous

même

aurions

le

hiérarchie,

droit et

il

24

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

serait aisé de

montrer que toutes ne sont pas également

impératives.

Nous nous bornons

dont l'examen

à indiquer ces problèmes,

de discussions fort longues et qu'il n'est pas

détaillé relève

Mais nous pouvons d'ores et déjà

urgent d'entreprendre

ici.

proposer

que nous pourrions donner de

la

et qui est lois

également applicable aux

juridiques

La

«

définition

loi est

la loi,

lois scientifiques et

aux

:

l'énoncé des conditions nécessaires et suffisantes

phénomènes

de l'évolution des phénomènes,» aussi bien des juridiques que des autres.

Nous pouvons maintenant

préciser la

relativité

des lois

scientifiques par rapport à notre constitution mentale.

Nous ne connaissons

les

phénoménales qu'en

relations

fonction de nos organes sensoriels. Cependant,

il

nous paraît

acquis que la connaissance que nous en avons, bien que partielle, est réelle et

donc pas

correspond à

toutes les relations

la réalité.

Nous ne connaissons

que soutiennent entre eux

phénomènes, mais nous avons

le

droit d'affirmer

que

les

celles

que nous connaissons nous sont connues absolument. La relativité

de notre science est donc plutôt une limitation

que qualitative de

quantitative

relativité n'affecte

prétendre à

la

pas

les

le

temps

conditions, la sociologie future fois

des

lois

absolue.

science

Cette

nous pouvons

:

connaissance intégrale des relations sociales, à

condition d'y mettre

la

la

sciences sociales

scientifique

et

et de la

une

méthode. Dans ces

fois

constituée sera

métaphysique parce

valables pour des réalités absolues

à

qu'elle portera :

les

consciences

individuelles.

Nous verrons plus tard que toutes

les

lois

sociales sont

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE

25

subordonnées au principe de contradiction et soumises à logique. Cotte

notion a été critiquée,

auteur anglais, Chesterton

Pour

l

(

).

sante à nous renseigner sur

la

notamment par un

lui, la

logique est impuis-

qui est illogique en son

la vie,

fond. Cette thèse peut encore se réfuter par la conciliation

du pluralisme

et

du monisme. La logique

conscience qui aspire à l'unité, à

la

est

un besoin de

la

synthèse du moi (point

de vue moniste). D'autre part, l'extérieur est constitué par des êtres différents (point de vue pluraliste) et qui luttent entre eux. Le fondement de notre besoin de logique est pure-

ment dynamique;

elle est la

condition

tence spirituelle. Sans doute,

il

y

même

de notre exis-

a lieu d'accueillir parfois

des notions contradictoires, mais invinciblement l'esprit travaille sur ces

paradoxes apparents

seux ne sentent pas

vrir l'unité cachée, la logique interne.

La

pares-

y décou-

plus haute contra-

donné de concevoir

diction qu'il nous soit

les esprits

de résoudre — pour

besoin

le

— que

et qui les

résume

toutes est celle du pluralisme et du monisme. Il

y a une quantité innombrable de systèmes métaphysi-

ques et religieux. Mais

ramener

finalement

monisme. Au premier spiritualiste,

le

est possible de les classer et de les

il

à

dogme

de concilier

les

chrétien.

Au

les

systèmes dualiste,

second,

)

Revue de Paris,

les

dogmes panthéistes.

chances possibles de vérité.

!

et

systèmes

S'il est

pos-

antinomies apparentes que présentent

principe de contradiction

Chevrillon.

pluralisme

:

deux systèmes, nous aurons accumulé

ces

(

termes

se rattachent

matérialiste, idéaliste et les sible

deux

ces

juillet

Il

suffira -pour cela

comme

1909

:

le

nombre des de poser

le

unique critérium et d'ac-

L'orthodoxie paradoxale, par

André

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

26 cueillir fois

toutes

les

idées incluses dans ces divers systèmes,

une

que leur opposition apparente aura été synthétisée dans

une unité supérieure. Or,

pluralisme a pour

le

postule que

le

monde

se

lui

des arguments sérieux.

compose de choses,

gies hétérogènes dès l'origine,

mais

rogénéité sera éternelle et que

le

Au

d'êtres, d'éner-

ajoute que cette hété-

il

discontinu régnera toujours.

monisme postule l'homogénéité

contraire, le

tinuité originaire et s'efforce de retrouver dans

vidualité

le

reflet

de cette homogénéité

à une apparence, alors que

toute

le

Il

il

;

pluralisme

et la con-

chaque

indi-

réduit l'individualité

lui

confère à elle seule

la réalité.

Nous croyons que faux en ce

qu'ils

ces

deux points de vue sont également

ont d'excessif et également justes dans ce

contiennent de conforme aux données soumises à

qu'ils

la

critique scientifique et au contrôle de la logique.

Sans doute,

les

choses paraissent radicalement irréducti-

bles et l'Univers paraît être

un champ de

bataille toujours

renouvelé, sans qu'on aperçoive l'issue de la lutte. Mais

et celui

il

est

le

besoin

du but. Ces tendances sont aussi

réelles

également incontestable que de l'unité

conscience éprouve

la

que l'hétérogénéité des phénomènes. Sa raison d'être nous paraît

remplit

même :

résider

dans cette fonction esentielle qu'elle

d'unir des choses jusque-là hostiles,

hétérogènes,

parce qu'elles ne se connaissaient pas, de manière à préparer des synthèses nouvelles encore plus larges. Sans doute, la

vibration de l'éther sous forme lumineuse et la vibration de l'air

sous forme sonore sont radicalement hétérogènes

elles-mêmes et par elles-mêmes.

diapason et qu'on

— Mais

lui fasse inscrire sa

si

— en

l'on fait vibrer

un

courbe au tableau noir,

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE

27

conscience synthétise et unifie ces choses hétérogènes. Ce

la

qui est vrai dans ce cas particulier est également vrai pour

tous

les

phénomènes lorsque

la

conscience

les

perçoit et en

saisit la liaison, la raison, l'unité.

Le monisme nous donne vérité qu'il contient d'arrivée,

le

comme un donne

les

c'est qu'il

:

le

but

final, le

point

tout harmonique et conscient. Le pluralisme nous

moyens de

les

le

le

nous montre

les

obsta-

conditions qui permettent de

pluralisme nous montre celle

monisme

celle

Comment pouvons-nous social, le

Il

deux systèmes contiennent chacun

de vérité, mais d'aujourd'hui,

réaliser ce but.

mais aussi

tourner. Les

but

exprime

besoin que ressent l'Univers de se percevoir

cles à vaincre, les

alors l'explication de la part de

leur part

d'hier et

de demain.

concevoir

le

but individuel,

le

but universel? S'accordent-ils?

Qu'est-ce donc que

but, et quel rôle joue-t-il dans l'éla-

le

boration des idées, dans l'évolution générale?

Nous connaissons

le

volonté appuyée sur

but par intuition, par un acte de

la réflexion.

Nous créons

cette notion

bien que nous poursuivions parfois un but, sans nous

rendre compte, inconsciemment. Mais dans ce dernier cas, n'est pas d'une

la

bonne terminologie de nommer but

en il

ce résultat

des forces inconscientes qui nous gouvernent. Le vrai but est conscient.

Dans un but que

si

ces conditions, la question de savoir serait toute résolue.

On ne

pourrait

si

lui

l'Univers a

en supposer la

nature

déiste,

provi-

nous avions constaté un plan général de

consciemment poursuivi. dentielle.

C'est

l'hypothèse

28

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE



plus nos connaissances

Or,

s'accroissent en

en quantité et en cohésion, plus

profondeur,

d'un plan préconçu

l'idée

de l'Univers tend à devenir peu probable.

Les résultats

les

plus certains de la science et de la philo-

sophie nous montrent une absence complète d'un tel plan.

Et que

l'on

ne nous objecte pas que cette absence peut résulter

uniquement de ce que nous ne connaissons qu'une trop partie

de l'Univers

le

:

faible

peu que nous connaissons devrait

une marche générale, une unité d'action.

suffire à déceler

Ce que nous savons révèle au contraire une anarchie prodigieuse,

une lutte incessante de

nomes (au moins en

dans tous

les

partie, car

nous verrons qu'elles s'entre-

un résultat quelconque

influencent), et

ordres de

percevoir que par

la

phénomènes

victoire

de volontés auto-

forces,

qu'il

du plus

résulte de la masse, de la vitesse,

n'est jamais acquis

nous est donné de

fort,

ou bien de

que cette force l'intelligence.

L'Univers apparaît à des yeux non prévenus

immense champ samment.

Si

clos

encore

digne, à celui qui a sible,

dans

Le premier Il

appartenait toujours au plus

plus de valeur

l'état actuel

notion de valeur dans

pratique.

où des concurrents combattent inces-

la victoire le

comme un

!

Mais

il

nous est impos-

de nos connaissances, d'intégrer cette

d'une manière objective.

la science

corollaire qui résulte de ces principes est d'ordre

consiste à dégager entièrement

l'homme de

la

préoccupation qui l'obsède parfois, à savoir de faire concorder les

buts qui

lui

paraissent

les

plus désirables avec

général de l'Univers. Cependant, nous verrons que,

le

plan

même

en faisant abstraction de ce dernier, que nous devons supposer ne pas exister,

il

pourra se

des buts se réalise ipso facto.

faire

en

fait

que

la

concordance

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE Ceci posé,

il

isole et

dance, y

a-t-il lutte

Y

ceux des sociétés humaines.

le

a-t-il

concor-

bon sens courant nous indiquent

consciemment

d'abord celui de

poursuivis

par

Chez

les

hommes

comme

le

but

plus élevés

les

en organisation, l'accroissement du champ de peut être considéré

hommes

les

conservation de leur existence, ensuite

la

celui de son accroissement.

sible

buts de

entre eux?

L'observation banale, buts

les

nous reste à rechercher quels sont

l'homme

comme

29

la

conscience

le plus élevé qu'il soit pos-

de concevoir. Nous verrons que c'est aussi celui de

la

Société et celui de l'Univers.

Ces divers buts impliquent pour leur réalisation une série

de buts subordonnés

:

avoir une profession qui permette de

vivre, évincer des rivaux dangereux, s'entourer de

sympa-

thies et d'appuis, avoir des enfants, leur transmettre l'idéal

qu'on a conçu et qu'on n'est pas parvenu à

A

la rigueur,

(qui n'est en

maximum) blir sa

comme but extrême

on peut supposer

vité personnelle aussi

grande qu'on

somme que

la

réaliser, etc., etc.

de

volonté de vivre portée à son

celui de régner sur l'humanité entière et d'y éta-

On nous accordera bien qu'il n'est dans un homme seul d'en concevoir un

descendance.

possible à

l'acti-

voudra, à l'ambition

le



limites des possibilités actuelles

pouvons donc

le

poser

comme

— qui

limite

des buts qui se proposent à un

soit plus élevé.

extrême de

homme.

Or,

il

pas les

Nous

la hiérarchie

est à

peu près

certain qu'un tel but est irréalisable pour ce qui concerne la vie d'un

en sentir

homme la

Napoléon lui-même,

grandeur démesurée. Pour

sur son hérédité, rables

:

tellement

il

le

s'il

la

réaliser

conçu, devait

en s'appuyant

faudrait supposer des circonstances favo-

exceptionnelles

et

une

telle

continuité

Le droit et la sociologie

30 d'efforts, la

qu'encore une

fois,

nous pouvons

le

considérer

individuel, aussi élevé, aussi considérable qu'on

comme

nous paraît donc d'ores et déjà

donné au but

comme Le but

limite infranchissable de l'ambition personnelle.

suppose,

le

entièrement subor-

dans des limites que nous rechercherons

social

ultérieurement.

En

de

est-il

même du

but social? Pour une société, vivre

normaux

et progresser sont les buts

limite posée

pour

le

but individuel

Une

sation qu'elle peut espérer. tionale confédérée,

comme

En

fait,

de

est plus voisine

la réali-

nation, une société interna-

la

domination de l'humanité

nous constatons que

c'est

même

là le

poursuivi par toute société consciente et forte, et que

conscience de ce but et

de tous pour en préparer nous,

de voûte,

clé

la

sociale.

Le

rôle de la

but

même

de progrès pour une société, c'est

la seule condition possible la pleine

La

pourrait l'être l'Europe de demain,

peut très légitimement aspirer à entière.

qu'elle se propose.

la

subordination des efforts

possibilité. C'est

la

l'explication

de

là,

croyons-

l'évolution

toute

France à ce sujet est particulièrement

intéressant. Placée au carrefour des races latine, germaine et

saxonne,

peut espérer réaliser

elle

possédant

les

ressaisit,

qu'elle

peut

synthèse

d'une

race

qualités maîtresses de ces trois grandes divi-

sions de l'Europe actuelle se

la

:

elle

peut,



si elle

veut,



si elle

prendre conscience de sa destinée et du rôle jouer,

grandes modalités de

servir la

de

connexion

entre

ces trois

conscience européenne et réaliser

cette dernière plus rapidement que toute autre. Cette prise

de conscience serait déjà

le

point de départ de synthèses plus

vastes jusqu'au jour où l'humanité entière serait unifiée au

moins en tant que conscience

sociale.

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE

3l

Ce but peut être et a été poursuivi par divers procédés qui

peuvent

résumer en deux mots

se

toutes leurs variétés sur

les

:

guerre et alliance, avec

divers domaines

:

militaire, éco-

nomique, politique, intellectuel et moral. La question de réalisation, de technique, de procédé est ici la

prépondérante et

valeur d'un grand politique se mesure à la connaissance

plus ou moins approfondie qu'il possède de ces

En

et à

dans leur maniement.

l'art qu'il déploie

tions,

moyens

tout cas, ce qui nous paraît résulter de ces considéra-

que

c'est

vertu d'une

tendance de l'évolution sociale

la

(qui,

en

que nous croyons avoir été découverte par

loi

Tarde, se produit par suite de l'agrandissement successif du

tendance rayonnante de toute société) nous

cercle social, par la

emporte à la

vers l'unification et l'approfondissement de

la fois

conscience sociale

l'effort qu'elle fait

;

que

le

but de toute société consiste dans

pour prendre de plus en plus conscience

d'elle-même et pour agrandir de plus en plus cette conscience.

Le terme de

Ce but

ayant est-il

à titre de société unique,

la pleine et claire

bien

le

terme

champ de

cette évolution serait la cons-

titution de l'humanité terrestre unifiée et

le

final

conscience d'elle-même.

que

l'on

peut rêver pour

l'évolution? L'humanité parvenue à ce point supérieur d'exis-

tence s'en contentera-t-elle? Nous ne alors qu'intervient le

le

croyons pas, et c'est

problème du but de l'Univers et de sa

concordance avec nos buts. Cette tendance que nous croyons constater chez l'homme

dans

la société

vers l'élargissement de la conscience, d'autres

l'ont constatée

dans l'Univers entier. Sans doute, ce n'est pas

un but conscient, précisément

la

ce qui serait contradictoire, puisque c'est

conscience qu'il s'agit d'acquérir. Mais c'est 3

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

32

une tendance vers

la

conscience qui paraît être

la

cause de

l'évolution universelle.

Dans

vœu

de

ces conditions, l'évolution sociale réaliserait ainsi la

temps que

nature, mais à une condition la société s'accroîtrait

c'est

:

qu'en

même

en lumière consciente,

associerait de plus en plus l'univers entier à ce

mode

le

elle

supérieur

d'existence.

Or, nous

sommes immédiatement

arrêtés par

encore insurmontable et qui consiste dans ce que

suppose toujours un organisme. Accroître c'est

proprement augmenter

le

la

un obstacle la

conscience

conscience sociale,

nombre des individus qui com-

posent cette société. Or, cet accroissement est subordonné entièrement aux possibilités que recèle notre planète en nourriture et en choses nécessaires à l'entretien de la vie. Il

en résulte que

le

problème

le

plus grave et

le

plus inté-

ressant que la science doive s'attacher à résoudre est celui

de savoir quel est

le

minimum

tretien de la vie et les

maximum. possible

des choses nécessaires à l'en-

moyens de

les

obtenir en quantité

L'autre problème consisterait à rechercher

que

la

d'un organisme.

n'a jamais été abordé et

la

solution néga-

tive a toujours été adoptée a priori par la science, ce qui

paraît contraire aux principes

mêmes du

est

indépendamment

conscience puisse exister Il

s'il

nous

positivisme. Sans

doute, nous voyons tout ce qu'a d'apparence paradoxale la position

même

de cette question. Cependant, certaines con-

sidérations nous permettent de penser qu'il n'est pas impossible à aborder.

D'abord,

la

conscience est considérée par

comme un

les

épiphé-

psychologues au courant de

la

nomène, ce qui

fado en dehors des phénomènes

la classe ipso

physiologie

résultant du jeu des phénomènes physiologiques; au

contraire,

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE elle

un phénomène

est

problème

prendre ce traient de

le

social.

La

les

surtout social,

un phénomène purement

peut se faire que

il

qu'un composé d'organismes, et

de génération de

la

n'est pas

il

conscience que

giques.

Nous ne voyons

mais

serait

comme

bon de ne pas

le

autre chose

le

y

impossible a

a d'autres

rejeter

un

fait

modes

jeu des fonctions biolo-

rien, à la vérité, qui puisse

inadmissible,

permettre de trouver

social ou plutôt

la société soit

priori de postuler à titre d'hypothèse qu'il

il

permet-

qui

voies

résoudre.

Si la conscience est

thèse

devrait donc

sociologie

rechercher

et

33

y suppléer,

absolument cette hypo-

imprévu pouvant un jour

chemin qui mènerait

à la solution de

cette question.

Cet accroissement de puis

sociale,

puis

la

conscience, d'abord

universelle,

se

fait-elle

individuelle,

aux

dépens

de

l'individualité?

L'individu

est-il

destiné

à

disparaître,

à

n'être

qu'une

condition de réalisation d'individualités plus riches et plus vastes? Participerait-il à cette dernière? Sous quelle forme?

Ce sont la



des questions insolubles et qui supposent d'abord

résolution du problème qui consiste à définir l'individualité

elle-même.

Pour

le

pluralisme

il

y a autant d'individus

l'origine de choses hétérogènes.

individu sition,

:

Pour

le

Pour nous l'individu

l'Univers.

qu'il

moniste

il

n'est qu'une tran-

un passage d'une individualité élémentaire

vidualité supérieure

:

y avait à

n'y a qu'un

à une indi-

l'individu passé, c'était l'élément, plus

infime que l'atome; l'individu futur, c'est l'Univers. Tous les

autres ne sont que des essais pour unifier

acheminer vers

le

second.

les

premiers et

les

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

34

Par quels procédés s'accomplit ce processus de l'évolution? Ils

sont innombrables, mais

il

loi

générale qui nous paraît

les

permis d'en dégager une

est

dominer. Elle consiste dans

ce qu'on peut appeler l'intégration des différentielles, par une

image empruntée aux mathématiques. Soient à éléments hétérogènes.

Ils

diffèrent entre eux,

deux

l'origine

mais non radi-

calement, en ce sens qu'ils contiennent une virtualité de sympathie, de ressemblance, d'affinité, d'imitation, d'influence

peu importent

ment

la réalité.

soit ainsi, tielle,

ici les

c'est qu'il faut qu'il

Ce qui est constant,

même

parce qu'autrement aucune explication,

des choses n'est possible

:

unificatrice, ce besoin de s'unir

en

par-

est

notamment impossible

elle,

possède cette tendance

il

de concevoir notre conscience qui,

môme

:

mots, aucun ne peut rendre complète-

aux consciences voisines

et

d'y faire participer la nature. Ce besoin doit avoir

existé, à titre infiniment plus réduit,

nous l'accordons, au sein

des éléments primitifs et hétérogènes, sans quoi

il

pas eu d'évolution, ce qui est contraire aux

Ces éléments

se sont

qu'ils

donc unis en tant

qu'ils se ressemblaient

— à moins

ne se soient unis par l'absorption du plus faible par

plus fort

— mais

bête,

c'est

le

cette lutte et cette victoire ne sont qu'une

modalité du procédé primitif autre

faits.

n'y aurait

:

la

si

pour Yassimiler.

bête tue et

A

mange une

mesure que chaque

élément, par des imitations ou victoires successives, s'accroissait

en grandeur et en complexité,

il

était capable de s'assimiler

un plus grand nombre de choses hétérogènes par un mais homogènes par

ailleurs.

côté,

Théoriquement, cette assimi-

lation progressive n'a de limites

que dans

la

mesure où nos

connaissances nous montrent des hétérogénéités que nous ne

savons pas résoudre. Elles sont encore innombrables, mais

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE l'homme

n'est pas

mot de

dernier

le

nature

la

occupe un trop petit coin de l'espace pour et

temps

le

est infini.

Il

n'est

35

qu'il

notre terre

:

en

comme but et

Cette homogénéité n'exclut pas

la diversité; c'est

commence

;

donc pas absurde de postuler

l'homogénéité finale de l'Univers

qui

soit ainsi

à devenir familière.

source d'action.

une notion

L'unité de l'organisme

n'exclut pas l'hétérogénéité des fonctions l'unité d'une nation, ;

la variété

des couches sociales qui la constituent.

Le principe

celui qui fait l'unité,

du système

d'unité varie sans cesse

:

planétaire, la gravitation, n'est pas de

même

ordre que celui

qui fait l'unité d'un corps simple. Ces principes d'unité, qui

servent de base à l'homogénéité d'un ensemble, sont d'ordres différents et tendent à se hiérarchiser, tout en laissant régner

en sous ordre

apparent de

la variété et la diversité. C'est là le

paradoxe

de toute réalité qu'une logique supé-

la vie et

rieure

comprend

par

nature et ne peut être nié. Tout système qui n'en tien-

la

drait pas

compte

et accepte sans s'en effaroucher

est

voué à une incertitude

et à

:

il

est

donné

une fausseté

radicales.

Notamment

la

thèse pluraliste de M. Boex-Borel nous paraît

excessive, en tant qu'elle pose l'individu élémentaire et pri-

mitif

comme

éternel,

en tant qu'il

discontinu fondamental l'univers était

d'observation,

la loi

homogène, jamais n'aurait

fait

de l'hétérogène et du

de l'univers.

Si, dit-il,

la diversité,

pu prendre

postuler

un germe d'hétérogénéité,

moniste.

Il

qui est un fait

naissance, ce

à l'origine

à

qui ruine

moins de la

thèse

faut donc postuler l'hétérogénéité fondamentale

du début. Cela est exact, mais

il

est

non moins exact que nous cons-

tatons une certaine homogénéité, une certaine continuité, et

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

36

même

que nous croyons future,

pouvoir postuler une homogénéité

un monisme absolu. Seulement

s'agit de s'entendre.

il

L'hétérogénéité du pluralisme se situe plutôt dans matériel et énergétique

— et dans ces plans

nous paraît également insoutenable.

la

les

plans

thèse moniste

Mais dans

les

plans

conscientiels et sociaux, l'homogénéité est une synthèse qui n'est pas incompatible avec la diversité des éléments. la

Dans

conscience se résout l'antinomie du continu et du discontinu,

de l'homogène et de l'hétérogène.

Nous sommes donc amenés

à concevoir

dans

les

éléments

hétérogènes et discontinus de l'origine une homogénéité et

une continuité à

l'état

de tendance, c'est-à-dire un germe de

conscience

— une aspiration à

champ de

cette conscience,

ciation,

forme qui

l'union, à l'agrandissement

une espèce de vague

réalise aussi le

désir d'asso-

paradoxe de conserver

l'indi-

du tout.

vidualité des éléments et l'unité

La

du

sociologie et la psychologie deviennent ainsi les sciences

par excellence de sion la plus vive

l'être et celles

même

qui permettent

la

compréhen-

des phénomènes matériels ou éner-

gétiques.

Gomment donc

allons-nous concevoir

le

Droit en fonction

des idées qui précèdent?

Pour nous résumer, nous postulons que l'individu lui et l'univers entier,

continue,

homogène

d'une manière

et hétérogène

participant à une vie qui

pendant

et libre.

analogie que

Il

est

les êtres

le

se connaît,

continue et dis-

se conçoit à la fois

déborde et

comme un

comme

être indé-

donc bien placé pour concevoir par

autres que lui soient doués aussi d'une

certaine individualité, mais en

pation à

;

il

à la fois

la vie totale,

même temps

à l'existence totale.

Il

d'une partici-

ne s'agit plus

LE DROIT ET LA PHILOSOPHIE que do

faire la

part qui revient à

'M

partie et celle qui revient

la

au tout. Cette délimitation est précisément

l'objet

même du

Droit.

Le Droit de

la

n'est relatif qu'à

l'homme

social. Il trace les limites

sphère individuelle d'activité et

de cette acti-

les liaisons

vité avec l'existence de la société considérée

comme un

être

supérieur à l'individu. n'est

Il

donc qu'une partie de

science totale, laquelle

la

s'efforce de pénétrer les liaisons qui réunissent les individua-

hétérogènes à l'unité homogène qu'elles constituent.

lités

Le Droit apparaît donc à première vue données métaphysiques des

les

plus récentes

comme une

variété

lois universelles.

En

ce qui concerne

l'homme,

particulièrement intéressantes

:

fait partie

il

la

;

le

Droit

société; tous les deux,

la

Il

peut

Science recherche

la

:

conditions de l'évolution de l'espèce l'évolution de

de deux unités

l'espèce et la société.

évoluer dans l'une ou dans l'autre

de

et à la lumière des

les

conditions de

les

en tenant compte

part légitime qui revient à l'individu et s'efîorçant de

déterminer en quoi consiste cette légitimité. La métaphysique seule peut pénétrer les relations de l'espèce et de la Société et déterminer

si

nous devons

des deux, ou bien Qu'il

nous

soit

s'il

(*)

sacrifier l'une à l'autre, et laquelle

est possible de les accorder.

permis d'indiquer

ici

nos vues hypothétiques

de l'individu à ce sujet. Nous

concernant

le rôle

— jusqu'à

preuve contraire

— comme

le

concevons

un instrument pour

l'espèce et la société, à la progression desquelles

il

est tenu de

(') Voir à Ce sujet les vues de Hauriou sur la chute originelle Le péché originel aurait consisté pour l'homme à entraver son évolution dans :

il ne pourrait travers la société.

l'espèce et

le

racheter qu'en s'efforçant de

la

continuer à

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

38

contribuer. Ce rôle ne lui est pas particulier et se retrouve

dans toute

la

hiérarchie des êtres.

Notamment

les cellules

ou

autres éléments de notre corps jouent un rôle analogue par

rapport à

lui.

Mais nous croyons que

le

passage d'un élément quelconque

dans un tout hiérarchiquement supérieur, que notamment



l'incorporation à notre être d'une parcelle de matière

la

— confère à cette l'homme à vie — — une marque, une impression qui parcelle à cet homme participation de

le relève, le

la

moralise,

le

sociale

rend supérieur; que lorsque

se dissout, lorsque la société se disloquera les ,

le

corps

éléments retenus

— ayant gardé — plus supérieure seront aptes entrer dans

jusque-là dans des individualités passagères la trace

d'une vie

à

des combinaisons encore supérieures, et ainsi de suite à

jusqu'à

la réalisation

complète de l'Univers à

jusqu'à ce qu'il atteigne

la perfection.

l'infini

l'état d'être et

CHAPITRE PREMIER

Les Objets de

La

la Sociologie! 1

;

Sociologie a pour objet la recherche des lois qui régis-

sent l'évolution des êtres et des phénomènes sociaux. Il

nous faudra donc, au cours de cet ouvrage, déterminer

l'existence d'êtres et de établir qu'ils sont

phénomènes proprement sociaux,

soumis à des

lois

et

propres autres que celles

qui sont progressivement établies par les autres sciences.

On

a parfois défini la sociologie la science des sociétés.

Indiquons que cette acception

vague

et imprécise.

Si l'on

des

lois

propose

comme

qui gouvernent

commencer par

On

sinon inexacte, du moins

est,

objet de la sociologie la recherche

les sociétés,

définir ce

que

l'on

il

entend par société.

se heurte alors à des difficultés

point qu'on peut dire

que

faut de toute évidence

loin d'être

presque insolubles, au

un point de départ,



la

Durckheim, Règles (') Palante, Précis de sociologie (Alcan, 1906). Tarde, de la méthode sociologique. De la division du travail social (1902). Les lois de l imitation (1895).



LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

40

définition de la société est au contraire

peut proposer à .

un des buts qu'on

la science.

Tarde, dans ses Lois de l'Imitation, après avoir rejeté

définitions de la société basée soit sur

les

un fondement écono-

un fondement juridique, conçoit

mique,

soit

comme

l'ensemble des êtres qui s'imitent entre eux ou sont

sur

la

société

des descendants d'êtres qui s'étaient imités. Sans entrer dans

de cette conception,

la critique

quence que

la société

il

en découle déjà cette consé-

ne cadre ni avec

la

nation envisagée au

point de vue économique, limitée par une barrière de douanes, ni avec la nation politique, limitée par ses frontières, ni avec le

groupe philologique des gens qui parlent

dominante dans une nation,

ni avec l'Église

comme

considéré sible

la

personne juridique.

même

langue,

ni avec l'État

En un mot,

il

est impos-

de définir une société par considération d'un seul groupe

de phénomènes sociaux. Cela

du caractère

est-il possible

commun

spécifique

à

en considération

tous ces phénomènes?

en indiquant que ce caractère consistait dans

Tarde

l'a cru,

le fait

d'être imité, d'être susceptible d'imitation.

Il

y a



un

premier essai de précision, mais

il

est encore loin d'être résolue.

Nous croyons même pouvoir

nous paraît que

porter une critique essentielle à l'encontre de

de Tarde

:

il

considère

comme

que nous croyons n'être que une partie de

la

société

:

la

étant

la société

la

la

question

conception

tout entière ce

conscience sociale, c'est-à-dire

nous préciserons ultérieurement

cette vue.

M. Palante, pénétré de cette société, fait

société»,

deurs,

de concevoir

remarquer, dans son Précis, qu'il n'y a pas

mais «des

et

difficulté

la « la

sociétés», différentes de formes et de gran-

enchevêtrées

les

unes dans

les

autres

:

familles.

LES OBJETS DE LA SOCIOLOGIE

41

corporations, nations, cercles, syndicats, etc. Cela est exact

tend surtout à prouver

et

complète et séparée de chaque forme voir définir

«

la société

Allemagne proposent l'abandon de de

en

Sous

est indispensable.

La

M. Simmel en

et

société

comme

objet

formes sociales.

les

un objet plus précis et dont la connaissance

effet,

science sera

la

son remplacement par

la sociologie et

C'est,

avant de pou-

sociale,

».

que M. Bougie en France

C'est alors

une étude

nécessité de faire

la

le

nom

de morphologie sociale, cette

un jour une des branches de

la sociologie générale.

seule critique que nous puissions opposer à la conception

de ces auteurs est relative à une question de méthode que

nous retrouverons au chapitre suivant.

Un

autre objet qu'on a proposé aux recherches des socio-

logues, c'est

l'homme

social.

On

société est surtout constituée par

mes

et

que

le

dit qu'en définitive, toute

psychologie individuelle une déviation; que déviations sont

les lois

dernière n'est en

d'hom-

une agglomération

de leur réunion en société produit sur la

fait

mêmes de

somme qu'une

conception de Tarde

et

lois

les

que cette

la sociologie, et

psychologie sociale

d'autres

auteurs,

de ces

:

c'est la

conception qui

tend à devenir classique et qui est exposée dans

Précis de

le

M. Palante. Ainsi comprise,

de

la

la sociologie

formation de

la

aurait pour objet

1° l'étude

:

conscience sociale à l'aide des données

des consciences individuelles; 2° l'action de

conscience

la

sociale sur ces dernières.

Que

ces recherches soient indispensables,

mais qu'elles constituent toute

nous

le

la sociologie, c'est

nous nous refusons de souscrire.

croyons,

ce à quoi

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

42

Ces recherches portent sur des phénomènes que Tarde proposait avec raison d'appeler interpsychologiques et qui se

rattachent à ceux de suggestion dont

ils

sont un

atténué, alors que ces derniers sont des

mode normal,

phénomènes portés

à l'exagération par suite d'états pathologiques dont l'étude

commence

scientifique

parmi

à se dessiner, surtout

les

phy-

siologistes et les médecins.

Mais

phénomènes interpsychologiques sont

les

phénomènes sociaux. Nous

distincts des

consacrerons un chapitre à l'étude

de cette question.

Un

autre

objet possible

de

sociologie

la

l'ensemble des phénomènes sociaux et des

phénomènes font

sent.

Ces

droit,

morale, économie politique,

des

l'objet

etc.,

lois

consiste

qui

les régis-

sociales

sciences et

dans

dans ce sens

:

la

sociologie serait la systématisation des sciences sociales.

Cette manière vérité.

à

La

critique possible à l'encontre de cette idée consistant

trouver une difficulté insurmontable dans

entre un le

de voir contient également une part de

phénomène

appelle alors

séparation

juridique, économique, religieux, etc., et

phénomène purement

On

la

social qu'il recouvre n'est social le

phénomène interpsycho-

phénomène

juridique, religieux, etc.,

phénomène

logique à l'aide duquel

le

pas fondée.

s'impose aux volontés. Mais

il

y a



deux

séries différentes

de phénomènes sur lesquelles nous nous expliquerons ultérieurement, et au surplus qu'il

y

ait

il

n'est pas permis, a priori, de croire

des phénomènes sociaux autres que ceux faisant

l'objet des sciences sociales spéciales, sans avoir

au préalable

analysé et défini chaque classe de ces phénomènes.

D'après cette manière de voir,

comme, non

la

la sociologie

peut être conçue

systématisation des sciences sociales, mais la

LES OBJETS DE LA SOCIOLOGIE reprise

à

do

l'aide

phénomènes étudiés le droit, la

Un

morale,

scientifique

de l'étude des

méthodes non

scientifiques par

méthode

la

à l'aide de etc.

exemple va nous permettre de

ment notre manière de

La langue

est

<43

faire saisir

immédiate-

voir.

un phénomène

nomènes interpsychologiques

social constitué

des

et

par des phé-

phénomènes sociaux.

Les phénomènes interpsychologiques qui interviennent consistent

dans ceux à

l'aide desquels

un individu apprend une phénomènes sociaux

langue, est obligé de l'apprendre, etc. Les

sont ceux dont

les lois

sont étudiées par

phénomènes auxquels

ces

la

la philologie.

Ce sont

grammaire d'une langue

fait

principalement appel.

De même Codes,

les

les

les

phénomènes juridiques ont

recueils

d'arrêts,

etc.,

notions interpsychologiques. Mais

il

leur

grammaire

:

qui font appel à des

n'y a pas encore en droit

de philologie, de recherche systématique des

lois

qui régissent

en eux-mêmes

Si

cette science

les

phénomènes

parallèle existait, et

si

juridiques.

chaque classe de phénomènes sociaux

avait réussi à dégager cette science, leur ensemble constituerait la

sociologie abstraite.

En résumé,

la sociologie

complète doit avoir pour objet

1° la recherche des êtres et des

phénomènes sociaux; 2°

:

leur

classification (morphologie sociale); 3° la détermination des lois

qui

les

régissent (sociologie abstraite

ou pure)

et,

comme

en définitive cette recherche a un but pratique et intéresse surtout l'homme; 4° la

la

recherche du point de savoir

comment

volonté est assujettie à cette série phénoménale à l'aide

Ses

phénomènes interpsychologiques (psychologie

interpsychologie).

sociale

ou

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

44 Il

sont

nous reste une question à examiner sommairement les

sociale?

rapports exacts de

La recherche de

est-elle scientifique?

A

la sociologie et

de

la

métaphysique

nature et du but de

la

la société

vrai dire, nous croyons qu'il

surtout une question de temps

:

quels

:

y

a là

cette recherche peut être

aujourd'hui métaphysique et devenir demain scientifique, si

on découvre une méthode propre Or,

il

dans

à l'intégrer

la science.

nous paraît possible de raisonner d'ores et déjà scien-

tifiquement sur ces problèmes, du moins en partie.

La nature de vu que

la société résulte de sa définition.

cette dernière ne peut intervenir

ment de

que comme couronne-

Mais à mesure que

la sociologie.

Nous avons

travaux

les

s'accrois-

cette définition elle-même reçoit quelques linéaments

sent,

qui viennent préciser

les

contours estompés et flous de

la

construction a priori, de l'idée vague de société que chacun

de nous peut élaborer. De

même

but de

le

paraît pouvoir être précisé en partie

:

il

nous

société

est bien certain

que

de se maintenir, de lutter pour l'existence est un but

le fait

social très clair, très net et qui n'a rien de

même

la

le

métaphysique

:

de

but consistant à s'accroître en hommes et en richesses

matérielles, intellectuelles et morales, c'est-à-dire de progresser. Si difficile

on entend par but un terme de

le

concevoir,

final,

il

nous paraît alors

même métaphysiquement un :

terme

qui impliquerait l'idée de repos absolu sans progrès ultérieur, c'est

but

proprement le

la

mort, et

il

est en contradiction avec le

plus apparent de la société, qui est de vivre et de

progresser. Il

faudrait alors supposer que

une métamorphose qui

les

la

mort des

sociétés serait

transformerait en quelque chose

d'inconnu et de supérieur, mais alors nous nous lançons dans

LES OBJETS DE LA SOCIOLOGIE la

métaphysique

être

de

la Il

réelle,

45

qui au point de vue social ne peut

comme

conçue autrement que

la

recherche des relations

société avec l'ensemble de l'Univers.

en est de

questions rons. Mais

viduel et

même

de

sociologiques

et

question de savoir

but social et aussi avec

le

La morale présente des

scientifiques

on entend par morale

si

la

morale.

la

s'il

la

que nous esquisse-

recherche du but indi-

concorde ou non avec

but de l'Univers,

c'est alors

morale métaphysique et nous sortons du cadre de

de

le la

la socio-

logie et de la science.

Cependant,

il

reste

que

la

considération du but n'est pas

en elle-même purement métaphysique

et doit

dans une cer-

taine mesure être objet de science. Quelle est cette mesure?

Quelle méthode doit être employée pour en faire un élément scientifique en sociologie? c'est ce qu'également-

cherons.

nous recher-

-

CHAPITRE

II

Les Méthodes en Sociologie (*)

La méthode en controverses.

Deux

moins en France la

sociologie

:

heim

l'école

à laquelle

fait

de nombreuses

l'objet

écoles principales sont en présence,

méthode objective



a

de

la sociologie génétique,

et causaliste, préconisée par

on peut rattacher

au

basée sur

M. Durck-

l'école descriptive et

historique de Barth et l'école classifiante de Steinmetz

— et

psychologiques dérivant des idées de Tarde,

telles

les écoles

que

l'école

de psychologie abstraite de Simmel ou

A

psychologie concrète de Nordau. s'inspirent de la

la science sociale

de Le Play, Demolins,

prendre en considération

(')

Durckheim, Les

GnEEF, Les

l'école

On peut

règles de la méthode sociologique (Alcan).

1906).



D

r



Guyau, L'art au Marie, La psychologie

travail sociologique (1909).



etc.

que

de

aussi

tendances médicales de traiter

lois sociologiques (Alcan).

sociologique (Alcan,

Méline, Le

les

telle

de

tendances

côté, d'autres

méthode monographique,

celle

-

— Palante,



De

point de vue colleclive.



Précis de sociologie



Richard, Précis de sociologie (3 e édition). (Alcan, 1906). Tarde Les lois sociales (Alcan, 1902); Les lois de V imitation (Alcan, 1895), La logique sociale (Alcan, 1906); Psychologie économique (Alcan, 1902). J

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

48 les

questions de pathologie mentale à titre

collectif, et

de cher-

cher à ramener des questions purement sociologiques à des pro-

blèmes purement biologiques; ces tentatives nous paraissent vouées à un échec certain.

Quoi

qu'il

en

soit,

d'accord sur ce point avec M. Palante,

nous n'attachons à ces questions de méthode qu'une importance relative.

peut donner

est d'abord certain

Il

l'intuition ni suggérer des hypothèses. Elle ne

peut donc avoir qu'une seule celle

qu'aucune méthode ne

de permettre

utilité, d'ailleurs

la vérification

considérable

:

des hypothèses.

méthode ne peut

Or, dans ces conditions, la question de

plus se poser dans les termes où elle s'est longtemps débattue. Il

n'y a qu'un procédé qui ait fait ses preuves à cet égard

méthode

c'est la

:

scientifique, la vérification expérimentale.

Nous en concluons immédiatement que toute discussion de méthode en savoir

sociologie doit désormais se réduire au point de

comment

les

procédés scientifiques peuvent être appli-

qués aux phénomènes sociaux.

Toute

lutte entre

méthodes en dehors de

ce terrain ne porte

en réalité que sur des procédés de découverte et non de vérification. Or, les

espèce

de

ment bons

procédés de découverte échappant à toute

discipline,

il

en résulte que tous sont égale-

lorsque les résultats auxquels

ils

ont conduit sont

vérifiés.

Ces vues générales vont nous permettre d'apprécier sommai-

rement

les

divers procédés préconisés de part et d'autre.

Et d'abord

la

méthode

causaliste, objective, génétique de

M. Durckheim nous paraît devrait donner

les

application de la

être

celle

qui,

théoriquement,

meilleurs résultats, perce qu'elle est une

méthode

scientifique ordinaire. Malheureu-

LES MÉTHODES EN SOCIOLOGIE

40

s.n i.-iit, la manière dont celle application a été tentée nous

paraît erronée.

Et d'abord, la

recherche!' dans

forme d'un groupe

la

social

cause des phénomènes sociaux ne peut être qu'une hypo-

thèse. L'hypothèse inverse est tout aussi probable, et

plus plausible.

La

d'organismes et faire

concevoir

la

société n'est en

somme qu'une sommation

la loi

morphobiologique nous paraît devoir

forme

comme un effet des phénomènes, plutôt

que comme une cause. Ne voir comme cause de groupe social que

filiation

le

:

Il

tuante.

y



des aristocraties

départements par

verrons que

les

une trame déterminée et soumise à des alors ces lois ne sont

ainsi les

rôle, d'ailleurs réversible, et lois

et

le

la Consti-

relations de cause à effet.

phénomènes juridiques jouent

rapport aux autres ce





nous paraît au contraire plus vraisemblable de

phénomènes sociaux par des

les

moins en sociologie deux

a au

social, tel la création des Il

forme d'un

procédé biologique constituant des

familles, des tribus, des clans

procédé

la

forme du groupe antérieur nous paraît

la

également inadmissible. procédés de

même

relier

Nous

uns par

constituent

rigoureuses. Mais

qu'un développement purement logique

impossible à donner l'explication de la genèse primitive

des

phénomènes

actuelle. Elles ne

logiques, mais Si l'on les

veut



mais seulement

donnent que des

lois

celle

de leur existence

pour

ainsi dire physio-

non phylogéniques. sortir de la sociologie abstraite

phénomènes sociaux

pour rattacher

à leurs racines psychologiques,

la

notion de cause doit se transformer en celle de but. Nous

avons vu comment cause et

comment

il

le

but joue pour

la

volonté

le rôle

d'une

serait possible de constituer avec son aide

une mécanique sociale absolument comparable à

la

mécanique

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

50

physique. Mais ce que nous obtiendrions

pas des

lois sociologiques, ce seraient

ne seraient

ainsi, ce

des

interpsycholo-

lois

giques, ce qui est bien différent.

Ce qui nous paraît constituer

le

vice radical de la



objective consiste dans la confusion

que M. Durckheim

avait cru éviter dans ses Règles, mais où

prendre

laissé



entre les

s'est

il

— lesquels sont des —

spécifiques de la conscience sociale

interpsychologiques qui régissent

ceux qui réunissent sciences sociales

:

les

ces derniers sont ils

complexité croissante de

soumis à

notion de but.

la

ne sont que des applications de la logique

sociale

mathématique

la sociologie abstraite, la

et les lois

phénomènes extrasociaux,

consciences individuelles aux con-

les

Quant aux premiers,

cependant

sociologiques pures, lois qui

lois

ne régissent que des phénomènes sociaux

phénomènes

méthode

ils

:

constituent

sociale, et l'instrument

qui leur convient, c'est l'analyse logique et critique complétée

par

synthèse.

la

Au

du ressort de

contraire, les seconds sont

l'observation, de l'induction, de l'expérimentation. Mais pour

obtenir des résultats,

ment

il

est nécessaire de constituer préalable-

l'interpsychologie, qui en est la base fondamentale

faut faire la théorie des buts; connaître les

il

qui déterminent

volontés en fonction des buts qu'elles se proposent;

les libres

connaître

dans

lois

:

les lois

en vertu desquelles

tel

ou

tel

but s'impose,

telles conditions, à telle volonté.

La méthode psychologique nous révélera-t-elle? Les giques,

le

tion des

lois

mode de formation

phénomènes sociaux

est

également insuffisante. Que

des

phénomènes interpsycholo-

des institutions,

nous indiquera pas ce que sont en eux-mêmes sociaux,

le

le

mode

d'ac-

sur les individus. Mais elle ne

Droit, la Morale, la Religion



les

ce

phénomènes que sont

les

LES MÉTHODES EN SOCIOLOGIE un groupe

institutions, en quoi

ni ce qui

permet de

51

social se distingue d'un autre,

classer ces groupes et de les hiérarchiser.

Si les choses sociales

ont une existence, d'un

mode

quelconque, mais indépendant de l'idée que s'en tel



individu

si les réalités sociales

d'ailleurs

fait tel

ne sont pas de vains

produits de l'imagination, des fantômes à l'aide desquels plus forts ou les plus malins exploitent les crédules et



si

mot

en un

la société réalise

l'individu, ce

les

les naïfs

un mode d'existence

chiquement supérieur à l'existence de

ou

hiérar-

que pour

notre part nous croyons être la vérité, la méthode psycholo-

gique ne nous donnera qu'une moitié des résultats dont nous

avons besoin pour connaître

la société, la vie sociale et le

jeu

des rouages sociaux.

Cette critique est surtout destinée à ceux qui ne font aucune différence entre la psychologie individuelle

la

psychologie

ne voient dans cette dernière qu'une modalité de

sociale, qui la

~et

première,

la

conscience individuelle paraissant ainsi être un

point de départ, un élément constitutif de sociale, alors

que rien ne nous permet de

la

l'affirmer

pas encore démontré, parce qu'on n'a pas cherché à

au contraire un produit de

si elle

n'est pas

ou

l'une et l'autre ne sont pas

si

la

conscience :

n'est

il

le vérifier,

conscience sociale,

deux choses concomitantes,

fonction l'une de l'autre, sans priorité en faveur d'une d'entre elles.

C'est dire

que l'emploi de

être exclusif,

cable à

la

ou plutôt que

méthode psychologique ne peut

la la

méthode psychologique

conscience individuelle n'est pas celle qui doit être

employée en interpsychologie ni surtout en à-dire

appli-

sociologie, c'est-

aux relations des consciences individuelles entre

ou avec

la

conscience sociale.

elles

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

52

y a d'abord une différence

Il

spection est en

somme

logie individuelle, bien les idées

reçues

:

avec

:

que

c'est

procédé expérimental de

psycho-

que cela paraisse en contradiction avec

si les

la

conscience qui, seule, peut juger en

explications des psychologues concordent

sentiment qu'elle a d'un phénomène donné

le

la

l'intro-

en définitive, un état psychologique ne relève

que du domaine de dernier ressort

le

essentielle

bien l'introspection qui vérifie

:

c'est

donc

hypothèses soit psycholo-

les

giques, soit psychophysiologiques, soit psychosociologiques.

Au

contraire, la vérification expérimentale des

phénomènes

interpsychologiques ou sociologiques, qui, bien que de nature

psychologique, sont extra-individuels, doit être objective, et c'est là

au fond toute

la thèse

de M. Durckheim.

Cette vérification varie selon S'agit-il

des intèrpsychologiques,

régissent les volontés?

nature des phénomènes.

la

c'est-à-dire

Le but étant

de ceux qui

leur cause, c'est en pro-

posant des buts et en expérimentant sur

les

moyens qu'em-

ploient les volontés pour les poursuivre, en étudiant l'ardeur qu'elles apportent à les adopter et à les poursuivre

qu'on peut

induire des lois toujours de plus en plus près des faits. S'agit-il

des phénomènes sociaux, de ceux qui sont cristallisés dans

conscience sociale, qui sont en

la

interpsychologiques morts

méthode de

La

la

seule

des

logique

«

suffit

comme

:

donc abstraite et ne connaît

l'analyse logique et critique complétée par

synthèse. Elle est la chimie sociale, alors que l'interpsy-

chologie est la mécanique ou la physique sociale.

même les

phénomènes

vérification.

sociologie véritable, pure, est

qu'une méthode la

»,

somme

que

le

En

effet,

de

chimiste, à l'aide de réactifs appropriés, dissocie

corps simples et

les reconstitue,

en vérifiant

les lois

qui

LES MÉTHODES EN SOCIOLOGIE président à leur constitution à l'aide de à l'aide

au creuset de

le

même

sociologue passe

logique les divers concepts en lesquels se sont

la

phénomènes sociaux

concrétisés les devoir, de

balance, de

la

du principe de non-contradiction

58

:

les

notions de droit, de

solidarité, d'obligation, etc., etc.,

sont

les

corps

un

simples qu'il analyse et qu'il reconstitue, parfois dans

ordre nouveau et meilleur. Cette sociologie, c'est celle de

non

celle

la

conscience sociale, mais

du corps social. Cette dernière, concrète, morpho-

logique et dynamique, est plus complexe et se rapproche

davantage des sciences dites naturelles, mais en

réalité elle

participe à la fois de la Biologie et de la Psychologie individuelles.

Elle n'est pas la sociologie pure,

innommée qui comblera de

mais une science

l'intervalle qui sépare cette dernière

la Biologie.

Le sociologue pur un

et par-dessus tout

damental dont

il

logicien; c'est par suite

Le concept

linguiste.

est l'élément fon-

s'occupe pour en presser la substance et la

œuvre

confronter avec la réalité. Son

qu'aucune autre, parce qu'elle jour où

un

est surtout

la définition

est plus intéressante

en un sens, définitive. Le

est,

rigoureuse, exacte et précise d'un concept

trouver est adoptée par l'unanimité de ceux

qu'il a réussi à

qui s'adonnent à

la

branche où ce concept est usuel,

un résultat pratique tout aussi

réel

que

le

il

a obtenu

savant qui a

fait

adopter une unité de mesure électrique ou calorifique. C'est pourquoi nous' souhaitons

international

de

sociologues

qu'un congrès national ou

parvienne à se constituer et

impose des définitions uniques aux vocables dans toutes

les

serait étouffée

directions sociales.

par cette mesure

si

les

plus usités

Que de vaine agitation simple en apparence,

si

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

54

en réalité

difficile Il

!

Le Droit

s'efforce de parvenir à ce résultat.

existe des concepts juridiques parfaitement définis et sur

lesquels

aucune équivoque n'est possible

sa force. S'il en était de

même

:

c'est ce qui constitue

en morale, en religion, en

poli-

tique, les nations, surtout la nôtre, seraient débarrassées d'un

poids mort considérable qui entrave leur évolution et leur

cache Il

les réalités.

nous paraît donc désirable que

leurs efforts en

vue d'une œuvre

si

les

sociologues orientent

désirable, et qui,

une

fois

achevée, permettrait de s'adonner à l'étude des questions de sociologie concrète, qui, peut-être, recevraient, de ce fait, clarté

nouvelle.

L'épuration de

la

conscience sociale,

une son

homogénéité, toute logique, son harmonie sont à ce prix.

CHAPITRE

III

L'Être social

L'existence,

même purement

néant. Elle implique

un

imaginative, diffère déjà du

certain degré de réalité sur la nature

seule duquel la discussion est possible. est tout aussi réel

que

(^

tel

Le père Goriot de Balzac

Égyptien ignoré qui vivait au temps

de Sésostris. La différence qu'il y a entre eux, c'est que l'Égyptien en question a vécu, a réalisé des phénomènes biologiques et psychologiques, alors que

pas concrétisés, celle

si

le

père Goriot ne

les

a

ce n'est dans l'imagination de Balzac et

de ses lecteurs. Mais aujourd'hui son existence n'est-elle

pas plus réelle que

Dans

celle

de l'Égyptien?

ces conditions, qu'est-ce

sons-nous? Avons-nous

le

que

la réalité?

droit d'affirmer

que

la

La connaismatière est

plus réelle que l'imagination? N'est-elle pas plutôt

un degré

différent de l'existence? Est-il permis de nier l'objectivité

de (')

certaines

choses

Hauriou, La

parce

qu'elles

ne

sont

pas

science sociale traditionnelle (Paris, 189G).

maté-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

56

tombent pas sous

et ne

riclles

concevoir l'existence

sens? Est-il absurde de

les

notamment de

la société

comme

réelle

et objective bien qu'immatérielle?

L'objectivité n'est-elle pas en

somme

la

résistance que nous

ressentons, la différence entre notre conscience et

chose de nouveau qui

Dans

être organisé,

même La

titre

quelque

dans son champ?

fait irruption

ces conditions, sans concevoir la société il

le

est permis de la poser

comme un

comme une

chose au

qu'une chose matérielle.

société est certainement

une résistance que nous ren-

controns et que nous ressentons plus ou moins vivement selon l'intensité de

nos désirs et

Ceux qui nient

les

choses sociales antagonistes.

la réalité sociale

sont ceux qui n'ont jamais

senti sa présence et ne se sont jamais heurtés à elle; ce sont

ceux qui

aussi

se clôturent

en eux-mêmes et n'ont jamais

voulu se donner. Si

même

la société

pour

la créer

pour

elle.

de

:

n'existait pas,

il

suffirait

de l'affirmer

ce qui crée la Patrie, c'est l'amour qu'on a

Les religions réclament de leurs disciples des actes des affirmations énergiques, parce que l'affirmation

foi et

est un premier degré d'existence

:

affirmer Dieu, c'est déjà

le réaliser.

La

société est tout aussi

même

à

un degré

supérieur.

réelle

Dans

que l'individu l'univers entier

:

il

elle

l'est

y a une

hiérarchie de sociétés et toujours la société est supérieure aux

individus dont l'ensemble société

d'atomes;

célestes; l'animal, la société

le

la

compose. La molécule est une

système solaire une société de corps

y compris l'homme, une société de

humaine une

cellules;

société d'organismes conscients. L'or-

dre de grandeur de ces sociétés ne coïncide pas avec l'ordre

57

l'être social

de leur complexité et de leur valeur. La société planétaire réduite

aux corps

célestes, sans

habitent, ne connaît que des

Au

gétiques.

contraire,

phénomènes sociaux

phénomènes matériels

des

phénomènes

pourtant plus petite.

elle

est

que

les lois universelles

humaine

société

la

et

y comprendre ceux qui

Il

et éner-

possède

des

conscientiels,

ne doivent différer des

et

probable

cependant

est

les

lois sociales

degré moindre de complexité, mais non par

que par un leur nature.

L'individu, qui est déjà une société, est partout et n'est

part

nulle

l'individualité

:

corps, l'organisme, au

hommes

d'action.

extérieurs

humaine consciente déborde

moins chez ceux qui créent

D'autre part,

elle

psychologiques



artistes,

implique des apports



aliments nutritifs ou respiratoires

:

:

le

influences

qui ne font partie de l'individu qu'après

une certaine assimilation. Plus

creuse

la science

l'illusion orgueilleuse

inaccessible, lieu

problème, plus

le

de l'individualité,

incommunicable,

s'évanouir

elle fait

monade

leibnitzienne,

éternelle. L'individu n'est

géométrique, physiologique et psychologique où se ren-

contrent des phénomènes énergétiques et sociaux

champ de

pour des

bataille

êtres plus petits

des idées ou des sentiments qui C'est aussi teur,

un

le

:

un créateur

partiel.

Mais sa

peu d'originalité réalité

en

qu'il est

soi,

:

c'est

cellules, et

un

pour

débordent de toute part.

centre d'énergie et de volonté, réalité,

un transforma-

son individualité est

fonction de l'ensemble des choses auxquelles

une

qu'un

il

capable de développer

pas plus d'ailleurs que

emprunte :

il

le

n'est pas

la société. Il n'est

qu'une réalité temporaire, passagère et mobile, sans cesse en voie de devenir, d'une étendue, d'une durée et d'une force

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

58

de beaucoup inférieures à

dont

il

celles

de

ou des sociétés

la société

fait partie.

Si l'individualité absolue n'existe pas chez

n'existe pas plus au dehors

:

l'homme,

elle

ni la planète, ni l'atome, ni la

nébuleuse ne sont un individu dans ce sens.

Au

contraire, l'homme, la société (la nation, la famille, etc.)

la planète,

l'atome sont des «individus»

si

naître la relativité spatiale, temporaire et

on veut bien recon-

dynamique de

expression. Sous ces réserves, la nation est

cette

un individu au

même titre que l'homme, bien que d'une texture différente, au même titre que la planète, bien que d'une forme dissemblable et d'une matière tout autre. C'est dire que la notion d'individualité sans laquelle notre esprit ne peut concevoir l'être est

une

illusion



si

on ne

la

restreint aussitôt à ses véritables proportions.

Alors nous pourrons parler de l'être social, de l'individu social, et

nous saurons

sinon arbitrairement flottement.

de

reconnaît le

— du

S'il est difficile

nous

est loisible de le choisir

définir

moins avec un certain degré de

comme

de ne pas concevoir Pierre

arbitraire

s'il

comme un

individu

«

abstrait

traire familier de concevoir la notion

à la société



— à cause de notre conscience qui comme un semblable — et nous paraît étrange

un individu non le

qu'il

comme une

»,

il

est

au con-

d'individu appliquée

abstraction, une fiction, une image.

Or, c'est là une illusion.

Toute notre thèse actuelle tend à poser l'individu par exemple,

comme

social,

malgré

les

Qu'est-ce donc qui constitue une individualité sociale,

un

la nation,

apparences, que

être social?

tel

ou

tout aussi

tel d'entre

réel,

nous.

l'être social

Une première de

notion, que nous devons écarter, c'est celle

société organisme.

la

59

un contour matériel

Il

y manque en

géographiques n'étant pas suffisamment caractéristiques limitent bien

qui

déborde

les

science,

qui

le

les idées

pas

il

;

y manque aussi

serait

elle :

de

elles

l'unification de cette con-

notion de personnalité,

la

l'organisme humain. Si

caractérise

contradictoire

;

matériel social, mais non la conscience sociale,

un support matériel

organisme,

par

effet la limitation

précis d'avec l'ambiance, les frontières

un organisme amorphe,

actuellement.

à

ce sujet),

Elle

est

mais

tout

elle

ne

au plus

formant une

d'organismes, collection

était

un

qui

est

ce

un futur organisme

peut-être

elle est

de Renan

la société

une

unité

(voir

sûrement

l'est

collection

d'une

nature

particulière.

Une seconde conception tout ne voir dans

société qu'une notion

la

dépourvue de toute

La

aussi inacceptable consiste à

réalité objective.

vérité nous paraît résider entre ces

pour nous s'agit

purement abstraite

deux thèses opposées

douée d'une certaine

la société est

que de déterminer quel est

le

réalité;

il

quid proprium qui

:

ne la

constitue.

Cette détermination nous paraît ne pouvoir résulter que

progressivement de l'analyse de plus en plus profonde des choses sociales. et les

Il

s'agit

donc de rechercher parmi

phénomènes soumis

les êtres

à l'observation tous ceux qui pré-

sentent quelque chose de social, de définir ce quelque chose et de constituer à l'aide des éléments ainsi

même

obtenus

la

notion

de société.

Supposons un habitant d'une planète voisine doué d'une vision telle qu'il puisse d'un

coup

d'ceil

embrasser

la

France



LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

60

entière et cependant percevoir les détails les plus minimes.

Gomment Il

verrait-il notre société?

apercevrait un territoire accidenté, sillonné de fleuves,

de canaux, de routes et de voies ferrées, parsemé de champs, de bois, de vignes et de prés, avec des des bourgs,

le

villes^

des villages et

tout immobile et parcouru par des êtres doués

d'une certaine spontanéité. L'humanité apparaîtrait à cet observateur

de

comme une dont

corpuscules

poussière plus ou moins agglomérée

mouvements

les

seraient

infiniment

complexes. Tel groupe compact et de forme géométrique

(armée en marche ou en station, procession, rait

etc.) lui

semble-

ne former qu'un seul tout, un bloc de matière solide, alors

qu'ailleurs les éléments seraient errants et sans liaison appa-

rente entre eux,

d'une Il

comme

la foule

qui s'agite dans

les

rues

ville.

considérerait

le

corps social

avait l'esprit scientifique,

il

comme une

rechercherait les

variations de forme de ce corps social. à tracer les courbes de

d'un individu

Il

mouvement d'un

— mais s'attacherait à

matière, et

lois

s'il

présidant aux

ne s'attarderait pas corpuscule isolé

des groupes et obtien-

drait une sorte de statistique qui lui révélerait, sous forme

mathématique, une connaissance extérieure de nos pensées

et

de nos actions. Connaîtrait-il pour cela

connaîtrait

comme nous

c'est-à-dire

par rapport à

la

société

connaissons

humaine? Non. les

Il

corps de la nature,

lui.

Mais nous qui sommes plongés au sein de cette

société, qui

savons ce que nous voulons, ce que nous ressentons, et

supposons chez

les autres,

la

le

avons de cette société une connais-

sance intime et profonde. Ce que l'habitant supposé d'une

l'être social

61

planète qui n'aurait rien d'humain exprimerait en termes

mathématiques, ce sont est d'ores et déjà

exprimée pur

lu

majeure partie

Droit.

le

y u un corps social composé d'un personnel et d'un

S'il

même

matériel, ce qm" constitue l'essence

sont

dont

les lois sociales,

d'une société ce

des individus et des groupes sociuux et

les relations

les

relations qu'ils soutiennent avec les objets sociaux. Ce sont

qui importent et que

elles

phénomènes sociaux

ces

le

Droit réglemente. Ces relations

— sont tantôt

tantôt groupés

isolés,

sous forme d'institutions. Ces institutions sont pour

— qui n'est pas — ce science (*)



l'homme.

tanément, de

qu'est

société se

l'animal,

à

l'habitude

à

forme sous laquelle l'action des

manifeste habituellement, soit spon-

de

soit sous l'influence

inexprimées,

lois

la société,

matérielle, mais douée d'une con-

l'instinct

Elles sont la

-

hommes en

purement



comme

les

la

contrainte, sous l'empire

usages mondains, ou sous

l'empire de lois juridiques, religieuses et morales.

La

société qui nous sert d'exemple, la France, est

quelque chose d'extrêmement complexe

—à

la fois

donc

matériel,

énergétique et conscientiel. L'être social est

toutes

les

un composé

catégories de la nature

maux, hommes, choses Il

sous

d'êtres appartenant à presque :

minéraux, végétaux, ani-

abstraites.

paraît au premier abord étrange et paradoxal d'englober le

nom

d'être social des choses aussi disparates et aussi

dépourvues, semble-t-il, de relations entre

Cependant, sociales,

(')

les

si

nous voulons sérieusement découvrir

nous sommes obligés de

Et par

suite

connaissons.

elles.

les

indépendante de l'espace

les lois

rechercher partout où et

du temps

tels

que nous

62

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

elles agissent.

Et

il

que

est incontestable

ne sont pas seuls soumis à ces

lois

:

les

humains

les êtres

objets matériels font

également partie intégrante des éléments constitutifs des

phénomènes

régis par les lois sociales.

cette assertion résulte de ce

pour

que

le

les classer, les attribuer, les

l'Économie Politique

La preuve manifeste de Droit connaît

soumettre à ses

recherche — entre

qui président à la production, à

lois

la

objets

les

que

lois;

choses —

autres

les

circulation et à la

répartition des biens; que l'Art n'existe qu'à l'aide d'objets

qui

lui

servent de support; que

sociale en

apparence

la

même

la partie

de

la

plus détachée de tout lien avec les

choses, la Religion, est obligée de symboliser ses

de

les

concrétiser dans

conscience

le

mythes

et

culte auquel des objets matériels

sont indispensables. Il

est

donc logique de concevoir

l'être social,

la

société,

— ce qui n'est qu'une première approxima— de supports, tion d'un corps et d'une âme, de parties comme composé

fixes,

de choses qui ne sont pas sociales en elles-mêmes,

seulement par suite de l'action sur

elles

de

mais

la partie sociale

pure, de l'âme sociale, de l'être social (stricto sensu), et d'une conscience, d'une chose spéciale qui constitue

de

la

société,

le

quid proprium

qui agglomère ces choses disparates et leur

confère une certaine individualité.

03

I.

Sans jouer sur le

les

Le Corps

mots,

il

est

langage courant désigne sous

social.

cependant remarquable que

nom

le

l'ensemble des individus chez qui

la

de

«

corps constitués

»

conscience sociale, l'esprit

de corps, est développée à un degré éminent. Le corps social constitué répond parallèlement à une conscience sociale plus

homogène, moins

diffuse.

Mais cela est vrai pour tout groupe social quelconque.

Toute société a un corps, plus ou moins amorphe, plus ou moins complexe, et ce corps éléments bien différents

hommes, femmes

:

est

lui-même composé de deux

1° l'ensemble des êtres sociaux, les

et enfants; 2° l'ensemble des choses socia-

objets concrets du Droit, meubles et immeubles, produits

les

:

de

la

nature, de l'industrie et de

1.

l'art.

Ensemble des Êtres sociaux:

Le Personnel La

considération du corps social se heurte dans l'esprit à

que

cette constatation vulgaire discrets, les

social.

ne

se

les

individus sont disséminés,

touchent pas, paraissent matériellement

isolés

uns des autres. Le corps social, pour notre vue, n'est donc

qu'une poussière

sociale, et

il

paraît illogique d'en faire une

unité matérielle. Gela résulte encore d'une illusion d'optique,

du défaut d'affranchissement de

du temps. L'existence de

la relativité

de l'espace et

vides, d'intervalles entre les indi6

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

64

vidus n'empêche pas qu'ils ne soient

éléments du corps

les

de

limites

libres,

plus d'importance

de chacun, n'ont pas

l'activité

que

les

Ces vides, ces espaces individuels

social.

relative

vides intermoléculaires existant au sein des corps

les

plus solides et les plus continu» en apparence. Cette objection

du sens commun ne

doit donc pas influer sur la recherche

scientifique.de la réalité sociale.

La

sociologie doit

qu'est titre

le

donc s'emparer de cette

corps social et en faire une étude objective, au

que

le

physicien fait l'étude objective des gaz ou

logiste celle des cellules.

plement dit,

les

réalité matérielle

celle

La méthode

purement

est ici

même le

bio-

et sim-

des sciences physiques et naturelles. Autrement

sciences

comprendre parmi

doivent

physiques,

physiologiques,

les qualités

des corps qu'elles étudient

etc.,

les

qualités sociales qu'ils présentent et qui sont tout aussi objectives

que leur couleur, leur goût, leur forme ou leur masse, à

moins que

la sociologie

C'est ainsi

que

le

ne veuille en connaître à

premier point à élucider est celui de

nature physique de cette réalité gazeuse? colloïdale?

ment

En

fait, elle

:

est-elle

paraît ne répondre complète-

état de la matière, qui serait l'état social.

un liquide

:

la

liquide?

solide?

à aucune de Ces désignations et comporter

parfois à

elle seule.

Il

est

un nouvel comparable

l'état-major peut ainsi déterminer par

des considérations d'ordre pour ainsi dire physique

temps

le

d'écoulement d'une colonne composée de différentes armes sur une route donnée, de la

détermine

la vitesse

même

manière qu'un ingénieur

du courant d'une

rivière. C'est ainsi

que

vus d'une certaine hauteur, certains groupes sociaux présentent une forme géométrique,

comme

des solides

:

armées

en formations serrées, par exemple; qu'au contraire,

l'en-

l'être social semble des habitants d'une

forme gazeuse,

ville

65

paraît présenter plutôt la

c'est-à-dire l'indépendance matérielle relative

éléments, des individus, plus grande que

des

l'état

d'infanterie, par exemple.

une compagnie

solide qu'est

dans

y aurait donc préalablement à rechercher cet état du

Il

corps social et l'application des

lois

mécaniques et physiques

qui peuvent lui convenir. Il

y aurait ensuite à c'est-à-dire

logique,

son étude au point de vue physio-

faire

morphologie et

la

le

fonctionnement.

comme dans

la

Cette dernière concevait

le

Mais cette étude ne doit pas être comprise thèse

de

la

société-organisme.

comme

fonctionnement d'une société qui sont,

elles,

celui des institutions,

d'ordre psychologique.

Ce n'est pas cette étude qui regarde physiologie

du corps

social.

morphologie et

la

Ces dernières ne sont autres que

la

la

morphologie et la physiologie humaines, y compris les variations

que

le fait

de vivre en société fait subir aux

rales de la biologie.

En

fait, la

géné-

lois

morphologie du corps social

confond avec son étude physique. Quant à sa physiologie, consiste dans la recherche des fonctions sociales qui ont

but unique

la

la société

comme un composé

humains, abstraction

C'est ainsi

pour

que

le

problème de

du corps

d'organismes,

faite de leur côté psychologique. la

dépopulation est

majeure partie, mais en partie seulement physiologie

elle

conservation, la défense, la vie de la société, en

concevant alors d'êtres

se



en

— un problème de

social.

Cette étude de physiologie sociale comporte

qui est délicat à exposer, et pour lequel nous l'attention bienveillante

du

lecteur.

Il

un point

spécial

demandons toute

consiste en ceci

:

les

relations sociales, qui sont de nature essentiellement psycho-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

06

logique, comportent nécessairement et fatalement une appa-

rence extérieure par rapport aux individus entre qui

elles

et ce côté externe, en partie mécanique, est en

existent,

majeure partie physiologique. Par exemple, un phénomène juridique est tout à la fois psychologique, physiologique et

mécanique, tout en restant à ce

nomène

marchandise peut et

mène,



social. L'obligation

doit,

décomposée

être

triple point se

de vue un phé-

trouve X... de livrer une

pour l'étude complète de ce phénoainsi

recherche

:

des

sentiments,

volontés, etc., existant dans les consciences des individus

entre qui existe cette obligation

;

recherche des modifications

physiologiques que cette obligation apporte dans

le

fragment

considéré du corps social, c'est-à-dire dans les individus en question, et qui sont la traduction extérieure des susdits

sentiments, volonté, etc.; recherche des modifications méca-

niques accomplies par

le

fait

de cette obligation et de son

exécution (c'est une partie de l'étude de

la circulation

écono-

mique); enfin, l'ensemble des conclusions ainsi obtenues est l'explication

sociologique

du

phénomène juridique

précis

envisagé.

On

voit donc l'infinie complexité des sciences sociales.

phénomène

social le plus simple en

être expliqué totalement très approfondie.

apparence demande pour

une analyse minutieuse,

La question

Le

détaillée,

est encore plus ardue, car

nous

avons dans l'ensemble précédent limité arbitrairement notre choix à un phénomène plète, doit

comprendre

isolé.

Mais son étude, pour être com-

celle

de l'influence du dit phénomène

sur l'ensemble du corps social, celle de son retentissement sur •les

autres séries des

phénomènes sociaux. C'en

vraiment sociologique.

est là la partie

l'être social

La morphologie du corps

social

moins considérables

difficultés

07

nous paraît présenter des

et pouvoir à brève échéance

donner des résultats sérieux. Elle consiste dans la description et la classification des

brement, d'après

dénom-

degré d'homogénéité ou de complexité de leurs

le

éléments

le

groupes sociaux,

les

:

individus.

La

sociologie génétique se rattache à

cette branche, mais à condition de la concevoir,

une science ayant pour but d'y découvrir

la

non comme

cause des phé-

nomènes psycho-sociologiques, mais seulement comme une science physiologique se bornant à la recherche de la filiation naturelle, par voie physiologique, des groupes sociaux

en

:

c'est

somme

l'étude de la

démographie évolutive, et pas autre

Au

contraire, la

morphogénie complète de

chose.

comprend, outre

mée de

la sociologie

sociologie

la

la société

génétique, une branche innom-

recherchant

la

filiation

psychologique

des groupes sociaux, des associations. Autrement dit,

parmi

les

il

y a

causes de naissance des groupes sociaux des causes

physiologiques et des causes psychologiques, sociologiques pures

ments par

la

:

par exemple,

la

il

y en a

aussi de

création des départe-

Constituante.

Cette recherche de l'évolution des groupes sociaux devrait

logiquement être réservée jusqu'à ce qu'un certain degré

d'avancement de morphologie est

la

la

vraiment scientifique. considérant

que

les

morphologie sociale fût acquis. Cette

condition préliminaire de toute sociologie Il

y aurait intérêt à l'entreprendre en

les sociétés actuelles qui,

sociétés primitives,

bien que plus complexes

nous sont mieux connues et

se

prêtent mieux à des observations conduites avec une méthode rigoureuse.

Nous ne pouvons qu'esquisser

les

types qui pourraient ainsi

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

68

être reconnus.

y

Il

y a en gros dans nos

«groupes homogènes

nom

en

ciales

définis,» tels

collectif,

les

Annuaires.

innommés », mais nine

commer-

les sociétés

l'énumération

y a des

Il

«

homogènes

groupes

qui existent cependant

:

trouve

se

société fémi-

la

un

d'une certaine classe sociale dans telle ville forme

groupe de cette nature.

Il

dont

type

«

que

associations amicales innom-

les

brables et à buts variables dont

dans tous

sociétés actuelles des

la

famille

est

groupes complets»,

le

a des

y

comme

le

la

sera bientôt plus de

même

sociale paraissant

l'englobement

pour

y a des

Il

se suffire,

les

pouvant

comme un

être

individn

la famille.

n'en

Il

nations, l'individualité

comporter une tendance à croître jusqu'à

complet

de

l'humanité

sociologiques les

lois

»

nation, se suffisant à eux-

en fut ainsi pour

Il

même

simple.

au moins abstraitement,

sociologique complet.

une des

groupes hétérogènes

plus

mêmes, ou pouvant théoriquement considérés,

«

mieux

planétaire. C'est là

assises

paraît

et qui

être l'explication la plus logique et la plus vraisem-

blable de toute l'évolution sociale passée, présente et future.

L'ensemble des êtres humains forme

le

personnel social.

y a aussi un matériel social, et leur ensemble constitue

le

Il

corps

social.

Matériel social.

2.

En de

quoi consiste ce matériel? Fait-il partie constitutive

la société?

Nous désignons sous

membres de

la société,

ce

nom

tout ce qui sert à

la vie

tout ce qui est indispensable à

festation de l'activité sociale.

la

des

mani-

69

l'être social Il

ici

un inventaire

Au

surplus, cela

n'entre pas dans notre dessein d'en faire

une

détaillé et complet, ni

classification.

serait parfaitement inutile, parce

demande qu'à

et ne

que ce travail a été accompli

En

être revisé et systématisé.

effet, le

Droit, surtout le droit civil et le droit administratif, connaît

sous

le

nom

de biens ce que nous désignons sous

matériel social.

Il

le

nom

de

classe ce matériel en le considérant sous

son aspect social, c'est-à-dire en raison des qualités qui

rendent apte à rendre un service

le

L'Économie politique

social.

entreprend aussi l'étude de ce matériel à un autre point de vue, complémentaire du précédent

:

ne recherche pas

elle

les

qualités inhérentes à telles ou telles catégories de biens, les

qualités sociales que les choses peuvent présenter, mais seule-

ment

l'évolution propre de ce matériel

:

les lois

qui président

à sa formation, à son entretien, à sa destruction. Il

le

de

est hors de doute

que

la sociologie

matériel social en lui-même la société,

partie

soumise à des

l'ensemble de ces

Autrement lois,

partie

juridique,

dit,

lois

comme une

partie constitutive

propres

partie économique,

lois

politique,

pour

les

gagnerait à considérer

:

etc.,

et

à

systématiser

réduire à l'unité.

nous croyons que

les

objets sociaux ont des

résultant de leur nature propre d'abord, de ce qu'ils sont

soumis à

la

volonté humaine ensuite, et que ces

lois,

bles à tout matériel social quelconque, aussi bien

moine national qu'au patrimoine

applica-

au patri-

familial, qu'à la propriété

de l'individu, ont une originalité, une sorte de lien intime en

vertu desquels séparées sous

elles se

les

noms de

que l'ensemble des

nomiques entre

ressemblent plus entre

lois

elles.

lois juridiques, lois

elles,

bien que

économiques,

etc.,

juridiques entre elles ou des lois éco-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

70

En somme, de l'objet de

ce la

que nous postulons,

un déplacement

c'est

recherche scientifique, une transposition du

point de vue sous lequel on a l'habitude d'étudier

choses

les

sociales.;

Par exemple, l'Économie politique classique considère richesses, (sol

tales et animales, produits de l'industrie,

l'objet de sa science,

l'homme professe à dance et

fait

les

national ou territoire, richesses minérales, végé-

monnaie,

etc.)

comme

abstraction faite des sentiments que

leur égard.

Tarde a réagi contre cette ten-

prédominer l'étude des sentiments, des volontés

humaines à l'égard de

Le Droit considère

ces objets.

aussi les objets

d'application de ses principes

:

il

mêmes comme 1

les classe,

propre, au moins en général, et ne tient

le

point

d'après leur nature

compte de

l'influence

des mobiles psychologiques que dans une certaine mesure

(exemple

:

immeubles par destination).

Ni Tune ni l'autre de ces sciences sociales n'ont systémati-

quement considéré l'ensemble,

le

bloc des choses sociales pour

en étudier les lois propres, abstraction faite du but spécial et particulier qu'elles se proposent

du rendement optimum prise sur

réussi

et

:

l'Économie politique, celui

maximum,

le

Droit celui de

eux des principes juridiques. Et encore

mieux

le

que l'Économie politique à élaborer

Droit

la

a-t-il

une étude

plus scientifique et plus objective. Il

a été obligé, en effet, de s'appuyer sur

intrinsèques des choses pour s'en occuper

:

les caractères

la classe

des

meu-

bles et celle des immeubles repose en principe sur une étude

objective; de

qui ne

le

même

celle

des choses appropriables et de celles

sont pas.

Ç'est_cette vue que nous devons systématiser et étendre

i.'ktre social

71

dans l'étude complète, objective et désintéressée du matériel social considéré

comme

du corps

partie intégrante

Dans notre conception,

ce matériel, bien

des choses disparates et sans lien entre

forme cependant

elles,

qu'il fait partie d'une société. Si le sol, les

minéraux,

les

par leur nature à des

animaux,

les

par

que constitué

principe d'unité dérivant de ce

une chose unique, reçoit un

végétaux,

social.

les

immeubles,

meubles sont soumis

physiques, chimiques, physiologi-

lois

ques, qui diffèrent selon la nature des objets considérés,

sont soumis aux

du corps

partie

La

mêmes

lois

ils

comme

lorsqu'on les envisage

social.

différence qui sépare notre conception de celle habituel-

lement enseignée en Droit est

la loi

considérée

suivante

la

imposer du dehors, en vertu de de

les

la

comme une

:

Droit paraît

le

seule puissance arbitraire

manifestation de

volonté

la

de la conscience collective, certaines qualités à ces choses, qualités qu'il leur attribue en tenant compte, sans doute, de la

nature propre de ces choses, mais avec une certaine latitude,

une certaine

que

liberté d'allures, de sorte

les qualités

parais-

sent avoir quelque chose d'artificiel. C'est ainsi qu'il est loisible

un meuble

d'attribuer à contraire l'objet

à l'ensemble

considéré.

Les

la

des lois

qualité d'immeuble, ce qui est lois

physiques qui déterminent

sociales

applicables

paraissent au premier abord indépendantes des et ne résulter Il

que de

la

physiques

nature de l'homme.

nous semble au contraire possible de rechercher

lités sociales

des choses au

même

siques, et d'en déterminer

que

aux choses

lois

le

les

Droit, au lieu de les imposer

qua-

que leurs qualités phy-

titre

lois,

les

objectivement, de sorte

aux

d'elles-mêmes ou plutôt des résultats de

la

choses, les reçoive

science sociologique.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

72

Les qualités sociales des choses sont tout aussi objectives

que leurs qualités physiques, ou

l'on veut, les qualités

si

phy-

siques des choses sont tout aussi subjectives que leurs qualités sociales.

Il

n'y a donc pas de raison de douter, et

qui président à l'élaboration des

lois

il

mêmes

contraire une forte raison de croire que les

y a au

procédés

physiques sont applica-

bles à l'élaboration des lois sociales concernant les choses. Si la couleur appartient à

humain

objet, c'est parce

est considéré

sont

les

qu'un œil

comme immeuble,

qu'une conscience sociale l'aperçoit

lités sociales

sociale

un objet

la perçoit; si

c'est parce

un

ainsi.

Les qua-

points de vue subjectifs que la conscience

découvre dans

même

choses au

les

que

titre

les qualités

physiques sont leur aspect subjectif, au point de vue individuel.

L'objection que nous prévoyons à l'encontre de cette conception, et qui paraît grave, consiste à retrouver sous les qualités

subjectives des choses un substratum objectif indépendant

de notre conscience. C'est encore

une



illusion

:

si

la

couleur

est subjective, dit-on, elle cache des vibrations lumineuses, qui

existent par elles-mêmes. Mais

l'on objecte l'existence

si

ces vibrations lumineuses, c'est qu'on n'a fait

de

que reporter à

l'éther cette qualité d'être susceptible de vibrations variables,

et l'éther ainsi subjectif, qualité

de

la

que cette qualité sont encore un point de vue

avec cette nuance cette

d immeuble, un

la subjectivité

qui est incommunicable objective.

que

c'est,

comme

la

point de vue subjectif de cette partie

conscience sociale qu'on appelle

transposé

la

fois

de

la

sensation

d'homme

Nous l'avons analysée

la Science.

à et

celle

:

homme, nous

lui

notion de vibration lumineuse chiffrable

:

Nous avons de couleur,

a paru trop peu

avons substitué

mais alors nous

l'être social

73

avons, en établissant l'accord des savants et de leurs lecteurs à ce sujet, réalisé simplement

un accord

subjectif à l'occasion

des couleurs, créé une notion collective, une sensation sociale, conscience sociale. Nous n'avons pas avancé

un élément de

la

d'un pas dans

la

connaissance des choses, ou plutôt

avons préparé

la

voie à cette connaissance

supposerait la

généralisation progressive de notre hypothèse

:

si,

nous

pour nous,

elle

et la perception de l'ensemble de l'univers par lui-même, ce

qui nous paraît être

un

idéal peut-être irréalisable, en tous

cas prodigieusement lointain.

En

science sociale, ces notions collectives subjectives ont

été créées

du premier coup

:

les qualités sociales

ont été connues directement par certains sens de sociale,

la

des choses

conscience

mais n'ont pas été encore élaborées systématiquement.

La méthode qui

a présidé à la constitution de la science a fait

défaut aux disciplines sociales, surtout aux plus anciennes

:

Religion et Droit.

Tout notre

effort doit

donc uniquement porter dorénavant

à les rattacher progressivement à la science et à préparer leur synthèse future, bien subjectivité, individuelle

entendu dans

ou

les limites

sociale, réservant

connu résultant de ce que notre conscience,

la

même

de notre

part d'insociale,

peut recevoir plus que sa capacité, et ne peut réfléchir

ne

l'uni-

vers que dans la mesure de son étendue. Mais dans ces limites, la

connaissance humaine doit parvenir à l'unité, et ne laisser

rien qui n'ait ses attaches avec la partie la plus claire de la

conscience sociale

:

la

Science,

progressive de cette conscience

— ni :

le

avec

Droit.

la partie

la

plus

CHAPITRE IV

L'Être social^) (suite)

II.

La Conscience sociale.

Ce que nous avons appelé

le

corps social ne présente rien

de social tant que n'intervient pas l'élément essentiel, nous

voulons dire

mènes dont

la

se

conscience sociale. Les divers êtres ou phéno-

compose

le

l'objet de sciences autres

corps social sont, pour eux-mêmes,

que

la sociologie.

Ce n'est donc que

sous un certain angle, à un certain point de vue, qu'ils devien-

nent matière

sociale, objet

de sociologie.

Cette qualité qu'ils présentent et qui permet à cette science

de

les saisir, c'est le fait qu'ils

servent de support à la con-

science sociale.

Qu'entendons-nous précisément par cette expression?

Nous voulons le

personnel et

(*)

Hauriou,

dire

le

op.

que

les

diverses choses qui constituent

matériel social sont

cil.

la

condition d'existence

— Tanon, L'évolulion du

droit.

— Tarde,

op. cit.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

76

d'une conscience sociale; que cette dernière ne nous paraît

pouvoir exister, dans

au moins, que

si

elle

l'état actuel

de nos connaissances tout

repose — en vertu de

liaisons sur la nature

desquelles nous aurions à nous expliquer



sur des chose6

inanimées et des êtres animés.

Tout

le

monde

s'accorde à reconnaître que l'existence d'in-

dividus humains est une condition indispensable à l'apparition

d'une conscience sociale. C'est une vérité évidente, ou plutôt

généralement considérée divers

membres d'une

nomènes Mais

il

comme

telle,

que

cerveaux des

les

société sont le siège apparent des phé-

conscientiels sociaux.

nous paraît

ne sont pas

les seuls

qu'il faut aller plus loin

supports d'une

:

les

telle conscience.

cerveaux Réduite

à leur seule coexistence, elle pourrait exister, mais n'aurait ni l'intensité ni l'étendue qu'elle peut acquérir grâce à sa

conservation et à son épanchement à l'aide de choses matérielles et

inanimées qui

Ces choses sont tous

les

lui

servent ainsi de véhicule.

les livres, les

œuvres

d'art, les

monuments,

objets matériels propres à éveiller dans une conscience

individuelle une pensée, une émotion,

à provoquer chez

un individu une

un souvenir, en un mot

liaison

avec une conscience

sociale.

Une titre

partie de la sociologie pourrait donc se constituer à

indépendant et provisoire ayant pour sujet d'étude

la

recherche des conditions nécessaires et suffisantes pour qu'un objet matériel provoque cet accroissement de la conscience sociale par l'annexion d'un individu en contact avec cet objet.

Elle pourrait se proposer de rechercher les lois qui président

à l'introduction dans sociale

— aux

lois

un objet d'une

partie de cette conscience

qui permettent sa conservation et sa revi-

77

l'être social viscencc en présence d'un individu; en un

mot

la

recherche

du point de savoir dans quelles conditions un objet matériel et

inanimé

fait

partie de la conscience sociale à titre de

support.

nous a paru indispensable de poser à

Il

ces "quelques indications

avant d'aborder

que nous postulons au sujet de

rales

Elles ont

la

réalité

objective,

conscience sociale.

faute de s'être rendu

compte des conditions qui permettent

même temps

la

cette objectivité.

En

rendent compte, d'une manière d'ailleurs

elles

sommaire, de

portée exacte de cette réalité.

Qu'est-ce donc que la Conscience sociale?

1.

La méthode

ce

notions géné-

pour but de répondre par avance à l'objection de

ceux qui nient sa

la

plus pratique pour essayer de dégager des

une notion aussi exacte et aussi

faits

titre préliminaire les

mode un peu

claire

particulier de la réalité,

que possible de

nous paraît être de

recourir tout d'abord à l'observation vulgaire, au simple

bon

sens.

A

première vue

comme

la

conscience sociale nous apparaît donc

l'ensemble des états de conscience individuels des

consciences individuelles.

Mais ce premier regard demande déjà une précision et pose

une

série

Tous

de questions que nous examinerons sommairement.

les états

de conscience de tous

les

individus actuellement

vivants au sein d'une société sont-ils nécessaires pour constituer la conscience sociale de cette société? Sont-ils suffisants? Quelles relations unissent l'état de conscience individuel ou

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

78

l'ensemble des états de conscience individuels à un instant

donné

et l'état

même moment

au

Et d'abord, tous

les états

de

la

conscience sociale?

de conscience individuels contri-

buent-ils à constituer la conscience sociale? Il

nous est impossible, en

l'état actuel

de nos connaissances,

de donner une solution précise à cette question. L'observation

que nous possédons au sujet de

provisoire, la notion

la

con-

science sociale nous incline à penser que l'on peut réserver ce

nom

un ensemble

à

d'états de conscience individuels définis,

abstraction faite de certains d'entre eux qui ne la constituent pas. C'est ainsi qu'un état de conscience individuel qui reste

purement interne espèce de

et

ne

phénomène nous paraît devoir

ne faisant pas partie de drait-il

établi

pour

justifier

— ce qui ne

la

être considéré

conscience sociale. Et encore fau-

l'est

pas



qu'il est possible à

un phéno-

rester entièrement et toujours pure-

interne sans avoir aucune espèce d'influence,

plus minime, sur

le

comme

entièrement cette proposition qu'il fût

mène psychologique de ment

manifesle au dehors par aucune

se

même

la

dehors, par suite sur la constitution de la

conscience sociale. Il

est

en

effet possible



c'est encore là

un point entouré

d'une obscurité considérable — que des phénomènes psychologiques inconscients pour l'individu contribuent à l'élaboration de la conscience sociale. Des faits d'observation sembleraient confirmer cette hypothèse.

Il

un individu quelconque placé dans où

ses actes

de cette

est possible

la série sociale à

ont une influence considérable sur

conscience, voie

qu'un homme,

ses résolutions,

un poste

la constitution

ses

conceptions

modifiées sous l'influence de phénomènes inconscients émanés

d'une personne qui l'approche, de sorte qu'indirectement ces

l'être social

79

derniers détermineraient en partie la composition future de la

conscience sociale.

Cependant, en toute rigueur, nous croyons pouvoir

miner ces états inconscients

— et même

les états

conscients

minimes ou entièrement déterminés eux-mêmes par science sociale



de

la

éli-

la

con-

un

constitution de cette dernière à

instant donné.

La conscience sommation de individuels.

Il

geant dans

les

nous apparaît donc déjà

sociale

comme une

certains, sinon de tous les états de conscience s'agit ici des

phénomènes psychologiques

sié-

cerveaux des individus actuellement vivants

ou déterminés, ou figurés par ces cerveaux (selon

les

thèses

psychologiques qu'on adopte au sujet des rapports entre

cerveau et

les

phénomènes psychologiques).

que

N'est-elle

la

sommation de

une existence objective

ces états et possède-t-elle

réelle différente

de

telle qu'elle serait révélée à

de ces états

le

la

somme

abstraite

une personne douée

d'un pouvoir statistique, inquisitorial, visuel merveilleux et considérable? C'est là

le

point

le

plus obscur et

ressant de la question. C'est aussi celui qui prête

le le

plus intéflanc

aux

discussions les plus acharnées.

Nous croyons pour notre part que existe en dehors et

la

indépendamment de

conscience sociale la

somme

abstraite

des états de conscience individuels, bien qu'elle exige pour

son existence

croyons que

celle

les

des individus.

En

d'autres termes nous

individus agglomérés en société sont une condi-

tion nécessaire, mais insuffisante de l'existence d'une conscience sociale. Il

en résulte que cette dernière est douée d'une cer-

taine réalité

de

la

somme

— supérieure

et indépendante

des psychologies individuelles.

en quelque sorte

Une

réflexion de

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

80

M. Tanon nous permet immédiatement de poser comme un fait

d'observation cette objectivité

tive

de

viduelles

un

:

cette indépendance rela-

conscience sociale par rapport aux consciences indi-

la

«

:

L'action

commune de

plusieurs individus produit

résultat qu'aucun d'eux ne cherchait.

»

Autrement

dit,

il

résulte de l'ensemble des volitions individuelles d'individus

assemblés une volonté collective différente de

celle

de chacun

d'eux pris isolément, donc logiquement différente de de chacun d'eux. Ge qui est un

celles

la

volonté collective est aussi observable pour

collectif, le

raisonnement

le

en un mot pour

collectif,

somme

d'observation pour

de

fait

la

sentiment toutes

les

catégories de la conscience sociale, donc pour la conscience sociale elle-même.

L'observation soigneuse et bien conduite nous oblige à consi-

comme

dérer la conscience sociale

de

la

somme

quelque chose de différent

des consciences individuelles qui pourtant

la

constituent. Il

n'y a donc pas à discuter

tenter de résoudre savoir,

comment

il

le

la question,

problème qui

se fait

se

mais seulement à

pose à son occasion, à

qu'un ensemble produise une chose

différente de cet ensemble.

C'est alors

un

du problème plus général

cas particulier

qui se retrouve constamment dans toutes science.

Il

différents

n'y a qu'en arithmétique où

la

les

branches de

somme

et la

des nombres

donne un résultat identiquement égal à

la

somme

des dits nombres, sans apparition de quelque chose de nouveau.

Et

il

en est ainsi parce que

la

notion de nombre est abstraite,

et dépouillée par avance de tout ce qui différencie qualitati-

vement un nombre d'un

= 2et2 =

l-f-1.2ne

autre. diffère

1

est toujours égal à 1, 1

+

1

par aucune espèce de modalité

l'être social aussi infime qu'on

voudra de

le

nombre

bre 2 est un

1

+1,

81

sauf en ce que

un individu,

isolé,

alors

que

1

le

nom-

+

est

1

l'ensemble de deux individus d'ailleurs identiques. Mais dès

qu'on aborde

la réalité,

en va différemment. Deux choses

il

quelconques ne peuvent jamais rigoureusement s'additionner si

on ne

fait

par avance abstraction de tout

ce qui les différencie,

en dehors du point de vue considéré, c'est-à-dire d'être une chose.

Au

contraire,

si

deux ou plusieurs

s'additionnent concrètement, leur

somme

leur

arithmétique

il

:

êtres ou

somme

phénomènes

diffère toujours

de

y a toujours apparition d'un

élément nouveau. L'addition de deux corps simples produit

un corps nouveau. L'addition de deux l'autre femelle, produit

un

être

cellules, l'une

mâle,

nouveau, un jeune. L'addition

de deux phénomènes psychologiques élémentaires produit un

phénomène psychologique

supérieur. L'addition de plusieurs

consciences individuelles produit une conscience sociale.

n'y a donc rien de mystérieux et

Il

forme aux données la science

que

la

les

il

est au contraire con-

plus générales et les plus certaines de

conscience sociale diffère de la

métique des consciences individuelles qui point nous paraît acquis, et alors

le

une nouvelle forme, plus accessible à

En

la

problème la

somme

composent. Ce se présente sous

recherche scientifique

quoi consiste l'élément différentiel qui constitue

proprium de C'est alors

la

conscience sociale?

En quoi

que

le

:

quid

consiste sa réalité?

un problème qui en implique toute une

qui, à vrai dire, n'est autre

arith-

la sociologie

série et

elle-même, pro-

blème que pour notre part nous essayons d'élucider dans cet ouvrage Il

— au moins en

nous

reste,

pour

partie.

éclaircir encore cette question, à exa-

miner une conception qui tendrait à nier l'existence de

la

LE DROIT ET LA SOCIOLCM.Ii.

82

conscience sociale,

prétendre que

la

elle

si

pouvait prévaloir. Elle consiste à

conscience sociale n'a d'existence objective

et réelle qu'à la condition d'être pensée par se loger

un individu

dans un cerveau. Chacun de nous serait

la

— de

conscience

sociale envisagée d'un certain point de vue, et celui d'entre

nous qui aurait de cette conscience

la vision la plus claire,

plus vaste et la plus profonde réaliserait à cet instant la

la

conscience sociale considérée. C'est en

nous pourrions

qualifier

thèse que

de monarchiste par opposition à

que nous soutenons

celle

somme une

et

qu'on pourrait qualifier" de

démocratique, ou bien encore de moniste, par opposition à pluraliste. Elle ne

nous paraît pas pouvoir être soutenue et ne pas

résister à l'examen.

existât quelque part

Il

faudrait pour qu'il en fût ainsi qu'il

un individu

qui, par

un

privilège sin-

gulier, connaîtrait l'ensemble de toutes les sciences, les

systèmes philosophiques, religieux, moraux,

de tous

etc.,

éprou-

verait tous les sentiments artistiques, émotionnels, etc., voudrait toutes les volontés individuelles de l'ensemble des êtres

vivants et constituant une société à un

moment

donné.

Il

nous est permis d'affirmer, sans crainte d'être démenti, qu'un tel

individu n'existe pas (nous ne disons pas qu'il ne puisse

jamais exister). Actuellement cette thèse est insoutenable

:

il

n'y a pas un individu en qui se réalise la conscience sociale

d'une nation, quelque génie qu'on

qu'on vie

le veuille.

humaine

s'y

La

lui

suppose, aussi

surhomme

brièveté et la localisation étroites de la

opposent absolument

— et plus

nous

irons,

plus cette opposition ira s'accentuant.

Le problème inverse peut également que

la

se poser.

Étant donné

conscience est un épiphénomène par rapport à l'orga-

l'être social nismc individuel, ne

En

social?

83

pas un phénomène entièrement

serait-elle

d'autres termes, n'est-il pas possible de poser la

thèse antagoniste de celle qui précède et de faire résider la réalité objective

mais dans

l'individu,

que

la

en ce qui concerne la

la

conscience non dans

société? N'est-il pas vraisemblable

conscience individuelle n'est qu'un

mode

spécial de la

conscience sociale et emprunte toute sa réalité à cette dernière?

L'observation ne montre-t-elle pas que plus un invididu fait partie de cercles sociaux, autrement dit plus le

consciences sociales auxquelles

nombre des

participe est considérable,

il

et plus son individualité s'accroît?

Les raisons qui militeraient en faveur de cette manière de concevoir

la

conscience sont

La conscience

De

conscientiels

par des à

deux

cela

:

une les

«

sécrétion

du cerveau

ou autres pour rattacher

1 (

).

Il

phé-

les

lien

paraît acquis aujourd'hui à

liaisons, des relations incontestables,

soi.

»

tentatives faites par les

que ces deux ordres de phénomènes, bien que

séries différentes.

va de

comme

aux phénomènes biologiques par un

de cause à effet ont échoué la science

seul,

V intelligence). Toutes

écoles moniste, matérialiste

nomènes

suivantes

individuelle ne peut être considérée

un produit de l'organisme (Taine,

les

Pour qui adopte

la

reliés

appartiennent

thèse pluraliste,

Mais en dehors de toute vue métaphysique,

il

ressort de l'observation objective impartiale qu'il est impossible

de faire de

et simple

la

conscience individuelle une résultante pure

du jeu des fonctions organiques. On doit donc

considérer par rapport aux

épiphénomène. Ceci n'implique pas (')

le

d'ailleurs

qu'elle

n'ait

Voir pour tout ce qui concerne cette discussion Binet, L'âme

corps.

la

phénomènes nerveux comme un

et

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

84

aucune action sur l'organisme et que sa disparition ne chan-

Au

gerait rien au jeu des fonctions mentales. Si

conscience n'est pas une résultante

la

résulte- 1- elle

biologiques, forces

sur

sociales

uniquement

un organisme

contraire.

des fonctions

de

des

l'action

individuel ?

Telle

serait

la thèse. Il Il

nous est impossible d'expérimenter sur cette question.

faudrait pouvoir isoler entièrement de la vie sociale

jeune,

un nouveau-né,

d'ailleurs

normalement

un

constitué, et

noter au bout d'un certain temps en quoi consisterait sa conscience. Cette expérience, sans être réalisée, peut être imaginée. Il

est possible

par

raisonnement de chercher à se représenter

conscience d'un tel être parvenu à l'âge adulte.

ce

que serait

Il

est certain qu'il

la

le

ne posséderait pas

le

langage et qu'il serait

incapable de concevoir des idées aussi peu abstraites qu'on le

de

suppose. la

Il

morale.

serait insensible Il

serait

aux notions du

devoir,

évidemment réduit aux

ment brutaux qui permettent

la lutte

pour

du

droit,

instincts pure-

la vie, la

conser-

vation de l'existence pure et simple. Aurait-il la

une conscience au sens précis du mot? Aurait-il

notion de son individualité? Il

est probable

que

la conscience,

au sens de connaissance

intuitive de certains états organiques, ne lui ferait pas défaut elle serait

approximativement

celle

:

d'un chimpanzé ou d'un

orang-outang et n'en différerait que par un élément, d'ailleurs difficile à

analyser

:

la possibilité

de progresser, fruit probable

de l'hérédité.

Dans

ces conditions, cet être étant rappelé à la vie sociale

pourrait assez rapidement acquérir la conscience telle qu'elle existe chez la

moyenne

des individus. Mais nous avons

le

droit

l'être social

— qui bientôt

d'affirmer que toute cette partie



considérable

de

la

85 serait la plus

conscience serait purement sociale et

aurait une réalité plus sociale qu'individuelle.

La elle

thèse qui précède contient clone

ne peut être soutenue à

Nous pouvons nous

faire

une part de

vérité,

mais

titre exclusif.

maintenant une idée suffisamment

nette de la nature de la conscience.

En

ce qui concerne llndividu, la conscience est en réalité

double druple

partie individuelle, partie sociale. Elle est

:

l'on

si

adopte

les

même

qua-

vues de M. Le Dantec dans sa Philo-

sophie biologique en les complétant par les présentes consi-

Pour M. Le Dantec,

dérations.

y a au

il

sein de l'organisme

des phénomènes qui se passent à trois échelles de grandeur différente

:

atomique, colloïdale et chimique.

une société de

cellules, les cellules

eux-mêmes des

qui sont

L'homme

une société de corpuscules

sociétés d'atomes, à

chaque indivi-

dualité née de l'association d'éléments appartenant à la échelle

étant

même

correspond une conscience de cette individualité

:

conscience atomique, corpusculaire, cellulaire, sans qu'il nous soit possible de

nous imaginer

les relations

qui unissent cette

conscience à ces individualités, ni en quoi consiste cette conscience.

Il

données.

La

total n'est

mais

elle

y a donc déjà

trois échelles

conscience purement individuelle de l'organisme

que

la

synthèse de ces consciences subordonnées,

ne constitue qu'une partie de

L'autre résulte de l'association des l'existence

d'une société

:

c'est

conscience sociale. Inversement

possède une part individuelle de total



de consciences subor-

et ainsi de suite

la il

la

la

conscience totale.

hommes

entre eux, de

part individuelle de

est possible

que

la

la cellule

conscience de l'organisme

en descendant jusqu'à l'atome

irré-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

86

ductible, jusqu'à l'élément ultime des choses, qui est peut-être

plus petit que l'atome.

La conscience

suivrait parallèlement la hiérarchie des orga-

nismes, des sociétés; peut-être en est-elle l'expression subjective et ne difïère-t-elle pas de la matière



si

ce n'est par le point de

vue d'où on

ou plutôt de

l'énergie

la considère.

Ce sont

aussi la concevoir d'une manière générale

comme

thèses paralléliste et idéaliste.

les

On peut

une synthèse d'éléments qu'un cas particulier de

la

différents,

mais alors ce ne serait

thèse pluraliste

:

tout élément des

choses différant d'un autre par quelque côté, mais présen-

tant cependant avec

lui certaines

analogies, et l'association,

subordination, la hiérarchisation progressive de ces ana-

la

logies produiront

une nouvelle

série,

supérieure en qualité,

de phénomènes. Il

n'y a donc rien de contraire aux habitudes des choses de

concevoir

La

la

conscience sociale

comme une

réalité objective.

seule objection qui puisse se dresser contre cette manière

de voir est plutôt d'ordre imaginatif que rationnel. Elle repose sur une répugnance de l'esprit à concevoir une réalité invisible et la dépassant.

Cependant,

si la

conscience sociale existe

lement, objectivement, nous ne pouvons, étant partie,

un élément de

réel-

nous-même, en

cette conscience, étant plongé au sein

de cette conscience, en prendre une vue totale. Cela nous est tout aussi impossible que

dans

le

champ de notre

avec ses dimensions à condition de

le

construisant soit

nous prétendions

vision l'ensemble

réelles.

figurer à

un

si

Nous

le

faire rentrer

du système

solaire,

pouvons pour ce dernier

une échelle réduite à notre vue, en

plan, soit une reproduction

plus précise de l'ensemble de ce système. Mais

il

mécanique en est ainsi

l'être social

87

parce que nous avons affaire à un ensemble de corps matériels.

Au

môme

contraire, nous ne pourrions

plus

le faire

pour un

système non matériel, par exemple pour l'ensemble des formes diverses de l'énergie rifique, etc.,

en tant qu'elles agissent sur un système donné

de corps matériels.

peut être de

électrique, lumineuse, gravifique, calo-

:

soit

en est de

Il

même

une forme d'énergie,

pour

qui

la conscience,

une forme supérieure

soit

réalité.

Ce qui est certain,

que cette

c'est

parce que nous en percevons est

une

gie. C'est

une force qui

La conscience

les effets.

au moins

réalité d'ordre

réalité est incontestable

agit, et

il

est impossible de ne pas

attribuer à une force une certaine réalité

conception abstraite. Sans doute,

désarmés en face de

la nécessité

il

reste

synthétique

nos

de

— différente

la faire

sensations,

de sa

que nous sommes

que réclament

notre esprit de figurer cette réalité, de

cadre

sociale

égal, sinon supérieur à l'éner-

les

besoins de

entrer dans

mais nous

le

sommes

aujourd'hui habitués à concevoir par l'esprit des réalités inaccessibles

aux sens

:

les

rayons

X ont été

nus parce qu'aucun de nos sens ne

même

de

l'électricité.

ne pas attribuer à

la

longtemps incon-

les décelait;

il

en a été de

Nous ne voyons donc aucune raison de conscience sociale une réalité indépen-

dante et tout au contraire nous en voyons d'excellentes pour l'affirmer.

Sa négation n'entraînerait en

effet rien

moins que

la

ruine



et

nous

totale de la sociologie. Si la société ne diffère

croyons que peu à peu cette vue s'imposera réalités



des autres

que par suite de l'existence d'une conscience

sociale,

nier l'existence de cette dernière c'est nier la sociologie faire

consister

uniquement dans un mode

particulier

:

la

des

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

88

consciences individuelles, c'est faire de la sociologie un simple

compartiment, une rallonge de

la

psychologie.

Or, plus nous réfléchissons à ces problèmes et plus au contraire c'est la psychologie qui nous paraît être la science

destinée à sombrer dans une dislocation entre les sciences voisines

:

biologie, interpsychologie, sociologie,

prétend elle-même au spécialité, sa valeur

La

titre

en tant qu'elle

de science, tout en conservant sa

métaphysique absolument unique.

réalité de la conscience sociale

nous paraît d'autant plus

devoir être prise en considération que

si les

condition nécessaire pour son apparition,

cerveaux sont une n'en constituent

ils

qu'une condition insuffisante. Nous entendons parler point de

ici

non

conscience sociale en général, mais d'une con-

la

science sociale bien

définie,

par exemple

de

conscience

la

nationale française actuelle, sur laquelle on peut raisonner.

Nous avons que

fait pressentir

aux débuts de

ces explications

objets matériels pouvaient servir de support à la

les

conscience sociale. Ces objets sont les objets naturels et

produits de l'art ou de l'industrie. les

Ils

les

sont tout autant que

cerveaux nécessaires à l'existence d'une conscience sociale

dans sa forme actuelle. Nous n'avons pas besoin d'insister

longuement pour Il

se

suffit,

par un

faire sentir la vérité

de cette proposition.

effet d'imagination, d'ailleurs

médiocre, de

représenter ce que serait la conscience sociale française

actuelle

si,

par suite d'un pouvoir quelconque,

il

nous était

possible de faire disparaître entièrement tous les livres, tous les

objets d'art, tous les instruments scientifiques ou indus-

triels,

mains.

en un

mot

tous

les objets,

En admettant même que

vie matérielle

— ce qui

à l'exception des êtres hula société

pût continuer sa

serait d'ailleurs impossible



le

champ

l'être social

89

de sa conscience ne tarderait pas à décroître au point qu'il

tomberait à zéro et que

les rares

survivants de ce cataclysme

imaginaire ne posséderaient qu'une conscience purement ani-

— n'étant plus

male

vivifiée

par

la

conscience sociale.

donc pas douteux que cette dernière repose tout

n'est

Il

autant dans et sur des objets matériels que dans actuels. Mais ce qui est

moins

de ces deux choses

dissemblables

si

clair, c'est le :

:

comment

élément matériel de faut

Il

des objets et une con-

qu'il renferme.

et

conscience sociale française?

la

la

un cas concret

expliquer qu'un livre de science soit un

évidemment distinguer entre

corps physique et

cerveaux

problème de l'union

science sociale, par exemple, pour prendre particulier

les

le

livre pris

comme

signification des mots et des phrases

Ce sont ces derniers, ou plutôt leur

signifi-

cation seulement, qui fait partie de la conscience sociale, et le

livre n'en est

que

la

condition matérielle permettant la

diffusion et la perpétuité des

phénomènes psychosociologiques

qui y sont contenus. Il

de

n'en est pas moins vrai que ces phénomènes font partie

la

conscience sociale; qu'ils ne sont pas, en eux-mêmes,

indépendamment de des

l'éveil qu'ils

appellent chez

phénomènes purement psychologiques.

chose

:

ils

sont

autre

mode

tuent un phénomène psychologique de

est,

lecteur,

sont une condensation de ces derniers, un

Ils

supérieur d'association d'idées, de raisonnement.

c'est-à-dire

le

la

la

:

livre

de science

conscience sociale, ce qu'est une cellule

cervicale par rapport à

un certain rapport

consti-

conscience sociale,

un phénomène sociologique. Un

par rapport à

Ils

une idée individuelle, au moins sous

celui de la

mémoire

et de l'aptitude à

entrer dans de nouvelles combinaisons mentales.

,

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

90

Au

contraire,

sociale et les

il

y a entre

les

objets supports de la conscience

cerveaux une différence considérable

:

c'est

qu'on

aurait beau accumuler des livres différents, les mettre côte à

côte,

il

nouvelle

n'en

si

aucune combinaison, aucune idée

jaillirait

un cerveau n'en prend connaissance.

donc

Si

les

objets sont indispensables au maintien et à la diffusion de la

conscience sociale déjà élaborée, celle des cerveaux est éga-

lement nécessaire en ce qui concerne son accroiss ment.

En

définitive, ce sont ces derniers qui constituent l'élément

vivant de cette conscience, et

supports matériels ne sont

les

au fond que des dépôts de phénomènes psychologiques qui ont siégé antérieurement dans

cerveaux, actuellement

les

encore vivants, ou morts.

En

niers paraît l'emporter de

beaucoup.

En

quantité de ces der-

résumé, jusqu'ici nous pouvons considérer

sociale

unis

réalité, la

comme un ensemble

la

conscience

d'états psychologiques présents,

par des phénomènes encore incomplètement connus

d'abord entre eux puis à des états psychologiques passés, pou-

vant

même

et recevant

remonter à une période

du

fait

dans

très reculée

le

de cette union une réalité qui

supérieure en durée, en intensité du

champ

à n'importe quelle conscience individuelle.



temps la

rend

et en valeur

Il



est impossible

d'assigner à cette conscience une localisation matérielle aussi

apparente que

celle

au cerveau. Elle

de

la

conscience individuelle par rapport

se localise

fragmentairement

soit

dans des

organismes, soit dans des objets m'atériels, et conserve cepen-

dant une certaine unité. Mais

ment de déterminer

et de

il

nous est impossible actuelle-

nous imaginer en quoi peut consister

ce principe d'individuation qui la caractérise au

que

la

même

titre

conscience individuelle. C'est probablement la langue.

l'être social Il

peut tout au moins, sinon être

perçu et

par

saisi

le

01

tout au moins être

défini,

raisonnement. La conscience nationale

française actuelle par exemple ne se manifeste pas visuelle-

ment, et cependant réalité. Or, ce

série

nous est impossible de douter de sa

il

que nous saisissons extérieurement,

de liaisons extra-individuelles qui

taine unité et permettent de

allemande ou de

lui

c'est

une

confèrent une cer-

distinguer de la conscience

la

r

la

conscience anglaise. Ces liaisons, psycho-

logiques, immatérielles, ont lieu entre les individus qui ressortissent à cette conscience



et aussi entre les individus

et les objets supports de conscience. Elles ont lieu suivant

certaine logique spéciale

aux Français

v

aux modes individuels de penser

et leur

une

ensemble confère

et de sentir

un caractère

particulier qui progressivement constitue cette unité de con-

science nationale. Ces liaisons

de cette dernière et réalité objective

2.

lui

même

sont un autre élément

confèrent à un degré éminent cette

que nous croyons devoir

lui attribuer.

Catégories de la Conscience sociale

:

La Conscience sociale au point de vue statique.

S'il est difficile

de percevoir

sous sa forme dynamique,

il

la réalité

est

de

la

conscience sociale

au contraire plus

aisé de s'en

rendre compte lorsqu'on l'envisage sous son aspect statique.

Cet aspect ficiel,

comme

se révèle à nous, à l'aide

l'ensemble, la

corps social donné,

d'un coup d'œil super-

synthèse des institutions d'un

notamment en considérant

sous leur aspect abstrait

comme

ces dernières

l'ensemble de ce que l'on

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

92

peut appeler le

catégories de

les

la

conscience sociale

Droit, la Religion, la Science, etc.

rence entre

les institutions et les

Il

l'Art,

:

y a une certaine diffé-

catégories sociales.

Le Droit

n'est pas seulement l'ensemble des institutions juridiques; est aussi autre chose, relie ces institutions

certaine

unité,

consiste aussi dans

il

un

il

principe qui

entre elles et leur confère d'abord une

dans une certaine cohésion avec

puis

les

institutions autres

que

économiques,

L'ensemble de ces principes du Droit, de

etc.

:

politiques, religieuses,

constitue l'élément fondamental et l'originalité

l'Art,

etc.,

de

conscience sociale.

la

juridiques

les

Il

y

a une hiérarchie progressive,

allant des éléments psychologiques individuels et concrets

jusqu'au centre de

la

conscience d'un peuple, d'une nation,

dont

centre ultrapsychique,

la

définition

extrêmement

est

malaisée, mais qui se fait connaître au sentiment de ceux qui

sont suffisamment sensibles et vibrants pour y participer. Cette sublimation de

conscience sociale est proprement

la

l'âme d'un peuple, et aux heures tragiques de heures lumineuses du triomphe, cette

âme

la guerre,

est ressentie

aux

même

par ceux qui n'en connaissent pas l'existence. Quand s'incarnait dans des héros,

un demi-dieu, un

roi

ou un empe-

reur, elle apparaissait vivante et agissante, et nul ne la naissait.

Aujourd'hui qu'elle

s'est

elle

démocratisée,

mécon-

infiltrée

et

répandue au sein de chaque individu, son existence paraît avoir diminué, mais

lement, mais dée, et

si

elle

a

il

y a



une

illusion. Elle

sommeille seu-

une force qu'elle n'a jamais encore possé-

son existence ne se révèle plus concrètement et par

voie de personnification, rien n'autorise à penser qu'elle soit

ou moins unie ou moins

effective.

Cette conscience ne diffère pas radicalement de la conscience

93

l'être social individuelle, bien qu'elle la dépasse de et

en durée.

Recherchons donc

ici les

tante de phénomènes psychologiques

La conscience ensemble

que

elle est

unifié de

une

résul-

isolés.

individuelle apparaît à l'analyse

phénomènes psychologiques

ces derniers sont

communs

éléments qui leur sont

permettent de comprendre comment

et qui

et

beaucoup en étendue

comme un

divers.

Notons

rarement individuels et rarement purs,

que ce n'est que par abstraction qu'on peut

les isoler.

Et

d'abord un sentiment, une volonté, un raisonnement, ne sont jamais entièrement individuels.

11

s'y

mêle toujours une cer-

taine teinte sociale, résultant de l'impression progressive de la

conscience sociale sur

même avec

le

d'user du langage

les autres,

même

La

nécessité

non seulement pour communiquer

même

mais

caractère personnel.

pour

réfléchir,

pour

s'éclairer soi-

sur la véritable nature de ses désirs, de ses volontés, de

ce que l'on éprouve, confère déjà à la conscience individuelle

tout ce que Seuls des

le

langage contient de social, d'extra-individuel.

phénomènes extrêmement

rares,

comme une

leur organique vive, la sensation brutale de la faim soif, et

dérés

ou de

la

encore avec beaucoup de réserves, peuvent être consi-

comme

exclusivement personnels. Mais ces phénomènes

eux-mêmes tendent à

dou-

moins en moins nombreux

à devenir de

mesure que l'individu

à la vie sociale et se

se

mêle de plus en plus intimement

répand dans un plus grand nombre de

cercles sociaux. D'autre part, les

phénomènes psychologiques

individuels sont rarement simples, mais au contraire parti-

cipent

les

uns des autres

:

une sensation

est

non seulement un

début de perception, mais aussi d'émotion, et léité.

Une émotion, un sentiment

même

de vel-

contient une part intellec-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

94 tuelle et

une ébauche de réaction. Une volonté

plus ou moins réfléchie et teintée

est toujours

d'amertume ou d'ardeur

enthousiaste.

Au

contraire,

dissociation

la

parmi

psychologie sociale réalise une certaine

phénomènes. Une volonté

ces

sociale est

souvent sereine, et un raisonnement social peut être détaché d'émotion et de désir d'action beaucoup plus que chez vidu.

La

est rare

société réalise

une abstraction :

Un

l'indi-

raisonnement pur

au sein d'une conscience individuelle;

la Science

constitue au contraire un raisonnement social rigoureusement pur. est

Il

donc plus

facile d'étudier la

psychologie individuelle

à travers la psychologie sociale, qui nous présente réalisés et dissociés les

phénomènes inconnus

à l'état isolé chez l'indi-

vidu. Quelles correspondances pouvons-nous donc établir entre ces

deux psychologies?

Il

est possible abstraitement de ranger les

chologiques sous trois

grandes catégories

:

phénomènes psy-

sentir,

et agir. Sentir, c'est percevoir, et aussi éprouver

émotion agréable ou pénible;

monde

extérieur.

les retenir,

les

Comprendre,

comprendre une certaine

c'est prendre contact avec le c'est associer ses sensations,

abstraire progressivement pour élaborer des

synthèses nouvelles. Agir ou réagir, c'est vouloir d'abord, puis extérioriser cette volonté, qu'elle soit provoquée ou née

d'une impulsion interne, qu'elle soit consciente ou non. Or, ces diverses catégories de la conscience individuelle se

retrouvent sous d'autres

La Science la

réalise

la

noms dans

la

conscience sociale.

perception, l'Art, l'émotion,

le

Droit,

volonté sociale. Les diverses catégories sociales correspon-

l'être social

95

dent avec un certain agrandissement et une pureté plus considérable aux diverses classes de

phénomènes psycholo-

giques.

3.

Évolution de la Conscience sociale

:

la Conscience sociale au point de vue dynamique.

La

conscience sociale n'est pas une chose immobile

évolue.

Comme

la

conscience individuelle,

elle

elle

:

au

consiste,

point de vue statique, dans un ensemble d'états de conscience sociaux,

que nous pouvons

abstraitement

entre

répartir

diverses catégories. Mais ces états se modifient sans cesse,

entraînant plus, la

la

modification progressive de ces catégories.

De

conscience sociale s'accroît ou diminue, suivant en

cela les variations d'étendue, de complication progressive

ou

de régression du corps social. Nous avons donc à donner

ici

quelques aperçus sur l'évolution de l'espace et

dans

le

quelques principes

la

conscience sociale dans

temps; d'autre part, nous avons à poser relatifs

aux relations qui unissent

sciences individuelles à la conscience sociale et

de comprendre de

formation de

celle-ci

con-

permettent

aux dépens

et à l'aide

celles-là.

Une question le

la

les

temps et

préliminaire se pose. C'est celle de savoir

mêmes que ceux que nous

connaissons, ceux qui permettent

de localiser nos états de conscience individuels.

concerne

le

si

l'espace où évolue la conscience sociale sont les

temps,

la

En

ce qui

question n'a pas été débattue, et

il

7

est

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

96

permis de supposer, jusqu'à preuve contraire, que individuel et

En celui

le

temps

social

le

temps

ne diffèrent pas.

ce qui concerne l'espace,

on a tenté de distinguer de

que nous connaissons ou du moins dont nous usons, un

espace social qui en différerait. A. Comte supposait un espace social géométrique,

premier lancé

le

comme un

ne différant pas du nôtre. Mais Tarde a

que

l'idée

langue devait être considérée

la

des éléments de cet espace, et M. Hauriou, systé-

matisant cette vue, a voulu faire reconnaître un espace social à trois dimensions hétérogènes, constituées par la race, la

langue et

le crédit, trois

lieux d'expansion

du champ de

vita-

d'une société.

lité

Au

fond, nous croyons qu'il y a surtout là une question

de termes et qu'il importe peu de résoudre surplus,

la

notion

d'espace

individuel

de nature à

que

la

problème.

n'est

rien

Au

moins

d'un espace social n'est pas

qu'éclaircie, et la considération

dire

le

Nous pouvons donc

clarifier les idées à ce sujet.

conscience sociale évolue dans l'espace, sans atta-

cher à cette dernière expression un sens rigoureux et défini,

mais en laissant à ce vocable

le

vague

et l'imprécision qui s'y

attachent et qui ne nuisent en rien à sa compréhension.

Comment donc

se

forme

la

conscience sociale? Quelle est

son origine? Son accroissement spatial et temporaire s'opèret-il

à l'aide des

mêmes

procédés qui ont présidé à sa forma-

tion?

Un

point nous paraît acquis

:

la

conscience sociale est un

produit de consciences individuelles ou,

si

l'on préfère, d'orga-

nismes individuels doués de conscience.

Un le

second point nous paraît non moins certain

passage du psychologique au social (ou,

si

:

c'est

que

l'on préfère, l'inté-

97

l'être social gration d'un état de conscience individuel dans sociale) est continu, et

de M. Durckheim.

nom

le

Indiquons quelques

l'ordinaire,

produisent au

On

l'offre

ou pollicitation et son acceptation

même moment,

la

dans

la

phénomènes purement

contrat est un phénomène

le

un élément de

juridique, social,

se

et alors le contrat est formé.

psychologiques et individuels;

de

connaît en Droit,

par certaines particularités.

diffère des autres

L'offre et son acceptation sont des

possible,

donnons des

faits,

de contrat par correspondance, une modalité de

convention qui

A

conscience

en cela nous nous séparons des vues

exemples à l'appui de cette affirmation. sous

la

conscience sociale.

la

Il

est

plupart des cas, de connaître l'époque exacte

transformation de ces phénomènes, d'établir une coupure

entre la série psychologique et la série sociale. Mais au cas

de contrat par correspondance,

ou commercial, et

l'on

trois théories situant à des

du

contrat,

réunit suffit,

le

époques différentes

ces

la

formation

passage du psychologique au social. Ce désac-

deux

séries

continuité réelle qui

la

phénoménales.

Cet exemple

nous

mais nous ne serions pas embarrassés pour en décou-

vrir d'autres qui sociale est

nous permettent d'affirmer que

la

conscience

une fonction continue des consciences individuelles.

Elle ne l'est pas seulement dans

dans l'espace.

En

le

temps;

elle l'est aussi

d'autres termes, la conscience sociale réalise

synthèse non seulement de certains, mais de tous

de conscience individuels.

avec

Il

y verra en présence deux ou

cord ne peut avoir pour cause que

la

même.

n'en va pas de

pour s'en convaincre, d'ouvrir des traités de Droit

suffit,

civil

il

le

phénomène de

en chemin; mais

il

Il

y a



les états

une apparente contradiction

dissociation

que nous avons rencontré"

sera facile de résoudre cette antinomie.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

98

Prenons un exemple concret, qui permette de mieux notre pensée science

Droit.

le

:

sociale;

M. Picard),

il

à

Le Droit

une catégorie de

est

surabstrait,

l'état

pur

il

con-

la

de

(expression

implique une certaine dissociation

semble des volontés,

saisir

est la volonté sociale et

:

il

est l'en-

ne comprend

aucun élément émotif, aucune fonction de connaissance. diffère

profondément de

connaissance sociale.

l'Art,

Au

émotion

contraire,

sociale, et

si

de

Il

la Science,

nous envisageons sa

formation aux dépens des consciences individuelles,

nous

constatons qu'il est un produit non pas des seules volontés,

mais aussi des passions et des intérêts, et aussi des réflexions individuelles.

Chaque conscience contribue, dans son

à sa formation,

si

Ce qui est vrai du Droit

chaque catégorie

entier,

toutes n'y contribuent pas. l'est

également de toutes et de

sociale, de sorte

que

la

conscience sociale

tout entière est un produit continu de l'ensemble des consciences individuelles passées et présentes, bien qu'elle ne

retienne de cet ensemble que les éléments qu'elle est capable d'assimiler.

Nous pouvons donc déjà commencer la

conscience sociale est réelle et

semble

à

comprendre pourquoi

comment

elle diffère

arithmétique des consciences actuelles et

de l'en-

même

des

consciences passées. C'est qu'elle possède une certaine force, de

nature d'ailleurs inconnue, un certain principe de continuité, de sélection, en vertu duquel,

si elle

accepte en bloc tous

états de conscience individuels, elle travaille sur retient

que ceux

qui,

eux

les

et n'en

pour des raisons encore mal élucidées,

sont capables de s'agglomérer à l'état actuel de cette conscience.

Ceci posé, les questions précises et pouvant être abordées

l'être social directement par suivantes

:

99

Science peuvent se poser sous

la

quels sont

les

les

formes

procédas à l'aide desquels des états

psychologiques deviennent sociaux? Et d'abord, quel est critérium qui permet de discerner

si

le

un phénomène psycho-

logique est individuel ou social?

La méthode qui nous paraît

la

plus adaptée à l'approxi-

mation d'une solution consiste à limiter d'abord à

une

nous et

il

conscience sociale aussi petite la

présenter

y aurait

il

:

s'agit

un

deux questions préliminaires.

résultat différent selon

le

sexe^

situation sociale des personnes en présence? N'est-il

pas possible de simplifier encore

une personne

si

recherches

réunion de deux personnes,

la

intérêt à résoudre

Cette réunion produit-elle l'âge, la

de

les

que l'observation puisse

isolée

sociale élémentaire?

la

question et de se demander

ne constitue pas déjà une conscience

Nous croyons devoir éliminer des recher-

ches futures la considération d'une personne isolée. Certes,

une personne

seule, entourée de livres et d'objets d'art, qui

font partie de la conscience sociale, constitue avec ces derniers et

même

avec

les seules

images ou pensées qu'elle porte,

une conscience sociale rudimentaire ou plutôt élémentaire. Mais on a coutume de réserver à

la

psychologie l'étude des

variations de la conscience individuelle,

des états sociaux. les

Au

même

affectée par

contraire, la psychologie n'aborde pas

problèmes de l'action réciproque de deux consciences;

sont réservés à

la

sociologie

ou plus exactement à

ils

l'inter-

psychologie.

Nous indiquerons, lorsque nous aborderons phénomènes interpsychologiques, les

les

l'étude

des

vues qui nous paraissent

plus utiles à cet égard. 11

nous paraît actuellement impossible

de

donner des

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

100

plus

indications sociale

sur

précises

l'évolution

de

conscience

la

tant que l'interpsychologie n'aura pas découvert des

principes certains.

4.

Comme

Divers types de Consciences sociales.

tout objet de connaissance,

prête à la classification.

Il

la

conscience sociale se

n'y a pas une conscience sociale

unique embrassant l'humanité, ou tout au moins encore formée.

Il

y

elle n'est

pas

a des consciences nationales, familiales,

professionnelles, etc.,

dont

la

sociologie doit rechercher les

points de contact pour en établir la classification.

Les plus intéressantes nous paraissent les

être, à l'heure actuelle,

consciences nationales. Ce sont les plus riches,

étendues et

les

plus progressives.

En

particulier

il

les

plus

est aisé de

distinguer à notre époque la conscience française des consciences allemande, anglaise ou slave.

Il

est possible de parler

aussi de consciences latine ou germaine. C'est ainsi

que

la

conscience anglo-saxonne se caractérise par un certain sens pratique, une compréhension des réalités qui fait défaut sous cette forme

aux consciences

latines.

Au

contraire ces der-

nières possèdent une propension à l'abstraction inconnue

aux

Anglo-Saxons. La conscience française se présente à première

vue comme une synthèse des consciences

latine,

germaine,

peu à peu soumise à l'influence anglo-saxonne. Elle nous paraît,

s'il

est possible de prophétiser,

première et mieux que toute

devoir exprimer la

autre la future

péenne, encore embryonnaire.

conscience euro-

l'être social

Au

loi

sein des consciences nationales se trouve

une hiérarchie

de consciences locales subordonnées. Cette hiérarchie se rattache par des liens intéressants, d'une part à

clientèle

la

romaine, d'autre part à l'ancienne hiérarchie féodale. Le client actuel de

pense par procuration, peut-on dire

l'élite

:

il

ne

participe que par ricochet à la conscience nationale. Seule l'élite: les

savants,

les artistes, les

grands politiques, a une

participation directe à cette conscience et peut en embrasser

un point de vue suffisamment étendu. D'autre part, ces diverses formes de consciences, non encore cataloguées ni classées, se réalisent par des

modes

divers.

Celui qui nous intéresse tout particulièrement, et qui est d'ailleurs le plus caractéristique, est le

mode

juridique.

forme juridique d'une conscience sociale quelconque,

La

c'est la

personne morale, personne douée de conscience, agissant par l'intermédiaire d'un organe et concrétisée par

des formes variables qui

En

résumé,

conscience.

Il

l'être social est

dont l'agrégation constitue

a

semble de ces phénomènes

sont partagé l

(

)

).

et d'une

:

trois

grandes catégories

domaine de

Voir Michoud,

La

droit français. Paris,

l'en-

matériels, énergétiques et con-

peut être entreprise par

le

êtres,

à des séries de phéno-

la société,

qu'elle ne préfère l'abandonner

au

composé d'un corps

Ces trois séries se retrouvent au sein de

et leur étude

1 (

être étudiés scientifiquement.

coutume de ranger sous

scientiels.

Droit dans

nous reste à ramener l'ensemble de ces

mènes pouvant

On

le

révèlent et l'incarnent

la

la société,

la sociologie, à

moins

aux diverses sciences qui

se

ces trois grandes abstractions.

théorie de la personnalité morale el son application

1906.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

102

Mais

il

une quatrième

a

y

science positive ne connaît

Que sont

série :

de phénomènes qu'aucune

ce sont les

phénomènes? En quoi

ces

phénomènes sociaux. non pas des

diffèrent-ils

matériels ou énergétiques, la différence étant suffisamment sensible

pour n'avoir pas besion d'être longuement expliquée,

mais des phénomènes conscientiels et psychologiques? C'est ce qu'il nous reste à examiner.

NOTE

M. Bergson [Matière

mémoire, p. 177) représente l'esprit

et

en activité par un schéma dont nous allons nous servir pour figurer la conscience sociale.

Soit

AB

la ligne

représentant laire

moment

le

IG représente

s'élargissant à

représentant l'espace, tracée sur

le

présent.

Au

point

temps antérieur,

mesure qu'on remonte

la le

I,

plan

P

perpendicu-

la

mémoire passé,

le

individuelle

donc figurée

par un cône. Soit F, I" d'autres consciences individuelles.

Remontant un passé

suffisant, elles coïncident

nous prolongeons

côtés des cônes, nous

les

une section commune formée par

I,

I'

et

MN I".

représentant

Comme

le

la

en partie. Si

pouvons obtenir conscience sociale

nombre des consciences

d'une société est supérieur à 3 et qu'il se situe sur des plans échelonnés dans

le

temps, on conçoit l'homme pénétré de

la

conscience sociale et sa réalité.

Au

contraire,

mn, rrin\ m^n" figurent des phénomènes

purement psychologiques.

I,

Au niveau RS raient les

les

ÊTRE SOCIAL

103

pénétrations des bases des cônes figure-

phénomènes interpsychologiques. On conçoit

aussi

>//V

que l'individu figuré par l'élément progressif, et

servateur de la réalité.

la

pointe qui pénètre l'avenir soit

la

conscience sociale l'élément con-

On

aperçoit aussi que la discontinuité

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

104

des individus n'est pas un obstacle à l'unité sociale, mais l'élargit

sans cesse.

Nous devons prolonger les

nappes coniques représentant

les

consciences au-dessous du plan P, dans l'avenir.

Là, ce ne sont plus des souvenirs qui existent, mais des buts, l'idéal

pratiquement possible.

L'esprit traverse

plan,

le

représentant

cueillir l'avenir; les projections

du plan posent à

P peuvent

présent et va

de ces consciences au-dessous

représenter ainsi

l'idéal social n'est fait

elles;

le

les

buts qui se pro-

que de

la

superposi-

tion de ces buts en tant qu'ils coïncident.

Cet avenir paraît refléter

le

passé, dont

il

serait la repré-

sentation imaginaire et symétrique par rapport au plan P. Il

en serait ainsi

déplacent sur

le

préparent

I',

1", étaient

immobiles. Mais

ils

se

plan P. Les actions présentes des individus

varient et modifient elles

si I,

le

la

projection conique au-dessous du plan;

futur, qu'elles

modèlent sans

cesse.

CHAPITRE V

Les Phénomènes sociaux

Il

n'est pas encore possible de

du phénomène

donner une définition exacte

social. Cette définition

impliquerait la connais-

sance du phénomène psychologique, dont

que

par des nuances,

et

elle

(*)

n'est

il

ne se distingue

pas encore formulée,

parce qu'elle possède des racines métaphysiques et que l'ac-

cord n'est pas fait à leur occasion.

Dans quer et

ici

ces conditions,

d'abord

la

il

nous est seulement possible d'indi-

notion courante des phénomènes sociaux

de proposer une classification de ces derniers, qui, bien que

d'apparence aprioristique, nous paraît propre à rendre quelques services pour

la

paraît toujours valoir

En nous celles

délimitation des recherches

comme

:

elle

nous

hypothèse.

inspirant des idées de M. Durckheim, corrigées par

de M. Tarde, nous pouvons poser que

(') DUKCKHEIM, Hauriou, op. cil.

Op.

Cil.

— Tarde,

De GREEF, op.

cil.



Op.

S.

Cil.

le

phénomène

GUYAU,

Op.

Reinach, Orpheus

Cil.

(1909).

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

106

social est d'ordre

A

rieur.

au moins psychologique, sinon d'ordre supé-

ce sujet la question est de

social est psychologique

est

s'il

chose.

savoir

ce n'est

phénomène

nous

Il

est encore autre

s'il

réalité cette question est d'ordre

n'a pas d'importance en sociologie.

que tout phénomène

le

avec quelque chose en plus, ou bien

purement psychologique, ou bien

En

si

métaphysique

— et

mêlé de psychologique

social est

que peu à peu que nous pourrons

et

de constater

suffit

distinguer les

les

uns des autres.

On s'accorde généralement à lui

reconnaître un caractère qui

paraît en exclure celui d'être psychologique, mais

il

pour nous une antinomie purement apparente. C'est qu'il

aux consciences

est extérieur

distinguerait absolument des la

subordonnés, savoir

:

a là

le

fait

individuelles, ce qui le

phénomènes

thèse de M. Durckheim, et

y

conscientiels. C'est

en découle deux caractères

il

la généralité

du phénomène

social et son

pouvoir coercitif à l'égard des consciences individuelles.

Au

contraire,

psychologiste,

le

pour M. Tarde et

phénomène

consciences individuelles

:

les sociologues

social n'est pas

pour eux,

il

phénomènes que nous désignons sous interpsychologiques,

il

n'est

mais

la

aux

le

nom

de phénomènes

nous paraît bien, en

effet,

transmission des phénomènes sociaux,

elle est insuffisante

La question

extérieur

ne se distingue pas des

qu'un phénomène psychologique

imité ou imitable. L'imitation

pouvoir expliquer

de l'école

pour nous

est encore d'ordre

faire discerner sa nature.

métaphysique

et dérive des

solutions que l'on adopte au sujet de la solution de problèmes préjudiciels, savoir

une

réalité

:

La conscience

indépendante de

Ces dernières sont-elles

les

celle

sociale existe-t-elle? A-t-elle

des consciences individuelles?

uniques sources de

commencements

LES PHÉNOMÈNES SOCIAUX d'action?

Un phénomène

social

peut-il

107

exister

à

part,

en

dehors de tout cerveau? Son action sur un individu n'est-elle

pas seulement l'action d'autres individus? Est-elle quelque chose de différent ou seulement de plus?

Nous avons

nos préférences pour certaines

fait pressentir

solutions hypothétiques au sujet de ces problèmes.

Nous avons accordé

à la conscience sociale

une certaine

existence indépendante des individus actuellement vivants,

grâce à la conservation, à l'aide d'objets-supports, de phéno-

mènes psychologiques dus

à des

morts et qui agissent maigre

Nous adoptons donc en

la

disparition de leurs auteurs.

la

thèse objective de l'école de M. Durckheim, sauf à la cor-

partie

dans tout phénomène social un fondement

riger en retrouvant

psychologique dont

ne se sépare jamais.

il

Pour exprimer brièvement notre conception provisoire hypothétique du phénomène

comme un phénomène

social,

nous pouvons

et

définir

le

psychologique affranchi de l'espace et

du temps individuels, ou comme un phénomène psychoplus étendu

logique

<-t

d'une durée

plus

considérable,

et

aussi plus dissocié.

Quels sont

On se

les

les

range

phénomènes sociaux?

communément

sous plusieurs catégories qui

sont créées peu à peu, sans méthode, et qui pèsent aujour-

d'hui lourdement sur l'avènement de la sociologie.

En empruntant plétant, nous

la

terminologie de de Greef et en

pouvons comme point de départ

phénomènes sociaux sont tiques,

moraux,

tiques. Telles

:

com-

que

les

génétiques, économiques, esthé-

religieux, juridiques, politiques

nous paraissent être

nues de ces phénomènes.

dire

la

ou linguis-

les classes jusqu'ici

recon-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

108 Or,

si

nous voulons

une quelconque de ces

définir

classes,

nous nous apercevons immédiatement qu'elle n'est pas caractéristique;

que

les sciences sociales dites le Droit, la

Morale,

l'Économie politique, n'ont pas d'objet propre; que notam-

ment chaque délimitée de

science sociale étudie

phénomènes sociaux, mais

phénomènes avec l'homme

pris

élargir leur point de départ et

de leurs recherches l'individu, C'est ainsi, pour préciser la

poser, que les

méthode

et

les

comme

sont donc pas objectives; que pour

préparer à

non pas une

au

elles

rapports de ces

centre; qu'elles ne

devenir

le

lieu

classe bien

elles

doivent prendre

immédiatement nos

la société.

critiques et

au classement que nous allons pro-

phénomènes

religieux par

exemple sont impos-

sibles à classer sans les faire coïncider partiellement

phénomènes moraux,

juridiques, scientifiques, etc.;

phénomènes économiques ne sont pas nettement juridiques et des

doivent

de prendre pour base

moraux; que

la distinction

avec

les

que

les

distincts des

des phénomènes

juridiques et politiques est encore entourée d'une profonde obscurité;

bref,

que

les

classes

ordinaires

sociaux ne répondent à aucune réalité; que

des phénomènes

même

elles

n'ont

aucune valeur abstraite pouvant servir de point de départ à des branches bien délimitées de la sociologie. Faut-il attendre pour remédier à cet inconvénient que cette

dernière soit achevée et nous ait pourvus d'une classification parfaite? N'est-il pas possible de proposer une classification

des phénomènes sociaux tout au moins provisoire et propre à l'orientation rationnelle des recherches?

Nous croyons

qu'il

n'en est rien.

Nous avons reconnu l'importance sociologique de de but; nous avons reconnu que

la société était

la

notion

douée d'une

LES PHÉNOMÈNES SOCIAUX

ml aine réalité.

Nous avons vu que

l'on

109

pouvait tout au moins

supposer un but social propre, distinct des buts individuels.

Nous avons cru

le

voir dans l'expansion, l'agrandissement

harmonisation pro-

cercle social, son enrichissement et son

gressive.

Mais ce n'est



du

qu'un but vague qui ne peut servir

de base à une classification actuelle des phénomènes sociaux. Il

faut au contraire créer une première classe de ces phéno-

mènes sous

le

nom

de téléologiques, et y ranger tous ceux dont

l'objet est précisément la recherche de ce

immédiatement que chaque ancienne se

et

décomposer, et que

nettement

défini,

tel

but

paraissait spécifique

phénomène

le

Indiquons

classe devra se morceler,

phénomène qui

par exemple

social.

religieux, sera

compris dans plusieurs des classes que nous proposons, et inversement que chacune de nos classes comprendra plusieurs parties d'anciennes classes.

Les phénomènes sociaux que nous appelons téléologiques se reconnaissent à ce qu'ils servent

à rechercher quel

principalement à

but immédiat ou lointain

elle

la société

peut se pro-

poser. Ils sont par rapport à la conscience sociale ce

que

la

réflexion est à l'individu.

Ces phénomènes comprennent en première ligne

les

phéno-

mènes scientifiques purs, dégagés de toute application pratique,

dans leur partie spéculative.

phénomènes

religieux

et

moraux

Ils

comprennent aussi

et

aussi

les

les

phénomènes

artistiques.

Autrement c'est-à-dire la

dit

la

Science,

Métaphysique,

y compris

la

Science idéale,

l'Art, la Religion

et la Morale,

dégagent à chaque instant un ensemble de phénomènes que

nous appelons téléologiques. Par rapport à l'individu, ces phé-

nomènes permettent

à ce dernier de concevoir la société et

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

110 le

but qu'elle

se propose.

une conception propre de

ble

Chaque individu en a évidemment

et elle

varie de l'un à l'autre. L'ensem-

homogène, synthétique et

composant une

société

commun

évidemment

dogmatique de

variable.

la

tout

à l'ensemble des individus

donnée, n'est autre que l'ensemble

des phénomènes téléologiques de est

un

conceptions, en tant qu'il constitue

ces

Leur forme

cette société.

emprunte tantôt

Elle

forme

la

Religion ou de la Science telle qu'elle est

enseignée, tantôt la forme critique de la Science pratiquée

par

savants, tantôt la forme intuitive de l'Art ou de la

les

haute morale métaphysique, qui est un art de sous quelque forme qu'il apparaisse,

le

phénomène

téléologique

conserve toujours ce caractère foncier qui permet de ici

et d'en faire

un phénomène

le

propre, il

il

est nécessaire

que

nication entre les individus. cette

lui est

connu de tous. Bien

ce but soit

pu prendre naissance que par

n'a

classer

social spécifique.

Lorsqu'une société a réussi à dégager un but qui

plus,

Mais

l'action.

suite d'une

Le phénomène

commu-

social qui

permet

communication peut s'appeler sémêiologique.

est

Il

essentiellement constitué par les

phénomènes

linguistiques,

mais

forme où

se réalise.

la

langue n'est pas

phénomène esthétique logique.

la seule

est tout autant sémêiologique

Non seulement un

comme un

il

idéal

conçu par un génie

but, mais encore, lorsque l'œuvre

est réalisée,

il

que

Le

téléo-

se

pose

qu'il concrétise

devient un emblème, un symbole, qui

commu-

nique à tous ceux qui y participent une parcelle de cet idéal.

La musique

est

une langue au

même

titre

que

mathématiques en constituent aussi une, plus plus précise et moins entraînante. religieuse des

Le

culte est

phénomènes séméiologiques

;

il

l'autre.

Les

rationnelle,

une forme

a pour objet de

Les phénomènes sociaux

communiquer

chaque

à

111

notion du but imposé par

fidèle la

le

dogme. Il

ne

suffit

pas à une société qu'elle se propose un but et

que chaque membre qui

la

constitue ait une connaissance

complète ou vaguement entrevue de ce but ou de ces buts.

Lorsque

le

but

social est d'un intérêt vital, la société, à l'aide

des phénomènes que nous proposons de

provisoirement, sous

tement ce but à qui paraissent

ment

la

nent

les

nom

le

l'individu.

désigner, au moins

de nomologiques, impose direc-

Ce sont

là les

phénomènes sociaux

plus sociaux, parce qu'il s'y révèle nette-

les

la société. Ils

compren-

moraux, juridiques

et politi-

subordination de l'individu à

phénomènes

religieux,

ques, chacun pour partie

mune. Nous réservons

— pour

la

partie qui leur est

l'étude de ces

com-

phénomènes pour un

autre chapitre.

Enfin

la société

objet de réaliser

Ce sont

les

phénomènes Ils

dispose d'autres

but ou

le

phénomènes

buts dont

a pris conscience.

elle

parmi lesquels

technologiques,

les

économiques occupent une place d'honneur.

dits

ont pour principale caractéristique de mettre en rela-

tions la société avec

reste de l'univers matériel par l'inter-

le

médiaire de l'homme.

dans

les

phénomènes qui ont pour

le

monde physique

poursuite de son

qui constituent

les

le

ressources nécessaires pour la

:

ce sont

ceux

sciences appliquées, et l'économie politique science appliquée.

phénomène économique

ce qu'il est en réalité

nologique, qui

les

société de puiser

la

phénomènes technologiques

somme qu'une

de décomposer

permettent à

Les phénomènes scientifiques compo-

idéal.

sent une partie des

n'est en

Ils

pour

:

le

Il

est

donc logique

et de le réduire à

un phénomène essentiellement techsurplus

se

confond avec

le

phéno8

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

11 '2

mène

juridique ou moral, avec

phénomènes sociaux

les

la société a

phénomènes nomologiques.

en quatre grands groupes principaux de

Ciette classification

tous

les

un but propre

est

subordonnée à cette idée que

distinct des buts particuliers, et

que ce but est supérieur, a une valeur plus considérable

aussi

que n'importe quel but individuel.

communément par

tous, et les

notamment ne manqueront pas de

la critiquer

Cette idée n'est pas admise individualistes et de Il

*

la rejeter.

nous serait

aisé à notre tour de critiquer l'individualisme;

de montrer que son aboutissant logique, l'anarchie, non seu-

lement est incompatilbe avec l'existence de toute

même

mais aboutit

misme, et

se trouve,

contradiction lisme

le

:

en

même

par un singulier retour de avec

société,

de compte au nirvana, au pessi-

fin

la

pensée, en

but que poursuit l'individua-

le

bonheur individuel.

Mais nous n'avons pas qualité pour combattre l'égoïsme sous ses formes multiples ni pour montrer lité

bonheur individuel

le

social,

comment

donnée à

la

la vie

comment en

est inconcevable sans le

bonheur

de l'individu est étroitement subor-

santé du corps social. Ceci regarde

tes, les chefs

réa-

les

moralis-

d'État, tous ceux qui ont charge d'âmes. .Nous à la recherche désintéressée et scientifique

nous bornons

ici

de questions

sociologiques,

préconçue autre que

celle

arrière-pensée,

sans

découvrir

de

la

sans

vérité

idée quelle

qu'elle soit.

Or,

si

nous avons cru reconnaître que

la société

poursuivait

un but propre, indépendant de ceux poursuivis par vidus;

des

si

nous avons constaté que

phénomènes nomologiques

la société

et

les indi-

l'impose à l'aide

technologiques;

si

elle

LES PHÉNOMÈNES SOCIAUX

demande

113

à l'individu parfois jusqu'au sacrifice de sa vie,

y a une constatation de taine, c'est

que

les

il

mais tout aussi cer-

fait antagoniste,

individus poursuivent des buts limités ou

paraissant limités à leur existence propre.

Ces buts sont extrêmement variés en apparence, mais peu-

vent tous se ramener à un seul

doute

le

bonheur

diversement conçu,

est

mais

l'atteindre varient,

poursuite du bonheur. Sans

la

:

il

y

les

moyens pour

un accord unanime

a

à son

occasion, à savoir que c'est là uïl but individuel qui peut être

du but propre de

atteint sans s'occuper Il

s'agit

donc de rechercher

en

si,

buts particuliers s'accordent ou bien

la société.

fait, le si,

but social et

au contraire,

ils

les

sont

contradictoires. Il

est impossible,

on

le

comprend, d'apporter une solution

unique à ce problème. Nous constatons en ils

coïncident et tantôt

En

effet, le

bonheur

que tantôt

se contrarient.

ils

est

effet

généralement conçu

comme

essen-

tiellement assuré lorsque l'individu est pourvu de tout ce

de ses besoins et de

qu'il estime nécessaire à la satisfaction

ceux de sa famille. Ces besoins varient énormément, mais dans la

majorité des cas

procure par

faire

moyens propres

la



poursuite des objets propres à

même

les satis-

à la société la satisfaction des

à l'atteinte de son but.

Notamment

la plu-

part des travaux ont pour but

la

même

de l'espèce, et ces existences

sont le

la

de l'individu et de

celle

conservation de l'existence

condition fondamentale de l'existence de toute société,

point de départ de tout progrès. Dans ces conditions,

les

buts individuels et social coïncident. Cette coïncidence sera assurée toutes les individuel ne contredira pas

le

but

social.

fois

que

le

but

Elle fera défaut

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

114

toutes les fois qu'il

que l'individu

fois

en vue desquels classes

contredira. Ce cas se présente toutes les

ou indirectement

les

phénomènes appartenant

que nous avons reconnues ont

coordonnés.

en théorie duels;

le

viole directement

s'il

Il

les

buts

à l'une des quatre

pris naissance et se sont

en sera ainsi notamment

si

l'individu proclame

subordination du but social aux buts indivi-

la

commet

des actes en contradiction avec lui;

s'il

se

révolte contre les obligations que lui impose la société, soit

en se refusant à remplir son à ce refus. à relever

Toutes le

les fois

rôle, soit

en excitant

les

autres

que ces révoltes ne sont pas destinées

but social lui-même ou à proposer des moyens

plus adaptés à sa poursuite, mais tendent au contraire à nier ou à l'entraver,

que — sous

et

il

que

est naturel

peine de

mort —

la société se

le

défende

elle cherche à éliminer ces

éléments morbides.

Les phénomènes sociaux dont police,

le

au sens élevé du mot, sont

but est d'assurer cette les

phénomènes nomolo-

giques; nous les retrouverons.

De

l'existence

même

de

tels

phénomènes

il

est

permis de

conclure, et c'est là la seule conclusion que nous voulions tirer

de

la

considération du but individuel dans

phénomènes sociaux, que

social. Cette

de

projeter

sur

la seule

condition de postuler un

notion a donc une certaine valeur

critérium classificateur,

et elle a tout au

l'ensemble

des

servir

en attendant

la

comme

moins l'avantage

phénomènes sociaux une

certaine lumière et une certaine unité dont se

des

cette dernière ne peut se concevoir

en fonction du but qu'à

but

la classification

classification

il

est permis de

définitive

de ces

phénomènes. Cette classification peut être

tentée

non plus

cette

fois

LES PHÉNOMÈNES SOCIAUX abstraitement voie historique.

mais concrètement et

logiquement,

et Il

nous sera permis de

à la précédente et de

II."»

par

comparer ensuite

la

des conclusions de cette com-

tirer

paraison.

nous demandons aux travaux historiques un essai de

Si

sommes frappés par

genèse des phénomènes sociaux, nous cette constatation à

peu près définitive que que

religieux sont les plus anciens en date et

constituent, en partie, dans les sociétés où

ils

décomposer facilement en une

le

nomènes correspondant le

nom le

série d'autres

l'on désigne

le

la

culte,

communément

à la classe des phéno-

aux phénomènes séméiolo-

hiérarchie,

aux phénomènes nomo-

Quant aux phénomènes technologiques,

séparés de bonne heure de la religion où d'hui leurs correspondants

cédés industriels, en un

:

les

mot

ils

de l'homme et de

la société

qu'ils sont religieux

ou non

les règles

même

mais cela importe peu

pour

les

se sont

n'y ont plus aujour-

d'action de le

l'homme

développement

ne diffèrent pas, en raison de ce

religieux,

mais seulement en raison

de causes aujourd'hui indépendantes.



ils

principes de culture, les pro-

sur la nature en vue d'assurer l'existence et

été ainsi

phé-

de dogme, culte, morale, discipline ou hiérarchie.

giques; la morale et logiques.

que

à ce

dogme correspond lui-même

mènes téléologiques;

de

ils

existent, c'est-

quoi consiste essentiellement un phénomène religieux?

On peut

Or,

autres sont

dans toutes, des doublets sociaux.

à-dire

sous

les

par démembrement de ces derniers; que par suite

sortis

En

phénomènes

les

Il

ici

n'en a pas toujours



et

il

n'en va pas

autres phénomènes.

Ces derniers constituent donc des doublets à l'égard de religion et

nous sommes fondés à soutenir

qu'ils

la

en dérivent.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

116

En

phénomènes téléologiques

ce qui concerne les

métaphysique, art

— d'une part —

est aujourd'hui acquis.

séméiologiques,

En

notamment

science,

:

dogme de

l'autre, cela

ce qui concerne les

phénomènes

la

le

langue, la question n'est pas

résolue par l'affirmative. Cependant, Tarde, dans quelques

passages de ses œuvres, nous paraît avoir établi l'origine

En

gieuse du langage.

logiques le

:

reli-

phénomènes nomo-

ce qui concerne les

juridiques et moraux, ce sont ceux qui sont encore

plus étroitement

liés à la religion,

au point

qu'il apparaît

encore à de bons esprits l'impossibilité de constituer une

morale solide en dehors de toute attache

Nous n'avons pas

religieuse.

l'intention de discuter cette question.

Nous voulons simplement

quence qui résulte de cette vue historique rapide la

forme,

nom

le

une consé-

attirer ici l'attention sur

sous lequel un

phénomène

:

c'est

social

que

nous est

ordinairement connu est sans importance et ne peut en rien préjuger son véritable caractère et sa nature

nomène

religieuse

logique.

:

réelle.

Un

il

n'en constitue pas moins un phénomène

Un phénomène

nomo-

juridique peut être à la fois religieux

et moral,

ou seulement juridique et moral, ou seulement

dique

est toujours

:

il

esthétique

par

juri-

un phénomène nomologique. Inverse-

ment, un phénomène social communément désigné tel,

phé-

moral peut revêtir une forme religieuse ou non

dit

exemple,

comme

peut être décomposé et on

peut y reconnaître des phénomènes appartenant à plusieurs des classes que nous avons reconnues

but dre.

social, le Il

peut

un système Il

communiquer, indiquer

même

les

devenir nomologique

religieux ou dans

résulte de ce qui précède

un que

:

il

peut proposer un

moyens de

s'il

l'attein-

est incorporé

dans

recueil juridique. les

phénomènes sociaux ne

LES PHÉNOMÈNES SOCIAUX peuvent pas être compris

comme

centre.

La

l'on

si

117

prend l'homme, l'individu

sociologie est en effet

une partie de

science, et la science ne connaît pas l'individu

n'est pas

un objet pour

Les phénomènes téléologiques peuvent donc provisoirement en trois groupes sociale

(science),

les

:

:

ce dernier

mais seulement pour

la science,

les

se

la réalité

autres la réalité individuelle,

nuance indéfinissable de

tel

l'art.

subdiviser

uns exprimant

proprîum, qui ne se retrouvera jamais une

la

le

quid

fois disparu,

la

caractère, l'originalité de telle

chose, la réalité apparente et cependant réelle, temporaire

cependant durable, cette expression indéfinissable

et

que chaque chose a une raison d'être

fait

aucune autre, exprimée par la

conciliation

l'espèce,

de

cette

du groupe, de

la

par l'individu et à laquelle de son existence passagère

:

fugitive

chose il

et ne ressemble à

enfin ceux qui cherchent

l'art;

vie

qui

avec

la

durée

de

exprimée originalement

emprunte

la

majeure partie

phénomènes philosophiques ou

religieux.

Cette conciliation nous avons cru l'entrevoir dans l'union volontaire des individualités, à quelque ordre qu'elles appar-

tiennent; dans l'accroissement progressif des ressemblances et aussi de l'originalité individuelle à l'aide de synthèses tou-

de plus

jours

Dans

en plus vastes, progressives et volontaires.

ces conditions, la science exprimerait les conditions de

possibilité de ces synthèses, et la

dans

de

les

provoquer, car nous verrons que leur imposition

les

du dehors ainsi

la nécessité

phénomènes nomologiques auraient surtout pour

vouloir. Les

but de

morale

est le

seule chose

une entreprise chimérique. Nous retomberions

principe kantien faisant de la bonne volonté la

moralement bonne,

et de l'individu

un

être auto-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

118

nome, ne pouvant jamais

être

un instrument. Cependant nous

aurions des réserves à faire à ce sujet et à nous demander

but

le

social étant bien

ou

sacrifier l'individu

connu

s'il

ne serait pas possible de

il

lui

faut attendre de sa bonne volonté

un gros problème dont

seule l'exécution de ce but. C'est là les

si

conditions ne sont pas encore suffisamment connues pour

que nous prenions

parti.

En

sociétés n'hésitent pas à

fait, les

traiter parfois l'individu en instrument de leur fois qu'il

y va de leur

Le principe moral

salut.

vouloir soi-même ce sacrifice

but toutes

quand

il

serait-il

s'impose?

Il

les

de

ne nous

appartient pas d'en faire une étude scientifique, sous peine d'enlever à la morale ce qui fait sa poésie et son mystère,

mérite individuel ne pouvant, selon nous, être évalué à

le

d'aucun mètre et constituant un objet plutôt esthétique

l'aide

que scientifique. serait intéressant de revenir

Il

de

la

conscience

considérations

avec

les

sociale

qui

diverses

et

de

précèdent. classes

maintenant sur notre notion

de

apporter

lui

l'appui

des

rapports soutient-elle

Quels

phénomènes que nous avons

reconnues? Ils

nous paraissent constituer par leur réunion

sociale elle-même.

En

langue.

On peut

comme un

les

conscience

dehors et au-dessus des catégories de

cette conscience se trouvent la

la

les

phénomènes séméiologiques

:

considérer par rapport à cette conscience

principe d'individuation, conférant à une société

son originalité. cohésion entre

Ils

constituent ainsi

le

les diverses catégories

ciment,

le

principe de

de cette conscience. La

langue, la musique, les mathématiques, toutes les variétés de

phénomènes ayant pour caractéristique de les

faire

communiquer

consciences individuelles et d'établir leur participation à

LES PHÉNOMÈNES SOCIAUX ont pour résultat de conférer à

la vie sociale

marque

sociale son caractère propre, sa

mettent de

A

groupent. social

On

la

Science

comme un mode

comme un mode comme un mode social Droit

modèle

collectif

le

Cette vue nous permet de classer

d'unifier des

une

Techniques

La conscience

phénomènes de

la

les

phénomènes sociaux

nature.

S'ils

constituent

phénomènes ayant pour objet

des

phénomènes psychologiques pour

réalité supérieure,

ils

l'esprit

prolongement, l'agrandisse-

temps.

l'espace et dans

essentiellement

les

une échelle plus vaste sur

ment dans

autres

social de sentir; le

d'action sur l'univers.

ainsi à

le

les

comme un mode

de vouloir et

individuel, dont elle n'est que

parmi

d'initiative, et per-

autres s'organisent et se

les

peut alors concevoir

de penser; l'Art

sociale se

conscience

la

qui constitue son originalité.

saisir ce

de ces phénomènes,

l'aide

110

d'unir,

leur conférer

ne sont qu'une variété, une espèce

des phénomènes qui ont pour résultat d'ordonner des séries, d'unifier des variétés individuelles

individualité

supérieure.

aucun nom particulier dans l'ordre, la série

tation est un



ils

pour en

faire jaillir

leur ensemble,

agissent, des

phénomène de

mais portent selon

noms spéciaux

une existence qui

les

dépasse

;

logue;

les

les

phénomènes morphogénétiques, dans

même

la gravi-

subordonne

dans un ordre d'idées moins

un

vaste, la cohésion, l'attraction moléculaire joue

nique, procèdent du

:

ce genre, qui réunit des êtres

séparés et poursuivant une évolution propre et à

une

Ces phénomènes n'ont en science

principe; de

rôle ana-

la série

même

les

orga-

phéno-

mènes sociaux.

Y

a-t-il

une correspondance entre ces divers phénomènes?

Font-ils partie de séries parallèles, divergentes

ou conver-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

120

gentes? C'est ce qu'il serait téméraire d'essayer de démêler

autrement que par une affirmation purement dogmatique, par

un acte de

foi

plutôt qu'en s'appuyant sur des données scien-

tifiquement établies. Est-il au moins possible'de prévoir que la science puisse

s'y opposer.

aborder ces problèmes? Rien^ne nous paraît

CHAPITRE VI

Les Phénomènes interpsychologiques

Avant de pénétrer plus avant dans

)

l'analyse des phéno-

mènes nomologiques, nous devons, pour

même

x (

éclaircir la

de phénomène social, en général, essayer de

notion

la distin-

non point tant du phénomène psychologique que du

guer,

phénomène interpsychologique ou intermental. Qu'entendons-nous par ces derniers termes?

Au

gratuite, mais qui, en réalité, n'est fait,

que

la

constatation d'un

nous sommes obligés de nous replacer dans

concrète et d'indiquer sociale, lorsque

vue

purement

risque de paraître formuler une hypothèse

les

ici

comment nous

la

complexité

apparaît

la réalité

nous prenons pour centre de notre point de

phénomènes intermentaux.

Le Dantec, Eléments



de philosophie biologique (Alcan, 1908). -*Maxwell, L'arl au point de vue sociologique (Alcan, 1906). Ribot, Les maladies de la personLes phénomènes psychiques (Alcan). nalité (Alcan). Tarde, Les lois de limitation (Alcan, 1895). (*)

Guyau,







LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

122

Nous avons reconnu de

celle

la

l'existence de consciences individuelles,

conscience sociale, et enfin nous savons par expé-

rience qu'il y a des actions et des réactions réciproques des

unes sur

les autres.

Les actions et

les

réactions de la conscience

une conscience individuelle ou un ensemble de

sociale avec

consciences individuelles, abstraction faite dans ce cas des réactions mutuelles de ces dernières, constituent les phéno-

mènes sociaux. Au

contraire,, les actions et réactions

des consciences individuelles constituent

psychologiques. Enfin,

les

phénomènes

phénomènes, en tant

les

mutuelles inter-

qu'ils n'inté-

ressent qu'une conscience individuelle, sont psychologiques

tout simplement. Dans notre conception,

chologique appartient

mais selon

qu'ils

à.

la qualité

de phénomènes,

toutes ces séries

intéressent une seule conscience ou bien

plusieurs et selon que, dans ce dernier cas,

ou bien subordonnés,

ils

les cas, ils se

étage supérieur de la réalité, dans

la

soutiennent avec

nature sont des rapports de

La

distinction des

ils

sont mutuels

sont ou seulement interpsychologi-

ques ou sociaux. Dans tous

les relations qu'ils

de psy-

le

domaine de

l'esprit, et

autres phénomènes de

les

fins à

passent tous dans un

moyens.

phénomènes sociaux

et interpsycholo-

giques est donc bien nette en abstraction. Elle pose cepen-

dant un problème, à savoir par rapport à l'autre besoin de

le

:

le rôle

quel est

phénomène qui joue

le

de cause? Mais nous n'avons pas

résoudre actuellement.

Il

nous

suffira

de

faire

un examen sommaire des phénomènes interpsychologiques pour que, lorsque nous aurons l'occasion de l'aide

de notre raisonnement,

ils

éveillent

les

appeler à

une idée aussi

claire

que possible. 11

nous faut d'abord établir que ces phénomènes existent.

LES PHÉNOMÈNES INTERPSYCHOLOGIQUES Nous nous heurtons

à des préjugés

ici

133

métaphysiques

qu'il

importe, au préalable, de dissiper.

Nous

faisons allusion à la théorie leihnitzienne qui

position prise par ceux qui font de

un domaine inviolable vase

clos,

et

la

résume

la

conscience individuelle

mystérieux, incommunicable, un

une monade sans portes

ni fenêtres.

Telle n'est pas la réalité.

L'hypothèse de l'âme

«moi» eu

fait,

de

close,

l'être

enseveli dans son

est inconciliable avec l'expérience qui

une action de l'âme sur

le

nous montre,

corps et à travers

le

corps

des actions mutuelles des esprits. Pour essayer d'expliquer ces faits d'observation,

on est alors conduit à imaginer une

seconde hypothèse, soit celle Il

celle

de l'harmonie préétablie, soit

du parallélisme nous paraît bien préférable d'abandonner simplement

toutes ces hypothèses et de nous en tenir aux

faits.

Or, que nous apprennent-ils?

D'abord que seul

les

êtres vivants,

notamment Thomme, qui

nous intéresse actuellement, sont capables de s'influencer.

Sans doute, choisir

la

volonté

individuelle est libre

et

parmi un nombre considérable d'actions

Cependant, ce choix

est,

dans

la

elle

peut

possibles.

majorité des cas, influencé

par l'action d'une volonté extérieure.

Il

n'est pas, croyons-

nous, d'exemple d'individu qui, dès sa naissance et dans tout le

cours de sa vie, puisse prétendre avoir agi uniquement sous

l'impulsion d'idées et de désirs qui lui fussent strictement personnels.

Cette influence varie de degrés en degrés. Lorsqu'elle se manifeste,

elle

est

généralement accompagnée

mènes interphysiologiques. Les organes des

de

phéno-

sens, tantôt la

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

124 vue, tantôt

toucher, tantôt l'ensemble de tous ces organes

le

permettent des communications entre duelles qui

peuvent

exemple dans

les

aller

jusqu'à

la

les

consciences indivi-

fusion

momentanée, par

cas pathologiques de l'hypnotisme ou dans

des cas normaux, où

volonté bien arrêtée et réciproque

la

d'accomplir cette fusion peut l'amener réellement. Cette influence varie aussi dans sa nature taire

:

elle est

volon-

ou bien subie ou imposée. Cette variété des phénomènes

interpsychologiques se retrouve d'ailleurs dans

mènes sociaux.

A

notre avis,

la

phéno-

les

phase volontaire est toujours

une phase transitoire entre deux états involontaires, présentant une synthèse supérieure au premier.

le Il

second

y a



quelque chose d'analogue à l'acquisition progressive par un individu de possibilités d'actions de plus en plus nombreuses et variées, et

inconsciemment ébauchées au début, analysées

synthétisées volontairement ensuite, puis rejetées dans

l'inconscient.

Ces actions réciproques des consciences individuelles se

manifestent à un premier stade par l'intermédiaire des corps, grâce aux organes sensoriels qui agissent seuls ou en concours.

Devons-nous

comme

faire

un pas de plus? Pouvons-nous considérer

acquis à la science des phénomènes d'action inter-

mentale totalement dépouillés de à travers

les

corps? C'est

mais

sérieux,

il

la

la

nécessité de leur passage

thèse spirite qui mérite un

nous paraît

difficile

examen

de l'admettre encore,

faute de données suffisamment critiques.

Quoi

qu'il

en

tous ces phénomènes interpsychologiques,

soit,

qu'ils résultent soit de la conversation, soit d'une action

commun,

soit

de

la

participation en

ou à des sensations;

qu'ils

commun

s'expriment par

en

à des sentiments

la crainte,

l'admi-

LES PHÉNOMÈNES INTERPSYCHOLOGIQUES

l'25

ou

ration, l'imitation; qu'ils aient leur racine dans l'intérêt

sentiment du devoir, dans

le

la

sympathie ou

la

haine; que

l'élément intellectuel, volontaire ou sentimental y prédomine,

ou bien

qu'ils participent à

couches de

la

des degrés égaux de ces trois

conscience; qu'ils s'exercent à proximité ou à

une distance considérable par l'intermédiaire de

l'air (parole),

d'objets matériels (écriture); qu'ils agissent sur

un nombre

plus ou moins considérable de personnes; que ces personnes soient à l'état de foule

présentent jusqu'à

amorphe ou de corps

présent

à

nous

constitué.

comme

des



se

réactions

mutuelles de personnes actuellement vivantes.

N'y

pas des phénomènes interpsychologiques réunis-

a-t-il

sant entre eux, non plus

les

vivants, mais ces derniers avec les

morts?

On peut à travers

d'abord concevoir une influence de cette nature

les

phénomènes matériels

des lois de l'hérédité. est

Il

et énergétiques, en vertu

est bien certain

que notre conscience

déterminée en partie non seulement par nos actions anté-

rieures,

mais par

celles

de tous nos ascendants. La liberté

individuelle, dans ces conditions, résulterait

du choix que nous

pourrions faire entre

«

nous

les

diverses influences

sollicitent. Il est alors

ancestrales

qui

permis de dire que nous sommes

en communication interpsychologique avec

moins ceux dont nous tenons l'existence nication n'est pas actuelle, elle réunit elle est

»

un agrandissement de

la

;

le

mémoire

les

morts,

du

mais cette commuprésent au passé: individuelle, plutôt

qu'un résultat d'actions psychologiques concomitantes. Cependant,

comme chacun

de nos ascendants a lui-même

été influencé par des consciences autres se produire ainsi

un écho

lointain.,

que

la sienne,

il

peut

un retentissement dans

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

126

notre esprit de phénomènes psychologiques

qui ont siégé

antérieurement chez des individus dont nous ne descendons pas.

Il

y aurait bien



un phénomène interpsychologique

d'une natuie toute spéciale, sur lequel

est d'ailleurs très

il

malaisé d'expérimenter. Cette

influence

interpsychologique qui nous unit à nos

ancêtres n'est pas toujours

résultat de notre constitution

le

organique. Elle peut être pleinement consciente. Souvent,

le

souvenir d'un parent ou d'un ami que nous avons perdus,

le

désir de continuer leur

œuvre,

incitent volontairement et

l'attrait

de leur exemple nous

consciemment

à l'action.

11

y a



une autre espèce de phénomène réellement interpsychologique, en ce sens que la volonté d'un

mort

se survit partielle-

ment, et déformée, mais néanmoins dans une certaine mesure. Enfin, est-il possible d'aller plus loin? Est-il permis de sup-

poser que les morts agissent actuellement? Nous entrons alors

domaine des hypothèses

dans

le

a-t-il

une survivance de

l'esprit?

les

plus hypothétiques.

Ces esprits purs agissent-ils

sur nous? Ce sont les données spirites et mystiques qui

ment

cette action.

La Science

Y

affir-

peut-elle contrôler ces asser-

tions? Doit-elle les tenir pour de vaines chimères?

voyons réellement pas de raisons a

priori

pour

mais nous reconnaissons que leur vérification de difficultés considérables. Quoi qu'il en

les

Nous ne

repousser,

est entourée

soit, si

on admet

cette action, elle constituerait une autre classe des phéno-

mènes interpsychologiques.

Nous avons distingué dès

le

début

les

phénomènes sociaux

des phénomènes interpsychologiques, et nous avons fait pressentir qu'ils n'obéissaient pas

aux mêmes

lois.

LES PHÉNOMÈNES INTERPSYCHOLOGIQUES Nous ne connaissons encore précisément,

127

unes ni

ni les

les

autres. Cependant, nous croyons que les considérations pré-

cédentes prépareront

lecteur à admettre la distinction des

le

juridiques que nous proposerons, selon qu'elles se rap-

lois

portent

phénomènes interpsychologiques ou

des

à

phénomènes

juridiques.

Nous verrons que vement sociaux

et

lois scientifiques-

,

phénomènes juridiques sont

les

que leurs

Au

des

à

exclusi-

sont aussi certaines que les

lois

phénomènes interpsycho-

contraire, les

logiques du Droit sont soumis à des

qui ne sont pas juri-

lois

diques et qu' sont, à tort, mêlées à ces dernières.

Autrement

dit, les lois

mais seulement

tés,

les

juridiques ne régissent pas les volon-

phénomènes

juridiques. Les volontés

individuelles sont soumises à des lois psychologiques.

peut avoir prise sur des

lois

elles

qu'à l'aide de



ne

connaissance des

la

phénomènes interpsychologiques,

aussi rigoureusement scientifiques

On

qui,

elles,

sont

bien que nous ne

les

— que juridiques. — Dans ces conditions, et ce point de vue s'éclairera pro— gressivement, est inexact de dire que nous pouvons violer

connaissions pas encore

les lois

il

les lois

juridiques. Cela est impossible. Les lois juridiques for-

ment une juridiques.

série

fermée réunissant entre eux

Une volonté peut

série, alors elle

puisqu'elles ne violer la loi

une loi

la

loi.

Mais

si

elle

quand même

dans cette

y pénètre,

elle

le

elle

voudrait,

concernent pas. Dire que nous pouvons

quand nous nous refusons

série juridique

oblige la

lois,

phénomènes

se refuser à pénétrer

ne viole aucune

ne peut pas violer ces

les

est inexact.

Il

faudrait établir que cette

volonté z et cette preuve,

en contradiction d'une part avec

à nous insérer dans

si elle

la thèse

était faite, serait

qu'on soutient, et 9

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

128

avec

part

d'autre

une volonté à qui, eux,

dérober,

réellement

l'obligent elle

l'obliger

même.

on

Si

réussit à obliger

des phénomènes interpsychologiques

l'aide

sans

et

puisse

qu'elle

s'y

ne pourra violer cette obligation parce qu'elle

impuissante à

sera

lois

la réalité

le

faire.

Si,

au contraire, on prétend

sans l'aide de ces phénomènes, sans connaître

qui l'obligent réellement, on ne

les

qu'un aveu d'igno-

fait

rance et d'impuissance, mais on n'a nullement démontré

qu'une

En

loi

juridique peut être violée.

d'autres termes,

naient à énumérer

phénomènes sociale,

les

si les lois

juridiques actuelles se bor-

conditions sous lesquelles évoluent

les

juridiques, elles ne constitueraient qu'une logique

une mathématique un peu

dont

spéciale,

les lois

ne

pourraient être violées, parce qu'elles n'obligeraient pas (au sens juridique) les volontés, mais leur soumettraient d'action. Si, d'autre part, sous le

connaissait les efficace

lois

d'obliger

nom

de

lois

politiques on

interpsychologiques, on aurait (scientifiquement

cette

fois

s

c'est-à-dire

possibilité de violation) les volontés à s'insérer

série

juridique, de sorte que les lois aussi scientifiques

que

celles

lesquels elles sont

dans

du Droit seraient de

sens qu'elles ne pourraient être violées par

phénomènes pour

moyen

le

sans

ment bien

un plan

la Science, les

normalement

la

réelle-

en ce

êtres et les laites.

CHAPITRE

VII

Les Phénomènes nomologiques

Nous avons donné une

idée provisoire

x (

)

des phénomènes

nomologiques en indiquant que nous entendions par ce terme

ceux dont

l'objet consiste à

but conçu par

le

imposer aux volontés individuelles c'est-à-dire par la

société,

la

conscience

sociale.

Si

nous concevons

comme

plausible, titre

que

nerveux

la

l'énergie,

au

la réalité éparsn,

même

dans tout l'univers, et que notre système

recueillerait,

Boucaud,

pensée, ce qui est une hypothèse fort

une modalité de

accumulerait et condenserait par des



Brissaud, Capitant, Introduction à F élude du droit civil (1904). Jean Cruet, La vie du droit et V impuissance des lois (1908). Duguit, L'Etat, le droit objectif et la loi positive Ed. Picard, Le droit pur (1908). (1901).. Planiol, Traité élémentaire de droit civil (3 e édition, 1904). Roguin, La règle de droit (Lauranne, 1889). Tanon, L'évolution du droit (Alcan, 1895). Tarde, Les transformations du droit (Alcan, 1903). Boutroux, Science et religion. De Greef, Les lois sociologiques (Alcan). Gide, Principes d'économie politique (1903). Guyau, x

(

)

Ch.

Manuel

d'histoire

du

Qu'est-ce que





le

droit naturel? (1909).

droit français (1898).



















Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction (Alcan, 1902); id., L'irréligion de l'avenir (Alcan, 1907). Rousseau, Le contrat social.



LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

130

procédés parallèles à ceux qui permettent à des corps maté-

de

riels

recueillir,

pouvons concevoir

condenser et transformer l'énergie, nous la

conscience sociale

de pensée plus diluée qu'elle ne

l'est

comme un

réservoir

dans l'individu, mais

d'intensité plus forte. Les individus plus sensibles à l'action

de cette conscience sociale sont ceux qui conçoivent

le

but

social et cherchent à l'imposer: c'est la théorie messianique

des génies; à moins que ce but ne se dégage de lui-même par

un consensus

spécial: c'est la théorie biosociologique.

purement sociaux,

ils

sont toujours mêlés de phéno-

mènes interpsychologiques, dont séparer.

le

c'est

les

que ce but

aussi

but individuel,

soit

en

constatation nous servira de base pour établir

classification rationnelle de ces

Remarquons

ardu de

est parfois

Nous y reviendrons. Remarquons

différer, et cette

une

il

peut soit concorder avec

social

en

phénomènes nomologiques

résulte que, bien qu'en réalité les

soient

Il

enfin

phénomènes.

que lorsque nous parlons du but

social,

en supposant abstraitement que toute société a un but

unique et cielle et

défini.

Mais ce n'est



qu'une vue encore superfi-

qui demandera des précisions.

En

réalité,

il

y a dans

une société plusieurs buts qui peuvent être d'égale importance et lutter entre eux; ce n'est jamais qu'à lutte, la

d'un

«

duel téléologique

»

la suite

d'une

(Tarde) que l'un d'eux obtient

prédominance et parvient à s'imposer. Encore n'est-ce

jamais que provisoirement; toujours des buts nouveaux surgissent, soit

en accord,

soit

en désaccord avec

les

anciens,

et aussi avec les buts individuels.

Quoi

qu'il

en

soit,

au point de vue qui nous occupe, nous

pouvons considérer qu'à un moment donné, société

un but

et des

phénomènes destinés

il

y a dans une

à en assurer la

LES PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQUES poursuite par

le

131

concours volontaire ou forcé des individus.

but poursuivi,

Quel que

soit le

religieux,

peu importe,

les

qu'il soit

un

idéal politique,

phénomènes dont

il

s'agit sont

identiques.

Ces phénomènes sont très variés et sont habituellement

commu-

rangés dans. des classes entre lesquelles on n'établit

nément aucune tiques.

:

Nous verrons

identique dont

Cet élément loi,

liaison

telle

ils

moraux, juridiques

religieux,

tous

présentent

qu'ils

et poli-

un substrat

ne sont que des manifestations accidentelles.

commun

apparaît surtout nettement dans

la

que sa conception dérive des théories juridiques,

dans l'obligation où

se

trouve

le

membre

de

la société

de subir

des limitations à sa liberté individuelle supposée absolue à l'origine.

Nous nous trouvons donc, au début de nos

explications, en

présence du problème posé par Rousseau dans son Contrat social et que, sous différente; se

une forme

et

par une méthode absolument

nous effleurons au cours de cet ouvrage. Mais

ici il

pose avec une particulière netteté.

Le but

comme

social

pour Rousseau n'existe pas autrement que

la conciliation des

buts individuels. C'est



une

mation purement gratuite, mais qui a eu une influence

affir-

his-

torique considérable et a servi de point de départ à toutes les thèses individualistes qui ont suivi et à toutes nos constitutions politiques.

Nous n'examinons pas

cette question.

thèse, un vertu des considérations

au début de cet ouvrage, que des buts individuels tout

de

la

somme

le

Supposant par hypo-

que nous avons indiquées

but social

comme

diffère

de

la

somme

la conscience sociale diffère

des consciences individuelles, nous nous bornons

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

132 à rechercher

poursuivi par

si

les

phénomènes

les sujets

propre ou en contradiction avec résultat d'un contrat,

le

au contraire,

ils

à l'aide desquels ce but est

sociaux parallèlement avec leur but

comme

lui,

sont conventionnels, sont

veut Rousseau, ou bien

le

si,

présentent un tout autre caractère.

Cette question a été débattue par

les juristes et les socio-

logues, mais elle ne nous paraît pas avoir été portée sur son 9

véritable terrain.

On

a argumenté de ce que la notion

même

de contrat suppose une société déjà constituée et ne peut,

par suite,

Mais

lui servir

y a

il

là,

de base.

croyons-nous, un déplacement du véritable

terrain de la question. les

En

fait, la

théorie de Rousseau a subi

inconvénients d'un vice de terminologie. Sans doute, un

contrat ne se conçoit pas au début de der.

Mais ce qui reste de cette idée,

lument conforme à

subordination volontaire ou duelles à être

que

que

le

un but le

que

la réalité

social, aussi

la société

pour

la

fon-

c'est la constatation absola

société, c'est-à-dire la

forcée des consciences

vague qu'on

le

indivi-

conçoive, ne peut

résultat d'un processus psychologique, de

même

contrat n'est qu'un accord de volontés. L'erreur de

Rousseau, c'est de n'avoir pas vu l'existence de phénomènes interpsychologiques involontaires produisant en fait résultat qu'un contrat, mais en différant leur nature propre

fondé sur

La

la force et

querelle entre les partisans

ceux qui

le

le

même

profondément par

basent sur

la

du Droit

volonté ou

le

contrat, peut donc se résoudre par la superposition d'une théorie qui les concilierait, en éliminant l'aspect particulier

sous lequel chacune de ces deux grandes écoles conçoit

le

phénomène interpsychologique.

Que

ce "dernier produise chez l'un des sujets qui

le

subit la

LES PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQl

133

I

crainte, l'admiration, le désir d'imiter, c'est-à-dire la

notion d'intérêt ou

thie, la

par

du devoir; que

celle

amour, devoir ou obligation

suite, puisse se qualifier force,

morale, ce ne sont



sympa-

phénomène,

ce

que des modalités d'une racine commune

à base à la fois biologique, psychologique et sociale, plongeant

peut-être

même

jusque dans

matière brute

la

un phénomène

:

d'influence.

Les phénomènes nomologiques ne sont que

manifesta-

la

tion de cette influence revêtue des formes variées résultant

de leur connexité avec

un moindre

phénomènes sociaux

autres

les

et.

à

du nombre des personnes

degré, de la nature et

qui y sont soumises, et aussi du but particulier que la société

engendrent cherche à

qu'ils

Ces

préliminaires

variété des

réaliser.

nous

posés,

allons

chaque

examiner

phénomènes nomologiques pour en dégager ce

caractère que nous. leur reconnaissons.

Nous rencontrons en première dans l'ordre historique, à savoir est

Il

ligne

le

le

premier en date

phénomène

religieux.

extrêmement malaisé d'en donner une

précise, et cela se conçoit. C'est qu'en

réalité

définition

concentre

il

sous une forme spéciale trois classes très distinctes de catégories sociales.

par

le culte.

riser

Il

On

s'accorde

seulement en tant

Mais

généralement à le

considérant

est aussi

il

qu'il est

caracté-

le

comme un

nomologique, et

nomologique que nous

le

c'est

retien-

ici.

Ou'entendons-nous par est

même

sous ce dernier aspect, en

lien social (re-ligare).

drons

dogme, séméiologique

est téléologique par le

<"es

en partie nomologique?

termes Si

:

le

phénomène

nous nous reportons

religieux à

l'idée

générale que nous avons exposée, à savoir que ce dernier

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

134

aspect est celui sous lequel nous envisageons

tant qu'il vise à subordonner

individus à

les

dépasse, nous en concluons aisément que

le fait social

en

un but qui

les

phénomène

le

reli-

gieux-nomologique ne peut, dans ces conditions, qu'être une variété formelle

du phénomène moral.

Le problème qui

pose aussitôt consiste donc dans

se

détermination de ce dernier

morale religieuse ressemble à

s'agit

il

:

le

fondement de

la

de savoir en quoi

la

morale pure et simple.

la

Nous ne l'aborderons que par

côté

le

plus apparent et

le

Nous ne rechercherons pas quel

sans prétendre l'épuiser.

la

est

morale sous quelque forme qu'elle se

présente. C'est là une question en réalité métaphysique que

nous ne discuterons pas

ici.

Nous croyons cependant

qu'il

nous sera possible de postuler l'unanimité des conceptions de tous

les

pour la

moralistes sur

point de vue suivant, qui nous

le

comme

morale individuelle

comme

règles

les

l'harmonisation de l'individu, et social

Nous pouvons considérer

besoins du raisonnement.

les

l'harmonisation de

buts individuels entre eux et avec

suffit

ayant pour objet

morale sous son aspect

la

la société, le

but

c'est-à-dire des

social,

sans préjuger

des .procédés destinés à opérer cette harmonie. Or, les

phénomènes

concrets, les seuls qui

nous intéressent,

sous lesquels se révèle à nous la morale en dehors de toute théorie sur

tiqués par

ses'

bases mêmes, sont

mération aride tous revêtent les

devoirs réellement pra-

une société à une époque donnée. D'une étude

détaillée de ces devoirs

que

les

reconnus

serait ici

et pratiqués, et

dépourvue

d'intérêt,

il

dont l'énurésulte

que

une forme ou bien religieuse ou bien juridique;

uns sont uniquement religieux, d'autres uniquement

juridiques, d'autres à la fois religieux et juridiques, mais

il

LES PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQUES

1

35

ne nous a jamais été donné de reconnaître un devoir moral

reconnu fût-ce

comme

par

tel

que par une

élite

la société et

pratiqué réellement, ne

qui ne participe de l'une de ces deux

formes. 11

nous paraît résulter de cette constatation que

mène

en tant que nomologique,

religieux,

morale

purement

religieuse, est

au moins pour

emploi

juridique; qu'elle peut

même

phéno-

c'est-à-dire

la

sociale et qu'elle fait double

majeure partie, avec

la

le

être

la

morale

en opposition avec cette

un

dernière sur certains points, toute religion visant à être

système social complet, qui peut être en désaccord avec un système social en voie de formation, à régir

plus tard

que

tel

celui qui est appelé

nations modernes.

les

du phénomène nomologique en

Le. distinction

religieux et

en moral est donc purement accidentelle et d'ordre historique;

fondement

n'atteint pas son

plie

l'autre

peut

mais

différer,

tiellement identique

:

la

:

le

contenu de l'un et de

nature du phénomène est essen-

un phénomène de nomo-

c'est toujours

logie sociale.

Une

objection pourrait se présenter à l'encontre de notre

manière de en

Parmi

voir.

dont

est

nomologique.

les

de

la

comme

le Il

est des lois religieuses qui ne

nées qu'à l'amélioration faite

préceptes des diverses religions,

but n'apparaît' pas

individuelle

considération de ce deinier

société «religieuse.

Une grande

du

dividu

isolé.

Nous pouvons

fidèle,

partie de ces

les

essentiellement

semblent

desti-

abstraction

comme membre

paraissent tendre à assurer exclusivement

de

le

nom

la

commandements

le «

salut

»

de

l'in-

rapprocher des devoirs de

morale désignés couramment sous

il

la

de devoirs envers

soi-même, et nous réfuterons cette objection lorsque nous

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

136

du phénomène moral

établirons l'identité

et

du phénomène

juridique.

Qu'est-ce donc que faite

phénomène moral

le

pur, abstraction

de son revêtement religieux, juridique ou philosophique,

de son rattachement à une série variable d'autres phénomènes soicaux

(téléologiques,

séméiologiques,

qui

donnent sa tonalité?

lui

nous semble apparaître progressivement

Tl

que à ce que nous appelons qu'il

le

qu'il est identi-

phénomène nomologique,

et

ne présente sur ce dernier que l'inconvénient résultant

du vague

et de l'imprécision qui entoure le

Nous avons vu

nomène le

technologiques)

qu'il se confondait partiellement

;<

avec

moral le

*.

phé-

religieux; nous allons voir qu'il se confond aussi avec

phénomène

tement

terme de

juridique. Ces

distinctes,

nomène moral

religieuse

ou dans

Indiquons

classes étant

pourtant netle

phé-

que l'appellation défectueuse du phéno-

n'est

mène nomologique

deux

en résulte cette conséquence que

il

selon qu'on

considère dans la société

le

la société laïque.

sommairement nous

juridique telle que

montrons comment

il

la

la

conception

préciserons

se présente



du phénomène

ultérieurement, et

en rapport avec

le

phéno-

mène moral. Le phénomène juridique

essentiel, c'est le droit,

non point

le

Droit, corps de doctrine ou ensemble de préceptes, mais

le

droit qui milite

les

autres.

au

membres de

diffèrent

quelqu'un à l'encontre de tous

Le phénomène moral

Droit et devoir sont les

profit de

les

le

c'est

le

devoir.

deux termes d'un lien qui unit tous

la société, et

que par

essentiel,

qui sont inséparables; qui ne

point de vue sous lequel on envisage

phénomène nomologique.

le

LES PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQUES Les devoirs de

la

morale sont habituellement rangés sous

grandes catégories

trois

envers

:

si

autres, envers

les

que

et envers Dieu. Si tout devoir n'est droit,

437

que

l'obligation morale n'est

soi-même

contrepartie d'un

la

résultat d'un droit

le

antagoniste et corrélatif, nous devons à chaque catégorie de

muni d'un

devoir découvrir un créancier

non sanctionné par

droit, qu'il soit

la législation positive,

ou

proposition dont

nous réservons l'étude pour des chapitres ultérieurs et que nous demandons d'admettre à Les devoirs envers

titre provisoire.

autres font apparaître nettement

les

le

créancier, le droit qui les complète.. Si je suis tenu vis-à-vis

de quelqu'un d'accomplir à son profit un acte quelconque ou

de m'abstenir d'un acte,

il

est clair

que ce dernier

est

en droit

d'exiger (soit juridiquement, soit platoniquement) que j'ac-

complisse cet acte ou que

m'en abstienne.

je

Un

devoir à

charge d'une personne au profit d'une autre suppose

la

quement que cette dernière a

le

logi-

droit de l'exiger ou, tout au

moins, d'en profiter. Inversement, tout droit reconnu par la

ou par

législation positive

le

ciblement une obligation à

raisonnement la

fait

supposer invin-

charge de quelqu'un. C'est



proposition fondamentale que nous établirons plus ample-

la

ment

à propos des

phénomènes

devoirs envers autrui n'est pas

une personne connue

juridiques. difficile

Le créancier des

à déterminer

:

c'est

et désignée.

Les devoirs envers Dieu semblent

faire

échec à

la

généralité

du principe que nous venons de poser. Dieu n'est pas une personne comparable à l'homme, et parler de devoirs envers lui

ne semble pas entraîner de droit à son

régit

que

les relations

des droits à Dieu.

De

humaines

et

il

profit.

Le droit ne

n'est pas usuel d'attribuer

plus, la notion

même

de Dieu n'est pas

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

138 scientifique, et

sans apporter droit. Si

on peut parfaitement nier l'existence de Dieu le

donc

la

moindre trouble

morale ni du

à celle de la

morale reconnaît des devoirs envers Dieu,

nous sommes obligés de transposer cette notion et de

ramener à des proportions acceptables

la

à tout esprit qui se

borne à réfléchir humainement. Cela est possible.

Il suffit,

pour

s'en convaincre de passer en revue les devoirs concrets

que

morales religieuses déterminent co'ïnme devant être rendus

les

à Dieu. Or,

il

est aisé de les classer

en deux grandes catégories

:

uns sont des phénomènes cultuels. Nous n'avons donc pas

les

Nous avons vu en

à les retenir.

effet qu'ils étaient séméiolo-

giques et non nomologiques. Ce ne peut être que par un abus

de langage qu'on

les qualifie

tout en revêtant

tres,

la

de moraux.

Au

contraire, d'au-

forme extérieure de

rites cultuels,

de phénomènes séméiologiques, tendent foncièrement à rattacher l'individu à un idéal qui est passible de devoirs.

Mais

il

le

dépasse et envers qui

est aisé,

et critique de ces devoirs, de se rendre

n'est autre chose

que

la

par l'étude historique

compte que

personnification

même

à laquelle se rattache la religion considérée. tions les

de

Dans

mais collectivement, à

:

la société

ces condi-

non plus individuellement,

l'état d'être social progressif et idéalisé.

droit inverse se déduit alors de la considération

cier

cet idéal

devoirs envers Dieu ne sont qu'une variété des

devoirs envers les autres, considérés

Le

il

c'est le droit

tains devoirs

;

c'est

pour

la société

du créan-

d'imposer à l'individu cer-

donc un phénomène nomologique, mais qui

revêt un caractère plutôt politique que juridique.

Nous

revien-

drons sur cette grande division. Enfin

la

morale connaît des devoirs envers soi-même.

paraissent détachés de toute espèce de droit.

On

Ils

conçoit que

LES PHENOMENES NOMOLOGIQUES quelqu'un

lui-même; on conçoit moins

envers

oblige

soit

que l'usage ne

bien, parce

A

vis-à-vis de lui-même.

l'a

130

pas établi, qu'il ait des droits

quoi donc répond cette notion de

devoirs envers soi? N'est-elle pas tout autant que celle de

soi-même

droit à l'encontre de fictif

ou

réel,

comment

de lui-même?



en est

le

dédoublement

abstrait en tout cas, de l'individu concret? Si

monade

l'individu est une lable,

résultat d'un

le

être sacré et invio-

peut-il avoir des devoirs à remplir vis-à-vis

S'il

est obligé, qui profite de cette obligation?

admet que

créancier? Si donc on

autre chose qu'un jeu de l'esprit, considérer aussi

un

close en tout,

comme

il

ces devoirs sont

est difficile de

ne pas

led

des obligations faisant la contre-partie

d'un droit. L'individu ne peut être tenu de s'entretenir et de se perfectionner

de

quelqu'un doit en profiter, est en droit

si

demander

en

lui

que

compte.

conscience

la

qui est

de

le

l'être

alors

dont n'est

ce

ce droit

individuelle, reflet de

sujet créancier a

elle

plus

le

du

corps,

:

conscience sociale,

la

de

la

qui devient

c'est le sujet social

:

partie

le

Quoi de

la

qu'il

en

soit,

il

;

auquel nous

résulte de la considération intrinsèque

nature du devoir moral qu'il ne se conçoit qu'en le

phénomène moral

la contre-partie, l'envers

même phénomène

religieuse,

il

n'est

que

le

nomologique.

peut s'en séparer, mais

Il il

les

fonc-

complé-

du phénomène juridique,

n'en font en réalité qu'un et ne sont que

du

Mais

titulaire de

rivés.

tion d'un droit, que

ment,

animale

que nous sommes

c'est encore en définitive la société, l'être social

sommes

ce

c'est l'esprit, l'âme,

droit d'exiger des services?

l'individu

sui generis

pour retrouver

Faut-il

créancier dédoubler l'individu et dire

qu'ils

deux manifestations

peut revêtir une forme présente une unité bien

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

140

nette qui nous permet de

comme un phénomène

considérer

le

social défini.

Considérons-le sous son aspect juridique pur, abstraction faite

de

la

notion d'obligation, de devoir, dont

inséparable.

Nous verrons

qu'il est

à des phénomènes différents

dont

tiques,

Tout

il

:

le

non seulement

reconnu à un sujet par

dans leur exercice. Les

pouvoir effectivement

le

des autres

l'esprit la

sanction, qui a longtemps été considérée

de tous des

conviction, que

se prête à l'exercice des droits afférents à

du

concours de

phénomènes interpsychologiques en

majeure partie. C'est en créant dans

téristique

respect

desquels la société parvient

croyances, des sentiments de crainte ou

La

le

le

ne soient pas entravés

les droits

faits à l'aide

à ce résultat sont des

chacun

fait,

discerner.

la société d'exiger

qui veille à ce que

en

cependant toujours mêlé

de son activité ou des actes précis, mais encore la société

est,

interpsychologiques et poli-

faut avoir soin de

droit suppose

il

chaque autre.

comme

la

carac-

Droit, n'est que la systématisation de ces phé-

nomènes interpsychologiques

et n'a rien à voir avec l'analyse

des phénomènes nomologiques. Il

nous reste à examiner

sente une modalité des

Nous pouvons

le

le

en cela

qu'il décèle

il

politique, qui repré-

phénomènes nomologiques.

concevoir à première vue

pour objet de subordonner sociales, et

phénomène

il

les

fins

comme ayant

particulières

aux

fins

est nomologique. Mais par les procédés

se distingue

nettement des phénomènes juridico-

moraux.

Comme eux il religieux est

a débuté par la forme religieuse.

un système

tiques sans en emprunter

social qui use des la

désignation.

Il

Tout système

phénomènes

poli-

en est ainsi toutes

LES PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQUES les fois

de

qu'une société religieuse ne

moyens interpsychologiques

se

141

borne pas à l'emploi

inclus clans des

phénomènes

juridico-moraux, mais possède un pouvoir temporel, source de l'apparition de le

phénomènes proprement

but apparent

politiques. Sans doute

qu'une société est régie par

diffère selon

un

pouvoir religieusement organisé ou purement laïque. Cependant, en

non

fait,

toute société est subordonnée consciemment ou

un but suprême, dogmatiquement imposé par

à

lorsqu'elle la dirige, recherché, librement et le

phénomène qui courbe

c'est le

phénomène

Au

le

cas où

les

le

le

cas contraire,

joug de ce but,

politique.

système social qui propose

de toute idée proprement religieuse, se

dans

volontés sous

la religion,

le

le

but

est

phénomène

cache sous un vêtement juridique, mais

il

détaché

politique

est aisé de l'y

découvrir et de l'en distinguer. Ce revêtement apparaît plus

nettement dans

les

rapports entre l'État et

les individus,

mais

lorsque les rapports politiques réunissent des États entre eux, il

disparaît et laisse à

nom

nu

ces derniers, qui portent alors

de diplomatiques. Dans des cas extrêmes,

la

forme historique de ces phénomènes, antérieure

forme

religieuse, réapparaît

même

à la

c'est la guerre, qui n'est plus la

:

manifestation de phénomènes sociaux, mais

même, bien que

le

première

les résultats effectifs

leur négation

coïncident parfois avec

ceux qui auraient pu être obtenus avec leur aide.

Nous n'envisagerons pas internationale.

En

effet,

nations se comportent

ici

ces

phénomènes de politique

dans leurs rapports réciproques,

comme

le.,

des individus au sein de la

nation. Leurs relations ne rentrent pas dans

le

cadre de celles

qui revêtent au sein d'une société organisée

la

forme définie

elles

correspondront, lorsque

la

société

internationale

:

sera

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

14'2

constituée,

aux phénomènes

un degré d'am-

juridiques, avec

pleur et de complexité plus considérable.

Au

contraire, dans

une nation moderne,

tique est nettement spécifique.

le

phénomène

poli-

est aujourd'hui, surtout en

Il

France, complètement séparé du phénomène religieux.

moyen

âge ou dans

musulmane,

la société

forme

cette

Au reli-

gieuse qu'il décèle résulte de ce que la société est foncièrement régie par

un système

religieux.

En

Angleterre,

qui kunit cette forme à la nature propre du tique n'est pas encore rompu.

Au

et

intime

phénomène

contraire, depuis la

lution de 1789, la spécificité de ce

ment dégagée,

le lien

phénomène

poli-

Révo-

constam-

s'est

est aujourd'hui possible de la saisir en

il

elle-même.

En

quoi donc consiste-t-elle? D'abord en ce qu'elle établit

entre la société, d'une part, considérée

comme

distincte des

individus et chacun de ces derniers un lien de subordination.

La

société, qu'elle soit religieuse

propre indéniable

y parvenir

:

ou laïque, poursuit un but

celui de se maintenir,

parfois obligée de

elle est

de se conserver. Pour

demander

à

1

individu

le sacrifice

de ses conceptions, de ses buts propres, et

de sa

Le phénomène qui

vie.

phénomène

nomène

même

réalise cette nécessité c'est le

politique. Les procédés à l'aide desquels le phé-

ou subi par l'individu est d'ordre inter-

est consenti

psychologique.

Ce qui distingue

même phénomène nature de

la société

poursuit

même

politique religieux de ce

à l'état laïque, résulte

religieuse

vise au

phénomène

le

dans laquelle

le

résultat

but de :

elles

il

uniquement de

la

apparaît. Si une société

se maintenir, la société laïque

emploient donc

les

cédés; en sociologie nous devons les ranger sous la

mêmes

même

procaté-

LES PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQUES

pour marquer cette identité foncière leur attribuer

gorie, et

même nom,

le

Mais

143

le

nomologique.

celui de

phénomène

politique se sépare bien plus nettement

du phénomène juridique. En

réalité

il

est rare de les trouver

l'un et l'autre à l'état pur.

Le phénomène juridique

établit entre les sujets sociaux

non

plus un lien de subordination, mais d'égalité et de solidarité.

Seulement

modernes sont

les relations

le

résultat de l'assimi-

lation d'anciennes sociétés aujourd'hui mutilées la famille et

de

en France

la

l'histoire, ces sociétés

mènes politiques qui juridiques.

se

commune. Dans

:

notamment

périodes reculées

minuscules présentaient des phénosont transformés et sont devenus

La subordination

de ces sociétés à l'Etat

les

;

elle

familiale

ou communale

a passé

ne s'exerce plus que par délé-

gation. Il

est

donc probable que

ment de phénomènes politiques.

est

Il

le

Droit n'est pas composé unique-

juridiques, mais en grande partie de

môme

possible

que

la partie politique

Droit ne coïncide pas avec ce qu'on appelle surtout avec la

le

le

du

Droit public,

Droit administratif, qui présente

la

synthèse

plus nette de ces deux phénomènes.

Et de

fait,

nous trouvons dans

cette distinction foncière

les parties

du Droit privé

que nous établissons entre eux. Elle

correspond d'ailleurs d'une manière plus large aux deux grandes classes des phénomènes nomologiques, l'une plutôt juridico-morale,

décidément

l'autre la

surtout politique.

Nous en éliminons

forme religieuse qui, encore une

fois,

n'est

qu'une doublure historique de ces phénomènes. Quel est

le

critérium qui va nous servir de base pour établir

cette distinction?

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

144

On

en

proposé

a

nous paraît inexact. de l'individu aux

On

a

vu dans

du phénomène

politique.

que cette distinction

à penser

la

forme différente,

dans

et

la

du phénomène

participation forcée,

Une première est

qui

participation volontaire

fins sociales la caractéristique

moral (religieux ou juridique) celle

une

sous

un,

raison nous induit

mal posée. En

effet, elle est

non pas au phénomène considéré en lui-même, mais

relative

au phénomène interpsychologiquc, qui permet" à

individuelle de s'insérer dans la série sociale, qui société de faire participer

un individu au but

conscience

la

permet à

la

qu'elle poursuit.

Cette distinction est d'un intérêt purement individuel, est relatif

à

la

morale individuelle, au mérite personnel,

elle

phénomènes que nous

n'atteint en rien la nature propre des

considérons. Cette question de la valeur de

la

volonté est

d'ordre purement métaphysique et ne doit pas pénétrer en sociologie scientifique. tion,

Une seconde

raison, tirée de l'observa-

nous confirme dans cette manière de

voir. C'est

que

le

phénomène religieux, moral, politique ou juridique est tantôt volontaire, tantôt involontaire, sans cesser de rester ce qu'il

Un

est. les

individu est libre de contracter ou non.

phénomènes juridiques qui ont

sion

S'il

contracte,

pris naissance à cette occa-

vont évoluer en dehors de toute participation volontaire

ou non de sa part. Qu'il exécute volonlairemenl son engage-

ment ou du

qu'il

y

soit contraint

les

tribunaux,

la

nature

contrat, des obligations qui en résultent, les procédés

de libération conservent libre

le

même

ou non de payer l'impôt. Qu'il

qu'il s'y refuse et la suite le

par

fait

d'une

que

saisie, le

le

caractère. le

montant en

phénomène

que tout Etat poursuit

ses

Un

citoyen est

paie volontairement ou soit

perçu par l'Etat a

politique consistant dans fins

à l'aide

de l'impôt

PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQUES

LES

n'en reçoit aucune modification essentielle.

145

La morale

sociale

exige que l'individu travaille, parce qu'il concourt ainsi la conservation de la société;

volontairement

du

la crainte,

et

du

désir

économique qui

bonne

de

le relie

a

qu'il accomplisse son travail

luxe,

grâce

peu

ou

sous l'empire de

importe.

La

solidarité

à la société est toujours identique à

elle-même. Il

faut donc éliminer à la base de notre classification la

volonté individuelle

et,

d'une manière plus générale, tout phé-

nomène psychologique ou interpsychologique. Ces derniers sont toujours les mêmes pour chaque classe de phénomènes nomologiques, et chaque classe de ces derniers

les

emploie

tour à tour.

En examinant au

contraire la nature propre de ces phéno-

mènes, nous sommes frappés par cette considération que

les

uns rattachent l'individu directement et sans intermédiaire à la

société,

alors

que

les

autres n'opèrent ce rattachement

qu'indirectement et globalement; que

les

premiers révèlent

la

dualité de l'individu et de la société, alors que les seconds ne la laissent

pas apparaître,

si

ce

nVst

h

la suite

d'une analyse

méticuleuse.

Le phénomène politique met en présence

l'individu et la

société (jion pas seulement l'État) et les oppose

nettement

l'un à l'autre. Les phénomènes juridico-moraux semblent ne

s'adresser social,

qu'aux individus et n'intéresser en rien

but

qui paraît se dégager ainsi automatiquement du jeu

normal de ces phénomènes. Faut-il en conclure que miers,

le



la

subordination domine,

Y opposition entre le

but social et

les

les

pre-

sont caractérisés

par

buts individuels, et la

soumission de ces derniers, leur effacement devant l'autre.

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

14G alors

que

avec

les

les

seconds présentent une coopération du but social

buts individuels?

Cette distinction nous paraît à première vue assez plausible et

demanderait à être poursuivie attentivement à travers

phénomènes

Nous nous bornons

concrets.

soumettant une objection, qui tale la

:

il

d'ailleurs n'est

pas fondamen-

du but

vues person-

sacrifier leurs

social.

Le phénomène moral pur, dégagé de toute attache

ment

les

en

trouve des individus assez

se

s'il

moraux pour

nelles à la poursuite

ou juridique,

les

qu'un phénomène politique fasse appel à

est possible

coopération des buts,

désintéressés, assez

à l'indiquer tout

nous paraît

religieuse

ainsi devoir synthétiser piogressive-

diverses formes des

phénomènes nomologiques.

C'est

donc à son développement que doit surtout viser tout système social sérieux et destiné à avoir

quelque influence. Ce n'est

pas notre but, et nous ne nous attarderons pas

ici

à développer

ces vues. Il

nous paraît plus

utile

nous pouvons concevoir

de rechercher maintenant

le

Droit et

les

comment

phénomènes juridiques

en fonction de nos postulats sociologiques.

En

résumé, nous considérons toute société

réel, différant,

tout au moins par son but, de

métique des individus qui

la

d'une conscience différente de

comme un la

somme

être

arith-

composent. Cet être «st doué la

somme

des consciences indi-

viduelles.

Le Droit

est

une des catégories de cette conscience

sociale. 11

exprime

les

conditions que la société juge néces-

saires à Il

un moment donné pour son maintien

coordonne entre eux

les

buts individuels, en tant qu'ils ne

sont pas contraires au but dernier.

et son progrès.

social,

et

il

les

subordonne à ce

LES PHÉNOMÈNES NOMOLOGIQUES Les

phénomènes

à l'aide

desquels

il

47

obtient ce résultat

sont juridiquement purs ou juridico-politiques. font appel pour réaliser leurs lins à des

1

Mois tous

phénomènes interpsy-

chologiques, dont la nature propre diffère de celle des phéno-

mènes purement sociaux.

CHAPITRE

VIII

Les Phénomènes juridiques.

Qu'est donc essentiellement un phénomène juridique? C'est

tout simplement celui qui se produit lorsqu'une personne exerce

un

diffère

de ces deux dernières, en ce sens qu'elle

droit ou accomplit

à l'autre intimement

:

il

une obligation. Mais notre notion les

soude l'une

n'y a pas de droit sans obligation

corrélative, pas d'obligation sans droit.

Or, ces

deux idées de droit

et d'obligation sont mêlées de

préjugés et d'obscurités sur lesquels l'accord se fasse.

Il

suffit

traités de Philosophie Si

est impossible

que

de se reporter aux innombrables

du Droit pour

donc nous voulons

comme

il

traiter les

s'en convaincre.

phénomènes juridiques

une matière d'étude, nous devons écarter toute notion

préjudicielle et n'envisager

que

faits.

les

Que voyons-nous

alors?

Nous nous trouvons en présence d'individus qui procurent à

d'autres

certains

«

avantages

»,

«

services

»

ou

«

objets

»,

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

150

d'une part; d'autre part, des organes sociaux chargés d'obliger ces personnes de procurer ces avantages dans certains cas

spéciaux et selon des procédés spéciaux.

Le

fait

qu'un avantage quelconque est procuré, obtenu,

peut être qualifié de fonction juridique et représenté schématiquement. D'autre part, l'observation montre qu'en Droit tout avantage procuré par quelqu'un a une contre-partie

suppose un prix, tout service un

salaire,

toute vente

:

toute obligation une

raison d'être qui, pour que la justice soit satisfaite, doit équivaloir à cette obligation.

En

désignant donc par S,

sonnes, depuis

le

S' les sujets, c'est-à-dire les per-

nouveau-né jusqu'à

la

plus haute, c'est-à-dire l'Etat; par l'objet,

que procure un sujet

phénomène juridique sous S

La première

>—

à l'autre,

:

nous pouvons

patrimoine de S.

Au

c'est l'obtention

par



>

S'.

par S de

à

S'.

marquée C'est en

partiel de l'activité, de la liberté,

contraire, la S'

écrire le

forme

c'est la procuration

un dépouillement

la

le service,

partie de la flèche, allant de S à 0, est

négativement effet

la

personne morale

l'avantage,

deuxième partie

du

est positive

:

de l'avantage de l'objet 0. C'est un

enrichissement.

Mais ce n'est



qu'une moitié du phénomène. Cette fonc-

tion qui fait passer l'objet

d'une autre qui

un autre donc

fait

de S à

S' est la contre-partie

passer un autre objet, un autre avantage,

service, de S' à S. et qui doit être égal.

écrire':

s

>— o:-±-

s'

= s' >—

o'



*

Nous pouvons

s.

PHÉnomknks .miudioi

LES

nous sommons l'ensemble de tous

Si

les

L5I

phénomènes juridique!

nous aurons

d'une société à un instant

i;s

:

Z(S»— Ô-^-S') = 2(S' »=-0'-±^S),

(1)

et cette formule sera l'expression de l'équilibre juridique de

cette société.

Équilibre idéal, évidemment, vers lequel on tend sans cesse

sans

le

réaliser,

mais dont

solide sur laquelle

formule nous donne une base

la

nous pouvons raisonner et dont nous pou-

vons nous servir pour étudier

(à l'aide

du Droit lui-même

qu'il est pratiqué) les lois qui régissent les

phénomènes

tel

juri-

diques.

Nous

allons en effet voir toute la richesse de cette formule.

Nous pouvons d'abord

définir le Droit l'étude des condi-

tions nécessaires et suffisantes pour satisfaire à l'équation (1) et rechercher quelles sont ces conditions.

Nous pouvons

alors

commencer par rechercher

Si

les

variations

et à 0'.

de l'équation par rapport à

désigne un cheval et 0' son prix en argent, toute

l'étude de ces variations se résout à celle de la valeur, objet

de l'économie politique. Le phénomène est alors un phéno-

mène économico-juridique, nous renseigneront sur

pour que l'équation Si

les

et les lois, la théorie de la valeur

conditions nécessaires et suffisantes

soit satisfaite.

désigne la prestation en nature,

la

somme

d'argent

que certains parents doivent fournir en vertu de l'obligation alimentaire à un parent dans

riquement

par

la

le

décision

spontané que fournissent S à

besoin,

étant exprimé

ou par

numé-

secours

de

justice

S',

0' désignera l'avantage que

le

recueilleront les parents riches à s'acquitter de leur dette, la

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

152

considération morale, sociale, qui se

sur eux

rejaillit

du

conformer à ce devoir de solidarité familiale.

0' se mesure bien à 0, car selon

le

rang

fait

En

de

fait,

social, la classe à

laquelle appartiennent les individus, le taux de l'obligation

alimentaire varie

:

si les

parents riches sont très riches,

tenus de donner plus que

rectement

s'ils le

un moyen de

ici

Nous avons

sont moins.

phénomènes

chiffrer des

ils

sont indi-

juridi-

ques non économiques, qu'on pourrait qualifier de juridico-

moraux.

Dans

ni 0' ne

certains cas ni

peuvent s'exprimer direc-

tement en francs par exemple au cas d'obligation réciproque :

de

de

fidélité

la

part des époux. Mais encore

ici

l'équation

indique que cette obligation est soumise à une certaine égalité

de valeur qu'il appartient à l'observation de déterminer.

Nous pouvons donc étudier d'abord

les

variations de la

fonction juridique par rapport à 0.

Nous pouvons

aussi,

par rapport à S et à

supposant

et 0' constants, l'étudier

S'.

Or, ce qui détermine les variations de S et de S' aussi bien

que de

et

de 0', ce sont

les statuts

juridiques de ces sujets

et de ces objets. Ces statuts, sur lesquels

pas. davantage

ici,

sont ou bien

communs

nous n'insisterons à tous les sujets ou

à tous les objets ou bien spéciaux, et se classent hiérarchi-

quement.

Ils

thode qui

la

mé-

pour leur élaboration

soit

sont obtenus par l'expérience, bien que

ait été suivie jusqu'ici

inconsciente et défectueuse. Mais ce n'est pas

déterminer le

la

ici le

lieu

de

manière de l'améliorer. Notons seulement que

Droit n'est pas seulement l'étude de la

variation

des

fonctions, mais aussi l'étude de la détermination des statuts.

A

ce dernier point de

vue

il

se présente

comme une morpho-

LES PHÉNOMÈNES JURIDIQUES logie sociale à la fois statique et évolutive,

153

chaque institution

statutaire ayant sa cause, sa raison d'être dans l'histoire,

ayant une cause historique. Enfin on peut étudier aussi

les

variations de la fonction

juridique elle-même, en supposant ses éléments constants.

On

y a deux formes

arrive alors à cette constatation qu'il

principales de fonction ciation, toutes

moraux

:

la

forme échange et

forme asso-

la

deux applicables tant aux phénomènes

phénomènes

qu'aux

juridico-

Dans

économico-juridiques.

l'échange, la fonction doit être égale à la fonction inverse, selon la formule (1).

Dans

l'association, le

nombre des

fonc-

tions est parfois supérieur à 2; de plus, les rapports ont une

durée plus considérable est plus continue.

type

Le

(1) à l'aide

:

au

Mais on peut

de procédés

sujet qui est

temporaire,

lieu d'être la

le

fonction

ramener cependant au

faciles.

du côté de l'obtention porte

créancier ou, plus généralement, celui de titulaire

L'autre sujet est

la

débiteur ou l'obligé. Mais

les

le

du

nom «

droit

Nous avons en

celle

effet

qui est apparue

raisonné

comme

».

notions doc-

trinales et courantes de droit et d'obligation impliquent

notion de plus que

de

une

jusqu'ici.

si

la procuration, l'ob-

tention d'un avantage, d'un bien, d'une richesse, d'un service

quelconque s'effectuaient automatiquement.

En Mais

fait il

il

n'en est pas toujours ainsi. C'est

y a des cas pathologiques où

son aspect

le

le «

droit

le »

cas normal.

apparaît sous

plus saillant, bien qu'il ne soit pas caractéris-

tique, c'est-à-dire avec le pouvoir de recourir à la contrainte sociale, à la sanction.

L'ensemble des organismes sociaux et des fonctionnaires tant administratifs que judiciaires, dont

la

mission est de sur-

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

154

veiller et de faire exécuter les fonctions juridiques, constitue

un ensemble

social

dont

morphologie est exprimée par

la

le

Droit, qui règle aussi son fonctionnement.

Quant aux phénomènes qui sont mis en œuvre lorsque organes jouent, ce sont des phénomènes à

ces

la fois juridiques

et politiques, c'est-à-dire juridico-politiques. Ils

un ordre adressé par un

consistent essentiellement dans

organe social et son exécution par Droit à l'aide des agents de constituer

ils

moyens prévus par

publique.

la force

aux yeux du vulgaire

juridique, mais en réalité

les

pour convaincre

le

paraissent

Ils

même du phénomène

l'essence

n'en sont qu'une modalité,

moins importante au point de vue numérique. d'insister

le

lecteur que

le

la

est inutile

Il

nombre des tran-

sactions civiles et commerciales qui s'effectuent journellement

sans l'intervention de la justice est de beaucoup supérieur à celui des procès qui naissent à l'occasion de fonctions juri-

diques.

Les rapports qui régissent

les divers

organes de cette hié-

rarchie administrative et judiciaire entre eux, avec l'État et

avec

les

individus; les

phénomènes qui naissent lorsque

organes sont en exercice, sont régis par

les

mêmes

ces

considéra-

tions de statuts et de fonctions. Seuls l'objet et les sujets diffèrent; le cadre reste toujours le le

même

et les

mêmes

lois

régissent.

En résumé, le phénomène juridique peut être conçu comme un revêtement dont s'orne tout phénomène social sous certaines conditions. En lui-même il est purement formel et ne revêt de réalité que grâce à un contenu économique, moral (terme malheureusement vague, mais les relations familiales

ou

sociales

commode pour

désigner

dans lesquelles l'objet ne

LES PHÉNOMÈNES JURIDIQUES peut s'exprimer en francs) ou politique.

du phénomène nomologique les

:

il

exprime

phénomènes sociaux évoluent

Droit est donc identique à

et

Il

156

est l'essence

les lois

même

selon lesquelles

nous apparaissent. Le

la Sociologie

abstraite

en tant

qu'elle est nomologique, et tenter l'élaboration d'une sociologie

quelconque en dehors du Droit,

un échec

certain.

c'est

s'acheminer vers

CONCLUSION

Nous

parvenu au terme que nous nous étions

voici

cette étude. Les considérations qui précèdent

dans

fixé

et qui

ne sont

que des vues provisoires et approchées ont eu surtout pour but d'amener et de préparer

Nous croyons pouvoir en

mode de

confection des

vont suivre.

celles qui

effet affirmer

lois, la

création

maintenant que

du

le

Droit, son appli-

cation, son perfectionnement et son enseignement ne répon-

dent plus à

notion

la

même du

Droit à laquelle nous

parvenus et qui tend à prévaloir sur

Et d'abord Il

sommes

notions antiques

Romains.

héritées des

vicieux.

les

le

mode de

confection du Droit est entièrement

s'élabore spontanément sous la pression des intérêts,

des besoins, des passions et d'un idéal de justice, idéal vague et inconscient.

Pour parvenir

tique et archaïque de il

coutume a

le

procédé automa-

été dépassé.

De nos

jours

formule par deux organes différents en valeur et en inten-

se

sité

la

à sa formule,

:

les

Or, la

parlements et

méthode

défectueuse

:

la

jurisprudence.

législative des

parlements est tout à

l'incompétence juridique

des législateurs,

fait les

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

158

majorités de hasard,

préoccupations politiques et électo-

presque totale incompréhension du Droit, font de nos

rales, la lois

les

modernes des

tissus de contradictions et d'hérésies juri-

diques. (Voir, à ce sujet, Planiol, part, les magistrats,

t.

pp. 43-44.) D'autre

I,

mieux préparés par

leur instruction et

leur éducation juridiques et qui, par la jurisprudence, arri-

vent péniblement à

faire cadrer les lois

principes vraiment juridiques, sont

liés

statuer réglementairement, de sorte que

ment compréhensif du Droit Reste sans

la

doctrine. Mais

méthode vraiment

moins,

si

est

influence est tellement

les

le

stérilisé

ses solutions,

seul organe vrai-

volontairement.

obtenues d'ailleurs

scientifique jusqu'à nos jours, tout au

légèrement sur

influent

modernes avec

par l'interdiction de

minime

la

pratique du Droit, cette

qu'elle

ne peut espérer contre-

balancer l'accumulation progressive des erreurs juridiques qui tendent à surcharger notre Droit.

Au la

surplus, jurisprudence et doctrine sont fatalement sous

dépendance des

jours

malgré

principes les

Une

législateurs.

tout

mieux

une

loi,

loi

violât-elle

promulguée

est tou-

outrageusement

établis de la science juridique,

les

et force

est bien d'essayer d'en tirer le meilleur parti possible.

Nous ne comptons pas beaucoup tutionnelle rôle.

qui

sur une réforme consti-

nous doterait de législateurs dignes de leur

Nous croyons même que

ces derniers, fussent-ils des

jurisconsultes de la plus haute valeur, n'arriveraient pas à la

solution qui s'impose de plus en plus, c'est-à-dire à l'élabo-

ration complète de l'ensemble du Droit sur des bases vrai-

ment Ce

scientifiques. travail, qu'il

va

falloir

désormais entreprendre et qui a

pour but de substituer à l'élaboration inconsciente et spon-

CONCLUSION

l5Ô

tanée du Droit une découverte méthodique et patiente de ses lois,

de ses axiomes, de ses

réalités,

ne peut être entrepris que

par des chercheurs et des indépendants. tats,

résul-

par s'imposer de lui-même.

finira

il

donne des

S'il

Quelle est donc la méthode de recherche et de reconstruction

du Droit que nous pouvons préconiser à

la suite

des idées que

nous avons exposées?

complètement abstraction de

Elle consiste d'abord à faire

tout ce qui constitue dans l'immense domaine de

de

la

du

jurisprudence et

droit

positif

le

la doctrine,

caractère obli-

Autrement

gatoire des solutions qui y sont posées.

moderne comme une

s'agit de traiter le Droit positif

dit,

il

matière,

objet de recherche scientifique, sans se préoccuper de faire

cadrer

les

tifique

conclusions auxquelles conduira la méthode scien-

avec

les

jurisprudence

;

ou

la

dit encore, de traiter l'ensemble

du

solutions imposées par

autrement

comme un

Droit actuellement pratiqué le

législateur

le

Droit mort,

comme

Droit romain, par exemple.

Ce premier point acquis,

il

faut considérer que les éléments

contenus dans ce droit sont loin d'être dépourvus de valeur.

Les notions de droit

réel,

tion juridique, etc., etc

duites sans

méthode

,

de droit de créance, de représentasont

résultat de réflexions con-

le

précise et rigoureuse,

il

est vrai,

mais qui

constituent des approximations suffisantes pour permettre

de s'en

emparer

D'autre part, évolutif

et

les

d'éviter

un de

relations

travail

fait,

à

moitié élaboré.

l'élément

variable

du Droit, tout au moins plus variable que

et

les prin-

cipes juridiques, sont presque déjà catalogués et classés dans les

œuvres de

la

systématisation,

doctrine.

Il

s'agit surtout d'y

une rigueur

et

apporter une

un détachement complet

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

160

de l'autorité soit de

la

du jurisconsulte qui

soit

loi,

le

conçues.

Tenons pour acquis que autres que des

phénomènes juridiques ne sont

les

phénomènes sociaux quelconques

juridique n'est autre que la

que

et

scientifique à laquelle

loi

la loi

sont

ils

soumis. Quelle méthode emploierons-nous pour leur étude?

Nous aurons

à rechercher

quels sont

:

les

phénomènes

diques, leur classification, les conditions nécessaires et

jurisuffi-

santes pour qu'ils soient obligatoires; leur permanence et leur généralité.

Le Droit comparé peut déjà nous renseigner sur généralité d'un

nombre de dans une

phénomène.

sociétés,

il

se retrouve

S'il

sera plus général

que

l'ordre de

dans un grand n'existe que

s'il

seule.

L'histoire

du Droit nous

nence de ces phénomènes. les origines les

S'il

plus reculées,

considérable que

s'il

fait

il

connaître

le

degré de perma-

en existe un, identique, depuis a

a disparu à

un degré de permanence plus

un moment donné ou

s'il

est

de date récente.

On peut

chercher à vérifier

si le

degré de permanence d'un

phénomène juridique concorde avec son degré de

généralité.

Ces deux méthodes devront s'intégrer plus tard dans science juridique, à laquelle elles prêteront cieux.

Cependant

ce n'est pas la

la

un concours pré-

méthode de

ces

deux bran-

ches qui nous arrêtera, mais celle que comporte

la

juridique

Roguin a

entrevu

pure,

encore inexistante

et

dont M.

Science

la possibilité.

La méthode que nous devons employer conduira à

la

découverte des

lois

est celle qui

qui régissent

les

nous

phéno-

CONCLUSION mènes lois

juridiques. Ces

lois

sont

Il

comme

des

Droit scientifique, pour

de

la

des

Droit futur devra

le

lois juridiques.

faut donc, pour transformer

tre, user

sont

scientifiques, ce

sociologiques, et ce sont celles que

considérer

161

-

le

méthode

le

droit positif actuel en

perfectionner et aussi pour l'accroî-

scientifique ordinaire, c'est-à-dire de

l'hypothèse et de sa vérification expérimentale.

faut partir

11

des principes de Descartes et du principe positiviste, consis-

tant à abandonner toute spéculation d'allure métaphysique-

Pour

cela, le travail le plus

juridique progressive

:

urgent consiste dans l'analyse de subordonner peu à peu

s'agit

il

chaque précepte de droit à son principe; ne retenir que ces principes et rechercher leur base

parvienne à un point où

On 1°

obtiendra ainsi

D'une part,

tradiction,

le

ne puisse

jusqu'à ce qu'on

aller plus loin.

:

la loi

dont toutes

développement:

l'esprit

commune

même les

d'identité, le principe de con-

lois

juridiques ne sont que

le

Droit n'est qu'une «Logique sociale»;

2° D'autre part, des concepts abstraits représentant sché-

matiquement

les

choses concrètes auxquelles s'appliquent

les

divers principes juridiques.

Ce sont ces concepts, dont qui sont

le

degré d'abstraction seul importe,

éléments primitifs de

les

la science

du Droit

l'expérience seule enrichira progressivement. n'est

que de

Tout

uniquement Ce c'est

qu'il l'idée

le

que

reste

la logique.

Ces concepts ne sont pas spéciaux au Droit

données de

et

la sociologie

ordinaire.

ce sont les

:

Le progrès juridique

est

celui de la sociologie.

faut

que

en le

outre surtout droit

est

s'efforcer

autre chose que

de la

répandre, sanction,

LE DROIT ET LA SOCIOLOGIE

1(52

en dehors

qu'il existe

d'elle et n'a

qu'une valeur purement

morale.

Pour ceux qui n'ont pas conscience de

peu où

la solidarité et

de valeur de leur individualité par rapport à

la société

un traitement psychothérapique énergique

évoluent,

ils

du

et rationnel pourra peut-être les rendre à la saine réalité des

L'idéal anarchique, auquel M.

choses. sacrifié,

mais

un avenir

c'est là

ni chimérique, n'est

Quoi les

Duguit lui-même a

aurait peut-être alors quelques chances de succès,

en

qu'il

absolument utopique

qui, sans être

pas prêt d'être atteint. après avoir progressivement renversé

soit,

sanctions énergiques du début de l'humanité, les sanc-

tions

religieuses,

atteinte.

elle-même

juridique

est

aujourd'hui de reconstruire. L'évolution

s'agit

Il

sanction

la

nous emporte vers un Droit dépourvu de sanction, identique à cette Morale dont parle la contre-partie. Il s'agit

en ménageant l'avenir

que

les

Guyau

seulement

de le réaliser

pour

le

présent.

Le

plus

pure, de l'entente sur la notion

même du

termes précis et rigoureux pour désigner

permanents

la

pressé science

Droit et les

que

peu à peu,

transitions, et de construire plutôt

surtout en l'établissement définitif de

tibles,

et qui n'en est

le

pour

consiste

juridique

choix de

éléments irréduc-

et invariables qui persistent à travers les

modifications nées du contenu concret des formules abstraites.

Ce travail peut à l'heure actuelle être entrepris et mené à

bonne

fin si

ment. C'est

les

là la

chercheurs s'unissent pour en hâter l'achèvebase

même

de tout

l'œuvre à laquelle nous convions la vérité.

les

l'édifice

juridique et c'est

amis de

la justice et

de

TABLE DES MATIÈRES

5

Préface Introduction.

Chapitre

I.

Chapitre

II.

Chapitre

III.

I.

Le Corps

— Le Droit et Philosophie — Les Objets de Sociologie — Les Méthodes en Sociologie la



h']

55

L'Être social

63

social

i.

Ensemble des Êtres sociaux Matériel social IV.

3g

la

2.

Chapitre

9



:

Le Personnel

social

...

68

L'Être social (suite)

75

IL La Conscience sociale

que

Qu'est-ce

2.

Catégories de la Conscience sociale sociale au point de vue statique

3.

Évolution de la Conscience sociale sociale au point de vue dynamique

4.

Divers types de Consciences sociales

la

75

Conscience sociale ?

i.

77 :

La Conscience 91

:

La Conscience 95 100

Note

102

Chapitre

V. Les

Chapitre

VI. Les

Phénomènes sociaux

io5

Phénomènes interpsychologiques

121

VIL Les Phénomènes nomologiques

Chapitre Chapitre

63

VIII.

Les

Phénomènes juridiques

Conclusion

.

129 i4g 157

Bordeaux.

— Impr. G. Gounouilhou, 9-11, rue f.uiraude.

HM 34 .B8 1910 SMC Brugeilles, Raoul. Le droit et l,a sociologie

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